Affaire Fiona

affaire criminelle française

Affaire Fiona
Titre Affaire Fiona Chafoulais
Fait reproché infanticide
Chefs d'accusation Assassinat
Pays Drapeau de la France France
Date
Nombre de victimes 1 : Fiona Chafoulais
Jugement
Statut Affaire en appel (pour la troisième fois)
Tribunal première instance : Cour d'assises du Puy-de-Dôme à Riom ; en appel : Cour d'assises de la Haute-Loire au Puy-en-Velay (octobre 2017, février 2018), Cour d'assises du Rhône à Lyon (janvier 2020)
Date du jugement en première instance
Recours jugement en appel le à la cour d'assises de Haute-Loire au Puy-en-Velay, annulé le par la Cour de cassation

L’affaire Fiona est une affaire de maltraitance sur mineure et d'infanticide survenue en France en 2013[1].

À l'issue d'un quatrième procès en à Lyon, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont condamnés respectivement à 20 ans et 18 ans de réclusion.

ContexteModifier

En France, une étude de de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales fondée sur l'exploitation des données du casier judiciaire a établi que 70 % des meurtres d'enfants sur la période de 1996-2015 sont perpétrés par une femme, et que dans 72 % des cas l'enfant victime a un lien familial avec son bourreau[2].

Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, a une enfance mouvementée : divorce de ses parents alors qu'elle a cinq ans, parcours scolaire moyen. Avec son compagnon Nicolas Chafoulais, le père de Fiona et Eva, elle sombre dans la toxicomanie[3]. Après sa rupture en 2011 avec Nicolas Chafoulais, Cécile Bourgeon poursuit une vie désordonnée, entre dépendance et liaisons sentimentales sans lendemain. Elle est victime de viol par Adel Souissi le , soit un an avant la disparition de la fillette[4]. Elle aurait, d'après ses avocats, « sombré après ce viol, notamment dans une toxicomanie pathologique » (héroïne, cocaïne et haschich)[5]. C'est après cet épisode, qu'elle se met en couple avec Berkane Makhlouf, un homme au parcours désordonné, décrit par des témoins comme violent, pervers et paranoïaque[6]. Ce dernier, né d'un père algérien mort dans sa jeunesse[7], est originaire de Nevers[7]. Il grandit au sein d'une famille nombreuse et sa mère est malade et dépassée[7], ce qui conduit Berkane à être accueilli en foyer d'accueil puis à se retrouver à la rue[7]. Il vit de trafic de drogue. Connu des services de police pour des faits de violence et d'usage de drogues[7], il est surnommé « poubelle à drogues » à Clermont-Ferrand. Il est également connu pour être jaloux et possessif. Il a avec Cécile un garçon prénommé Bilal, né en , avant leur interpellation[7].

Déroulement des faitsModifier

La fillette âgée de cinq ans est déclarée perdue le par sa mère à Clermont-Ferrand. Cécile Bourgeon et son compagnon font croire à la télévision à un enlèvement[1] avant d'avouer quatre mois plus tard que Fiona a été battue à mort avant d'être enterrée[8]. Le corps de la fillette n'a pas été retrouvé, les accusés ne se rappelant plus le lieu d'inhumation et certains témoins ayant vu Berkane jeter un grand sac-poubelle dans le local à poubelles[9].

D'après les déclarations de sa mère, Fiona est prise de nausées, vomissements et de douleurs abdominales la veille de sa mort. L'experte-légiste venue témoigner au procès privilégie l’hypothèse d’une mort consécutive à un traumatisme de l’abdomen, deuxième cause de mortalité dans les cas de maltraitance chez les enfants. Sans toutefois s'avancer sur les causes exactes de la mort, elle confirme que « l'enfant était victime de maltraitances »[10].

ProcèsModifier

Première instanceModifier

Lors d'un premier procès ayant eu lieu le [1], Cécile Bourgeon est acquittée sur le fond mais est condamnée à cinq ans de prison pour non-assistance à personne en danger, modification d'une scène de crime et dénonciation mensongère de crime[9]. Berkane Makhlouf est condamné à 20 ans de réclusion pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et non-assistance à personne en danger[9]. Le parquet fait appel[9].

Deuxième et troisième procès en appelModifier

Le , Me Khanifar, l'avocat de Berkane Makhlouf, est accusé de subornation de témoin par l'avocate Marie Grimaud qui représente en partie civile l'association Innocence en danger. Les avocats de la défense Me Khanifar et Me Portejoie décident de quitter l'audience[11]. Ce deuxième procès est interrompu et les magistrats prononcent un renvoi du procès en appel pour , après une demande formulée par la défense[12].

Le , Cécile Bourgeon et son compagnon Berkane Makhlouf sont tous deux condamnés à 20 ans de réclusion criminelle en appel. Ils sont reconnus coupables de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de 5 ans, en réunion, et par ascendant pour Cécile Bourgeon, par personne disposant de l'autorité parentale pour Berkane Makhlouf[9].

Le père de Fiona, Nicolas Chafoulais, exprime son soulagement devant cette décision de justice[13].

