Bataille de Verneuil (1424)

1424

La bataille de Verneuil fut une bataille de la guerre de Cent Ans, qui se déroula le , à 2,5 km au nord de Verneuil-sur-Avre et d'Iton , à proximité du château de Charnelles, en Normandie dans le sud du département actuel de l'Eure. Elle opposa une armée franco-écossaise à une armée anglo-bourgignone et se solda par une victoire de l’armée anglaise. C'est une des batailles les plus sanglantes de la guerre de Cent Ans, mais qui reste néanmoins méconnue. D'une durée d'entre 45 minutes et 3 heures elle fera entre 7 000 et 12 000 morts et blessés sur deux armée d'environ 30 000 à 25 000 hommes en tout.

Bataille de Verneuil
Description de cette image, également commentée ci-après
La bataille de Verneuil représentée dans une enluminure du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de Charles VII, vers 1484, BnF, département des manuscrits, ms. Français 5054, fo 32 vo.
Informations générales
Date
Lieu à proximité de Verneuil-sur-Avre (Normandie)
Issue Victoire anglaise décisive
Belligérants
Royaume de France
Royaume d'Écosse
Royaume d'Angleterre
État bourguignon
Commandants
Jean II d'Alençon (Valois)
Jean VIII d'Harcourt
Archibald Douglas
John Stuart
Guillaume II de Narbonne
Gilbert Motier de La Fayette
Jacques de Ventadour
Jean Poton de Xaintrailles
Etienne de Vignolles
Jean de Lancastre
Thomas Montaigu
William de la Pole
Richard de Beauchamp
Thomas de Scales
Robert Willoughby
John Fastolf
William Glasdale
Forces en présence
12 000 à 18 000 hommes 14 000 hommes
Pertes
6 000 morts ou blessés 1 600 morts, blessés ou prisonniers

Guerre de Cent Ans

Batailles

Coordonnées 48° 45′ 18″ nord, 0° 56′ 24″ est
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Bataille de Verneuil
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Bataille de Verneuil
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Bataille de Verneuil

Contexte

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Henri V

Situation en France

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Suite à la bataille d'Azincourt, la noblesse française est décimée. En 1417 l'armée d'Henri V débarque à nouveau à Harfleur comme deux ans plus tôt lors de la campagne qui mènera à Azincourt. La guerre n'est pas une simple chevauché comme sous le temps du prince noir Édouard de Woodstock[1]. Il s'agit d'une vrai guerre de conquête. Caen est prise en septembre 1417 lors du siège de Caen, en octobre Argentan est prise. Falaise est prise en février 1418 comme Vire, en mars l'armée d'Henri V prend la direction de la Manche, Saint-Lô est prise le 12, Carentan et Coutances le 16. En mai l'armée part pour l'Eure et la Seine-Maritime. Évreux est prise le 20 mai 1418, Louviers le 23 juin, Pont-de-l'Arche le 5 juillet, Cherbourg en septembre 1418, Nonancourt en 1418 et est détruite[2] et Rouen en 1419[1],[3],[4]. Seule le Mont Saint-Michel restera français à l'issue de la conquête. Les anglais laissèrent de forte garnisons sur place, selon les sources de l'époque 4500 soldats anglais occupent une quarantaine de places fortes[1]. Entre temps, les bourguignons prennent de nombreuses places sur la route de Paris, bloquant les renforts français entre l'Île-de-France et la Normandie. Jean sans Peur fait d'ailleurs son entré dans la capitale le 29 mai 1419. Contre toute attente, le 11 juin 1419, le duc de Bourgogne décide de se réconcilier avec le dauphin Charles. Charles étant le dernier héritier mâle de son père, suite à la mort de ses frères ainés, Louis de Guyenne et Jean de France à titre d'exemple. Le 11 juillet ils signèrent le traité de Pouilly-le-Fort[5], cependant, la situation s'envenima et lors d'une rencontre sur le pont de Montereau les hommes du dauphin assassinent le duc[6].

