Jean Larrieu (militaire)

Jean Larrieu
Jean Larrieu (militaire)
Le Jedburgh Jean Larrieu cité à l'ordre de l'Armée par le Général De Gaulle reçoit la Croix de Guerre avec Palme à Lyon, place Bellecour le 5 septembre 1944 des mains du Colonel Descours sous le regard de Mary-Basset à droite.

Naissance
Saint-Jean-de-Luz, France
Décès (à 56 ans)
Vincennes, France
Origine Drapeau de la France France
Arme Cavalerie
Grade Lieutenant-Colonel
Années de service 19311969
Conflits Seconde Guerre mondiale,
Guerre d'Indochine,
Guerre d'Algérie
Distinctions Officier de l'ordre national de la Légion d’honneur
croix de guerre 1939-1945
croix de guerre des TOE
croix de la Valeur militaire
Officier de l'ordre du Million d’Éléphants et du Parasol blanc

Jean Larrieu ( à Saint Jean de Luz - à Vincennes) est un Jedburgh, officier de l'armée française, figure des Forces spéciales durant la Seconde Guerre mondiale, guerre d'Indochine et de la guerre d'Algérie.

Jean Larrieu : Citation à l'ordre de l'Armée par le général De Gaulle le 28 août 1945 avec attribution de la Croix de guerre avec Palme
Recto de la carte d'identité du capitaine Jedburgh Jean Larrieu, délivré par le B.C.R.A.L. en juin 1944 en Angleterre, établie à son pseudonyme Lavisme pour l'opération Jude du 14 août 1944. La photo d'identité est coupée à moitié de l'insigne droit de façon qu'on ne devine pas qu'il fait partie des Spécial Forces (SF) en cas de capture par l'ennemi.
Jean Larrieu, capitaine Jedburgh, carte identité BCRAL-1944-verso
Jean Larrieu, commandant en second du 13 Régiment de Dragons Parachutiste en tête sur une auto-mitrailleuse Ferret lors du défilé de Philippeville le 29 octobre 1962 [réf. nécessaire].
Jean Larrieu, commandant en second, à la tête du 13 Régiment de Dragons Parachutiste lors de son retour en métropole à Castres en fin août 1962, il fait défiler le régiment en tenue camouflée et en chantant.

Jean Larrieu[1], officier français, né le à Saint-Jean-de-Luz et mort en service le à Vincennes en pleine guerre froide, est un cavalier, Jedburgh, figure des forces spéciales durant la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Indochine, la guerre d'Algérie et la guerre froide. Membre du Bureau central de renseignements et d'action (B.C.R.A., services secrets de la France libre), de la D.G.S.S. et de la D.G.E.R.

Engagé en 1931 au 4e régiment de Chasseurs d'Afrique, il participe brillamment à la campagne de Tunisie puis volontaire le au B.C.R.A. pour des missions spéciales en France, il fut d'abord, au titre de l'opération Jedburgh, parachuté clandestinement en France occupée le dans la région de Lyon pour y organiser, armer, instruire, coordonner et diriger l'action de la Résistance dans les actions de sabotage, de guérilla contre les Allemands et dans la libération de Lyon (opération JUDE 1) puis, enchaîne l'opération JUDE 2 à Saint Genis Laval[2]. Puis, ayant rejoint la Force 136, il fut parachuté à Luang-Prabang au Laos le au titre de la D.G.E.R service action.

BiographieModifier

Famille et jeunesseModifier

Né le à Saint-Jean-de-Luz dans une famille d'origine basco-landaise de six enfants (Marie, Ernestine, Jean, Jeanne, Alice, Antoinette). Jean Larrieu est le fils de Pierre Larrieu, militaire et de Marguerite Pascassio-Comte. Son père s'installe à sa retraite en Tunisie et Jean Larrieu passe une partie de son enfance et de son adolescence en Tunisie. Il s'engage le au titre du sixième escadron d'autos-mitrailleuses de cavalerie à Tunis au 4e régiment de Chasseurs d'Afrique. Ce régiment fit partie en de la Brigade de chars de la 3e Division Blindée. Cette division fut dissoute au début de 1944. Jean Larrieu a eu cinq enfants (Monique, Nicole, Jean, Odile, Jean-Luc).

Seconde Guerre MondialeModifier

L'épopée JedburghModifier

C'est en 1943 que le Commandement suprême interallié a créé la force Jedburgh composée de cent officiers français, d'autant de Britanniques et d'Américains. Recrutés au terme d'une très sévère sélection, placés sous ses ordres directs, les Jedburghs opéraient, constitués en équipes de trois, dont un radio ; ils étaient parachutés de nuit en France occupée. Leur mission était de rallier les maquis existants, les armer, les instruire, les encadrer au combat. L'action future de ces troïkas consistait, avec un minimum, de moyens à neutraliser, liquider, terroriser l'ennemi là où il se croyait hors d'atteinte. Pour le contingent français, seulement cent officiers furent sélectionnés sur six mille contactés en Afrique du Nord par le commandant Saint-Jacques. "Très rare étaient les volontaires susceptibles de convenir au plan Jedborough". À partir d', le commandant Saint-Jacques, Maurice Duclos, parachutiste prestigieux et un des fondateurs du BCRA (Bureau central de renseignements et d'action) avec à son actif depuis 1941 plusieurs missions spéciales en France occupée, faisant une tournée de recrutement en Afrique du Nord, avait rassemblé à Casablanca en des officiers volontaires pour combattre en France, leur a exposé leur mission, les risques, les devoirs et le secret de leur futur immédiat : « Vous serez les premiers à combattre sur le sol français, mais vous paierez cher ce privilège car 75 d'entre vous mourront au combat, dans quelques semaines. Ceux qui survivront n'auront aucun droit particulier, ni prime, ni décoration, ni galon, ni gloire. Quant à ceux qui seront tués, ils le seront dans l'anonymat, la solitude. Ils connaîtront la mort lente, infamante, sous la torture, l'épouvante et jamais personne ne saura ni où, ni quand, ni comment ». Seuls trois officiers restent à la fin de la réunion pour se porter volontaires : Maurice Géminel, Jean Larrieu, Hubert Reveilhac. Il s'engage le au B.C.R.A. et est aussitôt affecté à la Direction technique des Services Spéciaux (D.T.S.S.) groupant tous les services de renseignement et d'action d'Alger dirigée par le colonel Passy de la Direction générale des services spéciaux (D.G.S.S), puis est dirigé sur Londres par voie aérienne. Les Jedburghs, avant d'être intégrés, subissent d'impitoyables tests de sélection puis sont transformés en officiers d'élite, aptes à toutes les formes de combat engerbant les spécialités cumulées : commando, para, corps franc, partisan. Le challenge était de se surpasser. Les instructeurs britanniques imprimaient à l'entraînement un rythme infernal. Pas de temps mort : sautillement sur place et pas-de-gymnastique étaient le seul repos consenti. Tous les exercices étaient effectués en situation de « guerre », à balles réelles, le plus souvent de nuit et dans toutes les disciplines : chiffre, radio, tir, sabotage, explosifs, escalade, évasion, combat de rue à mains nues, avec pelle, pioche, dague, cailloux. Des affrontements sans pitié d'où le mot « fair play » était banni. La formation de six mois s'achevait par cinq sauts en parachute dont deux à partir de ballon captif par mauvais temps, en moins de 48 heures, à Ringway, au sud de Petersborough, dans les environs de Londres.

Les combats pour la libération de Lyon : l'opération Jude 1Modifier

Jean Larrieu avait comme alias au B.C.R.A. : Jean Lavisme et dans sa mission Jedburgh : Rence. Il est nommé capitaine à titre temporaire pour la durée de sa mission Jedburgh. Cette mission était totalement secrète et même la plupart des SAS parachutés la même nuit au même moment et endroit ignoraient l'existence de cette équipe et surtout sa mission précise. Le rapport de cette mission dans les archives de l'O.S.S. comporte le paragraphe suivant : "Forces alliées, en cas de prise de contrôle : Quand les forces alliées auront pris le contrôle (de la région), l’équipe avait pour instruction de se signaler à l’officier de renseignement le plus proche. Ils ne divulgueraient aucun détail de leur travail à cet officier mais lui demanderaient simplement de les transférer vers un agent des Forces Spéciales. Cet agent les reconnaîtrait et les transférerait vers le Quartier Général des Forces Spéciales".

Compte-rendu rédigé le au Laos par Jean Larrieu (alias Capitaine Lavisme), à la demande de la D.G.E.R., de ses activités depuis son engagement au B.C.R.A. le jusqu'au date de sa mutation aux Forces du Laos.

"J’appartenais au 4e Régiment de Chasseurs d’Afrique depuis le - Le colonel Boutaud de Lavilléon commandant de la Brigade de chars réunit en décembre 1943 tous les officiers du régiment et demanda que les volontaires pour des missions parachutées en France aillent le trouver après la réunion à son P.C. Je fus volontaire et fus présenté au commandant Saint Jacques qui après m’avoir expliqué ce que l’on attendait de moi, me donna un ordre de mission pour me rendre à Alger. Je m’y rendis le 18.02.44 et subis les interrogatoires et les différentes épreuves de test. Je revins le 18.03.44 à Casablanca et embarquais le lendemain à 23h30 sur un avion. J’arrivais le 20 à 8h50 en Angleterre. Je signais un engagement au B.C.R.A. Bureau central de renseignement et d'action de Londres pour la durée de la guerre plus trois mois. Je fus incorporé dans le plan "J" Jedburgh et suivis du au l’entrainement spécial à ME 65 (Peterborrough) : parachutiste, sabotage, radio chiffres, armes étrangères, organisation du maquis, comité de réception d’avions et de parachutages, instructions tactiques pour guérillas. Le personnel suivant l’entrainement (120 Français, 100 Anglais, 80 Américains, 6 Hollandais, 6 Belges) était uniquement composé d'officiers en majeure partie d'active et de radios. Le but de notre entrainement était d'être parachuté en tenue par équipe mixte comprenant au moins un Français aux environs du jour "J" pour : 1) - Guider les différents maquis dans les opérations ayant à partir de ce moment un caractère essentiellement militaire. 2) – Coordonner leurs opérations avec celles des troupes ayant débarqué. 3) – Lever, organiser et équiper avec les parachutages reçus de Londres ou d'Alger le maximum de combattants... Je rejoignis Londres dans les premiers jours d'août et y reçus le "Briefing".

La mission de mon équipe, constituée par le capitaine William Oven Evans, le sergent Holdham radio et moi-même, était la suivante :

1-Être parachutés avec une quarantaine de S.A.S du 3e bataillon commandés par le capitaine Pommier dans la région Rhône-Loire ;

2-Assurer pour ces derniers toutes les liaisons radios avec Londres ;

3-Contacter le commandant Mary, chef militaire de la région et me mettre à sa disposition pour l'exécution de ma mission qui comportait comme directives militaires précises :

4-Interdire la circulation par terre et par fer entre Lyon d'une part et Roanne et Saint-Étienne ;

5-Harceler par tous les moyens les troupes ennemies refluant du sud ;

6-Investir et libérer si possible Lyon en évitant le sabotage des organes vitaux auquel ne manquerait pas de se livrer l'ennemi en retraitant.

Je sautais dans la nuit du 14 au dans le nord du département du Rhône, région Villefranche. Dans la journée du 15, nous eûmes notre premier contact avec l'ennemi au passage de Sainte-Foix l'Argentière".

Ndr. Citation de Jean Larrieu à l'ordre de l'Armée : Larrieu, dit Lavisme, Jean - Jedburghs - "Officier d'active volontaire pour des missions spéciales, membre d'une équipe alliée parachutée le derrière les lignes ennemies, dans le Rhône. A constamment fait preuve d'un courage et d'un sang-froid inégalables. S'est notamment trouvé le à Sainte-Foy l'Argentière, seul face à un train ennemi immobilisé en plein jour. Est demeuré calme et maître de lui, et, sans attirer l'attention de l'ennemi, envisagea la situation et tira ses plans en conséquence. Rentré à son PC., il commanda personnellement une attaque qui causa l'anéantissement de ce train et la mort de plusieurs centaines d'Allemands".'' Ces citations comportent l'attribution de la Croix de Guerre avec Palme[3]. Fait à Paris, le , signé De Gaulle.

"Dans les jours qui suivirent j'organisais, équipais, et armais, à l'aide des parachutages reçus et aidé du commandant Mary plus de 2 000 hommes répartis aux points suivants : St Martin le Haut, St Symphorien sur Coise, Villefranche-sur-Saône, vallée de L'Arbresle, St Laurent de Chamousset, Rive-de-Gier et Givors. Aidé du médecin Lelong et du médecin X…de Ste Foix l'Argentière, de deux équipes chirurgicales que nous avions été chercher à Saint-Étienne, de divers médecins de la région, renforcés par une douzaine d'étudiants en médecine de la Faculté de Lyon, je constituais un réseau médical avec postes de premier secours, postes d'aiguillages et hôpitaux clandestins ayant plus de 300 lits. Le matériel et les médicaments nous étaient parachutés de Londres. Avec l'aide de Mr Rose ingénieur des P.T.T., un réseau de liaisons intérieures fut constitué et avec l'appui des employés des P.T.T. les communications téléphoniques furent établies à notre profit. Je réussis à organiser une réunion à laquelle participèrent les chefs des différents services de Lyon afin de leur donner toutes les instructions et consignes en vue d'éviter le sabotage des organes vitaux de la ville".

Ndr. Le capitaine Jean Larrieu est nommé officier adjoint du commandant Mary-Basset le au Chatelard à Saint-Symphorien sur Coise qui « officialise » ainsi sa position dans la Résistance.

"Je réussis également aidé du commandant Mary et du commandant Puech à établir un plan d'opérations commun et à réunir sous une seule autorité militaire, celle du général Koenig représenté par le commandant Mary, le maquis de tendances politiques de la région tels Francs-Tireurs et Partisans les plus nombreux, Libération, Combat, Maquis Espagnol, M.O.I., M.U.R. Pendant la période précédant la libération de Lyon, j'organisais et participais avec les maquis et les SAS à diverses destructions : telle que la mise hors d'état de la gare de l'Arbresle, mise hors d'état de la gare de Chazelles et destructions des voies ferrées et des routes sur les axes fixés. À diverses opérations notamment à Chazelles où la garnison ennemie de 300 hommes et officiers fut presque entièrement exterminée, à Saint-André La Côte où un groupe d'Allemands venus pour attaquer nos maquis fut dispersé, sur l'axe Lyon-Roanne où diverses embuscades causèrent à l'ennemi des pertes sérieuses. Par ailleurs nos maquis de Villefranche et ceux bordant la route Givors-Lyon créèrent un tel désarroi par leurs coups de main successifs et permanents sur les colonnes ennemies que ces dernières n'empruntèrent plus cet axe de repli".

Ndr. Citation de Jean Larrieu à l'ordre de l'Armée : Larrieu Jean alias Lavisme - des Forces Françaises de l'Intérieur - "Parachuté d'Angleterre dans le centre de la France avant le débarquement pour organiser et armer les maquis. A, notamment, le , fait preuve d'une initiative et d'un sang-froid remarquable en participant avec trois hommes au sabotage de la gare de Chazelles occupée par l'ennemi. Les 19, 20, 21, avec des unités spécialisées qu'il avait entraînées et des SAS a attaqué et anéanti avec un courage au-dessus de tout éloge, les troupes ennemies du Camp de Chazelles qui comptait 300 hommes, libérant ainsi l'axe Saint-Étienne-Lyon menacé par la position de ces troupes."''Ces citations comportent l'attribution de la Croix de Guerre 1939-1945 avec Palme. Fait à Paris, le , signé Schuman.

"Par suite d'un malentendu survenu entre les maquis de la vallée de l'Azergue (colonel FFI Lepetit) très grièvement blessé par la suite et la direction des opérations pour la libération de Lyon, cette dernière eut lieu 8 jours après les premières prévisions. La destruction des ponts à l'exception d'un seul ne put, de ce fait, être évitée. Par contre tous les autres organes vitaux furent préservés. Lyon libérée, il se créa immédiatement une organisation régulière militaire et le colonel Descours (Bayard) prit le commandement de la XIVe région".

Lors de la prise d'arme du place Bellecour à Lyon, les principaux acteurs de la libération de Lyon sont décorés par le colonel Descours, chefs de la Résistance, SAS et équipe Jedburgh. Celle-ci est simplement à côté de leurs camarades SAS sans signes distinctifs de leur appartenance aux Jeds et on peut voir le capitaine Larrieu présent sous le grade de lieutenant et avec un calot français et portant l'insigne de son ancienne unité en Tunisie.

L'opération Jude 2Modifier

"Après réunion des chefs militaires responsables et sur la suggestion du colonel Mary, il fut décidé de créer des unités régulières (9e Cuir., IIe Dragons, 1er régiment du Rhône) et d'ouvrir sans tarder des écoles de spécialités : chars, artillerie, prévôté, etc. et une école de cadres pour officiers subalternes FFI afin de permettre à ces derniers d'acquérir des connaissances militaires indispensables pour commander honorablement une unité régulière incorporée à un ensemble homogène (dans la 1re armée ou dans la Division Alpine)".

Ndr. Jean Larrieu est nommé le et ce jusqu'au premier par le colonel Descours (Bayard) et le commandant Mary (Raymond Basset) instructeur militaire et directeur adjoint à l’école de cadres des officiers FFI de Saint-Genis Laval près de Lyon.

"Je fus désigné avec mon équipe "JED" pour entreprendre cette tâche. J'en pris la responsabilité aidé du capitaine Menu-Baulieu mais demandais qu'une personnalité de la région en prit la direction – direction toute morale d'ailleurs. Le commandant de Saint-Victor officier de réserve d'infanterie alpine que j'avais incorporé dans nos maquis fut nommé directeur de l’école des cadres de St Genis Laval. Le commandant Coche de l’état-major de la XIVe région fut nommé inspecteur des écoles de cadres de la région. Je m'occupais plus particulièrement de l'organisation matérielle, des rapports avec les autorités civiles et de l'instruction militaire. Tandis que le capitaine Beaulieu s'occupait de la direction morale et du choix des professeurs libres. Je réussis grâce à la disponibilité de deux petits maquis inemployés pour la libération de Lyon à aménager et à équiper en très peu de jours une grande villa avec dépendances située à Saint-Genis-Laval et à la transformer en un établissement militaire (la Villa Alice, actuellement hôpital de rééducation fonctionnelle). L'apport de ces deux maquis, en personnel, matériel automobile, réserve d'armement et réserve de munitions et d'habillement nous permit de démarrer de plain-pied dès l'ouverture de l’école.

L'instruction de base fut l'école du fantassin, chef de groupe, chef de section. Le cycle portant sur deux mois comprenait quatre semaines d'instruction, une semaine de documentation dans les diverses écoles et industries importantes et trois semaines en ligne avec une unité de l'Armée. Le choix des élèves fut fait par les soins de l'E.M. de la XIVe Région qui exigea comme conditions d'admission :

1- Avoir appartenu effectivement à la Résistance et y avoir exercé un commandement d'officier.

2- Avoir une instruction générale suffisante.

3- Avoir les qualités physiques et morales indispensables.


L'organisation première et les matières enseignées furent les suivantes :

Direction de l'école et relations avec les unités envoyant des élèves et avec l'E.M. régional : commandant de Saint-Victor ;

Instruction militaire tactique : capitaine Lavisme (Jean Larrieu) ;

Instruction militaire technique : capitaine Evans ;

Instruction physique et sports : Sergent Holdam, de Maurois, 2e gymnaste de France, un ex-moniteur régional, un ex-moniteur d'Antibes ;

Instruction morale, rôle de l'officier et rapports avec les conférenciers civils : capitaine Menu-Beaulieu ;

Instructions diverses : illisible bas de page ;

Services administratifs, officier des détails : lieutenant Germain ;

Ravitaillement, approvisionnement : lieutenant Germain ;

Comptabilité : adjudant Jay ;

Matériel : sergent Gras ;

Le service médical fut assuré après entente par un médecin civil de Saint-Genis Laval puis par un sous-lieutenant médecin de Lyon, l’école possédant son infirmier militaire. La discipline fut des plus strictes : à leur entrée à l'école les candidats ôtaient leurs galons et n'étaient plus qu'élèves. Tous les déplacements s'effectuaient au pas de course. Pendant toute la durée du stage les sorties, en dehors de celles organisées par l'école furent formellement interdites. Nous n'eûmes dans l'ensemble qu'à nous louer de la bonne volonté et de l'esprit de camaraderie des élèves. Il se forma un esprit d'école. Les titularisations à la sortie furent réalisées de manière un peu particulière :

- d'après les notes des élèves recueillies par des instructeurs durant les cours et exercices ;

- d'après l'avis émis d'une commission composée : - d'un délégué de la XIVe région ; - d'un délégué de chacune des unités auxquelles appartenaient les élèves ; - du directeur et d'un instructeur de l'école ; - et, innovation, de deux élèves désignés par leurs camarades et portant sur les questions suivantes : l'élève est-il susceptible par ses qualités physiques, morales et militaires de commander : une section, un groupe, un demi groupe ?

