Rossignol philomèle

espèce d'oiseaux

Luscinia megarhynchos

Luscinia megarhynchos
Description de cette image, également commentée ci-après
Rossignol philomèle
Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Passeriformes
Famille Muscicapidae
Genre Luscinia

Espèce

Luscinia megarhynchos
Brehm, 1831

Statut de conservation UICN

( LC )
LC  : Préoccupation mineure

Le Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos) est une espèce d’oiseaux de la famille des Muscicapidae.

Il est connu pour son chant, qui est un des plus mélodieux mais aussi des plus complexes, on dit qu'il chante, gringotte, quiritte ou trille, de jour comme de nuit. Il a fasciné les chercheurs qui ont dénombré entre 120 et 260 séquences différentes, elles durent en général de 2 à 4 secondes. Le jeune mâle apprend à chanter en écoutant les plus expérimentés et marque ainsi son territoire, ou tente de séduire les femelles. Dès qu'ils sont appariés, les mâles s'arrêtent généralement de chanter la nuit. Ceci laisse supposer que le célèbre chant nocturne sert avant tout à attirer les femelles. Les trilles du rossignol étaient jadis réputés calmer la douleur, accélérer les guérisons et adoucir la mort comme l'évoque le conte de Hans Christian Andersen Le Rossignol et l'Empereur de Chine[réf. nécessaire].

DescriptionModifier

Le rossignol est un passereau de taille moyenne avec un plumage principalement marron et blanc. Ses parties supérieures sont marron avec des teintes rougeâtres, complétées par une queue rousse distinctive. Ses parties inférieures sont grises-blanches, avec une gorge blanc cassé et marron sur les côtés. Sa poitrine est brun-grise, sans tâches. Il possède des pattes assez longues, de couleur rose-brun plutôt terne. Son bec est marron avec une base légèrement plus pâle, et mesure entre 15,3 et 17,8 mm[1].

Le mâle et la femelle arborent le même plumage. Les juvéniles possèdent des tâches pâles sur le dessus et des pointes noires sur les plumes de ses parties inférieures[1].

Son envergure est de 22 et 24 cm[réf. nécessaire] pour une hauteur entre 15 et 16,5 cm[1]⁣ ; il pèse de 16 à 39 g[2].

Chant et vocalisationsModifier

Le rossignol philomèle est particulièrement connu pour son chant mélodieux, puissant et très varié. Il est consituté d'une succession de phrases durant entre 2 et 4 secondes entrecoupées de pauses de même durée[2].

Il chante principalement la nuit, pour attirer un partenaire, mais également le jour (mais généralement de manière moins variée). Il chante également durant son hivernage pour défendre son territoire, mais son chant est là aussi moins varié[2].

ComportementModifier

AlimentationModifier

Le rossignol se nourrit majoritairement d'invertébrés, en particulier de scarabées et de fourmis, durant toute l'année ; il complémente son alimentation de fruits, faux-fruits et de baies (notamment les fraises, des fruits du cerisier à grappes ou encore de cassis) et de graines à la fin de l'été et en automne[2].

Il trouve sa nourriture au sol parmi les feuilles, mais aussi sur les basses branches et les feuilles, volant occasionnellement pour attraper une proie[2].

ReproductionModifier

 
Œufs de Luscinia megarhynchos Muséum de Toulouse

La période de reproduction a lieu de fin avril à la mi-juillet en Europe ; légèrement plus tard en Afghanistan et plus tôt au Maroc et en Algérie. Son nid est peu ordonné et bas (rarement au-dessus de 50 cm), voire à même le sol. Il est en forme de bol, et constitué de feuilles mortes et d'herbes, doublées d'herbes fines, de plumes et de poils[2].

La femelle pond 4 ou 5 œufs qui sont bleutés ou verdâtres, légèrement parsemés de tâches marron ou rouges. L'incubation dure entre 13 et 14 jours. L'émancipation dure 10 à 12 jours et le vol suit quelques jours plus tard. Les petits deviennent totalement indépendants 15 à 30 jours après leur envol[2]. La première nidification se passe au printemps suivant et les rossignols philomèles vivent jusqu'à 6 ans.

Le rossignol niche généralement au même endroit chaque année, en particulier pour les mâles. Il réalise souvent deux nichées par an, la femelle commençant parfois l'incubation de la seconde alors que le mâle termine de s'occuper de la première[2].

Répartition et habitatModifier

RépartitionModifier

Cet oiseau est répandu à travers l'écozone paléarctique occidentale et de manière plus disparate vers l'est (notamment les régions élevées de l'Asie centrale). On le retrouve dans les régions de basse altitude de l'Europe, son aire étant limitée au nord par le sud de l'Angleterre et le nord de l'Allemagne, et au nord-est par le centre de la Pologne et le sud de l'Ukraine. On le retrouve aussi sur une partie de la côte nord-africaine, au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Il est également présent plus à l'est, en Turquie, au Moyen-Orient et dans plusieurs pays d'Asie centrale, jusqu'à l'ouest de la Mongolie. La sous-espèce principale s'étend globalement jusqu'à la Turquie, les territoires plus à l'est étant occupés par les sous-espèces africana et golzii.

La population de rossignols a chuté de 90 % au Royaume-Uni depuis les années 1960[3].

MigrationModifier

Début septembre, il migre vers l'Afrique subsaharienne en passant par le détroit de Gibraltar ou par des endroits où l'étendue maritime est limitée. Il arrive dans ses quartiers d'hiver entre octobre et début décembre. Il ne repart vers le nord qu'à partir de la mi-mars, jusqu'au début avril[2].

Les sous-espèces africana et golzii passent par l'Arabie pour migrer en Afrique de l'Est, également aux alentours de septembre pour une arrivée au Kenya en novembre ou début décembre, et un retour entre fin mars et début avril[2].

HabitatModifier

En Europe, il vit principalement dans deux types d'habitats : les boisements ouverts comportant des fourrés, proches de l'eau ; et la lisère ou les clairières des forêts de feuillus ou de pins. Il peut aussi fréquenter les jardins et les terres cultivées. On le trouve plutôt à basse altitude, typiquement jusqu'à 500 m dans le nord et l'ouest et 1400 m dans le sud de l'Europe[2].

Dans sa zone d'hivernage en Afrique, on le trouve en lisère des forêts denses, les fourrés, la savane, les prairies près des cours d'eau, les clairières et d'autres environnements aux herbes suffisamment denses. On peut le retrouver jusqu'à 1600 m d'altitude[2].

Le Rossignol philomèle et l'humainModifier

SymbolesModifier

Dans les traditions populaires, le rossignol annonce le printemps, c'est l'oiseau du mois de mai, mais il est aussi et surtout le symbole de l'amour. Le comté de Nice a conservé son Rossignol qui vole[4] dans les chants traditionnels et les rondes de mai, dont le thème a inspiré Tchaïkovski pour son Humoresque opus 10-2. Ode à un rossignol est un poème où John Keats se fond dans le chant du rossignol et l'émotion qu'il procure, meurt en lui puis comprend l'éternité de ce chant sans jamais pouvoir l'atteindre.

Mythologie, littératureModifier

Admirable chanteur[5], que l'on entend mais que l'on ne voit que rarement, le rossignol est à l'origine d'un grand nombre de récits mythologiques, de légendes et de récits populaires qui tentent de donner une explication à ce que l'on observe dans la nature, ou ce que l'on sait ou l'on croit savoir sur la vie de cet oiseau. On a retrouvé un caractère triste, peut-être majoré par le fait qu’il est entendu principalement pendant la nuit, au chant du rossignol, et on a identifié une espèce de ce dernier à un personnage mythologique, Philomèle, qui, violée par son beau-frère Térée, se venge d'une manière terrible et sera transformée en rossignol, condamnée à chanter ses lamentations pour toujours[6]. C'est un mythe très ancien[7], repris entre autres dans les Métamorphoses d’Ovide[8]. Le rossignol a inspiré d’innombrables écrivains et artistes : Pétrarque aussi était attiré par la tristesse qu’il percevait dans le chant du « rossignol [qui] si suavement pleure [...] Qu'il emplit de douceur le ciel et les campagnes Par tant d'accords si pitoyables et savants[9]. »

