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BiographieModifier

Un chef de l'Église méridionaleModifier

Rotland est mentionné pour la première fois dans une lettre de Léon IV qui paraît être de 852 et dans un diplôme de Lothaire du 6 septembre 854. En janvier 855[1], il participe au concile de Valence sur la prédestination et la grâce[2]qu'il préside avec les archevêques de Lyon et de Vienne[3], puis à l’assemblée de Sermorens vers la même date[4].

L'archevêque de Reims et conseiller de Charles le Chauve, Hincmar, s'adresse à lui pour la protection des biens de son Église en Provence. Il s'agit des domaines appelés civitis Fretus, identifiés au territoire actuel de Saint-Rémy, au nord des Alpilles et d'Arles[5]. Cela se passe probablement en 861 quand, prenant prétexte d’un appel d’une partie de l’aristocratie provençale[6], dont le « puissant comte d’Arles Fourrat »[7], Charles le Chauve, qui avait vécu jusque-là en bonne intelligence avec son neveu Charles de Provence, tente d’annexer la Provence. Bien que victorieux dans les premiers engagements, Girard de Roussillon[8], qui assure un rôle de régent vis-à-vis du jeune Charles de Provence, menace de confisquer, en représailles des pillages commis dans ses domaines bourguignons, les propriétés provençales de l’archevêque de Reims. Hincmar réussit finalement à convaincre le roi Charles de stopper cette tentative d'annexion[9], supprimant ainsi la menace qui avait pesé sur ses propres propriétés provençales.

Rotland figure dans la lettre collective aux évêques du royaume de Louis le Germanique, écrite en 863, et dans la lettre du pape Nicolas Ier datée du 12 mai 864. Il est en effet le seul évêque de Gaules à suivre le pape qui s'oppose à l'empereur Lothaire lorsque celui-ci répudie sa femme Teutberge pour épouser Valdrade[10]. Il assiste au concile de Pitres, parfois appelé Édit de Pîtres, le 20 juin 864 puis, en février 865, au concile de Pavie convoqué par l'empereur et qui réunit des prélats italiens et provençaux[11]. Les Annales de Saint-Bertin mentionnent que la même année, l'archevêque d'Arles participe à la cérémonie de réconciliation entre Lothaire et Teutberge qui se tient à Douzy[12].

Peu après, profitant d'un pouvoir plus distant, l'archevêque d'Arles obtient de l'empereur Louis II, le nouveau maître de la Provence, l'autorité sur le monastère Saint-Césaire d'Arles[13].

Un chef militaireModifier

 
Arles - Tour dite Tour de Rotland du Théâtre antique

Dans une époque et une région soumises aux incursions de pirates, l'archevêque se conduit en chef de guerre : il fait fortifier le théâtre antique d'Arles et intervient dans les campagnes. Il est mentionné dans les annales d’Hincmar en 865 et 869, cette dernière fois à propos de sa mort.

Lors d'une razzia en Camargue en septembre 869, les Sarrasins le surprennent en effet en train de superviser la mise en défense de la région ; au cours de cette bataille 300 provençaux sont tués[14]. L'évêque une fois fait prisonnier est échangé contre des armes, des esclaves, et autres richesses. Malheureusement, les Arlésiens ne récupèrent que son cadavre, habillé et mis sur un siège par les barbaresques au moment de la remise de rançon, probablement organisée sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer, à l'embouchure du Rhône de Saint-Ferréol, bras actif et encore navigable à cette époque. Il périt ainsi le 18 septembre et fut enterré le 22 septembre 869 au milieu de la crypte de Notre-Dame des Grâces ; son sarcophage fut placé au-dessus de celui de Saint-Genès et au-dessous de celui de Concordius[15]. Cette fin tragique est mentionnée avec quelques détails complémentaires dans les annales de Saint-Bertin[16].

