P.C.L.

société de production de cinéma japonaise

P.C.L. Eiga Seisaku-jo (ピー・シー・エル映画製作所?, plus connue sous le nom de P.C.L., abréviation de « Photo Chemical Laboratories ») est une société de production de cinéma japonaise créée en 1933. En 1937, P.C.L. fusionne avec d'autres sociétés pour former la Tōhō.

HistoireModifier

 
Logo de la P.C.L. dans le générique de Ma femme, sois comme une rose (1935).
 
L'actrice Sachiko Chiba devant un véhicule P.C.L. (revue Eiga no tomo parue en 1936).

Les originesModifier

La société P.C.L. — abréviation de Photo Chemical Laboratories — est fondée en 1929 à Tokyo par Yasuji Uemura dans le but de fournir des services de laboratoire et de postproduction aux florissantes sociétés de production de cinéma[1],[2]. L'avènement du cinéma sonore — Le premier film entièrement parlant japonais, Mon amie et mon épouse réalisé par Heinosuke Gosho, sort en août 1931 — change la donne et P.C.L. diversifie son offre de services en construisant en 1932 à Tokyo deux studios d'enregistrement équipés pour réaliser des films sonores qui sont loués pour répondre aux besoins croissants des maisons de production[1]. C'est en 1933 qu'il est finalement décidé de se lancer dans la production de films et que P.C.L. Eiga Seisaku-jo est créé[1].

La production de filmsModifier

Le premier film produit par P.C.L. est Ongaku kigeki: Horoyoi jinsei (音楽喜劇 ほろよひ人生?, 1933) réalisé par Sotoji Kimura[3]. Ce film est considéré comme la première véritable comédie musicale japonaise[3]. Les coûts de production sont pris en charge par la société Dai Nihon Biru dont les produits sont présentés dans le film qui se déroule en partie dans une brasserie et conte l'histoire d'un vendeur de bière dans une gare et d'un compositeur essayant de créer une chanson à succès[3]. Les premiers films de la société sont donc de nature commerciale et visent à mettre en avant les produits de leurs investisseurs[1]. La P.C.L. produit deux films en 1933, huit en 1934 et le double en 1935[1]. Dès 1934, une série d'une dizaine de films mettant en vedette l'acteur comique Ken'ichi Enomoto, affectueusement appelé Enoken, connaît le succès auprès du public japonais[4].

Deux réalisateurs d'importance rejoignent P.C.L. en 1934, il s'agit de Kajirō Yamamoto en provenance de la Nikkatsu et de Mikio Naruse. Ce dernier, désireux de réaliser des films parlants et bridé dans sa créativité par Shirō Kido — ce dernier ayant déclaré dans une formule destinée à devenir célèbre, que « les studios Kamata n'ont pas besoin d'un deuxième Ozu » — quitte donc la Shōchiku[5]. Il sera plus à son aise dans ce nouveau studio, et dira plus tard : « À la Shōchiku, on m'autorisait à mettre en scène ; chez P.C.L., on me demandait de mettre en scène. Une différence significative »[6]. Mikio Naruse accède enfin au succès commercial et critique, Ma femme, sois comme une rose (妻よ薔薇のやうに, Tsuma yo bara no yo ni?) apparait en tête du classement des dix meilleurs films japonais de l'année 1935 établi par la revue Kinema Junpō[5], projeté en à New York, c'est aussi le premier film parlant japonais montré et exploité aux États-Unis[7].

Plusieurs grands noms du cinéma japonais font leurs toutes premières armes chez P.C.L. En 1935, le studio recherche des assistants réalisateurs. Bien qu'il n'ait jamais envisagé de travailler dans le cinéma et qu'il ait déjà un travail d'illustrateur de livres, un jeune homme du nom d'Akira Kurosawa répond à l'annonce du studio, qui demande aux candidats de rédiger un essai sur les défauts fondamentaux des films japonais et les moyens d'y remédier. Kurosawa explique dans son papier que si ces défauts sont fondamentaux, alors il n'y a aucun moyen de les corriger. Cette lettre au ton moqueur lui permet de passer les examens suivants. Le réalisateur Kajirō Yamamoto, qui fait partie des recruteurs, insiste pour que Kurosawa soit recruté. En , à l'âge de 25 ans, Akira Kurosawa entre chez P.C.L[8],[9]. Citons aussi Hideo Sekigawa qui entre la même année aux studios P.C.L. en tant qu'assistant réalisateur[10] ou Ishirō Honda qui est troisième assistant réalisateur de Sotoji Kimura sur Tadano bonji: Jinsei benkyō (只野凡児 人生勉強?, 1934) avant de devoir effectuer son service militaire[11],[12].

