Pierre Dreyfus-Schmidt

personnalité politique française

Pierre Dreyfus-Schmidt
Fonctions
Député 1945-1946
puis 1946-1951
puis 1956-1958
Gouvernement IVe République
Groupe politique RRRS (1945-1946)
URR (1946-1951)
URP (1956-1958)
Biographie
Date de naissance
Date de décès
Résidence Territoire de Belfort

Pierre Dreyfus-Schmidt, né le à Belfort[1] et mort le dans cette ville, est un homme politique français, maire radical de Belfort de 1935 à 1941, en 1945 et de 1958 à 1964, député du Territoire de Belfort de 1945 à 1951 et de 1956 à 1958.

Durant son parcours politique, il a à plusieurs reprises affronté victorieusement le socialiste Paul Rassinier et a sans doute involontairement joué un rôle dans l'évolution ultérieure de celui-ci[2].

BiographieModifier

Origines familiales et formation

Pierre Dreyfus-Schmidt est issu d'une famille de tradition juive venue de Mulhouse s'installer à Belfort à la suite de l'annexion en 1871 de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne. Son père, représentant en tissus, est de sensibilité radicale et franc-maçon.

En 1920, après le baccalauréat, Pierre Dreyfus-Schmidt s'inscrit à Paris à la faculté de droit et à l'École libre des Sciences Politiques. Le , il prête le serment d'avocat. Tout en faisant ses études, il participe aux travaux d'éloquence de la conférence Molé-Tocqueville. Il collabore aussi au journal radical de Belfort, La Frontière.

Les premiers mandats électoraux

Le maire de Belfort, Édouard Levy-Grunwald, qui est un ami de son père, l'incite à revenir dans sa ville natale. En 1929, il est élu conseiller municipal et devient adjoint au maire. La même année, avec l'appui du député Edmond Miellet, président de la fédération départementale du parti radical, il en devient secrétaire général. À noter que Belfort, quoique ville ouvrière, accorde à cette époque la majorité de ses suffrages aux radicaux ; et qu'elle a eu plusieurs maires issus de familles de religion ou de tradition juive.

Aux élections législatives de 1932, Pierre Dreyfus-Schmidt est candidat radical dans la deuxième circonscription (Belfort-campagne). Il affronte le candidat conservateur André Tardieu, député sortant, Henri Jacob (communiste indépendant, dont le suppléant est Paul Rassinier), Armand Carrez (PCF). Tardieu l'emporte dès le premier tour.

Pierre Dreyfus-Schmidt devient cependant conseiller général en 1934 et maire de Belfort en 1935 avec l'appui de la SFIO (dirigée par René Naegelen, dont l'adjoint est Paul Rassinier, devenu socialiste). En 1936, Pierre Dreyfus-Schmidt se présente de nouveau à Belfort-campagne, cette fois contre Émile Lardier, président du Conseil général. Malgré les accords électoraux du Front populaire, il ne réussit pas à être élu.

Dans la période de crise internationale des années d'avant-guerre, liées à l'arrivée de Hitler au pouvoir en Allemagne, il adopte une position de fermeté et est parmi la minorité d'hommes politiques, en dehors du Parti communiste, opposés aux accords de Munich.

La guerre

En 1939, il refuse d'être affecté spécial en tant que maire d'une ville importante et est mobilisé avec le grade de capitaine dans le 171e régiment d'infanterie ; il est suppléé par son premier adjoint, Hubert Metzger. Le , après une résistance héroïque, sa compagnie est encerclée à Sentheim et il est fait prisonnier.

Détenu à Neuf-Brisach, il est ensuite interné à Belfort. Il s'évade le , gagne Annemasse par la Suisse, puis retrouve à Limoges son épouse et ses deux fils. Il est démobilisé en  ; le gouvernement de Vichy le révoque de son mandat de maire et confirme Hubert Metzger à sa place.

À Castres, il appartient au groupe de résistance du général Royer. Quelques mois plus tard, après le débarquement allié en Afrique du Nord, il gagne l'Espagne en novembre 1942[3] où il est retenu prisonnier quatre mois ; arrivé au Maroc, le capitaine Dreyfus-Schmidt prend un commandement dans le 1er Régiment étranger (son père avait lui-même servi cinq ans dans la Légion étrangère).

Il participe à la campagne d'Italie et au débarquement de Provence, puis est appelé à l'État-major du général de Lattre de Tassigny en prévision de la libération de sa ville natale. Le , il entre à Belfort auréolé du prestige de la victoire. Son comportement durant la guerre lui vaudra d'être fait chevalier de la Légion d'honneur et titulaire de la Croix de guerre et de la Médaille de la Résistance.

