Ouvrir le menu principal
Tombeau de Hugues des Hazards
L’Architecture de la Renaissance - Fig. 95.PNG
Dessin du tombeau de Hugues des Hazards dans L'Architecture de la Renaissance de Léon Palustre, en 1892[1].
Présentation
Type
Style
Matériau
Construction
Commanditaire
Hauteur
4 mètres
Envergure
3,40 mètres
Propriétaire
Commune
Statut patrimonial
Logo monument historique Classé MH (1862, au titre immeuble)
Localisation
Pays
Région
Département
Commune
Adresse
Coordonnées

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Point carte.svg

Géolocalisation sur la carte : Grand Est

(Voir situation sur carte : Grand Est)
Point carte.svg

Géolocalisation sur la carte : Meurthe-et-Moselle

(Voir situation sur carte : Meurthe-et-Moselle)
Point carte.svg

Le tombeau de Hugues des Hazards est un tombeau dédié à Hugues des Hazards, qui fut évêque de Toul de 1506 à 1517. Il est conservé dans l'église Saint-Médard que le prélat avait fait construire dans son village natal de Blénod-lès-Toul, en Meurthe-et-Moselle. Il a été réalisé au début du XVIe siècle et serait l'œuvre conjointe de Jean Pèlerin, de Mansuy Gauvin et d'un artiste italien inconnu.

Il a été classé monument historique au titre immeuble par la liste de 1862[2].

Sommaire

DescriptionModifier

 
Le tombeau de Hugues des Hazards en 2006.

En entrant dans l'église, le tombeau s'aperçoit à gauche du chœur. Il s'agit d'un tombeau mural comme il s'en faisait à Rome à la fin du XVe siècle[3]. L'ensemble mesure 4 mètres de haut sur 3,40 mètres de large. De bas en haut, il se décompose en trois parties : une procession de dix pleurants, le gisant et l'épitaphe, et enfin sept figures représentant les arts libéraux du trivium et du quadrivium.

Les pleurants, distribués par deux en cinq niches, tiennent ensemble un phylactère portant l'inscription « Nasci, laborare, mori » (« Naître, travailler, mourir » en latin).

Le gisant, disposé de biais, représente Hugues des Hazards vêtu des habits épiscopaux et portant le « surhuméral », ornement propre aux prélats toulois. Sous le gisant, une longue tablette de cuivre, longue de 2,35 m et haute de 23 cm[4], recueille l'épitaphe en latin, inscription en caractères gothiques gravés en relief, retraçant la vie et les mérites du prélat.

Au-dessus, s'alignent sept statuettes féminines de 95 cm de hauteur, représentant les sept arts libéraux, à savoir : la grammaire, la dialectique, la rhétorique, l'arithmétique, la musique, la géométrie et l'astronomie. Ces statues reprennent les attributs de la description de Martianus Capella.

L'encadrement du monument se compose de pilastres, rinceaux, imposte, de colonnes à tores en hélice se terminant par des chapiteaux pseudo-corinthiens, eux-mêmes surmontés des armes parlantes du prélat, quatre dés en croix.

AttributionModifier

Il semble que plusieurs artistes ont travaillé à ce monument : l'architecte Jean Pèlerin pourrait avoir conçu l'ensemble ; l'encadrement architectural et le gisant dénotent une très fine facture et seraient de la main d'un artiste italien[5] ; les figures des arts libéraux et le cortège des pleurants seraient, quant à eux, de l'artiste lorrain Mansuy Gauvain.

Enfin, si l'on compare ce tombeau lorrain aux monuments funéraires romains de la fin du XVe siècle, qui l'ont inspiré, on s'aperçoit qu'ils comportent tous un couronnement, une arcade avec une Vierge à l'Enfant ; on peut en conséquence émettre l'hypothèse de l'inachèvement du monument[6].

Les lettres V et Ø placées aux deux extrémités du phylactère ont fait l'objet de discussions[7].

Jacques Baudoin attribue plutôt ce tombeau à un disciple de Mansuy Gauvain par son goût pour le faible relief, pour les ciselures et l'usage du Ø dans les écritures. Il rapproche ce tombeau des sculptures de la Sainte Parenté de Flabémont. Il a proposé comme nom de sculpteur pour le maître de Blénod, Pierre Wiriot, orfèvre du duc René II, originaire de Neufchâteau où il a été inhumé en 153Ø dans la chapelle funéraire qu'il a fait construire en 15Ø5 dans l'église Saint-Christophe en utilisant le Ø dans les écritures[8].

ÉpitapheModifier

L'abbé Guillaume a donné en 1843 une traduction de l'épitaphe[9] :

« Hugues, de l'ancienne et honorable famille des Hazards, né à Blénod, y fut initié, dès son bas âge, aux premiers éléments des belles-lettres. Ayant ensuite acquis à Toul, à Metz, à Dijon, les meilleurs principes de la Grammaire, il se rendit à Sienne où, pendant sept années et aux frais de ses parents, il donna tous ses soins à l'étude de l'un et de l'autre Droit. Après de remarquables études, décoré du titre de docteur, il alla à Rome pour y exercer la charge d'avocat. Mandé par l'illustrissime roi de Sicile, duc de Lorraine et de Bar, René II, il revint en Lorraine et fut élevé à la dignité de Prévot de Saint-Georges de Nancy. Hugues, si recommandable par ses vertus religieuses et sociales, si dévoué aux intérêts de son pays, fut créé, par le même roi de Sicile, président des États de Lorraine et aussi président de son Conseil. Il montra envers les puissants et les princes, dans les différentes légations dont il fut chargé, une rare prudence, une bonne foi singulière, un tact particulier. Le doyenné de la basilique de Metz étant venu à vaquer, les Chanoines, à l'unanimité, le firent leur doyen. Ensuite, Olry de Blâmont, évêque de Toul, étant mort, les chanoines de cette Église, d'une voix unanime et comme inspirés par le souffle divin, l'élurent, quoique absent, pour premier pasteur. Le pape Jules II confirma son élection et lui donna l'abbaye de Saint-Mansuy, alors vacante. Il administra son diocèse et sa communauté avec impartialité, piété, prudence et justice, et, quoiqu'il fût appliqué aux affaires les plus difficiles du pays, on ne le vit que rarement ne pas embellir de sa vénérable présence, aux grandes solennités de l'année, les lieux soumis à son autorité. Le très-illustre duc Antoine, fils du roi René et son légitime héritier après la mort de son père, environna le pontife des Hazards d'une égale bienveillance et le combla d'honneurs. Après avoir élevé, depuis les fondements, ce magnifique temple de St.-Médard, la citadelle et le palais de Blénod ; après avoir réparé presque la moitié de l'abbaye de St.-Mansuy, réparé et doté plusieurs chapelles, renouvelé les ponts en plusieurs endroits de son diocèse, ménagé, du pied des montagnes et par les conduits souterrains, plusieurs fontaines, et formé des réservoirs à l'usage des hommes et des animaux, il ordonna que, chaque année, son obit fût célébré avec une solennité décente, dans l'Église de St.-Gengoult de Toul et dans cette Église de Saint-Médard. Enfin, le 14e jour du mois d'octobre de l'an 1517, le 63e de son âge et de son épiscopat le onzième, au grand regret de tous, il quitta la vie et reçut la sépulture, en présence d'une foule imposante de personnes, dans cette Église de Saint-Médard, que, plein de souvenirs pour son pays natal, il avait, de son vivant, fait construire avec bonheur. Priez pour lui. »

Notes et référencesModifier

  1. Léon Palustre, L'Architecture de la Renaissance, Paris, Librairies-Imprimeries réunies, coll. « Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts », , 352 p. (lire en ligne), p. 285.
  2. « Tombeau de Hugues des Hazards, évêque de Toul », notice no PM54000076, base Palissy, ministère français de la Culture.
  3. Burnand 2005, p. 322.
  4. Clanché 1905, p. 51 [lire en ligne].
  5. Burnand 2005, p. 328.
  6. Burnand 2005, p. 324.
  7. Germain de Maidy 1928, p. 47–50 [lire en ligne].
  8. Jacques Baudoin, La sculpture flamboyante en Champagne, Lorraine, Nonette, Éditions Créer, coll. « La sculpture flamboyante » (no 2), (ISBN 2-902894-72-4), chap. 2 (« Le maître de Blénod, Pierre Wiriot ? »), p. 314–317.
  9. Abbé Guillaume, Notice sur le bourg de Blénod-lès-Toul, précédée d'un éloge historique de monseigneur Hugues des Hazards, soixante-douzième évêque et comte de Toul, Nancy, Grimblot, Raybois et Cie, , traduction p. 82–83 [lire en ligne], texte en latin en appendice no 2, p. 197–198 [lire en ligne]. On trouve aussi le texte latin et sa traduction dans Clanché 1905, p. 51–55 [lire en ligne].

AnnexesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie et sourcesModifier

  • Abbé Guillaume, « Tombeau de Hugues des Hazards dans l'église de Blénod-lès-Toul », Bulletin de la Société d'archéologie lorraine, Société d'archéologie lorraine, vol. 1, no 2,‎ , p. 147–150 (lire en ligne).
  • Gustave Clanché, « Le tombeau de Hugues des Hazards, évêque de Toul, à Blénod-lès-Toul », Bulletin monumental, Société française d'archéologie, vol. 69,‎ , p. 47–63 (lire en ligne).
  • Paul Gardeil, « Les sept sciences universitaires (Artes libérales) au tombeau de Hugues des Hazards dans l'église de Blénod-les-Toul », Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, vol. 6, no 5,‎ , p. 104–117 (lire en ligne), et no 6, juin 1906, p. 129–136 [lire en ligne].
  • Léon Germain de Maidy, « Le tombeau de Hugues des Hazards. Devise monumentale », Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lorraine et du Musée historique lorrain, vol. 23, nos 3-4,‎ mars-avril 1928, p. 44–50 (lire en ligne).
  • Horst van Hees, « De la collaboration probable de Mansuy Gauvain au tombeau de Hugues des Hazards à Blénod-lès-Toul », Le Pays lorrain, vol. 58, no 4,‎ octobre-décembre 1977, p. 177–186 (lire en ligne).
  • Marie-Claire Burnand, « Un nouveau regard sur le tombeau de Hugues des Hazards », Annales de l'Est, no 2,‎ , p. 315–328.