On the Internet, nobody knows you're a dog

adage

« On the Internet, nobody knows you're a dog » (de l'anglais signifiant littéralement « Sur l'Internet, personne ne sait que tu es un chien ») est un adage trouvant son origine dans un dessin de presse de Peter Steiner (en) paru dans le New Yorker du 5 juillet 1993[1]. L'anonymat sur Internet y est caricaturé en représentant un chien assis sur une chaise devant un bureau, qui utilise un ordinateur tout en prononçant ces paroles à un autre chien se tenant assis au sol à côté de lui.

Un chien utilisant un ordinateur.

ContexteModifier

Ce dessin marque un moment important dans l'histoire d'Internet. Autrefois domaine réservé des ingénieurs et des universitaires, Internet devenait en 1993 un sujet de discussion dans des magazines généralistes comme The New Yorker. Ce dessin est ainsi le premier du New Yorker à propos d'Internet[2].

Mitch Kapor, fondateur de Lotus Software et de l'Electronic Frontier Foundation, a commenté dans un article du Time publié cinq mois après le dessin : « It's the Internet boom, [...] the true sign that popular interest has reached critical mass came this summer when the New Yorker printed a cartoon showing two computer-savvy canines » (« C'est le boom d'Internet, le vrai signe que l'intérêt populaire a atteint une masse critique est arrivé cet été quand le New Yorker a publié un dessin montrant deux canidés calés en informatique »)[3].

Le dessin symbolise une approche de la vie privée sur Internet qui met l'accent sur la possibilité pour les utilisateurs d'envoyer et de recevoir des messages dans l'anonymat. L'activiste Lawrence Lessig suggère que « personne ne sait que tu es un chien » parce que les protocoles Internet n'obligent pas les utilisateurs à fournir une identité : les utilisateurs ne sont identifiés que par leur adresse IP, et le titulaire d'une adresse IP ne peut être identifié que par son fournisseur d'accès, lequel garde normalement cette information privée[4].

Selon Anthea Stratigos, CEO d'Outsell, cette sentence était peut-être vraie à l'époque, mais ce n'est plus le cas depuis les années 2000, avec l'émergence du Web 2.0 et des réseaux sociaux[5].

ReproductionsModifier

En 2000, ce dessin était le plus reproduit du New Yorker.

En 1998, Steiner avait gagné 30 000 dollars de droits d'auteur pour les différentes réimpressions[6] ; en 2000, ce montant était estimé à 50 000 dollars[7], et en 2013, entre 200 000 et 250 000 dollars[8]. Vingt ans après l'avoir créé, Steinter regrette néanmoins que ce dessin, qu'il ne considère pas comme son meilleur, soit le plus connu de sa carrière[9].

InspirationsModifier

La caricature a inspiré une bande dessinée de Nick Scott publiée sur anonymizer.com, un site web proposant de servir de proxy afin de masquer ses traces de navigation. Elle met en scène un chien qui se connecte au site web d'un boucher, en se disant qu'après tout, personne ne pourra découvrir sa nature de chien ; mais en allant directement à la page des os à moelle, il est aussitôt découvert[10].

Elle a également inspiré une pièce de théâtre d'Alan David Perkins intitulée Nobody Knows I'm a Dog: Six People. Six Lies. One Internet, qui a été produite une douzaine de fois en Amérique du Nord. Elle met en scène six personnes qui éprouvent des difficultés à nouer des contacts dans la vie réelle, mais qui y parviennent plus facilement sur un newsgroup, grâce à l'anonymat garanti par Internet[11],[12].

En 1995, Bill Gates a payé 200 dollars pour avoir le droit de reproduire le dessin dans son livre The Road Ahead[7].

En 1996, le dessin a inspiré Apple pour baptiser sa suite Internet, dénommée Cyberdog (en)[13].

Le , le dessinateur Tom Toles a publié dans The Buffalo News une sorte de suite au dessin de Steiner, dans lequel deux chiens sont assis devant un ordinateur, et l'un dit à l'autre : « The best thing about the Internet is they don't know you're a dog » (« Le meilleur d'Internet, c'est qu'ils ignorent que tu es un chien ») ; dans le cadre suivant, l'ordinateur décrit en détail l'identité du chien[12],[14].

Steve Cisler, un expert des nouvelles technologies chez Apple, a également complété l'adage : « On the Internet, nobody knows you are a dog, but they sure know if you are a son-of-a-bitch »[15] (« Sur l'Internet, personne ne sait que tu es un chien, mais ils savent très bien si tu es un fils de pute », le mot bitch se traduisant littéralement par chienne).

Le , Rob Cottingham a repris le dessin de Steiner, avec toutefois un ordinateur portable plus fin, et la légende : « On Facebook, 273 people know I'm a dog. The rest can only see my limited profile. » (« Sur Facebook, 273 personnes savent que je suis un chien. Les autres ne peuvent voir que mon profil limité. »)[16],[17].

En 2013, pour le vingtième anniversaire du cartoon, The Joy of Tech (en) en a publié une parodie. Le cartoon original y est repris dans la case de gauche, avec le commentaire « In the 1990's » (« Dans les années 1990 »), tandis que dans la case de droite, commentée « Now » (« Maintenant »), un agent de la NSA en costume et lunettes noires dit à un autre : « Our metadata analysis indicates that he is definitely a brown lab. He lives with a white and black spotted beagle-mix, and I suspect they are humping »[18],[19],[20],[21] (« L'analyse de nos métadonnées indiquent avec certitude qu'il s'agit d'un labrador brun. Il vit avec un croisé beagle blanc à taches noires, et je les suspecte de se frotter »).

Un dessin de Kaamran Hafeez publié dans le New Yorker du représente la même paire de chiens que le dessin de Steiner, avec l'un deux demandant à l'autre : « Remember when, on the Internet, nobody knew who you were? » (« Tu te souviens quand, sur l'Internet, personne ne savait qui tu étais ? »)[22],[23],[17].

RéférencesModifier

  1. Steiner 1993.
  2. (en) Robert Mankoff (en) (dir.) (préf. David Remnick (en)), The complete cartoons of the New Yorker, vol. 1, New York, Black Dog & Leventhal, , 655 p. (ISBN 1-57912-322-8), p. 618.
  3. (en) Philip Elmer-DeWitt (en), David S. Jackson et Wendy King, « First Nation in Cyberspace », Time,‎ (lire en ligne).
  4. (en) Lawrence Lessig, Code : Version 2.0, New York, Basic Books, (ISBN 0-465-03914-6), p. 35 et 47–48.
  5. (en) Steve Hardin, « Plenary Address : Stratigos Discusses the Impact of Web 2.0 and Social Computing on Publishing and Related Activities », Bulletin of the American Society for Information Science and Technology, ASIS&T (en), vol. 34, no 3,‎ , p. 18-19 (ISSN 1550-8366, lire en ligne).
  6. (en) Glenn Fleishman, « New Yorker Cartoons to Go on Line », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  7. a et b Fleishman 2000.
  8. Fleishman 2013.
  9. Cavna 2013.
  10. « Dog Story », les éditions Cybérie, (consulté le 18 août 2008).
  11. (en) Alan David Perkins, « Nobody Knows I'm a Dog », sur son site personnel, dernière mise à jour le 18 juin 2003 (consulté le 18 août 2008).
  12. a et b (en) Janna Quitney Anderson, Imagining The Internet : Personalities, Predictions, Perspectives, Lanham, Rowman & Littlefield, , 307 p. (ISBN 0-7425-3936-9 et 0-7425-3937-7), p. 228.
  13. (en) Neil Ticktin, « Save Cyberdog! », MacTech (en), vol. 12, no 2,‎ (lire en ligne).
  14. (en) Daphne Gilbert, Ian R. Kerr et Jena McGill, « The Medium and the Message: Personal Privacy and the Forced Marriage of Police and Telecommunications Providers », Criminal Law Quarterly, vol. 51, no 4,‎ , p. 469-507 (lire en ligne).
  15. (de) Martin Löffelholz et Thorsten Quandt, Die neue Kommunikationswissenschaft : Theorien, Themen und Berufsfelder im Internet-Zeitalter. Eine Einführung, Wiesbaden, Westdeutscher Verlag, , 337 p. (ISBN 3-531-13705-0), p. 236.
  16. (en) Rob Cottingham, « Cartoon: On Facebook, nobody knows... », sur socialsignal.com, .
  17. a et b (en) Michelle F. Wright, Identity, Sexuality, and Relationships among Emerging Adults in the Digital Age, Hershey, IGI Global, coll. « Advances in Human and Social Aspects of Technology », , 368 p. (ISBN 978-1-5225-1856-3), p. 4–6.
  18. (en) Cartoon #1862, sur The Joy of Tech (en), .
  19. (en) Tijmen H.A. Wisman, chap. 12 « Privacy, data protection and e-commerce », dans Arno R. Lodder (dir.) et Andrew D. Murray (dir.), EU Regulation of E-Commerce : A Commentary, Cheltenham et Northampton, Edward Elgar Publishing, coll. « Elgar Commentaries series », , 407 p. (ISBN 978-1-78536-933-9, DOI 10.4337/9781785369346), p. 349.
  20. (en) Wendy Hui Kyong Chun (en), Updating to Remain the Same : Habitual New Media, Cambridge et Londres, MIT Press, , 246 p. (ISBN 978-0-262-03449-4), xi.
  21. (en) Rachel Botsman, Who Can You Trust? : How Technology Brought Us Together and Why It Might Drive Us Apart, New York, Public Affairs, , 322 p. (ISBN 978-1-5417-7367-7, 978-1-5417-6270-1 et 978-1-5417-7368-4).
  22. (en) « “Remember when, on the Internet, nobody knew who you were?” – New Yorker Cartoon », sur kaamranhafeez.com.
  23. (en) « Remember when, on the Internet, nobody knew who you were? », sur The Cartoon Bank (base de données de dessins du New Yorker), ID: TCB-141508.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Lien externeModifier