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Anita Conti

océanographe et photographe française
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Anita Conti
Photo noir et blanc d'une jeune femme de face, sur un bateau, devant la mer
Anita Conti, dans les années 1930.
Naissance
Ermont (France)
Décès (à 98 ans)
Douarnenez (France)
Nationalité française
Domaines océanographe

Anita Béatrix Marthe Conti, née Caracotchian le à Ermont (France)[1] et morte le à Douarnenez[2], est une océanographe et photographe française.

Anita Conti fut la première femme océanographe française. Entre les deux guerres mondiales, elle commença à dresser les premières cartes de pêche, alors qu'on ne disposait que de cartes de navigation. Son activité scientifique contribua à rationaliser les pratiques de pêche hauturière. Mais dès les années 1940, elle s'inquiéta des effets de la pêche industrielle sur les ressources halieutiques. Elle est également la marraine de l'Estran Cité de la mer, un musée consacré à la mer et à la pêche situé à Dieppe.

Sommaire

BiographieModifier

EnfanceModifier

 
Vue aérienne de l'île d'Oléron ; au premier plan, l'estuaire de la Seudre.

Anita Conti est la fille de Léon (Leven) Caracotchian, médecin accoucheur, d'origine arménienne[3], et Alice Lebon[4]. Elle voyage en suivant ses parents à travers l'Europe. En Bretagne et en Vendée, elle embarque régulièrement avec des pêcheurs qui lui donnent le goût de la mer[5].

En 1914, à l'aube de la guerre, la famille se réfugie sur l'île d'Oléron[6], où la jeune fille s'adonne à la voile, la lecture, et réalise ses premières photographies.

DébutsModifier

 
Bateau de pêche d'Alaska avec morue et flétan.

Après la guerre, Anita Caracotchian s'installe à Paris où elle excelle dans le métier de relieuse d'art. Elle se marie en 1927 avec le diplomate Marcel Conti et continue de passer énormément de temps sur les bateaux de pêche, et à lire pour tout savoir de la mer : faune et flore, histoire, etc.

Elle publie des articles dans la République, embarque sur les harenguiers ou voiliers-morutiers pour vivre le quotidien des travailleurs de la mer. Elle observe, photographie, et prend des notes.

Comme journaliste et spécialiste du monde de la pêche, elle prend part à plusieurs campagnes, du Golfe de Gascogne à Terre-Neuve. Son objectif sera alors de dresser, pour les professionnels de la mer, des cartes des zones de pêche, œuvre jamais réalisée à l'époque. Anita Conti observe alors un certain nombre de paramètres (température de l'eau, salinité, etc.) et leur influence sur les populations de poissons. Remarquée par ses articles sur les richesses marines dans des revues féminines, elle est embauchée en 1934 par Édouard Le Danois à l'Office scientifique et technique des pêches maritimes (OSTPM), comme « responsable de la propagande »[7].

Des conclusions alarmantesModifier

 
Terre-neuvas au musée de Fécamp.

En 1939, Anita Conti embarque pour les régions arctiques à bord du chalutier-morutier Viking, pour une durée de pêche de trois mois, au-dessus du 75e parallèle. Elle tire alors des conclusions très alarmistes quant à la surexploitation des océans et les conséquences d'une pêche à outrance. Donnant naissance à une prise de conscience sur les problèmes environnementaux, elle montre que la mer n'est pas une ressource inépuisable.

De novembre 1939 à janvier 1940, elle embarque sur les dragueurs de mines en Manche et en mer du Nord. Première femme militaire à bord des navires de la Royale (Marine nationale française), elle prend une part active aux opérations de déminage à Dunkerque[8]. En mai 1940, elle prend part à l'évacuation de la poche de Dunkerque[9].

En 1941, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle embarque sur un chalutier qui fuit vers les rivages africains pour continuer la pêche et nourrir les populations, la pêche étant impossible en Atlantique Nord, du fait de la guerre[8]. Pendant deux ans, d'un chalutier à l'autre, elle observe les pêcheurs français le long des côtes sahariennes et africaines, où ils découvrent des espèces de poissons inconnues en France. Elle n'a de cesse de continuer à augmenter les cartes sur les zones de pêche, tout en s'intéressant aux techniques de pêches locales.

En 1943, le Gouvernement d'Alger lui commande une recherche sur les ressources de poissons de l'Afrique de l'Ouest, ainsi qu'une étude pour développer la pêche traditionnelle. Pendant 10 ans, elle va étudier, tant en Mauritanie qu'au Sénégal, en Guinée ou en Côte d'Ivoire, la nature des fonds marins, les rivages, les estuaires, les différentes espèces de poissons et leur valeurs nutritives, pour pallier les carences en protéines des populations locales[10].