La période électorale 1945-1946

Le , il retrouve son siège de maire, et est réélu aux élections municipales d'. Le parti radical est un peu affaibli par rapport à l'avant-guerre, mais Pierre Dreyfus Schmidt fait alliance avec les communistes, contre la liste SFIO conduite par Paul Rassinier, de retour dans un très mauvais état de santé du camp de concentration de Dora.

De même aux élections d'octobre 1945 (première Constituante), il est élu sur une liste du Mouvement unifié de la résistance, avec pour colistier un candidat communiste, battant de nouveau Rassinier. Il laisse alors la mairie de Belfort à son premier adjoint, toujours Hubert Metzger.

Au Congrès extraordinaire du parti radical du 4 au , Pierre Dreyfus-Schmidt est le porte-parole des "radicaux de gauche". Exclu du parti, il constitue dès le avec ses amis "le regroupement des radicaux et résistants de gauche".

Aux élections de juin 1946 (deuxième Constituante), il est candidat sur une liste radicale opposée à une liste communiste et à la liste socialiste conduite par René Naegelen, qui l'emporte (en août, il démissionne et cède son siège à Paul Rassinier). Mais dès le départ, il est prévu que cette assemblée sera renouvelée le .

La campagne électorale est assez dure entre les deux principaux protagonistes, Pierre Dreyfus-Schmidt, avec le journal radical Quand Même !, et Paul Rassinier, avec son journal La IV° République. La tension devient telle que Rassinier en vient à employer des lieux communs antisémites, écrivant le que « il y a des gens qui sont comme ça. Nés dans "la bedite gommerce", ils en ont conservé l'âpreté au gain et les autres habitudes dans la politique[4] ». Cet énoncé, s'ajoutant à d'autres, provoque la démission de trois membres de la SFIO, anciens résistants, qui rejoignent Pierre Dreyfus-Schmidt.

Le , pour les élections de la première Assemblée législative de la IVe République, Pierre Dreyfus-Schmidt est de nouveau allié aux communistes et est élu[5]. Il s'inscrit au groupe de l'Union des républicains et résistants apparenté le plus souvent au groupe communiste.

La IVème République

Pierre Dreyfus-Schmidt se consacre aussi à son métier d'avocat et devient bâtonnier du barreau de Belfort.

Le , il est l'un des fondateurs et dirigeants de l'Union progressiste.

Le , Pierre Dreyfus-Schmidt se présente aux élections à la troisième Assemblée nationale de la Quatrième République à la tête d'une liste pour l'Union des forces de gauche présentée par le PCF et la fédération radicale indépendante. Il est élu et s'inscrit au groupe des Républicains progressistes qu'il préside en 1957.

Le , il condamne le coup de force d'Alger. Il adhère à l'Union des forces démocratiques et s'oppose au retour au pouvoir du général de Gaulle. Le 1er juin, il lui refuse la confiance, et le vote contre les pleins pouvoirs et la réforme constitutionnelle.

La Vème République

Il est de nouveau maire de Belfort jusqu'à sa mort en 1964.

Il est enterré au Cimetière israélite de Belfort.

ŒuvresModifier

  • Captivités et évasions, 1955.

BibliographieModifier

  • Notice biographique sur le site de l'Assemblée nationale
  • Nadine Fresco, Fabrication d'un antisémite, Paris, Seuil, 1999 (cet ouvrage, consacré à Paul Rassinier, évoque de façon détaillée la vie politique de Belfort des années 1910 à 1940, et évoque abondamment Pierre Dreyfus-Schmidt. Selon l'auteur, les échecs renouvelés et de Paul Rassinier face à Pierre Dreyfus-Schmidt sont à l'origine d'un ressentiment insurmontable (compte tenu de sa personnalité, de son état physique après la déportation, etc.) qui explique une partie de sa dérive ultérieure vers le négationnisme)

Notes et référencesModifier

  1. Son état civil complet est : Pierre Sylvain Dreyfus-Schmidt.
  2. Voir en bibliographie, Fresco, 1999.
  3. André-Louis Sanguin, « La fuite des Juifs à travers les Pyrénées pendant la Seconde Guerre mondiale, une géographie de la peur et de la survie », Annales du Midi : revue archéologique, historique et philologique de la France méridionale, Tome 126, N°287,‎ , pages 303-304 (lire en ligne)
  4. La IVème République, 4 octobre 1946, citée dans Fresco, 1999, p. 482.
  5. L'échec subi par Rassinier entraîne son départ de Belfort en 1947 ; désormais, il se consacrera à l'écriture des ouvrages, plutôt antisémites, qui ont fait sa notoriété

Liens externesModifier