Traité de Troyes

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Philippe le Bon suite à l'assassinat de son père devient le nouveau duc de Bourgogne et renoue avec l'alliance anglaise, le meurtre est une occasion en or pour Henri V[1]. Un projet de mariage est formulé entre Henri V et Catherine de France[3], fille du roi Charles VI. Par le Traité de Troyes le dauphin est reconnu illégitime par Isabeau de Bavière[5]. Le traité stipule qu'a la mort de Charles, Henri deviendrait à la fois roi d'Angleterre et de France. Cependant, Henri V mourut avant Charles VI, le 31 août 1422, tandis que Charles VI ce fût le 21 octobre 1422. Le petit Henri VI n'était agé que de 10 mois. Jean de Lancastre duc de Bedford devint régent de France[7] tandis qu'Humphrey de Lancastre devint régent d'Angleterre[1],[3].

Situation en Ecosse

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Depuis 1406 l'Écosse vit une période compliquée. Robert III avait envoyé son fils Jacques Ier en France, mais sur le chemin il fut capturé en rançonné par les anglais qui le gardèrent prisonnier assez longtemps[8]. Jacques accompagna Henri V lors de ses campagnes en France. C'est l'oncle de Jacques Robert Stuart (1er duc d'Albany) qui devint régent, celui-ci fit surtout accélérer la libération de son fils Murdoch Stuart capturé en 1402 à la bataille de Homildon Hill[1],[9]. Murdoch succéda à son père en 1420 pour la régence. Murdoch découvre que les caisses de l'état sont vides et qu'il y a une corruption endémique. Suite au traité de Troyes, le régent fait des manœuvres diplomatiques, ses buts sont les suivants[1] :

 
Jacques 1er d'Ecosse
  • entretenir la Auld Alliance
  • maintenir l'envoi de troupes en France
  • réconcilier armagnacs et bourguignons
  • négocier la libération de Jacques 1er

Malgré qu'il soit prisonnier, Jacques 1er est éduqué en Angleterre pour devenir roi, c'est en tant que captif qu'il rencontre Jeanne Beaufort fille de Jean Beaufort (1er comte de Somerset) avec qui il se mariera et qui deviendra reine d'Ecosse[1],[8]. Lors de sa captivité il sera fait chevalier et deviendra membre de l'ordre de la Jarretière[1]. Henri V espère que la présence de Jacques 1er avec lui fera en sorte que les écossais abandonne le combat en France, mais cela n'a pas marché[1]. En 1423 après la mort d'Henri V Jacques 1er est libéré son mariage avec Jeanne Beaufort est suivit avec intérêt car il rapprocherait les deux royaumes. Il doit s'aquiter d'une rançon de 40 000 livres ainsi que de livrer 21 otages[1]. Le 28 mars 1424 il signe un traité avec l'Angleterre de paix pour une durée de 7 ans mais dis ne pas pouvoir rappeler ses compatriotes en France[1]. Le 13 mai 1424 il est couronné à Scone[1],[8].

La campagne de 1423 - 1424

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Préludes

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Bataille de Baugé

Pour la campagne 1424, le dauphin est assez optimiste et a de grande ambition. Il a pour projet de rejoindre Reims[1], ou il sera effectivement sacré, mais cinq ans plus tard grâce à Jeanne d'Arc[10]. Bedford quant à lui souhaite se débarrasser des derniers points de résistances en Normandie et pousser ses hommes vers le Maine, l'Anjou et la ville de Dreux[1]. Le dauphin a eu des résultats mitigés l'année précédente, entre victoire comme lors de la bataille de Baugé[1],[3], mais aussi des hécatombes notamment pour ses écossais comme lors de la bataille de Cravant[1]. De son côté Bedford qui ne reçoit rien de Londres fait une levé d'impôt pour former 1 200 lances dont 400 sont destinées à la conquête du Maine, de la poudre et des canons, une partie de la somme doit aussi être remise aux ville d'Harfleur et Lisieux pour des ouvrages ? Probablement des bâtiments défensifs[1]. Le 3 mars Bedford s"empare du port du Crotoy. Puis ce fut Compiègne après que Bedford est menacé de faire pendre la garnison si elle ne se rendait pas, Compiègne qui avait été prise par Étienne de Vignolles dit La Hire quelque mois auparavant[1],[3],[10],[11]. Pendant ce temps le comte de Salisbury prend Montaiguillon, et Falstoff et Scales assiègent Beaumont-sur-Sarthe puis Gaillon qui venait d'être prise par les français et qui retombe le 8 juillet. Salisbury assiège Sézanne avec l'aide de bourguignons comme Châtillion, la garnison refusa de se rendre et elle fut tout comme les civiles massacrée[1],[3],[4]. Les français eux aussi assiègent et prennent des villes, c'est le cas de Guercheville qui est prise par l'Amiral de France Louis de Culant.

Un partisan du roi de France Charles VII, Géraud de la Pallière, s'empare par surprise du château d'Ivry à la fin de l'été 1423 en escaladant ses murs avec ses hommes, ce qui entraîne en réaction un siège anglais[1]. Le Château servait au incursion des armagnacs en territoires anglais. Dans Journal d'un bourgeois de Paris, le bourgeois fustige les armagnacs. Le 15 juin Bedford envoya une troupes pour reprendre le château[3]. Peu avant fut réglé le sort du capitaine qui devait pour le compte des anglais assurer la sécurité du château; c'est un bourgeois normand du nom de Pierre Glé, ses terres furent confisqué et il avoua avoir fait preuve de négligence et fut pardonné par Bedford en mars 1424[1]. Les assiégés proposent de se rendre le 15 août (1424) si aucun secours ne leur parvient. Géraud de la Pallière en averti le dauphin qui décide de former une armée pour soutenir les assiégés d'Ivry.

L’armée de Charles VII, constituée d’un fort détachement écossais (7 000 hommes), se réunit à Châteaudun avant de se mettre en route pour les secourir. Selon Pierre de Fénin le dauphin aurait voulu commander lui même l'armée mais son entourage l'en dissuada[1]. C'est Jean II d'Alençon qui commandera l'ost alors qu'il n'est âgé que de 15 ans. Bedford a tenu un conseil avec le duc de Bourgogne et a aussi préparé une armée importante pour affronter celle du dauphin[1].

La campagne sur Verneuil

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Jean de Lancastre, duc de Bedford

Les anglais

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Le 12 août l'ost royal part de Blois et se dirige vers le Perche, en passant par Châteaudun puis Chartres. Bedford quant à lui rassemble son armée à Evreux et Vernon. Le 14 août Bedford se présente devant Ivry et reçoit la rédition de la garnison. Il ne fait pas de prisonnier et libérer les soldats qui partent avec armes et bagages. Bedford s'installe et attend les français. Le 16 Bedord apprend que les français ont pris Verneuil par la ruse, furieux, il marche sur Verneuil[1]. Selon Guillaume Cousinot le Chancelier, Bedford aurait détruit la forteresse d'Ivry après la capture de la ville[1].

Les franco-écossais

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L'armée franco-écossaise avait quitté Tours le 4 août. Le rassemblement se fit le long de la Loire, l'ost était accompagné par des mercenaires lombards et des espagnols aux ordres de Guillaume II de Narbonne[3], qui eux partirent de Tours le 13 août[1].L'armée est réuni en entièreté à Châteaudun, dans la cité les notaires de la ville sont mis à contribution pour écrire les testaments des nobles écossais et placer leur titre en lieu sûr[1]. Par exemple un écossais du nom de Pierre Gaigier laisse un cheval en garde à Chateaudun[1]. La garnison dunoise se joint à l'expédition. L'ost passe par Bonneval, non loin de Chartres qui est tenu par les anglais[1],[2],[3],[5]. L'armée s'arrête à Nonancourt et une messe est donné dans l'église Saint-Martin de Nonancourt. C'est là selon Jean Chartier et Alain Chartier que la décision d'attaquer Verneuil fut faite, en effet, les éclaireurs ayant appris la réddition d'Ivry, ainsi que démontré la trop forte position anglaise, les Français décident de se détourner d’Ivry[1],[2],[3],[4]. Les français sont comme les écossais extrêmement surpris puisque pour eux la réddition aurait du avoir lieu le 15 et non le 14, cette événement est notamment relaté dans la chronique écossaise de la bataille[1],[8].

Prise de Verneuil

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Il leur paraît alors opportun de prendre la ville proche de Verneuil, ville ayant été prise par Henri V en 1417. D'après un document daté de 1423, la ville était sous le capitanat de Thomas de Scales[1]. Selon Jean Chartier et Cousinot, la cité se rend immédiatement car elle appartient par héritage au duc d'Alençon. Les Français y entre le 15 août et font le siège du Château[1]. Déguisant les archers écossais en archers anglais selon le bourgeois de Paris, il force par la ruse la rédition de la garnison. Après la rédition c'est le vicomte de Narbonne qui en reçoit le commandement avec 1000 hommes[1]. Plus tard le bourgeois de Paris affirmera que la garnison fut massacrée. En réalité les anglais purent partir et rejoindre l'ost de Bedford[1],[12].

Les deux armées

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Les commandants

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Côté franco écossais

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Côté anglais

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Les armées

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Franco-écossaise

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John Stuart

Grâce aux états généraux, le dauphin Charles est en mesure de rassembler la plus importante armée française jamais rassemblé depuis la bataille d'Azincourt presque 9 ans plus tôt[1],[3],[4],[5],[6]. Jean de Wavrin un noble bourguignon qui laissera un mémoire de la bataille est très impressionné par la grandeur, mais aussi la beauté de cette armée[1]. D'après Thomas Basin l'armée franco-écossaise quoique imposante manque de dicipline[1]. Les chroniqueur donnes des chiffres assez disparat entre eux allant de 10 000 combattants franco-écossais pour Thomas Basin, à 20 000 pour Jean Chartier. Dans une lettre du 19 août, le duc de Bedford dit avoir battu une armée équivalante à la sienne d'environ 14 000 hommes, chiffre qui doit être probablement le plus proche du nombre réelle de combattants franco-écossais. Le nombre important de soldats français s'explique aussi nous dit Chartier, que le dauphin avait convoqué le ban (c'est à dire la noblesse locale pour faire la guerre) le 15 mai à Jargeau. Cela explique le nombre important de combattants d'Anjou et du Maine outre les mercenaires et la noblesse du Limousin, du Dauphiné et d'Auvergne. On s'est aussi par les sources d'époque que Jean d'Aumale (Jean VIII d'Harcourt) qui gouvernait le Mont-Saint-Michel et qui est un héros du siège du Mont-Saint-Michel, là fait dégarnir pour soutenir l'ost royale[1]. Pour les hommes du Dauphiné, le dauphin avait ordonné à Randon de joyeuse, gouverneur du Dauphiné de lui fournir 200 hommes d'armes, ce qui fut largement fait[1]. Parmi les français qui participèrent à la bataille, on retrouve le futur comte de Dammartin, Antoine de Chabannes[1]. Pour les écossais, contrairement à ce qu'a pu diffuser le film Braveheart, les soldats écossais ne se battaient pas en Kilt au XVe siècle. Les chroniqueur contemporains ont surtout mentionnés le fait que les écossais pour une partie d'entre eux étaient armée de hache, dit hache de Lochaber. Les écossais pour se différencier porte des habits flanqués de la croix de saint André sur fond rouge ou bleu (aujourd'hui sur le Drapeau de l'Écosse)[1],[8]. On apprend par des récits venant de bourgeois d'Orléans qui ont vu les soldats écossais en garnisons chez eux, qu'ils ont adoptés le Longbow, avait des guisarmes, des haches surtout pour les soldats venu des Highlands proche de celle des vikings, en plus d'épée et de haches de Lochaber[1]. En plus des français et des écossais il y a des mercenaires italiens et espagnols. Le dauphin Charles mène des manœuvres politiques avec des alliés traditionnels de la France pour recruter des mercenaires, c'est le cas de la Castille avec qui la France avait signé en 1408 le traité de Valladolid qui créait une alliance anti-anglaise[1]. Les castillants étaient important notamment dans le domaine de la marine, leur marine rivalisait avec celle des anglais et permis de protéger le port de La Rochelle par exemple. Côté italien se sont surtout les milanais qui fournir des troupes, le duché de Savoie restant neutre depuis la guerre civile entre armagnacs et bourguignons[1]. Les lances italiennes se composent comme les françaises, trois hommes, un hommes d'armes, un valet et un page. L'homme d'armes est recouvert d'une armures lourde et le cheval d'un caparaçon métallique. Le nombre de lances est estimé en 400 et 500 lances lombardes[1].