Notes et référencesModifier

  1. Michel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les Saints d'Arles - p. 154.
    Selon ces auteurs, ce concile s'ouvrit le 8 janvier 855.
  2. Gilles Duport - Histoire de l'Église d'Arles – 1690 - page 159 ici :
    Godescalque alors semant ses erreurs touchant la Prédestination & la Grace, on assembla un Concile à Valence en Dauphine. Saint Rotland y préfida , & y fit paroître la profonde connoissance qu'il avoit de la doctrine de Saint Auguftin : il l'y maintint contre Godeicalque qui s'en estoit déclaré ennemi ; & il condamna les erreurs de cet Heretique par l'autorité même de S. Augustin.
  3. Jean-Pierre Papon - Histoire générale de Provence - Moutard, 1777 - t.1 page 306 ici :
    Rolland présida au troisième concile de Valence en 855, avec les archevêques de Lyon et de Vienne.
  4. Louis Duchesne - Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, Tome 1, page 282 indique plutôt 853. À cette assemblée fut jugé un litige entre l’archevêque de Vienne, Agilmar, et le comte Wigeric.
  5. Jean-Pierre Poly - La Provence et la société féodale 879-1166 - page 85.
  6. René PoupardinLe royaume de Provence sous les Carolingiens (588-933) – p.26
  7. Pierre RichéLes Carolingiens, une famille qui fit l’Europe – p.208 ; il s'agit probablement du comte Fulcrad.
  8. René PoupardinLe royaume de Provence sous les Carolingiens (588-933) – p.30
  9. Pierre RichéLes Carolingiens, une famille qui fit l’Europe – p.208
  10. Michel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les Saints d'Arles - p. 154.
  11. Charles Joseph Hefele - Histoire des conciles d'après les documents originaux - Paris, 1911 - p.300, livre XXIII ici
    « En février 865, sur l'ordre de l'empereur, un concile se tint à Pavie, auquel prirent part des prélats italiens et provençaux, au nombre desquels Tadon de Milan, Roland d'Arles et Arpenus d'Embrun. »
  12. Annales de Saint-Bertin (cf. année 865) :
    « Noms des évêques présents et intervenons: Hardwick, archevêque de Besançon ; Remède, archevêque de Lyon; Adon, archevêque de Vienne; Roland, archevêque d'Arles; Advence, évêque de Metz; Atton, évêque de Verdun; Franc, évêque de Liège; Ratald, évêque de Strasbourg; Fuleric, chapelain et envoyé de l'empereur. Y furent aussi du royaume de Charles, Isaac, évêque de Langres, et Ercanrat, évêque de Châlons, des mains desquels la reine Teutberge fut reçue, de la part du roi Charles, par Arsène, vénérable évêque et légat du siège apostolique, et par les, susdits archevêques et évêques. ».
  13. René PoupardinLe Royaume de Provence sous les Carolingiens (855-933?), page 35 ici :
    ... Cette concession faite par l'empereur de dignités ecclésiastiques ne fut d'ailleurs pas la seule. Louis, en effet, se laissa plus ou moins corrompre en même temps que l'impératrice Engilberge, pour faire don à l'archevêque Roland d'Arles de l'abbaye de Saint-Césaire dans cette ville.
    En fait, cette demande est justifiée, dans la mesure où les biens de l'abbaye de Saint-Césaire auraient dû, selon le testament de Césaire, retourner à l'église mère et non tomber dans le domaine royal, lors de la ruine de l'abbaye vers 740 à la suite du conflit ayant opposé les Francs aux Arlésiens et Arabes (cf.* Michel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les Saints d'Arles - p. 154).
  14. Jean-Pierre Poly - La Provence et la société féodale 879-1166 - page 28.
  15. Michel Baudat et Claire-Lise Creissen - Les Saints d'Arles - p. 155
  16. Voir ici :
    « Louis, fils de Louis, roi de Germanie, se prenant à faire la guerre avec les Saxons contre les Wénèdes qui sont dans le pays des Saxons, remporta en quelque sorte la victoire, avec un grand carnage d'hommes des deux parts. En revenant de là, Roland, archevêque d'Arles, qui, non pas les mains vides, avait obtenu de l'empereur Louis et d'Ingelberge l'abbaye de Saint-Césaire, éleva dans l'île de la Camargue, de tous côtés extrêmement riche, où sont la plupart des biens de cette abbaye, et dans laquelle les Sarrasins avaient coutume d'avoir un port, une forteresse seulement de terre, et construite à la hâte; apprenant l'arrivée des Sarrasins, il y entra assez imprudemment. Les Sarrasins, débarqués à ce château, y tuèrent plus de trois cents des siens, et lui-même fut pris, conduit dans leur navire, et enchaîné; aux dits Sarrasins furent donnés pour le racheter cent cinquante livres d'argent, cent cinquante manteaux, cent cinquante grandes épées et cent cinquante esclaves, sans compter ce qui se donna de gré à gré. Sur ces entrefaites, ce même évêque mourut sur les vaisseaux le 19 septembre. Les Sarrasins avaient habilement accéléré son rachat, disant qu'il ne pouvait demeurer plus longtemps, et que, si on voulait le ravoir, il fallait que ceux qui le rachetaient donnassent promptement sa rançon, ce qui fut fait: et les Sarrasins, ayant tout reçu, assirent l'évêque dans une chaise, vêtu de ses habits sacerdotaux dans lesquels ils l'avaient pris, et, comme par honneur, le portèrent du navire à terre ; mais quand ceux qui l'avaient racheté voulurent lui parler et le féliciter, ils trouvèrent qu'il était mort. Ils l'emportèrent avec un grand deuil, et l'ensevelirent le 22 septembre dans le sépulcre qu'il s'était fait préparer lui-même. »

Voir aussiModifier

SourcesModifier

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