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Manasse ben Israël

rabbin, écrivain, éditeur, peintre et diplomate portugais
Manasse ben Israël
Menasseh ben Israel 1642.jpg
Fonction
Grand-rabbin
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Religion
signature de Manasse ben Israël
signature
Portrait de Manasse ben Israël par Rembrandt, 1636.

Manassé ben Israël ou Manassé ben Yossef ben Yisrael, parfois abrégé MB"Y, né sous le nom de Manuel Dias Soeiro en 1604 à Madère et mort le 20 novembre 1657 à Middelbourg, est un rabbin, kabbaliste, écrivain, érudit, diplomate, imprimeur et éditeur portugais.

Fondateur de la première maison de presse hébraïque, appelée Emeth Meerets Titsma`h, à Amsterdam en 1626, il fut l'ami de Rembrandt.

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BiographieModifier

Né un an après que ses parents, conversos depuis trois générations, eurent été contraints de quitter le Portugal, transitant brièvement par La Rochelle avant d'arriver à Amsterdam, où ils « tombent le masque », Manuel Dias Soeiro est élevé dans le judaïsme, et devient, dès 1610, élève du rabbin Isaac Uziel dans la toute fraîche yeshivah d'Amsterdam. Très versé dans les sciences séculières comme dans la tradition juive, se prenant de passion pour l'imprimerie, il écrit de nombreux ouvrages répondant aux critiques venant de l'intérieur comme de l'extérieur du judaïsme, et défend les articles maïmonidiens de la foi, tels que la résurrection des morts ou la nature et l'origine divine de l'âme dans son Nishmat Haïm.

À partir de 1639, il est classé dernier dans la hiérarchie des rabbins, ce qui ne l'empêche pas de connaître un certain succès dans la maison d’édition qu’il a fondée. Selon Rovère, c’est grâce à ce type d’entreprise qu’Amsterdam devient alors (vers les années 1640) le centre du monde juif lettré[1].

Touché par les idées d'Isaac La Peyrère, autre cabaliste converso, il est convaincu de la venue imminente du Messie, prenant notamment très au sérieux l'ascendance davidique des Abravanel, dont il est parent.

Cependant, le Messie ne viendra que lorsque les Juifs peupleront l'ensemble des pays du monde, or il se trouve que l'Angleterre leur est fermée depuis leur expulsion sous le règne d'Édouard Ier d'Angleterre en 1290, soit 350 ans plus tôt.

Il se rend donc en Angleterre afin de convaincre Cromwell, rédigeant pour l'occasion une Apologie des Juifs, où il illustre les nombreux cas où, d'Antipater (prince iduméen converti à l'époque des hasmonéens, et ayant manœuvré pour amener Rome en Judée) à Juan Hanassi Mendès (également connu sous le nom de Joseph Nasi, lui aussi ancien converso portugais devenu duc de Naxos), les Juifs ont été utiles aux princes. De plus, les Juifs étant sans pays, ils contribuent à enrichir leur terre d'accueil.

Bien que Cromwell ait été favorablement impressionné par les conversos plus ou moins discrets installés en Angleterre, Manassé ben Israël rentre bredouille de sa mission et meurt ruiné. Cependant, son intervention provoque aux Pays-Bas une politique d'intégration rapide des Juifs, et, en 1656, Cromwell accepte de facto les crypto-Juifs sur son territoire.

Le peintre Rembrandt consulte ben Israel pour les détails de son tableau La Fête de Balthazar, exécute le portrait de son ami et illustre l'un de ses ouvrages[2].

Manassé ben Israël est l'auteur d'El Conciliador en 1632, qui obtient une réputation immédiate, d'Esperança de Israel en 1650 et de Piedra gloriosa, o de la Estatua de Nebuchadnesar, en 1655.

L'Espérance d'Israël porte sur la question du Messie et connaît un grand succès en Angleterre : l'ouvrage vise à réfuter l'idée que les Indiens seraient issus des dix tribus perdues d'Israël. Les protestants anglais accréditeront ce récit, se considérant eux-mêmes comme un second Israël. Sans céder aux thèses protestantes, Manassé ben Israël pense tout de même que la venue du Messie est pour bientôt. En témoignent les événements qui marquent son époque : les prophéties catastrophiques annoncent la réalisation de prophéties consolatrices.

La Pierre glorieuse, publiée en 1655, est dédiée à Isaac Vossius. Il y est question de la prophétie de Daniel, en particulier de l'image des quatre empires développée dans le 7e chapitre du Livre de Daniel. La question est de savoir quel est le cinquième empire censé se substituer aux quatre premiers, à savoir, aux Babyloniens, aux Perses, aux Grecs et aux Romains. Manassé réfute l'idée que ce cinquième empire soit celui des chrétiens, mais plaide pour l'idée qu'il s'agit des Juifs. Il parvient toutefois à ne pas s'aliéner le monde chrétien et refuse — contrairement à Abravanel — de voir dans le Pape le signe du démon (la dixième corne), mais assigne ce rôle à l'Empire ottoman. D'autres prophètes de l'Ancien Testament sont également étudiés dans ce livre.

Vers la fin de sa vie, pendant un voyage en Angleterre, Manassé perd son fils Samuel, qui tombe malade et meurt subitement, le 10 septembre 1657. Manassé avait déjà perdu son premier fils, Joseph, mort à l’âge de vingt ans dans un naufrage. Rovère nous raconte que, juste après l’enterrement de son fils Samuel, Manassé tombe malade à son tour, et meurt le 20 novembre 1657[3].

Notes et référencesModifier

  1. Rovère 2017, p. 129.
  2. Antonio R. Damasio, Spinoza avait raison: Joie et tristesse, le cerveau des émotions, Odile Jacob, (ISBN 9782738186072, lire en ligne), p. 239
  3. Rovère 2017, p. 208.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Liens externesModifier