Culture de Xinglongwa

culture néolithique du Nord-est de la Chine
(Redirigé depuis Xinglongwa)

La culture de Xinglongwa (興隆洼文化), de 6 200 à 5 200 avant notre ère[1], est la plus ancienne culture néolithique connue du Nord de la Chine [2]. On la trouve principalement sur les limites actuelles des provinces de Mongolie-Intérieure et du Liaoning, dans les bassins des fleuves Xiliao et Daling.

Bassin versant du fleuve Liao

HistoriqueModifier

 
Jarre en terre cuite à décor cordé. Culture de Xinglongwa, Liaoning. Musée national de Chine, Pékin

Le site éponyme de cette culture est situé à Xinglongwa, sur les pentes sud-ouest d'une colline de la bannière d'Aohan, près de Chifeng. Il a été fouillé en 1983 sur 20 000 m2.

Identité ethniqueModifier

Le peuple Xinglongwa est souvent considéré comme étant l'ancêtre des peuples transeurasiens actuels (incluant les japonais, les coréens, les toungouses, les mongols et les turcs) [3],[4].

Les restes humains mâles et femelles révèlent des individus au phénotype fortement mongoloïde, qui est typique d'Asie de l'Est [5].

HabitatModifier

La culture de Xinglongwa présente plusieurs signes d'organisation communale. Sur trois sites du Xinglongwa, les maisons sont disposées en lignes parallèles, en grille. Certains de ces villages sont entourés d'un fossé. Plusieurs d'entre eux disposent également d'un grand bâtiment central, dont certains étaient eux-mêmes entourés de fossés.

Le site de Xinglongwa lui-même possédait en son centre deux grands bâtiments, d'environ 140 m2[6]. Il semblerait que certaines constructions aient été utilisées à des fins rituelles : on y a découvert de nombreux squelettes animaux, pour l'essentiel des porcs et des cerfs, certains perforés et disposés en groupes sur le sol.

Près de 120 maisons semi-enterrées ont été découvertes à Xinglongwa. Leurs dimensions moyennes étaient comprises entre 50 et 80 m2, mais certaines pouvaient atteindre 100 m2[1]. Chaque habitation avait un foyer en son centre. Des fosses de stockage ont été placées aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur des habitations. Une des particularités de cette culture est que des tombes ont parfois été creusées dans le sous-sol de ces habitations. De nombreuses traces de la vie quotidienne sont visibles sur le sol à l'intérieur des habitations : des outils, de la vaisselle, des fragments de céramique, et jusqu'à des os humains.

Vestiges archéologiquesModifier

CéramiqueModifier

La céramique était cuite à basse température. Elle est généralement de forme simple, le seau étant la forme la plus commune. Elle est faite d'une argile sableuse, de couleur brunâtre et montée au colombin.

OutilsModifier

Les outils sont pour la plupart des houes, des pelles et des couteaux de pierre taillée. On trouve aussi des meules : plateau mopan et molette[7] mobang, mortiers et pilons, mais aussi des haches et des herminettes en pierre [1] . On a trouvé enfin de nombreux microlithes, montés sur os pour en faire des couteaux et des harpons.

SépulturesModifier

Dans la tombe la plus somptueuse, un homme était enterré avec deux cochons et de nombreux objets de céramique, de pierre, d'os, de coquillage et en jade. Cette pratique très rare dans la culture de Xinglongwa [8] semble indiquer que de tels personnages disposaient d'un statut hors du commun. Cependant aucun signe ne permet de distinguer une quelconque stratification sociale par la demeure ou par la nature de la tombe.

Mode de subsistanceModifier

Les sites de Baiyinchanghan et Xinglonggou sont actuellement [6] les seuls sites, dans cette région, montrant des signes que l'agriculture y était pratiquée. Les nombreuses meules à plateau ont été rapprochées des déformations constatées sur les membres des jeunes femmes, laissant supposer que cette activité importante et prolongée, à genoux, en était responsable [6] . Une analyse des traces végétales subsistant sur ces meules a démontré que cette nourriture était principalement constituée d'igname (Dioscorea sp.), de glands (Quercus sp.) et de diverses graminées Paniceae, tribu des Triticeae, dont le millet cultivé.


 
Néolithisation et premières cultures néolithiques en Chine [9]

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 129
  2. LI Liu in Jean Paul Demoule 2009
  3. Ранненеолитическая культура Синлунва в Северо-Восточном Китае и ее погребальный обряд
  4. (en) Martine Robbeets, « Austronesian influence and Transeurasian ancestry in Japanese A case of farming/language dispersal », Language Dynamics and Change, vol. 7, no 2,‎ , p. 210-251 (DOI 10.1163/22105832-00702005, lire en ligne)
  5. « Human Remains from Xinglongwa Site, Aohanqi, Inner-Mongolia »
  6. a b et c Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 130
  7. En archéologie: au Néolithique, la molette est un outil de mouture en pierre utilisée pour écraser les céréales, les glands et les plantes en général, sur une meule. La molette est alors l'outil actif (manipulé à une ou deux mains suivant sa taille) et la meule est la partie dormante du système.
  8. Gu Fang and Li Hongjuan 2013, p. 38 : une « dague » de jade (ou sa reproduction (?) comme ornement, puisqu'ici elle est percée d'un trou circulaire à l'une des extrémités, et quasiment dans l'axe) en partie brisée, ne mesurant que 3,6 cm. y est reproduite. Ce qui en fait l'un des plus anciens objets de jade en Chine. Elle est conservée à la Chinese Academy of Social Sciences Institute of Archaeological Research (cass.cn)
  9. Li Liu and Xingcan Chen 2012, p. 123-168

BibliographieModifier

  •   Jean Paul Demoule (dir.), La révolution néolithique dans le monde : Séminaire du Collège de France, Paris, CNRS éditions, , 488 p. (ISBN 978-2-271-06914-6). Avec la participation de LI Liu: L'émergence de l'agriculture et de la domestication en Chine p. 
  •   (en) Gu Fang et Li Hongjuan (trad. Tony Blishen), Chinese Jade : The Spiritual and Cultural Significance of Jade in China, New York, Better Link Press, , 160 p. (ISBN 978-1-60220-129-3).
    Première édition (chinois), 2009, Cultural Relics Press. Édition anglaise, 2013, Shanghai Press and Publishing Development Company.
  •   (en) Li Liu et Xingcan Chen, The Archaeology of China : From the Late Paleolithic to the Early Bronze Age, Cambridge et New York, Cambridge University Press, , 310 p. (ISBN 978-0-521-81184-2) 24 cm, noir et blanc.
  • (en) Kwang-chih Chang, Xu Pingfang et Lu Liancheng, The Formation of Chinese Civilization : An Archaeological Perspective, New Haven, Yale University Press, , 363 p. (ISBN 0-300-09382-9). Edited and with an introduction by Sarah Allan (31 cm., relié)
  • (en) Sarah Milledge Nelson (dir.), The Archaeology of Northeast China : Beyond the Great Wall, New York, Routledge, , 263 p. (ISBN 0-415-11755-0).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier