Succès Masra

Économiste et homme politique tchadien

Succès Masra
Illustration.
Succès Masra en 2021.
Fonctions
Premier ministre du Tchad
(transition)
En fonction depuis le
(2 mois)
Président Mahamat Idriss Déby
Gouvernement Masra
Prédécesseur Saleh Kebzabo (transition)
Biographie
Date de naissance (40 ans)
Lieu de naissance Tchad
Nationalité Tchadienne
Parti politique Les Transformateurs
Profession Économiste

Succès Masra
Premiers ministres du Tchad

Succès Masra (en arabe : سوكسيه ماسرا) est un économiste et homme d'État tchadien né le , Premier ministre depuis le .

Biographie modifier

Enfance, formation et débuts modifier

Il est formé au Tchad, au Cameroun et en France[1].

Carrière politique modifier

Il démissionne de son poste d'économiste en chef à la Banque africaine de développement (BAD) pour se lancer en politique. Le , il lance son mouvement politique, « Les Transformateurs »[1].

Masra est opposé à la candidature du président Idriss Déby au scrutin du . La Constitution tchadienne est modifiée pour l'empêcher de se présenter à l'élection présidentielle[2]. La candidature de Masra à l'élection est refusée[3].

Succès Masra rencontre le président Déby le . Succès Masra lui propose de surseoir à l'élection présidentielle[3]. Malgré tout, le scrutin se déroule et Idriss Déby Itno est réélu président avec 79,32 % des voix. La légitimité de cette élection est contestée. Le journal français Le Monde dit qu'Idriss Déby a « écarté, légalement ou par la violence et l’intimidation, les ténors d’une opposition divisée »[4].

La mort d'Idriss Déby est annoncée le . Un Conseil militaire de transition (CMT) dirigé par un de ses fils, Mahamat Idriss Déby, commandant de la garde présidentielle, est chargé de le remplacer. Ce CMT n'est pas conforme à la constitution dans le cas d'une transition et Succès Masra dénonce un « coup d'État ». Il appelle à tourner définitivement la page du "système" Déby[2].

Il prend part aux marches de fin organisées contre le CMT et demandant sa dissolution. Ces manifestations sont réprimées et la répression fait une dizaine de morts[5].

Le , il rencontre avec des membres de son équipe des représentants de l'Union africaine[6] pour échanger autour de la situation au Tchad. Il propose la formation d’un collège sur le modèle malien qui regrouperait, sous la supervision de l’Union africaine, un président chargé de la transition, un vice-président plus spécifiquement chargé des questions sécuritaires au regard de la situation du pays ainsi qu’un premier ministre désigné de manière consensuelle pour accompagner la transition vers des élections générales.

En , Masra assiste au congrès constitutif du Parti des peuples africains – Côte d'Ivoire (PPA-CI), le nouveau parti panafricaniste de Laurent Gbagbo, à Abidjan et bénéficie d'une large ovation[7].

Le CMT cherche à mettre sur place un « dialogue national inclusif et souverain » dans lequel les principaux acteurs politiques et militaires du pays sont représentés. Masra, au nom des Transformateurs, et la coalition citoyenne Wakit Tama, demandent que des conditions « de confiance » préalables soient adoptées : mise en place d'un référendum sur la prochaine constitution, interdiction aux militaires du CMT de se présenter à la prochaine élection présidentielle et séparation des pouvoirs[8],[9]. Le dialogue s'ouvre le et Les Transformateurs et Wakit Tama refusent d'y participer car ils jugent que le décret qui lance ce dialogue est facilement annulable[10].

Le , les militants des Transformateurs mènent campagne dans les rues de N'Djaména pour convaincre les habitants de participer à un meeting contre le dialogue national inclusif et souverain prévu le . La police arrête 84 de ces militants (91 selon Masra) pour « trouble à l'ordre public » et « non-respect des textes régissant les manifestations sur la voie publique ». Le siège du parti est peu après encerclé par la police et soumis à un blocus[11],[12]. Des manifestations se déroulent près du siège du parti, mais elles sont réprimées dans la violence par la police et l'armée et environ 200 militants sont arrêtés. Les représentants de l'Église catholique au DNIS décident de suspendre leur participation au dialogue et d'autres organisations menacent de ne plus participer au DNIS si le blocus n'est pas levé[13]. Les militants sont relâchés quelques jours plus tard, après l'intervention du « facilitateur » pour le dialogue inter-tchadien, Djibrill Bassolé[14],[15].

En septembre, Masra est convoqué par la justice. Selon le ministre de la Justice, Mahamat Ahmat Alhabo, Masra a tenu des propos le demandant aux Tchadiens de « s'attendre au pire » et le procureur l'a donc convoqué. Le , Masra se rend au tribunal accompagné par des milliers de militants de son parti. Son cortège est dispersé par la police qui tire des grenades lacrymogènes et à balle réelle. Les militants repartent vers le siège du parti pour s'y réfugier, mais la police les poursuit et continue à tirer sur les militants. Ces violences sont critiquées à la fois par l'opposition, par la Fédération internationale pour les droits humains mais aussi par le Mouvement patriotique du salut, le parti de l'ancien président Idriss Déby, et, plus tard, par l'Union africaine, l'Union européenne, les États-Unis, l'Allemagne et la France dans un communiqué conjoint. Masra parle de 300 arrestations et d'un millier de blessés. La convocation judiciaire de Masra est suspendue[16],[17].

Le , la répression par la junte d'une manifestation s'opposant à la période dite de « transition » fait officiellement 50 morts et 218 selon la Ligue tchadienne des droits de l'homme et l'Organisation mondiale contre la torture. Masra rentre alors dans la clandestinité et quitte le Tchad, la junte le laissant partir, et se retrouve, dans un premier temps, au Cameroun voisin[18],[19]. Il s'établit ensuite aux États-Unis[20].

Le , Succès Masra annonce son prochain retour au Tchad[19]. Alors que la date de retour de Succès Masra est fixée est au , un « mandat d'arrêt international » est émis contre lui par le procureur général près la cour d'appel de N'Djaména, Mahamat Elhadj Abba Nana. La justice tchadienne reproche à Succès Masra d'avoir tenu en des propos « incitant à la haine et à la révolte » et d'avoir effectué une « tentative d'atteinte à l'ordre constitutionnel »[20]. Peu après, 72 militants des Transformateurs devant assurer la sécurité de Succès Masra lors de son éventuel retour sont arrêtés et emprisonnés[21]. Le gouvernement interdit aussi aux compagnies aériennes de laisser Masra embarquer dans un de leurs avions à destination d'un aéroport du Tchad[22].

Le , la médiation facilitée par Félix Tshisekedi, président de la république démocratique du Congo et mandaté par la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, obtient un accord, dit « accord de Kinshasa », entre la junte tchadienne et Masra pour le retour de ce dernier au Tchad. Toutefois, aucune date de retour n'est annoncée et le statut du mandat d'arrêt lancé par le Tchad n'est pas éclairci publiquement[23],[24].

Le , Masra rentre à N'Djaména où il est accueilli par deux ministres, Abderaman Koulamallah et Aziz Mahamat Saleh[25]. La procédure judiciaire à son encontre est toujours en cours, seul le mandat d'arrêt ayant été suspendu[26]. Le même mois, il rencontre Mahamat Idriss Déby, chef de la junte dans une rencontre décrite par les deux parties comme constructive[27].

Pendant la campagne sur le référendum constitutionnel du , Masra choisit dans un premier temps de ne pas donner son avis. Ce « non-choix » est parfois interprété comme la conséquence de l'accord de Kinshasa entre Masra et Mahamat Idriss Déby. Masra préfère considérer qu'il doit faire des concessions pour la « réconciliation »[28]. Le , Masra appelle toutefois à voter pour la nouvelle constitution proposée par l'exécutif ; même s'il concède que celle-ci n'est pas parfaite, il la considère meilleure que les précédentes. Le rejet du référendum prolongerait la « transition » en cours depuis le coup d'État de 2021 et il estime que le souhait de la population tchadienne est d'éviter une prolongation de cette transition[29],[30]. La nouvelle constitution est approuvée avec près de 86 % des voix[31].

Le , Succès Masra est nommé Premier ministre, le premier de la nouvelle Ve République[32].

Bibliographie modifier

Notes et références modifier

  1. a et b Mathieu Olivier, « Succès Masra, de la BAD à la politique : « Il faut mettre fin à l’idée que le Tchad est un butin de guerre », sur Jeune Afrique, .
  2. a et b « Au Tchad, Succès Masra estime que "le peuple ne veut pas d'une transmission dynastique du pouvoir" », sur TV5 Monde, .
  3. a et b Kossivi Tiassou, « Rencontre avec Idriss Deby : Succès Masra s’explique », sur Deutsche Welle, .
  4. « Au Tchad, réélection sans surprise pour un sixième mandat du président Idriss Déby », sur Le Monde, .
  5. RFI, « Manifestations au Tchad: retour sur une journée de contestation et de répression », sur rfi.fr (consulté le ).
  6. TchaditudeTV, « L'UA au Tchad: Succès Masra fait un compte de la rencontre avec l’Union Africaine. », sur youtube.com, (consulté le ).
  7. Pierre Pinto, « Côte d'Ivoire: le congrès du nouveau parti de Laurent Gbagbo fait salle comble », RFI, .
  8. « Dialogue national au Tchad: Succès Masra (les Transformateurs), précise les conditions d'une participation », RFI, .
  9. Madjiasra Nako, « Succès Masra et les Transformateurs expriment leurs attentes fortes de la Transition », RFI, .
  10. « Tchad : le chef rebelle Timan Erdimi à N’Djamena pour participer au dialogue national », Jeune Afrique, .
  11. « Tchad : arrestation de plusieurs dizaines d’opposants du parti de Succès Masra », Jeune Afrique, .
  12. Madjiasra Nako, « Tchad: le siège du parti des Transformateurs encerclé par des forces de l'ordre », RFI, .
  13. Madjiasra Nako, « Dialogue national toujours suspendu au Tchad: les mots durs de Mahamat Idriss Deby, le retrait de l'Église », RFI, .
  14. « Tchad : des partisans de Succès Masra gazés en route vers le tribunal », africanews et AFP, .
  15. Madjiasra Nako, « Dialogue national toujours suspendu au Tchad: les mots durs de Mahamat Idriss Deby, le retrait de l'Église », RFI, .
  16. Madjiasra Nako, « Tchad: nouvelles échauffourées près du siège des Transformateurs », RFI, .
  17. « Tchad: la répression des militants de Succès Masra fait réagir la communauté internationale », RFI, .
  18. Sébastien Nemeth, « Tchad: l'opposant Succès Masra a quitté le pays », Radio France internationale, .
  19. a et b RFI, « Afrique Tchad: l’opposant Succès Masra a annoncé son retour d’exil », Radio France internationale, .
  20. a et b « Tchad: un mandat d'arrêt international émis contre l'opposant Succès Masra », Radio France internationale, .
  21. « Tchad: les avocats des Transformateurs s’indignent de la détention de 72 militants du parti », RFI, .
  22. « Le gouvernement tchadien est-il en train de multiplier les entraves à un retour de Succès Masra? », RFI, .
  23. Pascal Mulegwa, « La médiation congolaise obtient un «accord» pour le retour de l'opposant Succès Masra au Tchad », RFI, .
  24. « Tchad: l'opposant Succès Masra est à Kinshasa, Félix Tshisekedi poursuit sa médiation », Radio France internationale, .
  25. « Tchad: l’opposant Succès Masra de retour après un an d’exil », Radio France internationale, .
  26. « Au Tchad, l’opposant Succès Masra est de retour, signe d’une décrispation politique », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  27. « Tchad: une rencontre «très cordiale» entre Mahamat Idriss Déby et Succès Masra », Radio France internationale, .
  28. « Référendum constitutionnel au Tchad: l’opposant Succès Masra opte pour «la troisième voie» », Radio France internationale,
  29. « Tchad: l’opposant Succès Masra change de cap et appelle à dire «oui» à la nouvelle Constitution », RFI,
  30. « Tchad: la stratégie de Succès Masra vis-à-vis du référendum interroge », RFI,
  31. « Tchad: l’ex-opposant Succès Masra nouveau Premier ministre », Radio France Internationale, .
  32. « Tchad : l’ancien opposant Succès Masra nommé premier ministre », Le Monde, .

Liens externes modifier