Anglaise

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L'ambassadeur Antonio Morosini[13] estime le nombre de soldats anglais à 6 000 hommes[14],[15], ce qui est la plus basse estimation, la plupart tournant autour des 12 000 à 14 000 hommes[1]. C'est le cas de Jean Chartier qui estime les Anglais entre 13 000 et 14 000 hommes, Enguerrand de Monstrelet donne des informations plus précises, il estime à 1 800 le nombre d'hommes d'armes et à 8 000 le nombre d'archers. L'écart des deux forces est similaire comme en témoignent les lettres de Bedford[1]. L'armée anglaise se compose de plusieurs branches, il y a d'abord la garde, une garde personnelle au duc de Bedford composé de 100 hommes d'armes et 300 archers[1]. Il y a enfin ce qui compose le gros de l'armée, des recrues provenant d'outre-Manche. En juin 420 chevaliers et 1140 archers recrutés en Angleterre furent envoyés compléter les forces du duc de Bedford. Et enfin les hommes de garnison, Bedford en prélève environ 2 000 sur les 4 500 qui se trouvent en Normandie[1]. L'armée anglaise est composée d'un grand nombre de capitaines qui ont charge de 20 à 70 hommes chacun, les capitaines occupent des fonctions en Normandie conquise ou dans le reste du territoire français sous contrôle anglais, c'est le cas de Thomas Maistresson, bailli de Caux, qui commande 5 hommes d'armes et 18 archers, ou Guillaume de Lansar, capitaine de Louviers, qui commande 15 hommes d'armes et 48 archers à cheval[1]. Les capitaines sont majoritairement anglais mais on y trouve des Français acquis à la cause anglaise. Pour les soldats on retrouve bien entendu des Anglais et des Gallois, ainsi que des Normands surtout parmi les troupes détachées de garnison[1].

La Bataille

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Préparatifs

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Avant la bataille, les capitaines français et écossais se sont rassemblés probablement au château de Verneuil, de nombreuses sources historiques mentionnent le fait que on ne s'entend pas sur les question tactiques, stratégique et hiérarchique[1]. Malgré leur rang, ni John Stuart, connétable de France, ni Archibald Douglas, duc de Touraine, ni Jean II d'Alençon, duc d'Alençon, seront commandant en chef de l'armée franco-écossaise. Contrairement aux anglais, l'armée du dauphin est moins soudée, moins disciplinée et à le problème de la barrière de la langue entre français et écossais[1]. Cousinot et Jean Chartier relate le fait que certains capitaine propose de ne pas attaquer directement les anglais, de ne pas leur laisser choisir leur terrain et pouvoir faire un nouvelle Azincourt, Crécy ou Poitiers[1],[3],[4]. Ils proposent au contraire de faire une guerre de poursuite pour affaiblir l'armée anglaise. Bedford ayant dégarnit les villes normandes, pour les capitaines comme le comte de Narbonne ou le comte d'Aumale, il serait plus judicieux de laisser une garnison à Verneuil et de s'emparer d'autre forteresse forçant Bedford à séparer ses troupes et aussi propice à tendre des embuscades qui avait permis de gagner la bataille de Baugé[1],[4]. Les capitaines écossais comme le relate la chronique de la pucelle, veulent comme les jeunes français battre le plus rapidement les anglais et veulent en découdre le plus vite possible[1],[16]. La discussion s'envenima quand des jeunes hommes accusèrent les capitaines qui sont des vétérans de couardise. On décida alors d'envoyer Guillaume de Peliège, un chevalier du Berry[17] pour espionner les mouvements des anglais. Sur le chemin celui-ci rencontre un religieux ayant donné la messe à Bedford et qui lui dit que les anglais sont 14 000 tous d'élites[1],[16],[18],[19]. Bedford avance avec prudence pour éviter que ce reproduise la bataille de la Brossinière, qui avait tellement couté aux anglais[1],[20]. D'après les mémoires de Wavrin, le comte de Suffolk devance Bedford avec 1 600 hommes, force qui sera renforcée par le comte de Salisbury Thomas Montaigu[1],[21]. Le gros de l'armée les suivent, arborant quatre bannières, la bannière de France au trois fleurs de lys portée par Jean de Villiers de L'Isle-Adam, la bannière de saint Georges à la croix de saint Georges symbole de l'Angleterre, la bannière de saint Edouard, la bannière de Bedford et la double bannière de France et d'Angleterre[1]. L'armée anglaise quitte Damville le 17 au matin et atteint Breteuil. Les anglais laissent dans le hameau de Piseux leur artillerie[1].

