Marguerite-Thérèse d'Autriche

Marguerite-Thérèse d'Autriche
Illustration.
Portrait de l'infante Marguerite-Thérèse à l'âge de 15 ans, 1666
Musée du Prado, Madrid
Titre
Impératrice du Saint-Empire,
reine de Germanie, de Bohême et de Hongrie et archiduchesse d'Autriche

(6 ans et 3 mois)
Prédécesseur Éléonore de Nevers-Mantoue
Successeur Claude-Félicité d'Autriche
Biographie
Dynastie Habsbourg
Date de naissance
Lieu de naissance Alcázar royal, Madrid (Espagne)
Date de décès (à 21 ans)
Lieu de décès Hofburg, Vienne (Autriche)
Sépulture Crypte des Capucins
Père Philippe IV d'Espagne
Mère Marie-Anne d'Autriche
Conjoint Léopold Ier du Saint-Empire
Enfants Marie-Antoinette d'Autriche

Marguerite-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne , née le 12 juillet 1651 à l'Alcázar royal de Madrid et morte le 12 mars 1673 à Vienne, est infante d'Espagne et archiduchesse d'Autriche. Par son mariage avec Léopold Ier du Saint-Empire elle devient impératrice du Saint-Empire, reine de Germanie, de Bohême et de Hongrie.

FamilleModifier

Elle est la première fille qu'a eu Philippe IV (1605-1665), roi d'Espagne et sa seconde épouse,Marie-Anne d'Autriche.

Par son père, elle est la petite-fille de Philippe III (1578-1621), roi d'Espagne, et de Marguerite d'Autriche (1584-1611).

Par sa mère, est la petite-fille d'Ferdinand III du Saint-Empire, empereur du Saint-Empire romain germanique, et de Marie-Anne d'Autriche.

Elle est la sœur de Charles II (1661-1700), roi d'Espagne et de Philippe-Prosper d'Autriche (1657-1661). Elle est aussi la demi-sœur de Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683), épouse de Louis XIV de France, et de Baltazar-Charles d'Autriche (1629-1646).

Le testament de Philippe IVModifier

Le mariage de Marguerite-Thérèse était d’une importance capitale pour l’avenir de la monarchie, car le testament de Philippe IV prévoyait sans ambigüité que les infantes pouvaient hériter. Le droit castillan n’excluait pas les femmes de la ligne de succession ni ne les privaient de leur droit à monter sur le trône, ce qui avait d’énormes conséquences sur la formulation du testament du roi. Cependant, les héritiers mâles primaient sur les femmes, et les princes héritaient du trône alors que les infantes, au moment de leur mariage à d’autres monarques ou à l’empereur, devaient généralement renoncer à leurs droits de succession.

Les divers cas de figure qui pouvaient se présenter tout au long de la minorité de Charles II obligeaient Philippe IV à prendre beaucoup de précautions. Divers évènements pouvaient survenir : la mort de la reine régente Marie-Anne d’Autriche, celle de Charles II, ou les deux ; la plus importante étant la seconde, qui priverait la monarchie de son héritier universel. Les nombreux héritiers descendant par les femmes de la dynastie Habsbourg, principalement de la branche autrichienne pourraient réclamer le trône.

L’infante Marguerite-Thérèse était la candidate favorite du roi à la succession de la monarchie en cas de décès de Charles II. Elle était promise depuis sa naissance à Léopold Ier, cependant son mariage fut inhabituellement retardé sous le règne de Philippe IV. Les véritables raisons de ce mariage tardif sont à chercher dans la politique internationale de l’époque : la minorité problématique de l’héritier universel, le décès envisageable de ce même héritier, et la lutte acharnée des grandes cours européennes pour obtenir le contrôle des vastes territoires de la Monarchie catholique étaient à prendre en considération. De plus, les noces de l’infante et de l’empereur n’avaient jamais été une certitude, elles correspondaient simplement à la ligne habituelle d’action politique qui n’avait jamais été perçue par Madrid comme une obligation inéluctable ; de fait, Philippe IV avait même pensé à marier Marguerite à Charles II d'Angleterre, afin d’éviter qu’il épouse Catherine de Bragance, princesse de la dynastie rebelle de Bragance que le roi d’Espagne, en pleine guerre contre le Portugal, avait toujours refusé de considérer comme partie intégrante des maisons royales européennes.

Le testament de Philippe IV (rédigé en 1665) ne faisait aucune allusion à un hypothétique mariage entre Marguerite et Léopold Ier, ce qui confirme que le roi oubliait volontairement cette promesse nuptiale dans l’espoir qu’en cas de première nécessité sa fille hérite du trône. D’autre part, Philippe IV, dans la clause 21 de son testament stipulait clairement qu’une fille comme un fils pouvait lui succéder :

« [...]en tant que tutrice de notre fils ou notre fille qui me succèdera elle dirigera et régentera tout mon royaume, en guerre comme en paix, jusqu’à ce que ce fils ou cette fille qui me succèdera ait 14 ans accomplis pour pouvoir gouverner [...] »

Alors qu’à Madrid, le roi Philippe IV gardait sa fille auprès de lui au cas où le problème dynastique viendrait à s’aggraver, à Vienne l’empereur Léopold Ier pressait le mariage avec Marguerite-Thérèse pour trois raisons : la nécessité d’un héritier ; assurer ses prétentions au trône d’Espagne en cas de décès de Charles II, puisque Louis XIV, son grand rival, s’était marié avec la fille aînée de Philippe IV, ce qui faisait de lui le concurrent principal pour la course à la succession ; et enfin raviver les relations entre les deux branches de la Maison d’Autriche qui s’étaient refroidies depuis le milieu du siècle.

Quand Marie-Anne d’Autriche accéda à la régence en , son frère Léopold Ier et ses conseillers virent en elle un bastion essentiel de la politique extérieure de l’Empire. Léopold pensait qu’une fois Marie-Anne au pouvoir, son mariage avec l’infante s’en verrait accéléré mais il n’en fut pas ainsi. Le fait que Philippe IV n’ait pas mentionné son engagement à Marguerite-Thérèse l’obligeait à déployer les plus fines stratégies diplomatiques pour faire venir au plus vite l’infante à Vienne. En plus de son ambassadeur ordinaire, le comte de Pötting, Léopold envoya à Madrid le baron de Lisola comme ambassadeur extraordinaire pour négocier cette union, un renfort diplomatique auquel vint se rajouter le comte de Harrach comme agent temporaire en .

Madrid avança que, si les noces de l’empereur et de l’infante avaient été retardée, c’est qu’il fallait résoudre des problèmes plus urgents en ce début de régence, cependant, la raison de fond demeurait la succession, il fallait attendre prudemment que le petit roi montre des indices qui prouveraient qu’il était suffisamment solide pour survivre à l’enfance.

Les noces de l'infanteModifier

Finalement, les noces furent célébrées par procuration le jour de Pâques, le à la cour de Madrid. Le duc de Medinaceli représentait l’empereur, le roi Charles II d'Espagne, frère de la nouvelle impératrice, âgé de 5 ans, la reine-mère Marie-Anne, qui était déjà sa cousine germaine, devenait la belle-sœur de sa fille étaient présents, ainsi que le comte de Pötting, ambassadeur impérial les Grands. Le duc d’Alburquerque fut désigné comme grand camérier pour le voyage jusqu’en Allemagne de l'impératrice-infante.

L’impératrice-infante et sa suite partirent de Madrid le 28 avril pour se rendre à Dénia, où, après un repos de quelques jours, ils embarquèrent sur les bateaux de l’armada royale, qu’escortaient les galères de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et celles du grand duc de Toscane le 16 juillet.

L’Armada se dirigea ensuite vers Barcelone, où elle arriva le 18 juillet, accompagnée de 27 galères, et elle fut reçue par de grandes festivités tout le temps qu’elle demeura à la cité comtale. La jeune impératrice se sentit légèrement indisposée, ce qui retarda le départ jusqu’au , où elle embarqua de nouveau, direction finale où elle arriva le et fut reçue par don Luis Guzmán Ponce de León, gouverneur de l’État de Milan alors possession Espagnole. Le cortège reprit la route le 1er septembre et parvint à Milan le 11 du même mois, bien que l’entrée triomphale dans la ville ne se fît que le 15.

