Michèle Bennett

Michèle Bennett
Les Duvalier fuyant Haïti le 7 février 1986.
Les Duvalier fuyant Haïti le 7 février 1986.
Première dame d'Haïti
 – 
Président Jean-Claude Duvalier
Prédécesseur Simone Ovide
Successeur Gisèle Célestin Namphy
Biographie
Date de naissance (70 ans)
Lieu de naissance Port-au-Prince (Haïti)
Conjoint Jean-Claude Duvalier
(1980-1990)

Michèle Bennett, née le 15 janvier 1950[1] à Port-au-Prince (Haïti), est une ancienne Première dame d'Haïti, en tant qu'épouse du président et dictateur Jean-Claude Duvalier[2]. Après la démission de ce dernier en 1986[3], le couple fuit en France et divorce en 1990[4].

BiographieModifier

Jeunesse et première mariageModifier

Michèle Bennett est la fille d'Aurore (née Ligondé) et d'Ernest Bennett, homme d'affaires haïtien et descendant du roi Henri Christophe[5]. Son père possédait plus de 20 000 ha de terres, où était principalement cultivé du café ; plus de 2 000 personnes travaillaient pour lui[6]. Son oncle était l'archevêque catholique François-Wolff Ligondé[7]. Les Bennett sont une famille mulâtre, alors que Haïti est majoritairement peuplée de Noirs[8].

À 15 ans, elle déménage à New York et fait sa scolarité à l'école St. Mary de Peekskill. Elle travaille ensuite comme secrétaire dans une entreprise de pantoufles, dans le Garment District[6]. En 1973, elle épouse Alix Pasquet, Jr., le fils du capitaine Alix Pasquet (en), un officier métis membre des Tuskegee Airmen qui, en 1958, avait mené une tentative de coup d'État contre le président haïtien François Duvalier. De Pasquet, elle a deux enfants, Alix III et Sacha[9]. Après leur divorce en 1978, elle entame une carrière dans les relations publiques pour Habitation LeClerc, un hôtel haut de gamme de Port-au-Prince[10].

Première dame d'HaïtiModifier

 
Mère Teresa et Michèle Duvalier en 1981.

Michèle Bennett avait rencontré Jean-Claude Duvalier lors de ses études mais ils n'ont commencé leur relation qu'une décennie plus tard. En 1971, il succède à son père François Duvalier à la présidence de la République ; ce régime familial est couramment qualifié de dictature. Michèle et Jean-Claude Duvalier se marient en 1980, elle âgée de 30 ans, lui de 29 ans, lors d'une cérémonie mondaine dont le coût s'élève à 2 millions de dollars[11]. La nouvelle Première dame se fait remarquer en distribuant des vêtements et de la nourriture aux nécessiteux et en ouvrant pour eux des cliniques médicales et des écoles[2]. Peu après leur union, le couple présidentiel entame une tournée à travers Haïti, se présentant à l'improviste lors de réunions, de marchés et autres lieux de rassemblement, chose bien perçue par la population[6],[11]. Ils ont deux enfants, Nicolas et Anya[12].

L'opposition de la famille de Jean-Claude Duvalier (issue de la majorité noire du côté de son père) au mariage avec une représentante de l'élite mulâtre conduit à la mise à l'écart de la mère du président, Simone Ovide[6],[13]. La vieille garde duvaliériste critique par ailleurs l'influence de la nouvelle Première dame. Ainsi, il arrivait que lorsque le président s'endormait en plein conseil de ministres, sa femme se chargeait elle-même de réprimander les membres du gouvernement[14].

L'arrivée de Michèle Bennett dans le clan présidentiel a donné lieu à des accusations de corruption. Son père, Ernest Bennett, a ainsi profité du mariage de sa fille pour développer encore davantage ses activités commerciales (concession BMW, exportation de café et de cacao ou encore trafic de drogue à bord d'avions de Air Haïti (en))[15]. En 1982, Frantz Bennett, le frère de Michèle, est arrêté à Porto Rico pour trafic de drogue puis purge une peine de trois ans de prison. La famille de la Première dame a amassé une fortune durant la fin de la dictature duvaliériste, chose dont était aussi coutumier son mari. Alors que la majorité de la population vivait dans la pauvreté, des fêtes somptueuses se déroulaient au palais présidentiel, où Jean-Claude Duvalier apparut une fois déguisé en sultan turc, distribuant des bijoux de dix mille dollars aux invités[9].

Lors d'une visite en 1983, le pape Jean-Paul II déclare : « Les choses doivent changer en Haïti ». Il appelle « tous ceux qui ont le pouvoir, la richesse et la culture de comprendre la responsabilité sérieuse et urgente qu'ils ont d'aider leurs frères et sœurs »[16]. Un soulèvement populaire contre le régime commence peu après. Jean-Claude Duvalier réagit en baissant de 10 % les prix des aliments de base ; il ferme aussi les stations de radio indépendantes, effectue un remaniement ministériel et lance une politique répressive avec la police et l'armée. Néanmoins, ces mesures n'arrivent pas à freiner l'élan du soulèvement populaire. La Première dame et les conseillers du président l'exhortent alors à réprimer la rébellion afin de se maintenir au pouvoir mais face à la montée du danger, la famille Duvalier finit par fuir le pays le 7 février 1986, à bord d'un avion américain, accompagnés par une vingtaine d'autres personnes[3],[17].

ExilModifier

La Grèce, l'Espagne, la Suisse, le Gabon et le Maroc refusent les demandes d'asile de la famille Duvalier. La France accepte leur installation temporaire sur son territoire mais leur refuse également l'asile[18]. Peu après leur arrivée en France, leur domicile de Mougins est perquisitionné dans le cadre d'une enquête sur le pillage des fonds publics haïtiens. Michèle Duvalier est trouvée en train de jeter des papiers dans les toilettes qui, récupérés, permettent de lister ses dépenses récentes : 168 780 dollars de vêtements chez Givenchy, 270 200 dollars de bijoux chez Boucheron et 9 752 dollars de selles de cheval pour enfants chez Hermès[19]. En 1987, un tribunal civil français rejette la demande d'Haïti de juger les Duvalier ; le pays voulait que le couple rembourse l'argent public volé[20].

En 1990, Jean-Claude Duvalier demande le divorce en République dominicaine, accusant Michèle d'« actes immoraux »[4]. Celle qui à l'époque vivait avec un autre homme à Cannes conteste, s'envole pour la République dominicaine afin de faire échouer la procédure mais son désormais ex-mari l'emporte finalement au tribunal. Elle reçoit une pension alimentaire[4].

En 1996, la Cour suprême de New York condamne Michèle Bennett à restituer 6,5 millions de dollars à Haïti, pour rembourser les détournements de fonds réalisés avec son mari à Haïti alors qu'elle était Première dame. Depuis 1986, ses avoirs immobiliers et ses comptes bancaires domiciliés dans la ville américaine étaient placés sous séquestre judiciaire. Les avocats de l'État haïtien s'emploient en parallèle à obtenir que ses biens en France soient saisis. Elle y passe en effet son exil, y faisant fructifier une fortune estimée à 130 millions de dollars[21].

À la suite du séisme de 2010 en Haïti, Michèle Bennett retourne en Haïti avec une équipe de sauvetage pour retrouver le corps de son frère Rudy Bennett, dans les décombres de l'hôtel Montana[22]. Accompagnée de leurs deux enfants, elle revient également dans le pays le 11 octobre 2014 pour les funérailles de Jean-Claude Duvalier, qui se déroulent dans la chapelle de l'Institution Saint-Louis de Gonzague de Port-au-Prince[23].

Notes et référencesModifier

  1. Elizabeth Abbott (Rev. and updated from Haiti: The Duvaliers and Their Legacy (1988)), Haiti: A Shattered Nation, New York, The Overlook Press, (ISBN 978-1-59020-989-9, OCLC 859201061, LCCN 2013496344, lire en ligne), « Jean‑Claude and Michèle, Honeymoon », p. 185
  2. a et b « Duvalier’s wife claims full partnership », Ottawa Citizen,‎ (lire en ligne)
  3. a et b (en) Jean‑Pierre Cloutier, « C‑141 Passenger List » [archive du ], sur The Haitian Files,
  4. a b et c (en-US) « Divorced for Life », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne[archive du ])
  5. (en) Michael R. Hall, Historical Dictionary of Haiti, Lanham, Maryland, Scarecrow Press, coll. « Historical Dictionaries of the Americas », , 38–39 p. (ISBN 978-0-8108-7549-4, OCLC 751922123, LCCN 2011035933, lire en ligne)
  6. a b c et d (en) Brian Vine, « In Opulent Cocoon, Haiti’s First Lady Talks of Poverty », The Palm Beach Post, West Palm Beach, Florida,‎ (ISSN 1528-5758, lire en ligne)
  7. (en) Andrew Reding, « Democracy and Human Rights in Haiti » [archive du ] [PDF], New York, World Policy Institute, , p. 93, 115
  8. (en) « Haiti today: tranquility on the abyss », The Globe and Mail, Toronto,‎
  9. a et b (en-US) Mark Danner, « Beyond the Mountains (Part III) », The New Yorker,‎ (lire en ligne[archive du ])
  10. (en) Peter Carlson, Barbara Cornell, Margie Bonnett Sellinger, Nelly Sindayen et Maria Wilhelm, « Dragon Ladies Under Siege: While Their Countries Suffer From Poverty Imelda Marcos and Michèle Duvalier Live In Luxury », People, vol. 25, no 9,‎ (ISSN 0093-7673, lire en ligne[archive du ])
  11. a et b (en-US) James Nelson Goodsell, « Haitians wonder which advisers will have Duvalier's ear », The Christian Science Monitor, Boston,‎ (ISSN 0882-7729, lire en ligne[archive du ])
  12. (en-US) Bella Stumbo, « Powerful, Chic First Lady Generous to Poor, Herself: Haiti’s ‘Baby Doc’ Governs in Isolation », Los Angeles Times,‎ (ISSN 0458-3035, lire en ligne[archive du ])
  13. (en-US) « ‘First Lady of Haiti’: Baby Doc’s Bride Wins Power », Associated Press, Washington, Pennsylvania,‎ (lire en ligne)
  14. (en) John Moody, Dean Brelis et Bernard Diederich, « Haiti Bad Times for Baby Doc: As violent protests grow, a besieged dictator imposes martial law », Time, vol. 127, no 6,‎ (ISSN 0040-781X, lire en ligne[archive du ])
  15. (en-US) Joseph B. Treaster, « U.S. Officials Link Duvalier Father‑in‑Law to Cocaine Trade », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne[archive du ])
  16. (en-US) « ‘Things in Haiti must change,’ pope tells Duvalier », Associated Press, Spokane, Washington,‎ , p. 15 (ISSN 1064-7317, lire en ligne)
  17. (en-US) Christine Wolff, « Baby Doc to Walters: ‘Did best I could’ », The Miami News,‎ , p. 4A (lire en ligne)
  18. (en) John Moody, Dean Brelis et Bernard Diederich, « Haiti End of the Duvalier Era », Time, vol. 127, no 7,‎ (ISSN 0040-781X, lire en ligne[archive du ])
  19. (en-US) Marjorie Valbrun, « A‑hed: Exile in France Takes Toll On Ex‑Tyrant ‘Baby Doc’ », The Wall Street Journal, New York,‎ (ISSN 0099-9660, lire en ligne[archive du ])
  20. (en-US) Jonathan C. Randal, « Haiti Loses Lawsuit Against Duvalier », The Washington Post,‎ (ISSN 0190-8286, lire en ligne[archive du ])
  21. « Michelle Bennett condamnée à rembourser Haïti », sur Libération, (consulté le 2 juin 2020).
  22. (en-US) Deborah Sontag et Marc Lacey, « Haiti Emerges From Its Shock, and Tears Roll », The New York Times,‎ , A1 (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 20 janvier 2011)
  23. (en) Evens Sanon, Associated Press, « Hundreds in Haiti attend funeral for former dictator ‘Baby Doc’ Duvalier », Toronto Star,‎ (ISSN 0319-0781, lire en ligne[archive du ])

Liens externesModifier