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Tour Ferrande

tour à Pernes-les-Fontaines (Vaucluse)

Tour Ferrande
à Pernes
Image illustrative de l’article Tour Ferrande
Fontaine du Gigot au pied de la tour Ferrande
Période ou style médiéval
Type maison forte
Début construction XIIe siècle
Fin construction XIIIe siècle
Propriétaire initial Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem
Destination initiale Dépôt d'archives
Propriétaire actuel Mairie de Pernes
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)
Coordonnées 43° 59′ 55″ nord, 5° 03′ 35″ est
Pays Drapeau de la France France
Région française Provence-Alpes-Côte d'Azur
Département Vaucluse
Commune Pernes-les-Fontaines

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Tour Ferrande à Pernes

Géolocalisation sur la carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur

(Voir situation sur carte : Provence-Alpes-Côte d'Azur)
Tour Ferrande à Pernes

Géolocalisation sur la carte : Vaucluse

(Voir situation sur carte : Vaucluse)
Tour Ferrande à Pernes

La tour Ferrande, à Pernes-les-Fontaines, est un édifice carré, haut de trois étages, qui a été daté du XIIe siècle. Sa renommée est liée aux fresques du XIIIe siècle qui ornent son troisième étage. Considérées comme les premières fresques militaires en France, elles illustrent l'investiture par le pape de Charles Ier, comte de Provence, en tant que roi de Sicile, et les combats qu'il mena en Italie du Sud pour y assurer son trône.

Sommaire

RôleModifier

L'usage de cette tour, qui fut édifiée sur ordre des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, reste quelque peu problématique. L'absence de toute cheminée fait exclure un rôle d'habitat. Mais la présence de niches au premier et au second étage laisse à penser que cet édifice pourrait avoir servi à entreposer les archives de l'Ordre[1].

ArchitectureModifier

La Tour Ferrande fait l'objet d'un classement au titre des Monuments historiques par la liste de 1862[2].

Les fresques intérieuresModifier

Commanditaire des fresquesModifier

Pernes ne se situant pas en Provence mais dans le Comtat Venaissin, dont elle fut la capitale avant Carpentras, ces fresques à la gloire de Charles Ier, comte de Provence et roi de Sicile, pourraient sembler incongrues dans cette ville. Sauf à considérer que le commanditaire fut très certainement un témoin oculaire qui accompagna en Italie le frère cadet de Louis IX pour se tailler un royaume. Il y eut effectivement maints nobles provençaux qui firent le voyage vers Naples. On retrouve d'ailleurs, au second étage, le blason de la maison des Baux. Il s'agirait donc d'un membre de cette famille, chevalier dans l'Ordre des Hospitaliers, qui aurait été à l'origine de cette réalisation[3].

Fresque de l'investiture de Charles Ier par Clément IVModifier

Charles d'Anjou, comte de Provence, est représenté devant le pape Clément IV. Celui-ci, coiffé de sa tiare et tenant, posée sur l'épaule droite, une énorme clef de saint Pierre, présente au nouveau roi de Sicile (Trinacrie, Sicile insulaire, et Royaume de Naples, Sicile continentale) la bulle de son investiture. Charles la reçoit, à genoux, revêtu d'une robe blanche à fleurs de lys, et coiffé de la couronne royale. Cette scène est légendée par cette inscription : CLEMENS PP. IIII - KAROLVS PRIM(V)S REX (SIC)ILIE[4].

Fresque du camp de Charles IerModifier

Charles, investi du royaume et devenu le "bras vengeur" du pape qui veut expulser les Germaniques de la péninsule italienne, s'installe aux portes de Naples. C'est son camp, reconnaissable à la tente blanche fleurdelisée du roi, qui est représentée par le peintre, témoin direct de cette "croisade"[5].

 
Affrontement des deux armées

Fresque de l'affrontement des deux prétendantsModifier

Cette scène représente l'affrontement qui se déroula le , à Bénévent , près de Naples, entre les troupes françaises et provençales de Charles 1er et l'armée impériale commandée par Manfred qui prétendait au trône de Sicile. Les deux clans se distinguent grâce à leurs écus, d'un côté les fleurs de lys, de l'autre l'aigle impériale[6].

Fresque de la mort de ManfredModifier

 
Mort de Manfred et décapitation de Conradin

Au cours du combat du 26 février, selon les lois de la chevalerie, plusieurs duels eurent lieu entre nobles français et nobles germaniques. Lors d'un combat singulier, entre Manfred et un chevalier français, le prétendant eut la gorge transpercée par la lance de son adversaire. Le choc fut si violent que celle-ci se brisa[7].

