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Origine du conflitModifier

 
L'empereur Nicéphore entre en Bulgarie ; sa capture par Kroum : illustration de la chronique de Jean Skylitzès.

Au début du IXe siècle, la péninsule balkanique est partagée en deux. L'intérieur des terres est dominé par les Slaves établis en sklavinies et les Bulgares qui ont fondé un embryon d'Empire alors dominé par Krum. Les littoraux, surtout en Grèce restent aux mains de l'Empire byzantin qui ont pour ambition de rétablir leur domination au sud du Danube. Sous Irène l'Athénienne puis sous son successeur Nicéphore Ier, les Byzantins parviennent peu à peu à stabiliser la frontière, à soumettre les Slaves dans certaines régions (notamment le Péloponnèse) et à structurer leurs possessions par la création de thèmes, des circonscriptions civiles et militaires dont le chef, le stratège, peut lever des armées constituées de paysans-soldats, assurant une défense efficace. Nicéphore Ier s'active aussi à repeupler les zones frontières de familles byzantines venues d'autres régions de l'Empire, y compris par la force. Il espère créer les conditions d'une reconquête effective et d'une soumission des Slaves et des Bulgares. Si, au début de son règne, la menace d'Haroun ar-Rachid l'oblige à masser ses troupes en Anatolie, dès 807, il commence à réunir une armée à Andrinople mais la menace d'un complot pouvant le renverser le contraint à revenir à Constantinople.

Du côté des Bulgares, c'est Krum qui s'impose à la tête de leur proto-empire. L'absence de sources bulgares complique l'appréhension de la situation mais il apparaît que Krum est parvenu à s'allier à la fois à des tribus slaves mais aussi aux Avars. Ces derniers ont fondé un Empire en Europe centrale qui est brisé Charlemagne au début du VIIIe siècle. Les survivants se dispersent alors et certains rejoignent les Bulgares, renforçant leurs capacités militaires. En outre, Krum semble avoir joué un rôle important dans la consolidation des structures politiques et administratives de l'Empire bulgare qui sont alors embryonnaires[3].

A partir de 809, la mort d'Haroun ar-Rachid et les troubles internes qui s'ensuivent au sein du califat abbasside permettent aux Byzantins de se concentrer sur la reconquête des Balkans. Ils peuvent s'appuyer sur une ligne de fortifications, comprenant les villes de Serdica, Andrinople, Philippopolis et Develtos et, en 809, une campagne est en cours de préparation. Néanmoins, Krum prend les devants et attaque la garnison de Serdica qui est vaincue et massacrée. La ville est rasée. Nicéphore Ier contre-attaque, pénètre en territoire bulgare jusqu'à la capitale de Krum, Pliska, qui est prise et ravagée. Néanmoins, il ne peut pousser plus loin son avantage car son armée, constituée des régiments impériaux de l'armée centrale, se mutine. Elle proteste contre des retards dans le paiement des soldes et refuse de reconstruire Serdica, une tâche que les soldats estiment subalterne. Nicéphore est contraint de se replier.

En 811, Nicéphore prépare une nouvelle campagne de grande envergure. Cette fois ci, il semble avoir l'ambition d'écraser et de soumettre les Bulgares pour rétablir la domination impériale sur une large partie des Balkans. Pour cela, il réunit à la fois les tagmata, c'est-à-dire les régiments impériaux qui sont la composante professionnelle ou permanente de l'armée byzantine, mais aussi des contingents thématiques, des forces locales recrutées en fonction des besoins parmi les thèmes, les circonscriptions administratives et militaires de l'Empire. Il est difficile de connaître les effectifs de cette armée mais il pourrait bien s'agir d'un des plus grands regroupements de forces depuis plusieurs décennies. Des auteurs comme Warren Treadgold estiment qu'elle comprend près de 70 000[4]. Paros Sophoulis est bien plus prudent et estime que l'armée byzantine comprend au mieux 20 000 hommes. Il considère que l'Empire n'a pas les moyens logistiques d'assurer le ravitaillement d'une force plus importante[5]. Dennis Hupchick défend une position médiane. Selon lui, le chiffre de 60 000 ou 70 000 hommes est possible mais il incorpore un grand nombre de non-combattants ou de combattants irréguliers en quête de butin. Les forces réellement combattantes seraient alors autour de 25 000, peut-être 30 000[6]. Enfin, Nicéphore est accompagné des plus hauts dignitaires de l'Empire dont son fils et co-empereur, Staurakios, son beau-fils Michel Rhangabé, le magister Théoctiste, le préfet de Constantinople ou encore Aetios, l'ancien homme fort d'Irène l'Athénienne qui a précédé Nicéphore sur le trône. La présence d'autant de membres de l'aristocratie peut à la fois s'expliquer par sa volonté de les garder sous contrôle et prévenir tout complot mais peut-être veut-il aussi les impressionner par ce déploiement de force[4].

