René Belbenoît

écrivain français
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René Belbenoît
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Biographie
Naissance
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Lucerne Valley (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Conflit
Lieu de détention

René Belbenoît (né le , à Paris, mort le , à Lucerne Valley), est un prisonnier et bagnard français. Il est connu pour avoir été emprisonné à l'Île du Diable en Guyane et s'en être échappé.

BiographieModifier

Adolescent livré à lui-même, il fait vite connaissance avec la justice pour de petits délits et n'échappe à la maison de correction qu'en devançant l'appel en 1918. En 1921, il est arrêté à Nérondes (Cher) pour vol avec effraction. Après avoir été reconnu coupable de multiples vols pour lesquels il était recherché, René Belbenoit est lourdement condamné, en mai 1922, par la Cour d'assises de Dijon, à 8 ans de travaux forcés. En vertu du « doublage », cette sentence signifie qu'au-delà du temps de travaux forcés, le condamné est astreint à une résidence en Guyane égale à sa condamnation avant de pouvoir rentrer en métropole.

Il quitte la citadelle de Saint-Martin-de-Ré le 7 juin 1923 à bord du cargo Le Martinière et débarque 14 jours plus tard avec le statut de « transporté » au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni. Après quatre tentatives d'évasion infructueuses (par mer pour rejoindre Trinidad ou un pays d'Amérique centrale ou par la jungle amazonienne) et un retour clandestin en France qui lui vaut trois ans de travaux forcés supplémentaires (il est renvoyé en Guyane par le même cargo en 1933 en compagnie d'Henri Charrière, alias « Papillon »), il réussit en 1935 à conquérir « la Belle ». Il atteint Trinidad où les Anglais lui confient un chalutier qui fait naufrage, est fait prisonnier par les autorités colombiennes, s'évade avec la complicité d'indiens et enfin après une cavale de 22 mois gagne clandestinement en cargo Los Angeles. Ses exploits et sa description de la vie des forçats sont publiés en 1938 sous le titre Dry Guillotine (en) (Guillotine sèche, titre emprunté à Albert Londres) grâce au manuscrit qu'il a emporté avec lui. La diffusion de son récit dépassera le million d'exemplaires et inspirera fortement le récit Papillon d'Henri Charrière. Il vaut au jeune forçat la célébrité et la sympathie de l'opinion américaine tout en exacerbant le ressentiment des autorités françaises[1].

Contraintes de répondre à l'insistance des autorités françaises tout en ménageant l'opinion de leurs propres citoyens, les autorités américaines finissent par expulser Belbenoit. Ce dernier se réfugie en janvier 1940 en Amérique centrale, d'où il suit les statistiques de vente de son deuxième ouvrage Hell On Trial. Salvador, Costa Rica, Mexique... traqué de toute part, car la pression française ne se relâche pas, Belbenoit finit par repasser à la nage le Rio Grande pour gagner le Texas où il est immédiatement arrêté, condamné à un an de prison et incarcéré pour immigration clandestine. Sa peine purgée, Belbenoit est sauvé par la guerre de l'extradition vers la France ; échappant, très vraisemblablement, à un nouveau séjour en Guyane.

René Belbenoît s'installe à Los Angeles où il épouse Lee Gumpert, sa troisième femme, en 1945. « Alien permanent », il parviendra à demeurer aux États-Unis, d'autorisation temporaire en autorisation temporaire, jusqu'en 1953 où il quittera les États-Unis une dernière fois... pour y revenir et recevoir un tampon officiel sur son permis de résidence définitive. Ne pouvant obtenir sa grâce et un droit de retour en France, il lui faudra trois ans de plus pour devenir un citoyen américain, après trente-quatre ans de privation de tous droits civiques

René Belbenoit meurt le 25 février 1959, à Lucerne Valley, une petite localité du désert de Mojave, en Californie, où il était retiré depuis 1950. Pendant son séjour au Bagne de Guyane, Belbenoit a été le compagnon de forçats célèbres (Dieudonné, Roussenq, Seznec ....) dont il a raconté la vie dans des cahiers manuscrits qu'il vendait aux touristes ou aux gardiens. Son destin croise et recroise curieusement celui d'Henri Charrière, dit Papillon. C'est ainsi qu'après les rues de Paris, ils partageront le même convoi, en 1933, à bord du Martinière, entre Saint-Martin de Ré et Saint-Laurent-du-Maroni. De même, ils seront tous deux consacrés aux États-Unis où, 35 ans après Dry Guillotine, la première de Papillon, adaptation cinématographique du célèbre roman de Charrière, marquera pour ce dernier le début d'une notoriété mondiale. Au-delà de la controverse née dans les années soixante-dix sur la véracité des exploits d'Henri Charrière, il est communément admis que les aventures de Belbenoit firent partie de celles parmi lesquelles Charrière a effectivement puisé pour construire le héros de son roman[1].

En décembre 2008, un documentaire fiction inédit, Cayenne-Hollywood a été diffusé en France par la chaîne "Histoire". Adaptation du livre de Philippe Schmitz Matricule 46635, ce documentaire retrace la vie des deux hommes et les étonnants entrelacs de leurs destins respectifs.

OuvragesModifier

  • Dry Guillotine. Les compagnons de la Belle, Les éditions de France, 1938. Traduction de la version anglaise.
  • Hell On Trial
  • Guillotine sèche, La Manufacture de livres, 2012, (ISBN 9782358870344)

Notes et référencesModifier

  1. a et b « René Belbenoît, bagnard et écrivain », exposition au Musée des Cultures Guyanaises, 2 mai au 31 août 2004

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