Pourvoi en cassationModifier

La mère de la fillette et Berkane Makhlouf se pourvoient en cassation[14]. À la suite d'une requête en inscription de faux déposée par deux associations de la partie civile, le pourvoi est renvoyé en [15]. Le pourvoi de la défense critiquait de possibles relations amicales entre le juge et les parties civiles, pouvant mettre en danger son impartialité, ainsi que le fait que, selon les procès-verbaux d'audience, la défense n'avait pas eu la parole en dernier lors d'une demande de renvoi et que le juge n'avait par la suite pas motivé le refus du renvoi ; les parties civiles quant à elles contestaient la véracité des procès verbaux utilisés, d'où leur requête en faux [16]. L'enjeu de ce pourvoi étant que si la condamnation en appel était cassée, c'est la condamnation en première instance, plus légère et déjà purgée, qui s'appliquerait à la mère, signifiant sa libération immédiate pour comparaitre à un nouveau procès.

Le , la Cour de cassation annule la condamnation de Cécile Bourgeon, qui comparait libre pour son quatrième procès, ayant déjà purgé la peine prononcée en première instance[17].

Quatrième procèsModifier

Le quatrième procès est repoussé à de multiples reprises.

Initialement prévu en à la Cour d'assises du Rhône à Lyon[18], il est reporté une première fois du fait de l'accouchement imminent de Cécile Bourgeon. En effet, elle a eu un quatrième enfant en avec un ancien détenu avec qui elle correspondait pendant sa détention[19].

Le procès est alors reporté à fin [20], mais il est de nouveau reporté suite au confinement décidé à la suite de la pandémie de Covid-19 en France.

Ce quatrième procès se tient finalement du au [21],[22], où le tribunal condamne Cécile Bourgeon à 20 ans de prison et Berkane Makhlouf à 18 ans de prison[23].

Notes et référencesModifier

  1. a b et c « Le procès de l'affaire Fiona », LExpress.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 11 février 2018)
  2. « Pourquoi les auteurs de meurtres d'enfants sont majoritairement des femmes? », sur www.20minutes.fr
  3. Geneviève Colonna d'Istria, « Affaire Fiona : Cécile Bourgeon, le chaos d'une vie », sur lepoint.fr,
  4. « 12 ans de réclusion pour le violeur de la mère de la petite Fiona », sur 20minutes.fr,
  5. « La mère de Fiona quitte sa prison pour assister au procès de son violeur présumé », sur L'Express,
  6. K.T avec Valentin Pasquier, « Affaire Fiona. Berkane Makhlouf : un homme “ violent, pervers et paranoïaque” », sur france3-regions.francetvinfo.fr,
  7. a b c d e et f Procès Fiona : Berkane Makhlouf, une vie d'errance et de violences, Geneviève Colonna d'Istria, lepoint.fr, le 14 novembre 2016.
  8. « Procès Fiona : la mère et le beau-père condamnés en appel à vingt ans de prison », sur Lemonde.fr,
  9. a b c d et e « Affaire Fiona : Berkane Makhlouf et Cécile Bourgeon condamnés à 20 ans de réclusion criminelle », France 3 Auvergne,‎ (lire en ligne, consulté le 11 février 2018)
  10. « Affaire Fiona. « Cette enfant était victime de maltraitances » »,
  11. « Le procès Fiona va-t-il se poursuivre après l'incident d'audience ? », sur Leparisien.fr,
  12. « Le procès Fiona renvoyé à janvier 2018 après un incident entre avocats », sur Leparisien.fr,
  13. « Cécile Bourgeon a la peine qu'elle mérite, estime Nicolas Chafoulais », sur RTL, 11 février 2018
  14. « Affaire Fiona : Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf se pourvoient en cassation », sur Europe 1,
  15. Olivier Vidal, « Affaire Fiona : les pourvois en cassation de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf renvoyés au 20 février », sur France Bleu,
  16. « Affaire Fiona : pourquoi la décision sur un quatrième procès a été reportée », sur leparisien.fr
  17. « Affaire Fiona : Cécile Bourgeon va sortir de prison », sur L'Obs,
  18. « Affaire Fiona : Cécile Bourgeon sera jugée une quatrième fois à Lyon en janvier 2020 », sur 20 minutes,
  19. Dominique Rizet et Jérémy Maccaud, « Cécile Bourgeon enceinte : le prochain procès de l'affaire Fiona risque-t-il d'être reporté ? », BFM TV,
  20. « Affaire Fiona : Cécile Bourgeon est enceinte, son quatrième procès repoussé », sur 20 minutes,
  21. Geoffroy Tomasovitch, « Affaire Fiona : la mère et le beau-père de la fillette seront rejugés en décembre », sur leparisien.fr, (consulté le 4 juillet 2020)
  22. « À Lyon, un quatrième procès Fiona », sur lefigaro.fr (consulté le 11 décembre 2020)
  23. « Affaire Fiona : Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf coupables, condamnés à 20 ans et 18 ans de prison », sur France Bleu,

Documentaires télévisésModifier

Émission radiophoniqueModifier

  • « L'affaire Fiona » le , « Affaire Fiona : le procès inachevé » le et « Fiona : le dernier procès ? » le dans L'Heure du crime de Jacques Pradel sur RTL.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier