Opération Aderlass

L'Opération Aderlass (signifiant : « Opération Saignée »)[1] est le nom donné à une enquête en Autriche et Allemagne sur les pratiques de dopage menée par Mark Schmidt, un médecin allemand basé à Erfurt. Des athlètes de diverses disciplines ont été désignés comme des clients présumés de Schmidt. Ils ont reçu une ou plusieurs transfusion de sang illégale dans le but d'améliorer leurs performances. Plusieurs d'entre eux ont avoué.

ChronologieModifier

L'affaire est révélée pour la première fois à la suite d'aveux du skieur de fond Johannes Dürr, à la fin du mois de . Il nomme Mark Schmidt, un médecin basé à Erfurt, en Allemagne, à la tête d'une opération de dopage sanguin[2]. Schmidt avait auparavant été médecin des équipes cyclistes Gerolsteiner et Milram[3]. En , Bernhard Kohl, qui avait été positif lors d'un contrôle antidopage alors qu'il se courait pour Gerolsteiner en 2008, a accusé Schmidt d'avoir supervisé les pratiques de dopage. Schmidt nie les accusations[4]. À la suite des déclarations de Dürr, la police effectue une descente dans les locaux d'Erfurt le . L'enquête est menée par le groupe de travail antidopage de la police de Munich[5].

Athlètes impliquésModifier

Le , les procureurs de Bavière confirment que 21 athlètes au total sont soupçonnés d'avoir été des clients de Mark Schmidt. Tous les noms n'ont pas été initialement rendus publics, afin de ne pas perturber l'enquête[3]. En septembre 2020, il est révélé qu'un total de 23 clients ont été identifiés, dans le cyclisme et les sports d'hiver d'endurance[6].

Sports d'hiverModifier

 
Les révélations du skieur de fond Johannes Dürr (photographié ici en 2013) ont conduit aux investigations.

À la suite des déclarations de Dürr, la police autrichienne arrête cinq athlètes aux championnats du monde de ski nordique 2019 à Seefeld in Tirol. Il s'agit des skieurs de fond autrichiens Max Hauke et Dominik Baldauf, des Estoniens Andreas Veerpalu (en) et Karel Tammjärv, ainsi que le Kazakh Aleksey Poltaranin[7]. Max Hauke est condamné à une peine de cinq mois avec sursis le 30 octobre 2019 par un tribunal d' Innsbruck pour des violations du dopage remontant à 2015[8]. Dominik Baldauf est également condamné par la même cour à une peine de cinq mois avec sursis le 14 janvier 2020[9]. Le 23 juillet 2019, les deux athlètes sont interdits de compétition pendant quatre ans par l'Agence autrichienne antidopage[10]. En , Johannes Dürr est suspendu à vie[11]. Le 27 janvier 2020, il est condamné à 15 mois de prison avec sursis pour sa participation à l'affaire, après avoir plaidé coupable. Il nie cependant avoir établi des liens entre Schmidt et ses collègues skieurs de fond Hauke et Baldauf, comme ceux-ci l'avaient affirmé[12]. Un rapport du journal allemand Der Tagesspiegel a affirmé que Dürr avait envisagé de reprendre les opérations de dopage de Schmidt[13].

Le , les médias rapportent que le skieur alpin Hannes Reichelt a été interrogé par la police la semaine précédente concernant une possible implication dans l'affaire. Reichelt nie avec véhémence les accusations[14]. Les charges contre Reichelt sont abandonnées le 16 octobre 2019[15].

Le , il est annoncé que le biathlète Daniel Taschler, également ancien beau-frère de Johannes Dürr, est l'un des athlètes soupçonnés d'avoir bénéficié de dopage sanguin en tant que client de Mark Schmidt. Taschler avait déjà eu des démêlés avec les autorités antidopage pour ses liens notamment avec le sulfureux médecin Michele Ferrari[16].

Le 29 novembre 2019, la Fédération internationale de ski (FIS) suspend pendant quatre ans le Kazakhe Aleksey Poltaranin et des Estoniens Karel Tammjärv et Andreas Veerpalu (en), ainsi que deux entraîneurs estoniens[17]. Les trois athlètes ont précédemment reconnu leur implication dans les pratiques de dopage[18]. Cependant, le 8 mars 2019, Alexey Poltoranin, qui a lui aussi déjà admis s'être dopé, revient sur ses aveux[19]. Le 12 mars, le ministère kazakh de la Culture et des Sports innocente Poltoranin de toute accusation de dopage, affirmant que « Heureusement [il] n'a pas utilisé de dopage sanguin »[20]. Le 6 janvier 2020, il est néanmoins confirmé qu'il est suspendu pendant quatre ans par la FIS[21]. L'entraîneur estonien Martin Alaver est également suspendu[22]

CyclismeModifier

Le , Stefan Denifl, ancien coureur pour l'équipe Aqua Blue Sport, reconnait avoir eu recours au dopage sanguin avec l'aide de Schmidt[23]. Un jour plus tard, Georg Preidler, membre de Groupama-FDJ, a également avoué avoir subi deux extractions de sang avec Schmidt à la fin de 2018, mais nie avoir effectivement été dopé. Il met néanmoins fin à son contrat avec l'équipe[24]. Le , Preidler et Denifl sont suspendus quatre ans par l'UCI, du au . Ils perdent leurs résultats obtenus entre le et le pour le premier et entre le et le pour le deuxième[25]. En , Preidler est inculpé par la justice de fraude commerciale grave. Le procureur général à Innsbruck, l'accuse d'avoir commencé le dopage sanguin et la prise d'hormones de croissance dès le Tour d'Italie 2017, alors que Preidler nie être passé à l'acte[26],[27]. En juillet 2020, il est condamné à 2 880 euros d'amende et à 12 mois de prison avec sursis[28].

Le , Danilo Hondo avoue dans une interview accordée au radiodiffuseur allemand ARD avoir utilisé le dopage sanguin sous la supervision de Schmidt en 2011, alors qu'il courait chez Lampre-ISD. Il est ensuite licencié de son poste de sélectionneur pour la fédération suisse de cyclisme[29].

Le , le journal français Le Monde annonce que le sprinteur italien à la retraite, Alessandro Petacchi, aurait travaillé avec Schmidt en 2012 et 2013[30]. Petacchi nie les accusations, mais est néanmoins provisoirement suspendu par l'UCI un jour plus tard[31]. Aux côtés de Petacchi, Kristjan Koren (Bahrain-Merida), Kristijan Đurasek (UAE Team Emirates) et Borut Božič sont également impliqués et provisoirement suspendus. Au moment de leur suspension, Koren et Đurasek participent respectivement au Tour d'Italie et au Tour de Californie, tandis que Božič est directeur sportif de l'équipe Bahrain-Merida[31]. Plus tard le même jour, Bahrain-Merida et UAE Team Emirates confirment qu'ils ont retiré leurs coureurs des courses[32]. Le , Petacchi s'est vu imposer une période d'inéligibilité de deux ans par l'UCI[33]. Le , c'est au tour de Kristijan Koren et de Borut Božič d'être suspendu deux ans « pour des violations du règlement antidopage commises en 2011 et 2012 »[34]. Le , Kristijan Đurasek est suspendu quatre ans par l'UCI pour sa participation aux pratiques de dopage[35].

Le , le journal italien Corriere della Sera annonce que le Slovène Milan Eržen avait des liens étroits avec l'opération Aderlass. Celui-ci occupe le poste de directeur général de l'équipe Bahrain-Merida[36]. Le , il est annoncé que l'UCI suivait les activités d'Eržen et du cyclisme slovène en général dans plusieurs enquêtes[37].

Le , la vice-championne du monde de VTT marathon Christina Kollmann-Forstner est suspendue par l'Union cycliste internationale en raison de potentielles violations des règles antidopage sur la base des informations reçues des autorités policières autrichiennes dans le cadre de l'opération Aderlass[38].

En , Pirmin Lang, coureur professionnel entre 2013 et 2017, avoue s'être dopé tout au long de sa carrière, notamment via le réseau Aderlass[39]. Ses révélations font suite à des enquêtes menées par le journal suisse Neue Zürcher Zeitung. Il est ensuite licencié par la Swiss Racing Academy, une équipe qu'il avait cofondée et où il était employé en tant que manager et directeur sportif[40].

ProcèsModifier

Le procès contre Schmidt commence le 16 septembre 2020 à l'Oberlandesgericht de Munich. Dans sa déclaration liminaire, l'avocat du médecin a sévèrement attaqué le procureur, l'accusant d'entraver le travail de la défense et d'utiliser des méthodes illégales pour faire avancer leurs enquêtes. Il a donc demandé la clôture de l'affaire contre son client pour violations graves du droit à un procès équitable[41]. Selon l'accusation, Schmidt a dopé des sportifs lors des mondiaux de ski nordique 2017 et 2019, des Jeux olympiques d'hiver 2014 et 2018, d'été 2016, mais également sur le Tour de France 2018, le Giro 2016 et 2018 et la Vuelta 2017[42].

Le 29 septembre 2020, dans une déclaration lue par ses avocats, Mark Schmidt affirme avoir dopé plusieurs athlètes depuis 2012. Il ne dévoile cependant aucun nom et précise avoir avoir agi par « fascination du sport de haut niveau » plutôt que par intérêt financier. Il affirme n'avoir reçu de l'argent que pour couvrir ses frais, et insiste sur le fait que la santé de ses clients n'avait jamais été mise en danger[43],[44].