Cependant, l’identification du rossignol avec la nostalgie et la tristesse n’est pas universelle, et elle interprète d’une manière fausse ce que nous apprend l’observation du comportement animal : en effet, le chant du rossignol est un appel du mâle pendant la saison des amours et la fréquence et l'intensité diminueront dès que son instinct sera satisfait[10]. Ainsi, certaines traditions littéraires ou populaires considèrent que cet oiseau produit plutôt un chant d’amour et de réjouissance, comme le troubadour Gaucelm Faidit (env. 1150–1205) : « le rossignolet sauvage, j'ai entendu se réjouir... Dans le feuillage il donne l’amour, il réclame il le reçoit, il meut son chant joui jouissant (Laissiei mon joi a jauzir) » [11]. Rossignol amoureux, rossignol poète, c’est une image que différentes cultures ont propagée. Les Oiseaux d'Aristophane évoquent le chant du rossignol comme une forme de poésie : c’est l’oiseau « aux doux chants, dont la voix égale celle des Muses [...] qui module sur la flûte harmonieuse des accents printaniers[12] ». Depuis le XIVe siècle de notre ère, la peinture et la littérature persanes, entre autres, ont célébré le thème du rossignol poète, amoureux de la rose : « O rossignol de l'aube, que ton cœur jouisse de l'union à la rose, car dans les allées tout est clameur amoureuse de toi », comme a écrit Hafez de Chiraz (env. 1315–1390)[13]. Le poème de Marceline Desbordes-Valmore « Le rossignol aveugle » (Les Pleurs, 1833) reprend la tradition nostalgique, tandis que dans la nouvelle Une partie de campagne de Guy de Maupassant, le chant du rossignol exprime à la fois l'érotisme de la situation et le sentiment de perte de la jeune fille séduite par un canotier alors qu'elle s'apprêtait à épouser son fiancé.

NumismatiqueModifier

Le Rossignol philomèle est présent sur l'avers de la pièce de monnaie croate de 1 kuna.

SystématiqueModifier

L'espèce Luscinia megarhynchos a été décrite par l'ornithologue allemand Christian Ludwig Brehm en 1831[14].

Sous-espècesModifier

Trois sous-espèces de rossignol philomèle sont actuellement identifiées :

  • L. m. megarhynchos (Christian Ludwig Brehm, 1831) : la sous-espèce nominale. Vit dans le sud et l'ouest de l'Europe, l'Afrique du Nord-Ouest, la Turquie, l'ouest du Moyen-Orient ; hiverne en Afrique subsaharienne, du Sénégal jusqu'au Cameroun[1].
  • L. m. africana (Fischer & Reichenow, 1884) : Vit dans l'est de l'Ukraine et de la Turquie, en Syrie, en Irak, dans le Caucase et la Transcaucasie, le nord et l'ouest de l'Iran, le sud du Turkménistan ; hiverne en Afrique de l'Est, notamment au Kenya. Est plus terne que l'espèce nominale, un peu plus grise et moins rousse, et légèrement plus grande ; sa queue est plus longue et son sourcil très légèrement plus pâle[1].
  • L. m. golzii (Cabanis, 1873) : Vit du nord-est de l'Iran jusqu'à la Mongolie, à travers l'Asie Centrale ; il hiverne en Afrique de l'Est et du Sud-Est. Similaire à africana, mais plus couleur sable et avec des pointes plus pâles ; sa queue est sensiblement plus longue, tout comme ses ailes qui sont également plus pointues. Son chant est un peu moins doux que les autres sous-espèces et rappelle un peu celui du rossignol progné[1].

