Chapelle palatine de Palerme

église italienne

La chapelle palatine de Palerme est une chapelle catholique édifiée à l'intérieur du palais des Normands, dans la ville sicilienne de Palerme. Elle est dédiée aux saints Pierre et Paul.

Chapelle palatine
Photographie couleur de l'intérieur d'une chapelle, dont tous les murs sont couverts de mosaïques
L'intérieur de la chapelle, vue vers l'abside
Présentation
Nom local Cappella Palatina
Culte Catholique romain
Type Basilique
Rattachement Palerme
Début de la construction 1130
Fin des travaux 1140
Style dominant Architecture arabo-normande
Protection Patrimoine mondial Patrimoine mondial (2015, au titre de la Palerme arabo-normande)[1]
Site web www.cappellapalatinapalermo.itVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Région Drapeau de la Sicile Sicile
Province Palerme
Commune Palerme
Coordonnées 38° 06′ 38″ nord, 13° 21′ 13″ est[1]
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Chapelle palatine
Géolocalisation sur la carte : Sicile
(Voir situation sur carte : Sicile)
Chapelle palatine

Construite au XIIe siècle sur ordre et pour l'usage du premier roi normand de Sicile, Roger II, elle est emblématique du style arabo-normand qui combine des éléments d'architectures romane, byzantine et arabe ; elle se signale particulièrement par la splendeur de ses mosaïques sur fond doré.

La messe y est célébrée chaque dimanche à 10 heures.

La chapelle est inscrite au Patrimoine mondial par l'UNESCO depuis le 3 juillet 2015, avec les cathédrales de Cefalù et de Monreale, autres remarquables exemples du style arabo-normand propre à la Sicile et intérieurement décorés de mosaïques de facture byzantine exaltant le christianisme.

HistoriqueModifier

En 1130, Roger II fut couronné roi de Sicile ; il commença la construction de la chapelle en 1132[2] ; les chartes de l'époque indiquent qu'elle est consacrée le 28 avril 1140[3], en tant que chapelle privée de la famille royale. Les travaux en furent terminés en 1143. Une inscription trilingue (latin, grec, arabe) à l'extérieur de la chapelle indique la construction d'une horloge en 1142.

Endommagée par le tremblement de terre de septembre 2002 qui toucha Palerme, elle bénéficia de travaux de restauration terminés en juillet 2008. Le programme de restauration, établi par l'architecte Guido Meli, directeur du "Centro regionale per il restauro" de la région de Sicile, a été financé grâce au mécène allemand Reinhold Würth pour plus de trois millions d'euros. Les travaux ont été réalisés par un groupe de restaurateurs romains des biens culturels. L'exploitation touristique est concédée à la Fondazione Federico II.

ArchitectureModifier

 
Plan de la chapelle.

La chapelle combine des éléments architecturaux des chrétientés occidentale et orientale et de l'islam d'une façon exceptionnelle et unique dans le monde, rappelant la grande tolérance religieuse qui a marqué le règne de Roger II. C'est une église à trois nefs sans véritable transept (cette partie est cependant suggérée) ; deux lignes de six colonnes séparent la nef principale des deux bas-côtés ; le chœur, surmonté d'une coupole est légèrement surélevé, et est terminé par trois absides voûtées en cul-de-four, chacune d'entre elles fermant une des nefs.

Sa particularité principale est dans la richesse de sa décoration, que ce soit celle du plafond de bois ouvragé à la manière arabe, celle des mosaïques de style byzantin ornant les absides et les parties supérieures des murs et des parois ou celle des revêtements de marbre du sol couvrant également la partie inférieure des murs. [2]. Aucune partie de la chapelle, qui contient également des éléments sculptés, n'est exempte de décoration et en particulier, les mosaïques couvrent l'intégralité des parties supérieures de l'édifice - à l'exception des plafonds - caractéristique qui la rapproche de la basilique Saint-Marc de Venise et de la cathédrale de Monreale, laquelle lui est postérieure et en est inspirée.