Notes et référencesModifier

  1. « UCI hopes to secure information on cyclists involved in blood doping investigation », cyclingnews.com, (consulté le 15 mai 2019)
  2. (de) Catuogno, « Der Kronzeuge », Süddeutsche Zeitung, (consulté le 15 mai 2019)
  3. a et b « 'More chapters to be written' in Operation Aderlass, says state prosecutor », cyclingnews.com, (consulté le 15 mai 2019)
  4. Brown, « Kohl accuses former Gerolsteiner doctor of doping involvement », cyclingnews.com, (consulté le 15 mai 2019)
  5. (de) « Deutsche Kunden in Erfurt », Süddeutsche Zeitung, (consulté le 15 mai 2019)
  6. Procès "Aderlass": l'infirmière du Dr Schmidt dévoile des coulisses du dopage
  7. (de) Rüttenauer, « Mit der Nadel im Arm », die tageszeitung, (consulté le 15 mai 2019)
  8. (de) Andrea Beer, « Max Hauke zu Bewährungsstrafe verurteilt », Deutschlandfunk,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  9. (de) « Doping - Bewährungsstrafe gegen Langläufer Baldauf », Sportschau,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  10. (de) « Langläufer Baldauf und Hauke für vier Jahre gesperrt », Sportschau,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  11. Dopage: le fondeur autrichien Johannes Dürr suspendu à vie
  12. (de) « Johannes Dürr zu 15 Monaten auf Bewährung verurteilt », Der Tagesspiegel,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  13. (de) « Diesem „Whistleblower“ sollte man keinen Glauben schenken », Der Tagesspiegel,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  14. (de) « Doping-Ermittlung erreicht alpinen Skisport », Kicker, (consulté le 27 mai 2019)
  15. (de) « Verfahren gegen Hannes Reichelt eingestellt », Kleine Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  16. (de) Daniel Taschler ist erster Biathlet im Visier der Ermittler
  17. « Estonian skiers, coaches hit with four-year bans after doping investigation », Eesti Rahvusringhääling,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  18. « Skier Algo Kärp next to admit to doping », Eesti Rahvusringhääling,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  19. (de) « Verhafteter Doper zieht Geständnis zurück », Basler Zeitung,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  20. « Kazakh ministry clears skier involved with Veerpalus, Alaver of doping », Eesti Rahvusringhääling,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  21. « International ski federation bans 4 in doping case », Associated Press,‎ (lire en ligne, consulté le 29 janvier 2020)
  22. Dopage : trois sportifs de plus suspendus dans l'affaire "Aderlass"
  23. « Denifl confesses to blood doping in police interview », cyclingnews.com, (consulté le 15 mai 2019)
  24. « Preidler admits to blood extraction as doping investigation widens », cyclingnews.com, (consulté le 15 mai 2019)
  25. Déclaration de l’UCI au sujet de Georg Preidler et Stefan Denifl
  26. Opération Aderlas : le coureur autrichien Preidler inculpé de fraude
  27. Georg Preidler charged with fraud after admitting involvement in Operation Aderlass blood doping ring
  28. Cyclisme. Dopage : un an de prison avec sursis pour un cycliste autrichien
  29. Long, « Danilo Hondo fired from coaching role after confessing to blood doping », Cycling Weekly, (consulté le 15 mai 2019)
  30. Guillou, « L’ancien cycliste italien Alessandro Petacchi, maillot vert du Tour de France, soupçonné de dopage », Le Monde, (consulté le 15 mai 2019)
  31. a et b « Petacchi, Koren, Durasek, Bozic named in Austrian doping ring », cyclingnews.com, (consulté le 15 mai 2019)
  32. Ballinger, « Riders pulled from Giro d’Italia and Tour of California as UCI publishes names linked to blood doping scandal », Cycling Weekly, (consulté le 15 mai 2019)
  33. Alessandro Petacchi suspendu deux ans par l'UCI
  34. Kristijan Koren suspendu deux ans pour son implication dans l'affaire Aderlass
  35. « Durasek banned for four years for doping », sur cyclingnews.com, (consulté le 15 novembre 2019)
  36. (it) « Giro d’Italia: il misterioso Erzen, talent scout di Roglic e manovratore della Bahrain di Nibali », Corriere della Sera, (consulté le 23 mai 2019)
  37. « Bahrain-Merida's Milan Erzen under UCI investigation for doping links », cyclingnews.com, (consulté le 23 mai 2019)
  38. Déclaration de l’UCI concernant Christina Kollmann-Forstner
  39. Cyclisme: l'ancien pro suisse Pirmin Lang révèle avoir fait partie du réseau "Aderlass"
  40. « Ex-pro Pirmin Lang confesses involvement in Aderlass doping ring », sur cyclingnews.com, (consulté le 24 février 2020)
  41. (de) Matthias Fiedler et Thilo Neumann, « Anklage nach der Anklage », Der Spiegel,‎ (lire en ligne, consulté le 21 septembre 2020)
  42. Mark Schmidt, le médecin qui dopait les athlètes "par amour du sport"
  43. AFP, « Affaire Aderlass : le médecin passe aux aveux », sur lequipe.fr, (consulté le 29 septembre 2020)
  44. (de) Deutsche Presse-Agentur, « Angeklagter Arzt legt in Dopingprozess umfassendes Geständnis ab », Der Spiegel,‎ (lire en ligne, consulté le 1er octobre 2020)