Création de la TōhōModifier

En 1935, Ichizō Kobayashi, un riche industriel fondateur de la compagnie ferroviaire Hankyu, de la Revue Takarazuka, propriétaire de plusieurs théâtres de kabuki dont le théâtre Takarazuka prend le contrôle de P.C.L. ainsi que d'une autre société de production basée à Kyoto et elle aussi créée en 1933, J.O. Studio (ja)[13],[14]. Il fonde en la Tōhō Eiga Haikyū (ja) (litt. « Tōhō Film Distribution ») pour distribuer les films de P.C.L., de J.O. Studio ainsi que des films étrangers[15]. En , ces différentes entités que sont P.C.L., J.O. Studio et Tōhō Eiga Haikyū fusionnent pour former la Tōhō[15]. Cette société nouvellement créée, disposant de studios sonorisés à Tokyo et à Kyoto et forte d'une chaîne de vingt-sept salles de cinéma dans tous le pays — dont la moitié pouvant accueillir entre 1500 et 2000 personnes — se pose en véritable concurrent à la Shōchiku et à la Nikkatsu[4].

Films produitsModifier

 
Sachiko Chiba et Kamatari Fujiwara dans Ongaku kigeki: Horoyoi jinsei (1933).
 
Scène du film Le Bandit samouraï (1937).
 
Affiche japonaise de Pauvres humains et ballons de papier (1937).
 
Affiche japonaise de Isamu Kondō vu par Enoken (1935).

Courts métrages d'animation produitsModifier

 
Ugokie kori no tatehiki (1933).

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e (en) Stuart Galbraith, IV, The Toho Studios Story : A History and Complete Filmography, Scarecrow Press, , 528 p. (ISBN 978-1-4616-7374-3, lire en ligne), p. IX (introduction)
  2. (en) Jasper Sharp, Historical Dictionary of Japanese Cinema, Scarecrow Press, , 564 p. (ISBN 978-0-8108-7541-8, lire en ligne), p. XXV (chonology)
  3. a b et c (en) « Ongaku kigeki: Horoyoi jinsei (Tipsy Life). 1933. Directed by Sotoji Kimura », sur www.moma.org (consulté le 14 juillet 2020)
  4. a et b (en) Jasper Sharp, Historical Dictionary of Japanese Cinema, Scarecrow Press, , 564 p. (ISBN 978-0-8108-7541-8, lire en ligne), p. 256 et 257
  5. a et b Jean Narboni, Mikio Naruse, les temps incertains, Cahiers du cinéma, , 288 p. (ISBN 978-2-86642-283-7), p. 44
  6. M. Naruse, Kinema Junpō, déc. 1960, cité par Leonard Schrader
  7. Jean Narboni, Mikio Naruse, les temps incertains, Cahiers du Cinéma, , 288 p. (ISBN 978-2-86642-283-7), p. 50
  8. Akira Kurosawa (trad. Michel Chion), Comme une autobiographie, Quetigny, Cahiers du cinéma, (réimpr. 1985, 1995), 318 p. (ISBN 978-2-86642-180-9), p. 89-93
  9. (en) Stuart, IV Galbraith, The Emperor and the Wolf : The Lives and Films of Akira Kurosawa and Toshiro Mifune, Faber and Faber, Inc, , 823 p. (ISBN 0-571-19982-8), p. 25
  10. Dictionnaire du Cinéma Larousse (édition 2001) page 1325
  11. (en) Steve Ryfle et Ed Godziszewski, Ishiro Honda : A Life in Film, from Godzilla to Kurosawa, Wesleyan University Press, , 336 p. (ISBN 978-0-8195-7087-1)
  12. (en) Stuart Galbraith, IV, The Toho Studios Story : A History and Complete Filmography, Scarecrow Press, , 528 p. (ISBN 978-1-4616-7374-3, lire en ligne), p. 5
  13. Note : la lettre J qui compose l'acronyme J.O. vient de Jenkins, le nom du système d'enregistrement du son utilisé par la société et le O du nom de son fondateur Yoshio Osawa
  14. (en) Stuart Galbraith, IV, The Toho Studios Story : A History and Complete Filmography, Scarecrow Press, , 528 p. (ISBN 978-1-4616-7374-3, lire en ligne), p. X (introduction)
  15. a et b (en) Jasper Sharp, Historical Dictionary of Japanese Cinema, Scarecrow Press, , 564 p. (ISBN 978-0-8108-7541-8, lire en ligne), p. XXVII (chonology)
  16. Ongaku kigeki: Horoyoi jinsei (1933) Rétrospective « Japan Speaks Out! Early Japanese Talkies » du 6 mai au 20 mai 2015 au Museum of Modern Art
  17. Ino et Mon : titre français du film lors de la rétrospective « Tōhō, le rêve américain » du 21 février au 31 mars 2011 à la MCJP

Liens externesModifier