DécorationModifier

Le sol et le bas des mursModifier

 
Mosaïque de marbre en opus sectile sur les parties basses des murs.

Le sol de la chapelle ainsi que le bas des murs latéraux (jusqu'à hauteur d'homme) sont recouverts de somptueux revêtements de marbre en opus sectile, à décors multicolores principalement géométriques.

Les mosaïquesModifier

 
Mosaïque de la Nativité.

Les mosaïques de la chapelle sont de style byzantin et ont été exécutées par des artistes grecs appelés à cet effet par Roger II. Elles datent dans l'ensemble du XIIe siècle mais ont subi nombre de restaurations ou réparations au cours du temps, selon des critères artistiques et esthétiques bien différents, que l'on identifie, de ce fait, très facilement.

Nef centraleModifier

 
Plafond de la nef et panneaux de mosaïques de la Création.
 
Détail : Ève tirée du côté d'Adam.

La partie supérieure des parois de la nef, au dessus des arcatures qui la séparent des bas-côtés, présente une frise de scènes du livre de la Genèse, scènes séparées les unes des autres par les fenêtres garnies de vitraux au décor géométrique simple. Chaque scène est accompagnée des versets bibliques correspondants, en latin.

Du côté sud, depuis le transept vers le bas de la nef, nous trouvons dans l'ordre :

  1. Création des Cieux, de la Terre et de la Lumière : premier jour (Gen. 1,1-5)
  2. Création du firmament et séparation des eaux : deuxième jour (Gen. 1,6-8)
  3. Séparation de la terre et des eaux, création des plantes : troisième jour (Gen. 1,9-13)
  4. Création du Soleil, de la Lune et des étoiles : quatrième jour (Gen. 1,14-19)
  5. Création des oiseaux et des poissons : cinquième jour (Gen. 1,20-23)
  6. Création des animaux terrestres : sixième jour (Gen. 1,24-25)
  7. Création d'Adam : sixième jour (Gen. 1,26-31)
  8. Repos de Dieu le septième jour (Gen. 2,1-3)
  9. L'arbre de la connaissance du Bien et du Mal (Gen. 2,15-17)
  10. Création d'Ève (Gen. 2,21-22)

Du côté nord, en suivant la même direction, sont figurés :

  1. Le péché originel (Gen. 3,1-8)
  2. Dieu condamne Adam et Ève (Gen. 3,9-16)
  3. Adam et Eve bannis du Paradis Terrestre (Gen. 3,23-24)
  4. La travail d'Adam et Ève (Gen. 3,17-19)
  5. Les sacrifices de Caïn et d'Abel (Gen. 4,3-7)
  6. Caïn tue son frère et est interrogé par Dieu (Gen. 4,8-16)
  7. Lamech parle à ses femmes (Gen. 4,23-24)
  8. Hénoch est enlevé au Ciel (Gen. 5,24)
  9. Noé et sa famille (Gen. 6,9-10)
  10. La construction de l'Arche de Noé (Gen. 6,14-16)


Nefs latéralesModifier

Les parties supérieures des murs des nefs latérales, présentent une frise de scènes de la vie de Saint Pierre (nef de gauche) et de celle de Saint Paul (nef de droite), scènes séparées les unes des autres par les fenêtres garnies de vitraux au décor géométrique simple.

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TranseptModifier

Sur la voûte en berceau du bras nord du transept figure l'Ascension, avec les douze apôtres présents lors de cet épisode : Simon, Pierre, André, Jacques le Majeur, Philippe, Jacques le Mineur, Barthélémy, Matthieu (avec un livre), Jean (avec un livre), Thomas, Matthias (absent de la scène selon les évangiles) et Thaddée. Entre Pierre et André, la Vierge est encadrée par deux anges. Au faîte de la voûte, deux anges portent un médaillon représentant le Christ Pantocrator[4].

La voûte du bras sud représente la Pentecôte avec douze apôtres assis sur un banc monumental : Pierre, André, Matthieu, Jean, Thomas, Philippe, Paul, Jacques le Majeur, Marc, Luc, Simon et Barthélémy. Les quatre évangélistes et Paul tiennent un livre. Au faîte, un médaillon comprenant un oiseau nimbé portant un livre, qui symbolise le Saint-Esprit, est encadré par quatre autres médaillons comprenant le buste de chacun des quatre archanges[4].

Le plafondModifier

 
Le plafond de la nef.

Le plafond à muqarnas est entièrement peint d'un décor figuratif. Sur fond or sont peintes des étoiles et des croix imbriquées dans une dominante de rouge, bleu, noir et blanc. Il offre un rare rapprochement entre la tradition et l'esthétique islamiques et celles, byzantines, des mosaïques qu'il jouxte directement.

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Palerme arabo-normande et les cathédrales de Cefalú et Monreale », sur UNESCO, (consulté le ).
  2. a et b « Palerme », dans Encyclopédie Larousse, Larousse (lire en ligne).
  3. « Plafond de la chapelle Palatine de Palerme », sur Qantara - Patrimoine méditerranéen, (consulté le ).
  4. a et b Thomas Creissen, « Architecture religieuse et politique. À propos des mosaïques des parties basses de l'abside dans la cathédrale de Cefalù », Cahiers de Civilisation Médiévale, vol. 46, no 183,‎ , p. 247–263. (DOI 10.3406/ccmed.2003.2859, lire en ligne, consulté le )

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Otto Demus (en), The mosaics of Norman Sicily, Londres, Routledge, , 478 p. (OCLC 5231626, présentation en ligne)
  • (it) Ugo Monneret de Villard (it), Le Pitture musulmane al soffitto della Cappella Palatina in Palermo, Rome, Libreria dello Stato, , 82 p. (OCLC 459621739, présentation en ligne)
  • (it) Pietro Toesca et Annibale Belli, La Cappella palatina di Palermo, i mosaici, Milan, Edizioni d'arte Sidera, , 32 p. (OCLC 1348755)
  • (en) Eileen Lucile Roberts, The Paschal Candelabrum in the Cappella Palatina at Palermo : studies in the art, liturgy, and patronage of Sicily, Campania, and Rome during the Twelfth and Thirteenth Centuries (thèse de doctorat), vol. 1 & 2, Binghamton, Université d'État de New York à Binghamton, coll. « Clarendon studies in the history of art », , 347 p. (OCLC 13834787)
  • (en) Eve Borsook, Messages in mosaic : the royal programmes of Norman Sicily (1130-1187), Woodbridge, Boydell & Brewer, coll. « Clarendon studies in the history of art », , 112 p. (ISBN 978-0-85115-591-3, OCLC 874939998, présentation en ligne)
  • Marie Grégoire, Les plafonds de bois peints de la Chapelle Palatine de Palerme : histoire, restaurations et iconographie, , 338 p.
  • (en + it) Beat Brenk et Fabrizio Agnello (photogr. Giovanni Chiaramonte (it)), La Cappella Palatina a Palermo ~ The Cappella Palatina in Palermo, vol. 1, 2, 3 & 4, Modène, Franco Cosimo Panini (it), coll. « Mirabilia Italiæ » (no 17), , 130 p. (ISBN 978-88-248-0351-9, OCLC 743280013)
  • (it + en) Alessandro Vicenzi (trad. de l'italien par Lyn Minty, ill. Alessandra Marrama, photogr. Giovanni Chiaramonte), La Cappella Palatina a Palermo : The Palatine Chapel in Palermo, Modène, Franco Cosimo Panini, coll. « Mirabilia Italiae », , 3e éd. (1re éd. 2011), 127 p. (ISBN 978-88-570-0398-6).  

Sites externesModifier