L'empereur quitte Constantinople en mai. Le 10 juillet, il établit son camp à Marcellæ (en) (Μαρκέλλαι, Маркеле) près de sa frontière avec la Bulgarie. Krum se trouve dans une situation précaire car l'Empire carolingien mène aussi des opérations dans l'ancien territoire des Avars au nord du Danube, ce qui représente une autre menace pour les Bulgares. Il tente de négocier la paix avec Nicéphore mais celui-ci, sûr de son fait, refuse[7]. L'empereur byzantin divise ensuite son armée en plusieurs colonnes pour empêcher les Bulgares de connaître ses intentions précises et de se regrouper en un point précis qui aurait bloqué la progression byzantine. Il semble que le système défensif bulgare est alors composé d'une première ligne de retranchements gardés par des tribus slaves et bloquant les principales voies de passage. Si cette ligne est brisée, la capitale Pliska est défendue par des fortifications tandis que les Bulgares peuvent utiliser leur cavalerie pour harceler l'adversaire[8].

Deux forces armées byzantines pénètrent le territoire bulgare. La première, qui se subdivise probablement en de plus petites colonnes, passe directement par les montagnes tandis que la deuxième suit le littoral. Les Bulgares ne sont pas en mesure de s'opposer sur autant de fronts et les Byzantins progressent sans rencontrer de réelle résistance. La stratégie de Krum est difficile à connaître mais il pourrait avoir gardé ses troupes en retrait dans l'attente d'une occasion plus propice, tout en laissant croire à Nicéphore que la partie est gagnée[9]. Selon Théophane le Confesseur, il laisse un corps de troupes pour comme arrière-garde, prétendument composé de 12 000 hommes d'élite. Ce chiffre est certainement exagéré mais, quoi qu'il en soit, il est écrasé par les Byzantins qui peuvent pénétrer à nouveau dans Pliska. Des renforts, exagérément estimés à 50 000 hommes selon Théophane sont envoyés mais eux aussi sont vaincus[10].

Nicéphore Ier et son armée ont soumis les populations locales autres que grecques, à des brutalités si atroces qu'elles frappaient même les chroniqueurs byzantins. Ils ont tué Bulgares, Slaves et Thraco-romains avec femmes et des enfants, sans scrupule ni distinction. La capitale bulgare Pliska fut livrée au pillage et au feu : Nicéphore Ier s'appropria tout le butin et, selon Théophane le Confesseur il coupa les oreilles et d'autres membres des soldats qui osèrent réclamer leur part.

Michel le Syrien, le patriarche des jacobites syriens au XIIe siècle, décrit dans sa Chronique les atrocités de Nicéphore Ier : « Nicéphore, l'empereur des Romains marcha contre les Bulgares : il fut victorieux et en tua un grand nombre. Il parvint jusqu'à leur capitale, s'en empara et la dévasta. Sa sauvagerie alla à ce point qu'il fit apporter leurs petits enfants, les fit étendre à terre et fit passer dessus des rouleaux à battre le grain. »

Abattu par les malheurs de ses sujets, le khan Kroum réitère sa proposition de paix. Selon le chroniqueur Théophane le Confesseur, il aurait déclaré : « Et voilà, tu as vaincu. Prends tout ce que tu veux et va-t'en en paix. » Nicéphore Ier se moque du khan bulgare et ordonne la mise à feu et la destruction de son palais. Kroum déclare alors « Si tu ne veux pas la paix, tu vas tomber sous l'épée » et mobilise tous ses gens, y compris les femmes et les jeunes garçons, afin de bouter Nicéphore et son armée hors de Bulgarie.

Bataille et mort de l'empereur NicéphoreModifier

 
Schéma de la bataille.

Pendant que Nicéphore et son armée sont occupés par la mise à sac de la capitale bulgare, Kroum mobilise ses troupes pour préparer des embuscades dans les défilés des Balkans. Pendant son retour vers Constantinople, l'empereur grec apprend ces préparatifs. Inquiet, il répète plusieurs fois à ses compagnons : « Même si nous avions des ailes nous ne pourrions pas échapper au péril. »[11]

À l'aube le les Byzantins sont piégés entre les douves et les barricades de bois dans le défilé de la Vărbitza (en). Dans la bataille, Nicéphore Ier est tué ainsi qu'une grande partie de sa garde et une partie de son armée, dont les légionnaires sont soit noyés dans le fleuve proche, soit tués quand leurs barricades sont mises à feu. Le fils de Nicéphore et héritier du trône, Stavrakios, est mis en sécurité par la garde impériale. Son règne sera court : paralysé par une blessure d'épée au cou[12], il meurt quelques mois après la bataille.

Selon la légende, le khan bulgare Kroum a fait couvrir d’argent le crâne de l'empereur pillard Nicéphore pour s’en servir comme d'une coupe à boire.

Notes et référencesModifier

  1. Ivanov, Ivo (June 2007). "The Address of a Victory". Bulgarian Soldier. 6: Online Edition (in Bulgarian).
  2. Scriptor Incertus, pp. 148–49
  3. Sophoulis 2012, p. 180-183.
  4. a et b Treadgold 1988, p. 170.
  5. Sophoulis 2012, p. 197-199.
  6. Hupchick 2017, p. 80.
  7. Sophoulis 2012, p. 200.
  8. Sophoulis 2012, p. 201.
  9. Sophoulis 2012, p. 201-202.
  10. Sophoulis 2012, p. 202-203.
  11. Theophanes Confessor. Chronographia, pp. 489–92
  12. Ioannes Zonaras. Epistome historiatus, p.373

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Chronique de Michel le Syrien, éd. par J.–B. Chabot, t. III, fasc. I, Paris, 1905, p. 17.
  • Theophanes the Confessor, Chronicle, Éd. Carl de Boor, Leipzig.