Temple de Môtiers

Le temple de Môtiers est un édifice religieux situé à Môtiers, se situe dans le Val-de-Travers. La paroisse est membre de l'Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel.

Temple de Môtiers
Image dans Infobox.
Le temple de Môtiers et sa proximité avec l'ancien prieuré Saint-Pierre en 2007
Présentation
Destination initiale
Eglise catholique Notre-Dame, ancienne paroissiale en lien avec le prieuré Saint-Pierre
Destination actuelle
temple protestant
Style
gothique et néo-gothique
Propriétaire
Commune de Val-de-Travers
Patrimonialité
Protégé au titre de monument historique depuis 1963
Localisation
Pays
Canton
Localité
Commune
Adresse
ruelle du Temple

Des premiers vestiges du haut Moyen Âge au temple protestant en passant par l'église paroissiale catholique, l’histoire de cet édifice couvre près de quinze siècles. Son existence est étroitement liée à celle de son voisin, l'ancien prieuré Saint-Pierre.

HistoireModifier

Une église en construction dès le VIIIe siècleModifier

La première église paroissiale de Môtiers est bâtie au VIIIe siècle à proximité immédiate de l'église plus ancienne du prieuré Saint-Pierre. La construction d’un lieu de culte destiné à la population à côté d'une église monastique, est une pratique courante au haut Moyen Âge dans l'Arc jurassien. De plan rectangulaire, le bâtiment se situait à l’emplacement du temple actuel et ses façades ouest et sud étaient flanquées de portiques. Du VIIIe au XIe siècle, Môtiers joue un rôle important pour le royaume de Bourgogne qui s'étend de part et d'autre du Jura. De ce fait, le prieuré gagne en taille et en importance, tout comme l’église paroissiale qui connaît plusieurs agrandissements[1],[2],[3],[4].

Les premières mentions du monastère Saint-Pierre apparaissent dans les documents d'archives à la fin du XIe siècle, juste avant que le prieuré ne soit rattaché à l'abbaye de La Chaise-Dieu en 1107[2],[1].

Après une longue phase sans transformations d’envergure, les travaux reprennent au XVe et au début du XVIe siècle. L'église paroissiale - désormais appelée Notre-Dame - est dotée de deux chapelles latérales en 1462 et 1481 et d’un nouveau chœur gothique dès 1485. La dendrochronologie permet de dater la nouvelle charpente de la nef remaniée de 1515 environ[4],[3].

Instaurée à Neuchâtel en 1530, la Réforme va conduire à la sécularisation du prieuré en 1537 et à la transformation de l’église Notre-Dame en temple protestant. L’histoire conjointe de ce duo d’églises prend désormais des directions différentes[3],[4],[5].

 
Temple de Môtiers vu du nord en 2011

De l’église catholique Notre-Dame au temple protestantModifier

En 1538, les habitants de Môtiers tentent de s'opposer à l’installation de greniers dans l’église Saint-Pierre, mais c'est l'ancienne paroissiale Notre-Dame qui est sauvée. Elle est alors débarrassée de tout le mobilier qui rappelait le culte ancien. Devenue temple protestant, elle traverse ensuite le XVIe siècle et la première moitié du XVIIe siècle sans autres interventions que des travaux d’entretien et des transformations mineures. Elle sert de lieu de culte aux paroissiens de Môtiers, Boveresse, Couvet et Fleurier[6].

Le temple subit une nouvelle mue durant la seconde moitié du XVIIe siècle. En 1654, les autorités communales des quatre villages propriétaires décident de mettre fin aux inhumations à l’intérieur du bâtiment et de renouveler le plancher. En 1668, la démolition de l’ancien clocher de Saint-Pierre et son remplacement par un robuste clocher accolé au temple confèrent à l’édifice une silhouette renouvelée. Réalisé selon les plans de Jonas Favre, le nouveau beffroi sommé d’une flèche est reconnu en 1671, même s’il porte la date 1669. Dix ans plus tard, la paroisse de Môtiers fait appel au même architecte pour rebâtir le chœur dont les murs présentaient de dangereuses fissures. Malgré sa date, l’abside est reconstruite dans la tradition gothique. Le changement de siècle est marqué par une réfection de l’intérieur en 1696 et l’installation d’une galerie en 1704. En 1715, le temple est choisi pour accueillir les archives communales, jusqu’à ce que le manque de place n’oblige la commune à édifier une petite annexe au nord en 1777-1780. Le cimetière est déplacé au nord de l’édifice en 1808[6],[5].

 
L'intérieur du temple en 2013

Les restaurations des XIXe et XXe sièclesModifier

Le remplacement de la couverture de bardeaux par de la tuile en 1859 ne suffit malheureusement pas à protéger le clocher de l’incendie qui a raison de la flèche en 1869. Atteinte par la foudre, cette dernière est reconstruite en pierre de taille par l’architecte Léo Châtelain.

Tout au long du XIXe siècle, les archives parlent du délabrement de l’intérieur du temple. Les travaux ponctuels et la campagne de réfection entreprise en 1859 ne semblent pas suffire. Il faut attendre les années 1890-1891 pour que la commune vote les crédits d’une campagne d’assainissement et que Léo Châtelain entreprenne une restauration d’envergure[5].

En 1960-1961, la restauration de l’intérieur dirigée par l’architecte Edmond Calame comprend la fouille archéologique du sous-sol et l’exploration des murs, débouchant sur le dégagement d’une fenêtre romane, la remise en état du berceau en bois et la restitution des remplages. En 1981, Théo Vuilleumier, architecte, dirige la restauration de la tour, de sa flèche et de son coq[6].

Le temple est mis sous protection au titre de monument historique depuis 1963[7].

ArchitectureModifier

Le plan de l’édifice est relativement simple. La nef flanquée de deux bas-côtés se prolonge par un large chœur rectangulaire qui se termine lui-même par une abside pentagonale. Une tour quadrangulaire à l’ouest et des chapelles au nord et au sud complètent l’ensemble. Un grand berceau lambrissé surmonte la nef, alors que les chapelles et le chœur sont voûtés d’ogives et éclairées par des baies des XVe et XVIIe siècles[5].

Le temple de Môtiers possède encore trois cloches (1509, 1881 et 1911), une horloge depuis le XVIe siècle (état actuel du XIXe siècle) et des vitraux de Karl Wehrli (1891) et d’Edouard Baillods (1961-62). L’orgue de 1898 est remplacé en 1983 par un instrument de la Manufacture d’orgues SA de Chézard-Saint-Martin[6].

 
Le chevet du temple de Môtiers en 2003

BibliographieModifier

  • Jacques Bujard, Jean-Daniel Morerod, Maurice de Tribolet et Antoine Glaenzer, « Dossier : un monastère suisse du haut Moyen Âge redécouvert : Saint-Pierre de Vautravers (Môtiers) », Revue d’histoire ecclésiastique suisse,‎ , p. 7-48.
  • Jacques Bujard, « Les églises doubles du prieuré Saint-Pierre de Vautravers à Môtiers (canton de Neuchâtel, Suisse) », Mélanges d'Antiquité tardive, Studiola in honorem Noël Duval, bibliothèque de l'Antiquité tardive no 5,‎ , p. 127-136.
  • Jacques Bujard, « Le prieuré de Vautravers à Môtiers: mille cinq cents ans d'évolution architecturale », Etudes lausannoises d'histoire de l'art « Petit précis patrimonial, 23 études d'histoire de l'art (Dave Lüthi et Nicolas Bock, dir.) », no 7,‎ , p. 137-150.
  • Jacques Bujard, « Aux origines du prieuré Saint-Pierre de Vautravers, complications monastiques et vallonnières », Ellen Herz et Fanny Wobmann (dir.) Complications neuchâteloises, histoire, tradition, patrimoine, Editions Alphil,‎ , p. 30-37.
  • Jacques Bujard, « Un monastère du Haut Moyen Age révélé par l'archéologie: Saint-Pierre de Vautravers », Archéologie suisse, vol. 41, no 2,‎ , p. 51-55 (ISSN 0255-9005).
  • Jean Courvoisier, Le temple de Môtiers-Boveresse, historique édité à l’occasion de la restauration, Môtiers, , 36 p.
  • Jean Courvoisier, Les monuments d'art et d'histoire du canton de Neuchâtel : Les districts du Val-de-Travers, du Val-de-Ruz, du Locle et de La Chaux-de-Fonds, t. 3, Bâle, éditions Birkhäuser, , 470 p. (lire en ligne), p. 52-62.
  • Eric-André Klauser, Serge Lebet et Olivier Klauser (photogr. François Charrière), Le prieuré Saint-Pierre de Môtiers : un millénaire d'histoire régionale, des moines bénédictins à l'élaboration des vins mousseux selon la méthode champenoise, Hauterive, Editions Gilles Attinger, , 172 p.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Jacques Bujard, « Un monastère du Haut Moyen Age révélé par l'archéologie: Saint-Pierre de Vautravers », Archéologie suisse, vol. 41, no 2,‎ , p. 51-55 (ISSN 0255-9005)
  2. a et b Eric-André Klauser, Serge Lebet et Olivier Klauser (photogr. François Charrière), Le prieuré Saint-Pierre de Môtiers : un millénaire d'histoire régionale, des moines bénédictins à l'élaboration des vins mousseux selon la méthode champenoise, Hauterive, Editions Gilles Attinger, , 172 p.
  3. a b et c Jacques Bujard, « Aux origines du prieuré Saint-Pierre de Vautravers, complications monastiques et vallonnières », Complications neuchâteloises, histoire, tradition, patrimoine (Ellen Herz et Fanny Wobmann, dir.), Editions Alphil,‎ , p. 30-37
  4. a b et c Jacques Bujard, « Le prieuré de Vautravers à Môtiers: mille cinq cents ans d'évolution architecturale », Etudes lausannoises d'histoire de l'art « Petit précis patrimonial, 23 études d'histoire de l'art (Dave Lüthi et Nicolas Bock, dir.) », no 7,‎ , p. 137-150
  5. a b c et d Jean Courvoisier, Les monuments d'art et d'histoire du canton de Neuchâtel : Les districts du Val-de-Travers, du Val-de-Ruz, du Locle et de La Chaux-de-Fonds, t. 3, Bâle, éditions Birkhäuser, , 470 p. (lire en ligne), p. 52-62
  6. a b c et d Jean Courvoisier, Le temple de Môtiers-Boveresse, historique édité à l’occasion de la restauration, Môtiers, , 36 p.
  7. Recensement architectural du canton de Neuchâtel