Petit à petit, elle améliore les techniques de conservation, les méthodes de pêches, installe fumeries et pêcheries, et fonde même une pêcherie expérimentale de requins[4].

Les institutions françaises ne soutenant plus ses initiatives, elle crée sa propre entreprise en Guinée, à Conakry, dans le but de toujours poursuivre ses recherches, favoriser la pêche locale et améliorer le régime alimentaire des populations. Mais les difficultés s'accumulent, de violentes tempêtes détruisent ses installations, et dans les années 1950, Anita Conti rentre en France.

En 1952, elle s'embarque pour une saison de pêche de cinq mois à Terre-Neuve, trouvant toujours courageux ces gens qui effectuent leur travail dans la fureur des éléments, œuvrant à l'entretien du matériel, à trier, nettoyer et saler le poisson, à des milliers de kilomètres de leur foyer. Mais, malgré cette admiration sans limite, elle reste lucide et s'affole des 1 000 tonnes de morues salées ramenées.

Continuant sans relâche ses études, elle s'implique encore davantage contre la malnutrition ainsi que pour la sauvegarde de la richesse halieutique et pour un développement de la pêche en harmonie avec la mer[8].

En 1953, elle publie Racleurs d'Océans pour témoigner de la campagne de pêche du chalutier Bois rosé, du port de Fécamp, et en 1957 Géants des mers chaudes où elle rapporte son expérience en Afrique[11].

Une femme qui reste une pionnièreModifier

 
Aquaculture.

Anita Conti s'indigne du gaspillage à bord des bateaux alors que tant de gens meurent de faim ailleurs. Elle fait alors campagne pour la réutilisation des « faux-poissons », c'est-à-dire les indésirables, souvent rejetés morts à la mer, et tente de faire connaître des espèces peu connues, comme le poisson-sabre[8]. Elle essaie aussi de voir comment munir les bateaux de systèmes de capture sélectifs.

Dans les années 1960, elle se fait également pionnière de l'aquaculture en proposant d'élever des poissons pour la consommation des populations et le repeuplement du milieu marin[8]. Elle élève, sur la côte adriatique, des poissons en milieu naturel, dans des cages immergées, et en Mer du Nord, implante des fermes aquacoles.

En 1971, elle publie L'Océan, les bêtes et l'homme, où elle établit le bilan de ses recherches quant aux conséquences de l'activité humaine sur l'océan.

De conférence en colloque, elle restera un témoin privilégié du monde marin. Elle fut la première en France à partager la vie des terre-neuvas, et la première femme océanographe.

PostéritéModifier

Son fils adoptif, le plasticien Laurent Girault-Conti[12], a légué un fonds photographique de 45 000 clichés en noir et blanc aux ports de Fécamp, Douarnenez puis à la ville de Lorient en 2004[13]. L'association « Cap sur Anita Conti » se charge de numériser 28 000 de ces clichés et d'organiser des expositions jusqu'au 14 mai 2014, date de sa dissolution[14].

Anita Conti fut également la marraine de l'Estran Cité de la mer, à Dieppe, lors de son inauguration en 1993[15].

Les écoles primaires publiques de Plouescat, Plouzané, et Saint-Avé, l'école primaire de Gâvres, le groupe scolaire public de La Ferrière (Vendée), le collège du quartier de Kerolay à Lorient, un collège de Saint-Nazaire, le lycée professionnel maritime de Fécamp[16] ainsi que le lycée d'enseignement général et technologique de Bruz portent le nom « Anita Conti. »

La médiathèque de Beaucouzé en Maine-et-Loire porte son nom.

Une place porte son nom à Ermont, dans le Val-d'Oise, sa ville natale.

La drague aspiratrice en marche du Grand port maritime de Bordeaux porte également le nom Anita Conti. Le navire de 89,70 m de long et 3 704 UMS de tonnage est entré en service en juillet 2013.

Google lui rend hommage 120 ans après sa naissance le 17 mai 2019[17].

ŒuvresModifier

  • Racleurs d'océans, Paris, 1953 (éd. André Bonne), 1993 ; éd. Payot & Rivages, 1998 (ISBN 2228895911)[18]
  • Géants des mers chaudes, Paris, 1957 (éd.André Bonne) ; éd. Payot & Rivages, 1997 (ISBN 2228890936)[8]
  • L'Océan, les Bêtes et l'Homme ou l'ivresse du risque, 1971 (éd. André Bonne) ; éd. Payot & Rivages, Paris, 1999 (ISBN 2228895970)[18]
  • La route est si longue avant la nuit (anthologie inédite de l'oeuvre poétique d'Anita Conti), Fécamp, Collège Jules Ferry, 1996
  • Les Terre-neuvas, éd. du Chêne, Paris, 2004 (ISBN 2842775422)[19]
  • Le Carnet viking - 70 jours en mers de Barents (juin-septembre 1939), préface de Catherine Poulain, introduction de Laurent Girault-Conti, éd. Payot, Paris, 2018 (ISBN 2228920282)

Les photographies d'Anita Conti sont représentées et consultables à l'Agence et à la Galerie Vu, Paris[20],[21],[22].

Expositions de reliures d'artModifier

FilmographieModifier

  • Racleurs d'océans, d'Anita Conti (Cinémathèque de Bretagne, 1953, 20 min)[25]
  • Anita Conti, la dame de la mer, de Jean-Paul Lussault (France 3 Normandie, 1992, 33 min)[26],[8].
  • Anita Conti, femme océan, de Babeth Si Ramdam (Cap sur Anita Conti, 1995, 26 min)
  • Anita Conti et les Racleurs d'océans, de Gérard Vincent (Ifremer, 1995, 11 min)[27]
  • Anita Conti, une vie embarquée, de Marc Gourden (France 3 Normandie, 2010, 52 min)

Les films tournés par Anita Conti, notamment Racleurs d'Océans, sont déposés et consultables à la Cinémathèque de Bretagne à Brest.

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. AD 95, Ermont, 3E65 23, acte de naissance n° 33, vue 173/224
  2. « Anita Conti est entrée dans la légende de Douarnenez », sur Le Telegramme, (consulté le 17 mai 2019)
  3. http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers16-10/010056734.pdf
  4. a et b Georges Kévorkian, « Anita Conti : un regard sur la mer », AZAD magazine n° 146,‎ 2e trimestre 2014, p. 26-27 (lire en ligne)
  5. Anita Conti, L'Océan, les bêtes et l'homme ou l'ivresse du risque, Payot, , p. 7
  6. Lefebure, Nadine., Femmes océanes : les grandes pionnières maritimes, Glénat, (ISBN 272341812X et 9782723418126, OCLC 34431647, lire en ligne)
  7. Anita Conti (1899-1997), site IFREMER, 3 novembre 2009
  8. a b c d e f g et h https://www.franceinter.fr/oeuvres/geants-des-mers-chaudes.
  9. René Moniot Beaumont, Histoire de la littérature maritime, La Découvrance, , p. 374
  10. Chapitre.com
  11. « Anita Conti, la dame de la mer (1899-1997) », sur France Culture (consulté le 18 mai 2019)
  12. « Le fils adoptif d'Anita Conti porte sa mémoire », Ouest France, 23/10/2013.
  13. Gildas Jaffré, « Cinq ans pour sauver les photos d'Anita Conti », Ouest France,‎ (lire en ligne)
  14. « Anita Conti. Cap sur la dissolution de l'association », sur Le Telegramme, (consulté le 17 mai 2019)
  15. « Anita Conti, marraine de l’ESTRAN Cité de la Mer » (consulté le 17 mai 2019)
  16. « LYCEE AQUACOLE ANITA CONTI FECAMP • ATELIER FERET & FRECHON ARCHITECTES », sur ATELIER FERET & FRECHON ARCHITECTES (consulté le 18 mai 2019)
  17. https://www.huffingtonpost.fr/entry/anita-conti-mise-a-lhonneur-par-google-pour-les-120-ans-de-sa-naissance_fr_5cde6247e4b09e0578014691.
  18. a et b « Anita Conti femme-océan »
  19. « Anita Conti Les Terre-Neuvas »
  20. https://www.agencevu.com/photographers/photographer.php?id=98.
  21. https://galerievu.com/detail_exposition.php?id_exposition=170&id_photographe=33.
  22. https://galerievu.com/artiste.php?id_photographe=33.
  23. a et b http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Musees/Nos-musees/Valorisation-des-collections/Les-femmes-artistes-sortent-de-leur-reserve/Icones/Conti-Anita
  24. « lartvivant-1933-n173-ma-fr—0066 | Bibliothèque des arts contemporains, modernes et archives des arts décoratifs », sur www.findartdoc.com (consulté le 17 mai 2019)
  25. « Racleurs d’océans » (consulté le 18 mai 2019)
  26. « Géants des mers chaudes - Anita Conti - SensCritique », sur www.senscritique.com (consulté le 18 mai 2019)
  27. « Anita Conti », sur L'Ifremer en vidéos (consulté le 18 mai 2019)

Voir aussiModifier