Déroulement

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Le Régent en vu de la ville envoya un héraut aux français pour fixer les conditions du combat et identifier les morts à l'issue de l'affrontement, c'est Salisbury qui s'y colle, du côté français ça sera Stuart[1]. Stuart défie Salisbury en combat singulier, mais Bedford refuse, selon Jean de Roye (quand il parle des événements politiques de l'enfance de Louis XI) Bedford aurait proposer que Salisbury et Stuart au lieu de se battre, cherche à obtenir la paix[1],[22]. Selon Chartier, Salisbury aurait invité Douglas à boire ensemble, ce que ce dernier refusa en répondant avec arrogance comme retranscrit par Basin "que ce jour-là, ils ne feraient pas d'Anglais prisonniers et qu'ils ne voulaient pas eux vivants, être prisonniers des Anglais"[1],[23],[24].

Après une pause il y eu une longue attente pendant laquelle des jeunes gens furent adoubé comme le fils d'Archibald Douglas, James Douglas. Côté Salisbury prit dieux et selon des témoins aurait jurer de retourner à Jérusalem en pèlerinage, ce qu'il ne pourra pas faire, tuer prématurément au début du Siège d'Orléans[1],[3]. Conformément aux accords pris entre les deux camps, la bataille se jouera sur une plaine, la plaine de Saint-Denis à 2,5 km des murs de la ville de Verneuil[1],[2]. Bedford fit sortir son armée des bois et avança jusqu'au franco-écossais qui étaient étalés et avait sur leur ailes droite la justice, autrement dit le gibet de la ville, et sur l'aile gauche une petite fôret[1]. D'après Martial d'Auvergne les lignes anglaises auraient été au niveau du gibet ce qui est fantaisiste[1],[25]. Une garnison de 3000 hommes sous le commandement d'André de Rambures reste dans la ville de Verneuil avec l'ensemble des bagages[1],[2],[3]. La plaine de Saint-Denis est une étendu plate ne donnant dans aucun des cas un avantage à l'une des parties[1]. Le bois des Entes, situé derrière les troupes anglaises pourrait leur servir en cas de défaite, lors d'une retraite empêchant une poursuite de la cavalerie française[1]. La disposition exacte des armées n'est pas connu, les très nombreuses chroniques se contredisent et les fouilles archéologiques peu nombreuses n'ont pas permis avec précision de savoir quel furent les dispositions des deux armées[1]. Selon Raoulet à l'aile gauche franco-écossaise, il y a 400 lances de cavalerie française conduite par Poton de Xaintraille, le baron de Coulonges et le Roussin[1]. A l'aile droite se trouve les lombards de Valpergue et Le Borgne Caqueran[1],[19]. Au centre les hommes d'armes à pied avec les espagnols du vicomte de Narbonne, la compagnie du comte d'Aumale et celle du duc d'Alençon. Derrière eux se trouve les écossais de Douglas[1],[19]. Alain Chartier dans sa chronique met les lombard à gauche avec en plus comme capitaine Rus et les cavaliers français à droite avec en plus le sire Thionville et le sire d'Estillac[1],[26]. Jean Chartier et Cousinot mentionnent aussi les ailes de cavaleries, mais elle ne sont pas de même taille, ainsi les français sont fort de 300 lances et les lombards de 400 à 500 lances[1],[18],[16].Thomas Basin donne peu de détail tandis que Jean Le Fèvre de Saint-Remy indique que le gros des troupes est à pied et que les dispositifs franco-écossais et anglais se font fasse[1],[2],[24],[27]. Du côté anglais, Bedford ordonne de mettre les chevaux à l'arrière qui seront gardés par des archers et des non combattants, information relater par le bourgeois de Paris et Enguerrand de Monstrelet[1],[28],[29]. Les anglais sont tous à pied, avec au centre les hommes d'armes devant eux une ligne d'archers et sur leur ailes des archers, à l'arrière 2000 archers gardent les chevaux[1],[21],[28]. Pour tous les chroniqueurs, la cavalerie sur les flancs doit jouer le même rôle que lors de la victoire de Gravelle, elle doit contourner les flancs des anglais et réduire au silence ses archers[1],[16],[18],[19],[21],[28]. Le duc de Bedford alla au devant de ses troupes pour leur rappeler leur victoires et leur dire qu'il fallait gagner sur les arrogants soutiens du dauphin, côté français le duc d'Alençon fit de même[1]. La harangue du duc d'Alençon ne fédère pas tous le monde, le baron de Coulonces se retire avec sa troupes non loin des murs de la ville et ne participera pas aux combats[1].

