Myrmécochorie

La myrmécochorie (de myrméco-, « fourmi » et -chorie, « se mouvoir ») est le fait pour une plante myrmécochore d'avoir ses graines prises activement entre les mandibules des fourmis qui favorisent leur dispersion. Il s'agit d'un type de zoochorie et d'un mutualisme de dispersion qui a évolué indépendamment au moins une centaine de fois et est connu — au moins — chez 77 familles, 334 genres et 11 000 espèces de plantes dans le monde[1] dont 281 en Europe[2]. Alors que la dispersion des graines par les fourmis au sens large inclut aussi la dispersion accidentelle par les fourmis moissonneuses, la myrmécochorie sensu stricto est une exozoochorie active non-dyszoochore.

Cas d'un fruit sec indéhiscent (probablement un akène) qui, en outre par l'anémochorie résultant de la présence d'un pappus, est disséminé par une fourmi.
Graines d’Afzelia africana avec leur élaiosome.

ProcessusModifier

Les graines des plantes à myrmécochorie ont généralement un appendice charnu attaché à la graine : l'élaiosome (grec elaios : huile, some : corps, éléosome étant une orthographe acceptée). Une fourmi voulant ramener la partie attractive, ayant des difficultés — toute seule — à séparer les deux parties, va ramener l'ensemble jusqu'au nid, à moins que la partie purement graine ne se détache en cours de route. Les graines seront donc protégées, véhiculées par les fourmis et dispersées assez loin, en fonction de l'endroit où sera jetée la graine débarrassée de son élaiosome comestible.

La myrmécochorie n'a de sens que pour des fourmis non granivores : les fourmis du genre Messor, par exemple, risquent d'être intéressées par la graine. Les fourmis carnivores semblent plus rapides et plus efficaces dans la manière de traiter l'ensemble graine-élaiosome[3].

FonctionsModifier

La myrmécochorie aide à la dissémination des graines, mais favorise aussi leur germination en accroissant la perméabilité à l'eau et aux substances nutritives, et les soustrait à la consommation d'animaux granivores[4].

ExemplesModifier

Les quelques centaines de plantes myrmécochores de l'hémisphère Nord sont surtout des herbacées des sous-bois des régions tempérées qui donnent des fruits assez tôt dans la saison de croissance, à une époque où peu de disperseurs de graines efficaces sont présents, à l'exception des fourmis[5].

La plupart des plantes à myrmécochorie produisent des fruits capsulaires. C'est le cas, par exemple, du ricin commun, des violettes sauvages[6], de la perce-neige, de la chélidoine[7], l'ajonc nain, l'euphorbe[8] et les plantes du genre Centaurea[9],[10],[11], des Erythronium, de la Sanguinaire du Canada. Ce sont plus rarement des akènes (par exemple les Carex)[12].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Carol C. Baskin, Jerry M. Baskin, Seeds. Ecology, Biogeography, and, Evolution of Dormancy and Germination, Elsevier, (lire en ligne), p. 680.
  2. http://myrmecochorie.free.fr/
  3. (…)hypothèse que la rapidité et l’efficacité du traitement des graines par les fourmis seraient une conséquence d’un comportement hygiénique des fourmis à tendance carnivore, habituées à gérer des proies périssables. Pablo Servigne, Thèse de doctorat : .Etude expérimentale et comparative de la myrmécochorie : le cas des fourmis dispersatrices Lasius niger et Myrmica rubra. Résumé
  4. Pierre Jolivet, Les fourmis et les plantes: un exemple de coévolution, Boubée, , p. 52
  5. (en) Thompson, J. N. 1981. Elaiosomes and fleshy fruits: phenology and selection pressures for ant-dispersed seeds. Am. Nat. 117: 104–108.
  6. http://www.acideformik.com/forums/index.php?showtopic=10580&st=0&start=0
  7. http://www.acideformik.com/forums/index.php?showtopic=10737
  8. http://www.myrmecophilie.fr/barbarus/dotclear/index.php?post/Myrmecochorie
  9. http://www.myrmecofourmis.fr/spip.php?article97
  10. http://www.acideformik.com/forums/index.php?showtopic=10726
  11. http://www.parcbee.univ-montp2.fr/info_general/propos_suj_05_06/imbert_isem.pdf
  12. (en) Steven Neil Handel, Population Biology of Three Woodland Carex Species, Cornell University, , p. 73.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Pierre Jolivet, Les fourmis et les plantes: un exemple de coévolution, Boubée, 1986

Articles connexesModifier