GallerieModifier

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Notes et référencesModifier

  1. a b c d e et f Lars Svensson, Handbook of Western Palearctic birds : Passerines. Volume I, Larks to Phylloscopus warblers, (ISBN 978-1-4729-6057-3 et 1-4729-6057-2, OCLC 1055160592, lire en ligne)
  2. a b c d e f g h i j k et l (en) Nigel Collar et David Christie, « Common Nightingale (Luscinia megarhynchos), version 1.0 », Birds of the World,‎ (DOI 10.2173/bow.comnig1.01, lire en ligne, consulté le )
  3. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/la-nature-berlinoise-devenue-le-refuge-des-rossignols_133925
  4. paroles
  5. « [I]l est supérieur à tous [les autres oiseaux] par la qualité et la puissance de sa voix, par la beauté de son timbre, par sa virtuosité, et surtout par l'art merveilleux avec lequel il passe d'un tempo à l'autre, d'une nuance à l'autre, d'une attaque à l'autre, opposant ou entremêlant avec une aisance souveraine : le lent au vif, le pianissimo au fortissimo, le staccato au legato » (Olivier Messiaen, Traité de rythme, de couleur, et d'ornithologie, Leduc, Paris, 1994-2002, Tome 5, 1er vol. : « Chants d'oiseaux d'Europe », pp. 422-3
  6. La tradition bouddhiste nous offre un exemple de métamorphose, non pas d'un humain en oiseau ou autre animal, mais l'inverse : Bouddha aurait récompensé un rossignol pour son beau chant en le transformant en un poète, Mātr̥ceṭa, qui aurait vécu pendant le Ier siècle de notre ère en Inde. Voir (en) Ven. S. Dhammika, Mātṛceṭa’s Hymn to the Buddha. An English Rendering of the Śatapancāśatka, Buddhist Publication Society, Kandy (Sri Lanka), 1989
  7. Une métope du temple d’Apollon à Thermon ou Thermos (Étolie), datée du VIIe siècle avant notre ère, représente pour la première fois deux personnages qui ont pu être identifiées comme Philomèle et sa sœur Procné, issues de ce mythe. Voir Claudia Antonetti, Les Étoliens. Image et religion, Paris, 1990, p. 174 sq.
  8. Ovide, « Progné et Philomèle », Métamorphoses, Livre VI, Tome II, Paris, 1955, pp. 16-24
  9. Pétrarque (tr. Gérard Genot), Chansonnier. Rerum vulgarium fragmenta, Les Belles Lettres, Paris, 2009, Tome I, poème 311, p. 422. L'original va comme suit : « rosigniuolo, che sì soave piagne [...] Di dolcezza empie il cielo et le campagne Con tante note sì pietose et scorte. » (ibid., CCCXI, p. 423)
  10. Pline l’Ancien avait déjà mentionné cette particularité du chant du rossignol, sans pouvoir l’interpréter : « Ces modulations si étendues et si savantes cessent peu à peu au bout de quinze jours, sans qu'on puisse dire que l'oiseau soit fatigué ou ennuyé. Puis, la chaleur croissant, sa voix devient tout autre; elle n'a plus ni modulation ni variété; la couleur change aussi : enfin pendant l'hiver on ne le voit pas... » (Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XLIII, 4)
  11. Cit. par Antonio Rodríguez et André Wyss, Le chant et l'écrit lyrique, Lausanne, 2009, p. 217 : « C'est l'expression esser jauzire de, 'être celui qui jouit de, avoir la jouissance de', qui suggère à l'occasion une franche sensualité ». Voir Glynnis M. Cropp, Le Vocabulaire courtois des troubadours de l'époque classique, Genève, 1975, p. 340
  12. Aristophane, Les Oiseaux, v. 658 et 676
  13. Hâfez de Chiraz (introduction, traduction du persan et commentaire par Charles-Henri de Fouchécour), Le Divân, Verdier Poche, 2006, Ghazal 35, v. 3, cité par Sarah Mirdâmâdi, « La fleur dans la mystique persane à travers l'œuvre de Mowlânâ et Hâfez », Téhéran, no 44, juillet 2009
  14. Brehm, 1831, Handbuch der Naturgeschichte aller Vogel Deutschlands...: 356

AnnexesModifier

Liens externesModifier

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BibliographieModifier

  • Michèle Biraud et Evrard Delbey, Philomèle : Du mythe aitiologique au début du mythe littéraire, Rursus, revue numérique 1/2006.
  • Véronique Gély, Jean-Louis Haquette, Anne Tomiche (dir.), Philomèle. Figures du rossignol dans la tradition littéraire et artistique, Clermont-Ferrand, 2006.

DiscographieModifier

  • Metzmacher, M., Charron, F. et Verhaegen J.P. (1993). Nos Virtuoses. Chants d'oiseaux. Études et Environnement.