La bataille débute réellement à trois heure de l'après midi, une heure avant selon Wavrin et un tout petit peu après d'après une lettre de Bedford datée du 19 août[1],[21]. Le combat durera entre trois quarts d'heure (selon Wavrin) et trois heures (selon Morosini) et sera sans doute la bataille la plus sanglante de la guerre de Cent Ans avec 7 000 à 12 000 morts et blessés[1],[13],[14],[15],[21]. Après de longues heures d’attente et d’observation, les archers anglais décident de provoquer les Français. Cependant, ces derniers chargent avant que les archers aient pu se fixer sur leurs nouvelles positions, faisant voler en éclats l’aile droite anglaise.

L’une des spécificités qui réduit l’avantage traditionnel des archers anglais, ce sont les armures milanaises pratiquement invulnérables, portées par la cavalerie lombarde. Celles-ci permettent à 2 000 cavaliers de fondre sur plus de 8 000 archers et de les enfoncer pratiquement sans perte.

Au même moment, sur la droite franco-écossaise, les archers écossais s’avancent et engagent un « formidable duel d’archerie », 12 000 archers s’affrontant pendant près de trois quarts d’heure. Plus à droite, les mercenaires espagnols et lombards, contournant ce combat d’archers, s’attaquent aux bagages anglais. Et cette troupe s’éloigne avec son butin.

Plutôt que de protéger ses valets, l’escorte (intacte) des bagages anglais, encouragée par Bedford, contre-attaque victorieusement et bouscule l’aile gauche française, épuisée.

Les Français battent en retraite tandis que les Anglais encerclent les Écossais et les massacrent. Le connétable de France l'Écossais John Stuart, comte de Buchan, son frère cadet Robert, son beau-père Archibald Douglas, 4e comte de Douglas et le fils de ce dernier, James Douglas, sont tués. Découvert sur le champ de bataille, le corps du vicomte Guillaume de Narbonne (conseiller du roi et capitaine des Armagnacs) est écartelé sur ordre des Anglais avant d'être pendu au gibet en raison de sa participation à l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur[30],[29] à Montereau.

Lors de cette bataille, les prises et rançons effectuées par le chevalier John Fastolf lui firent gagner 13 400 livres.

Notes et références

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  1. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao ap aq ar as at au av aw ax ay az ba bb bc bd be bf bg bh bi bj bk bl bm bn bo bp bq br bs bt bu bv bw bx by bz ca cb cc cd ce cf cg ch et ci Philippe Gaillard (ill. Florent Vincent), Verneuil 17 août 1424, les Ecossais au secours de la France, Plougastel, Historic'one edition, , 2e éd., 103 p. (ISBN 978-2-912994-64-0[à vérifier : ISBN invalide])
  2. a b c d e et f B. Guingnier, Histoire de la vallée d'Avre et d'ailleurs, Mesnil-sur-l'Estrée, Les quatre saisons, , 349 p., p. 94 à 98
  3. a b c d e f g h i j k l m et n Jean Favier, La guerre de Cent Ans, Pluriel, (ISBN 978-2-8185-0553-3)
  4. a b c d e et f Boris Bove et Jean-Louis Biget, 1328-1453: le temps de la guerre de Cent Ans, Gallimard, coll. « Histoire de France », (ISBN 978-2-07-279903-7)
  5. a b c et d Brice Rabot, Charles VII, Ellipses, coll. « Collection "Biographies et mythes historiques" », (ISBN 978-2-340-08132-1)
  6. a et b Philippe Contamine, Charles VII: une vie, une politique, Perrin, coll. « Biographies », (ISBN 978-2-262-03975-2)
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  10. a et b Valérie Toureille, Jeanne d'Arc, Perrin, (ISBN 978-2-262-06394-8)
  11. (en) « La Hire », sur JeanneD'Arc Wiki (consulté le )
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  13. a et b Auguste Molinier, « 4073. Antonio Morosini, chroniqueur du XVe siècle », Collections numériques de la Sorbonne, vol. 4, no 1,‎ , p. 226–228 (lire en ligne, consulté le )
  14. a et b Antonio (1365?-1434?) Auteur du texte Morosini, Chronique d'Antonio Morosini : extraits relatifs à l'histoire de France, publiés pour la Société de l'histoire de France / introduction et commentaire par Germain Lefèvre-Pontalis ; texte établi et traduit par Léon Dorez, 1898-1902 (lire en ligne)
  15. a et b « La chronique d'Antonio Morosini », sur www.stejeannedarc.net (consulté le )
  16. a b c et d Pierre (1390?-1456?) Auteur du texte Cochon, Chronique de la Pucelle ou Chronique de Cousinot. (Suivie de) La chronique normande de P. Cochon relative aux règnes de Charles VI et de Charles VII... ([Reproduction en fac-similé]) / publiées... par M. Vallet de Viriville,..., (lire en ligne)
  17. « Actes royaux du Poitou, t. 9 (1447-1456) - MCCXXXIV », sur corpus.enc.sorbonne.fr (consulté le )
  18. a b et c Jean (1385?-1464) Auteur du texte Chartier, Chronique de Charles VII, roi de France. Tome 1 / par Jean Chartier ; nouvelle édition, revue sur les manuscrits... publiée avec notes, notices et éclaircissements par Vallet de Viriville,..., (lire en ligne)
  19. a b c et d Auguste Molinier, « 4141. Chronique dite de Jean Raoulet, dans A. Vallet de Viriville, Chronique de Jean Chartier, III, 142-199 », Collections numériques de la Sorbonne, vol. 4, no 1,‎ , p. 249–249 (lire en ligne, consulté le )
  20. Louis (1881-1948) Auteur du texte Caillet, La bataille de La Brécinière, dite de La Gravelle : d'après une lettre du vainqueur, Jean VIII d'Harcourt, comte d'Aumale (26 septembre 1423 / par M. Louis Caillet,..., (lire en ligne)
  21. a b c d et e Jean de (1400?-1474?) Auteur du texte Wavrin, Anciennes chroniques d'Angleterre , Jean de Wavrin. Français 78 (lire en ligne)
  22. Jean de Roye (1425?-1495?) Auteur du texte, Les croniques du tres chrestien et tres victorieux Loys de Valoys feu roy de France que Dieu absolve, unziesme de ce nom : avecques plusieurs austres adventures advenues, tant en ce royausme de France commes es pays voisins depuis lan mil quatre cens LX jusques en lan mil quatre cens quatrevingts trois inclusivement ([Reprod.]) / [Jean de Roye], (lire en ligne)
  23. Jean (1385?-1464) Auteur du texte Chartier, Chronique de Charles VII, roi de France. Tome 1 / par Jean Chartier ; nouvelle édition, revue sur les manuscrits... publiée avec notes, notices et éclaircissements par Vallet de Viriville,..., (lire en ligne)
  24. a et b Thomas (1412-1490) Auteur du texte Basin, Histoire des règnes de Charles VII et de Louis XI. T. 1 / par Thomas Basin,... ; publ... par J. Quicherat, 1855-1859 (lire en ligne)
  25. Martial d'Auvergne (1430-1508), Cercle de François Le Barbier fils Enlumineur et Jean (1457 ?-1521) Enlumineur Bourdichon, Martial d'Auvergne, Vigiles de Charles VII, 1484-1485 (lire en ligne)
  26. « Lettre d'Alain Chartier », sur www.stejeannedarc.net (consulté le )
  27. Maître aux inscriptions blanches Enlumineur et Jean (1395-1468) Auteur présumé du texte Le Fèvre de Saint-Remy, Jean Le Fèvre de Saint-Rémy, Les fais du noble et vaillant chevalier messire Jacque de Lalain, 1470-1483 (lire en ligne)
  28. a b et c Journal d'un Bourgeois de Paris, 1405-1449 / publié d'après les manuscrits de Rome et de Paris par Alexandre Tuetey, (lire en ligne)
  29. a et b Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, in Choix de chroniques et mémoires sur l'histoire de France, XVe siècle, par J. A. C. Buchon, Panthéon littéraire, A. Desrez, Libraire-Éditeur, Paris, 1836, p. 559. [1]
  30. Contamine, Bouzy et Hélary 2012, p. 1031.

Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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