Fresque de Manfred trainé mort devant Charles IerModifier

À la lumière d'une torche, le cadavre à demi nu de Manfred ligoté de cordes est traîné devant Charles, roi de Sicile, qui siège sur son trône[5].

Fresque de la décapitation de ConradinModifier

Un nouveau prétendant germanique étant arrivé à la tête d'une forte armée en Italie, où il reçut un accueil triomphal, se dirigea vers Rome. Il s'agissait de Conradin, le petit-fils de l'empereur Frédéric, âgé de quatorze ans. Clément IV en appela à Charles qui le vainquit, le fit prisonnier puis décapiter. La fresque représente cette dernière scène au moment où l'enfant à genoux se confesse devant le roi siégeant sur son trône et que le bourreau armé de son épée s'apprête à exécuter la sentence[5].

 
Guillaume d'Orange vainc le géant Isoré

Fresque de Guillaume d'Orange défiant le géant IsoréModifier

Sur la paroi située à l'ouest est représentée Guillaume au cornet, prince d'Orange, et héros de maintes chansons de geste dont le Moniage Guillaume et Garin de Monglane, Il sort à cheval de sa bonne ville d'Orange, identifiée à la fois par la légende AVREGA et par un oranger en fleurs, et se dirige vers Paris pour défier un géant sarrasin (indiqué IAIAN) qui n'est autre qu'Isoré[8]. Il le terrassa et l'occit. Le redoutable guerrier, qui est représenté sur la fresque "noir, frisé et enturbanné", fut inhumé sur place. La rue de la Tombe-Issoire garde mémoire de ce haut fait d'armes. Cette tombe, située à l'intersection de cette rue, de la rue Dareau et de l'avenue du Parc-de-Montsouris, était encore visible au XIIIe siècle[9].

Fresque de saint ChristopheModifier

La porte est surmontée d'une fresque représentant saint Christophe portant le Christ sur ses épaules. Ils sont tous deux revêtus de mantels à encolure circulaire typique du XIIIe siècle. L'inscription qui est notée sur cette fresque a pu être déchiffrée par comparaison avec d'autres moins hermétiques. Elle explique "Je suis assis au cou de Christophe, moi qui porte les péchés / Quiconque regarde l'image de saint Christophe / n'est atteint, c'est un fait, le même jour, d'aucune maladie"[10].

Autres fresquesModifier

Deux autres fresques sont à signaler. La première montre un noble qui conte fleurette à une gente dame. La seconde, dans l'escalier, représente Marie portant sur ses genoux l'enfant Jésus dont le chef est ceint de la même couronne que porte Charles Ier.

Notes et référencesModifier

  1. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 82
  2. Notice no PA00082128, base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 76-77
  4. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 75
  5. a b et c Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 76
  6. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 78
  7. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 76 et 79
  8. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 77
  9. François Caradec et Jean-Robert Masson (dir.), Guide de Paris mystérieux, Paris, Tchou, coll. « Les Guides Noirs », , p. 707 et 708 (ASIN B0000DRRFB)
  10. Cartoux, Fayot et Gabert 1996, p. 77 et 82

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • « Remparts et tour Ferrande », dans Congrès archéologique de France. Avignon. 76e session. 1909, Société française d'archéologie, Paris, 1910, tome 1, p. 301-303 (lire en ligne)
  • Paul Deschamps, « Les peintures murales de la tour Ferrande à Pernes », dans Congrès archéologique de France. Avignon et Comtat Venaissin. 121e session. 1963, Société française d'archéologie, Paris, 1963, p. 337-347
  • Denise Cartoux, Pierre Fayot et Pierre Gabert, Pernes-les-Fontaines, Office du tourisme de Pernes, , 3e éd. (ASIN B0014IFD54)
  • Térence Le Deschault de Monerdon, « La Tour Ferrande à Pernes-Les-Fontaines (Vaucluse): Nouvelle lecture du programme iconographique », dans Bulletin Monumental, 2015, tome 173, no 4, Société française d’archéologie, p. 333-347, (ISBN 978-2-901837-60-2)
  • Pierre Garrigou-Granchamp, « Pernes-les-Fontaines, la tour Ferrande. Architecture, décor, programme », dans Congrès archéologique de France. Monuments d'Avignon et du Comtat Venaissin. Empreinte et influence de la papauté (XIVe-XVIIIe siècle). 175e session. 2016, Société française d'archéologie, Paris, 2018, p. 131-154, (ISBN 978-2-901837-76-3)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier