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Sadisme

recherche de plaisir dans la souffrance volontairement infligée à autrui
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Le sadisme est la recherche du plaisir dans la souffrance (physique ou morale : domination, contrôle) volontairement infligée à autrui (éventuellement à un animal ou à un enfant). Même si le sadisme revêt différentes manifestations, indépendamment de l'activité sexuelle, il y est fréquemment associé.

Origine du terme et sadisme de SadeModifier

Le terme « sadisme » est un néologisme créé par Richard von Krafft-Ebing à partir du nom de Donatien Alphonse François de Sade, écrivain et philosophe du XVIIIe siècle dont les écrits tendent à donner une image violente de la nature, et dont les personnages font l'apologie du crime, ou du moins de la volupté sous toutes ses formes, y compris les plus outrageantes et condamnées par la morale ; mais Sade « ne veu[t] pas faire aimer le vice », déclarant : « Jamais je ne peindrai le crime que sous les couleurs de l'enfer ; je veux qu'on le voie nu, qu'on le craigne, qu'on le déteste, et je ne connais point d'autre façon pour arriver là que de le montrer avec toute l'horreur qui le caractérise. »[1]

Au-delà de la violence paroxystique de ses récits, ce qui est en jeu chez Sade, selon Annie Le Brun, c'est la volonté de tout dire, et « comment penser la violence qui nous hante comme celle qui agit fauves, tempêtes, volcans... »[2] Cependant, au sein de la nature, l'homme ne peut être libre que comme défi à la nature, en inventant sa liberté, dans l'invention de soi. Son œuvre revêt une dimension philosophique, politique, anticléricale et éminemment érotique, pornographique. Il laisse ainsi libre cours à l'infini qui habite l'imaginaire humain, en décrivant des sévices sexuels fantasmés, des crimes abominables, dont le summum est atteint dans Les Cent Vingt Journées de Sodome ; sa « façon de penser » laisse éclater une imagination pleine d'orgueil et de fureur, exacerbée par ses années de prison : « Oui, je suis libertin, je l'avoue ; j'ai conçu tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n'ai sûrement pas fait tout ce que j'ai conçu et ne le ferai sûrement jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier. »[3]

Sadisme sexuel et sadomasochismeModifier

Gilles Deleuze conteste l'idée que le sadisme soit lié au masochisme dans sa présentation de Leopold von Sacher-Masoch. Deleuze fait une distinction entre un comportement sadique, c'est-à-dire recouvrant le besoin d'infliger des souffrances à autrui pour éprouver un plaisir sexuel, sans s'assurer du consentement du sujet, et le comportement sadomasochiste contractuel : il démontre que le masochisme n'est ni contraire ni complémentaire du sadisme, mais un monde à part, avec d'autres techniques et d'autres effets. Les actes sadiques, telle que la torture, sont émis sans le consentement de l'autre, tandis que le BDSM relève de pratiques entre adultes consentants, régies par des règles et accords tacites[4][réf. non conforme].

Approche psychanalytiqueModifier

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Le sadisme fut essentiellement rattaché par Sigmund Freud à l'activité sexuelle à proprement parler. Mais l'emploi désigna déjà chez lui la volonté d'infliger de la souffrance au-delà de la sexualité. Par la suite, d'autres auteurs retiendront cette compréhension du sadisme hors activité sexuelle. Le sadisme se comprend alors comme manifestation d'une pulsion de mort, mêlée à une pulsion sexuelle (voir par exemple Clara, l'héroïne du roman d'Octave Mirbeau, Le Jardin des supplices), mais renvoyant à la sexualité psychique plus qu'à un acte à proprement parler.

Le concept renvoie à d'autres points, comme le fantasme de scène primitive. La scène primitive est la perception par l'enfant, ou le fantasme, de voir l'activité sexuelle des parents. Ce rapport sexuel parental sera souvent perçu comme un acte sadique de la part du père. Le sadisme renvoie à cette scène primitive, hautement débattue et organisant largement la vie fantasmatique.

En psychanalyse, le sadisme est une perversion, et la défense contre le sadisme est commune dans la névrose, en particulier dans la névrose obsessionnelle, qui représente une défense contre le sadisme-anal, basé sur le fantasme de contrôler les excréments[réf. nécessaire].

Approche cliniqueModifier

Un autre terme, celui de trouble de la personnalité sadique, était autrefois exposé dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-III-R), publié par l'Association américaine de psychiatrie (AAP)[5], pour diagnostiquer, d'une manière psychologique et médicale, les individus souffrant ou exposant des symptômes de sadisme. La version actuelle du DSM, le DSM-IV, ne l'inclut pas et n'est, par conséquent, plus un diagnostic acceptable. Cependant, dans la psychiatrie, le terme de « trouble de la personnalité non spécifié » peut être utilisé pour classer ce type de comportement. Néanmoins, le terme médical reste utilisé pour des études approfondies[6].

Notes et référencesModifier

  1. Sade, « Idées sur les romans », in Les Crimes de l'Amour, préface de Michel Delon, Gallimard, coll. « Folio », 1987, p.51.
  2. Annie Le Brun, « À propos de Don Juan et Sade », dans Ailleurs et autrement, Gallimard, coll. « Arcades », 2011, p. 267.
  3. Sade, « grande lettre » à sa femme, signée avec son sang, du 20 février 1781, Lettres à sa femme, choix, préface et notes de Marc Buffat, Actes Sud/Babel, 1997, p. 229. Dans une autre lettre, il lui écrit : « vous avez échauffé ma tête, vous m'avez fait former des fantômes qu'il faudra que je réalise », juillet 1783, ibid., p. 391.
  4. conférence Charlotte Marie 08/2018
  5. (en) Stephen J. Hucker, « Sadistic Personality Disorder »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  6. (en) W. C. Myers, R. C. Burket et D. S. Husted, « Sadistic personality disorder and comorbid mental illness in adolescent psychiatric inpatients », Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law 34 (2006) : 61-71.

AnnexesModifier

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Articles connexesModifier

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