Le 24 septembre, le cortège quitta la capitale Lombarde et prit la route de Venise. Le , on fit étape à Roveredo, où le duc d’Alburquerque, au nom du roi et de la reine gouverneur présenta à l’impératrice le prince de Dietrichstein et le cardinal Harrach, évêque de Trente. L'impératrice-infante y demeura pendant près d'un mois.

Le , le nouveau cortège, parti de Roveredo, entra en territoire Autrichien. Il traversa le Tyrol, passa par la Carinthie et la Styrie, et arriva le 25 novembre à Schott-Wien, à douze lieues de Vienne, où l’empereur Léopold Ier du Saint-Empire vint à la rencontre de son épouse.

L’entrée officielle à Vienne eut finalement lieu le 5 décembre. Les festivités qui eurent lieu dans la capitale autrichienne pour célébrer le mariage impérial furent parmi les plus splendides de l’époque baroque.

La vie d'impératriceModifier

La nouvelle impératrice aimait beaucoup la musique. L'opéra "Il pomo d'oro" (Cesti, 1668) fut composé à l'occasion de son mariage. Léopold, qui partageait sa passion pour l'opéra, le fit rejouer pour son dix-septième anniversaire.

Très vite l'impératrice donna quatre enfants à la couronne :

Marguerite-Thérèse eut aussi une influence politique en incitant Léopold Ier à chasser les juifs de Vienne.

Victime des mariages consanguins dont elle était issue, déjà chétive de naissance, ses multiples grossesses l'affaiblirent et l’impératrice Marguerite mourut à Vienne le , à 21 ans, des suites de son quatrième accouchement. Sa dépouille repose dans la crypte des Capucins à Vienne.


Des quatre enfants qu'elle donna à l'empereur seule l'archiduchesse Marie-Antoinette, née en 1669, survivra. Cela fit d'elle l'héritière de la couronne d'Espagne car son oncle n'avait pas d'enfants. Elle épousera en 1685 l'électeur de Bavière, Maximilien-Emmanuel de Bavière à qui elle donnera trois fils dont Joseph-Ferdinand qui sera déclaré héritier du trône espagnol en 1698. "Le plus fort en droit, le plus faible en puissance " écrira dans son journal le duc Saint-Simon.

Le petit prince mourra dès l'année suivante à l'âge de sept ans en 1699. Les cours européennes parleront sans savoir d'une mort criminelle mais spéculeront derechef sur la dévolution du trône Espagnol...

Apparition dans l’artModifier

Bien qu'elle soit morte assez jeune, l'infante est restée célèbre en raison des multiples portraits réalisés notamment par Diego Vélasquez. Elle est ainsi le personnage central des célèbres Ménines. Promise au chef de la branche Autrichienne, l’empereur Léopold Ier du Saint-Empire, ces portraits de Marguerite-Thérèse d'Autriche sont réalisés à deux ou trois ans d'intervalle et étaient régulièrement envoyés à Vienne par la cour d'Espagne accompagnés de lettres dans lesquelles l'émissaire impérial décrit la bonne conduite et la personnalité de l'enfant[1]. Ces tableaux, en particulier le remarquable Portrait de l'infante Marguerite-Thérèse de 1659, sont aujourd'hui emblématiques du mouvement baroque.

Le jeune infante apparait également et très brièvement dans la comédie française de Gérard Oury La Folie des grandeurs. Convoitée par l'ignoble et intrigant premier ministre Don Salluste (campé par Louis de Funès), la petite princesse, qui méprise ce fiancé vieux, hypocrite et ambitieux, lui tire en passant deux fois la langue.

AscendanceModifier

RéférencesModifier

  1. Étiquette décrivant les œuvres au Kunsthistorisches Museum

Liens externesModifier

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