Ce premier stage fut sanctionné par la nomination ou la titularisation temporaire de : 2 ou 3 lieutenants, 15 sous-lieutenants, 25 aspirants, 5 ou 6 adjudants, 20 sergents, qui choisirent leur nouvelle unité dans la XIVe Région ou dans la division Alpine. Les candidats artilleurs et chars durent suivre des cours d'application dans des écoles ouvertes à cet effet.

Rentré sur ordre radio en Angleterre avec toute l'équipe "JED" le , après avoir eu un sursis exceptionnel lors du rappel demandé par le général de Gaulle de toutes les équipes franco-britanniques qui étaient en France, je fis un rapport[4]. à l'E.M. anglais de qui je dépendais. Il me fut alors demandé qu'elles étaient mes intentions futures dans les alternatives suivantes :

1- Mission en Extrême-Orient

2- Mission en Allemagne

3- Réintégration dans l'armée d'origine

4- Intégration dans les nouvelles unités d'origine FFI

5- Démobilisation (pour les réservistes seulement remplissant certaines conditions)

J'optais pour l'Extrême-Orient en demandant toutefois de retourner à l'école de Saint-Genis LavaL pour une nouvelle session. L'autorisation me fut accordée sous la condition que je rejoigne Londres dans le courant de pour m'embarquer pour l'Extrême-Orient. Le deuxième stage se déroula normalement du 11/11/44 au 24/12/44 et nous pûmes cette fois réaliser nos désirs et participer à la bataille d'Alsace avec le 4e régiment d’Infanterie (Tirailleurs) marocaine de la 1re Armée d’Alsace, (stage de trois semaines en Alsace à compter du ). L'école participe dans la région de Colmar aux combats de Burnhaupt, de Sentheim, de Michelbach, de Linbach et de Thann. Des sections d'élèves avaient été constituées, équipées et armées par l'école et furent incorporées dans des compagnies différentes. Le commandement assuré par l'un des élèves changeait tous les jours. Le capitaine Menu-Beaulieu et moi-même passant trois ou quatre jours avec chacune des sections. Le capitaine Evans et le sergent Holdham n'ayant pas reçu l'autorisation de l’état-major anglais n'avaient pu monter en ligne avec nous. La tenue des élèves et leur bonne entente avec les cadres de la 1re Armée furent particulièrement remarquées. Les pertes furent assez légères et nous n'eûmes à déplorer qu'un tué (le sergent de Maurois), trois blessés et sept évacués. L’école de cadres de Saint-Genis Laval a été citée à l’ordre du corps d’Armée après son séjour en Alsace par le général de Lattre de Tassigny, commandant la 1re Armée. Pendant le 2e stage, le colonel Carlton Schmind de l’état-major anglais, vint sur notre invitation visiter personnellement l'école. Pendant ce stage également nous primes contact pour faire effectuer par ceux de nos élèves qui le désiraient du vol à voile et des sauts en parachute. Une vingtaine d'entre eux firent à Bron les trois sauts de jour et le saut de nuit réglementaire. Ce deuxième saut fut sanctionné par la nomination ou la titularisation de : 1 ou 2 lieutenants, 4 ou 5 sous-lieutenants, 40 aspirants, 20 sergents et cela sur la demande de l'E.M. régional. Les noms de baptême des deux promotions sont : Tom Morel et Bir-Hakeim.

Je rentrais à Londres le et sur l'insistance du capitaine Albert de Schonen et la certitude de partir en Extrême-Orient. Au mois de mars, je rentrais à Paris pour m'occuper soit des écoles de cadres de la région parisienne soit de la préparation prémilitaire dans une région de la France et, pour récupérer les postes radios émetteurs appartenant aux services. Je rentrais à Paris le et prenais le 19 l'avion pour Londres".

La guerre d'Indochine-Guérilla au LaosModifier

La Force 136 au LaosModifier

L'épopée Jedburgh devait se poursuivre en Extrême-Orient. Embarqués à Glasgow avec escales à Port Saïd, Bombay et Colombo, les Jeds français se retrouvèrent dans un camp secret de Ceylan pour y apprendre à combattre un nouvel ennemi, le soldat japonais et à survivre en jungle dans l'univers sombre et glauque de la grande forêt.

Jean Larrieu embarque en Angleterre le sur le S/S Winchester Castle et arrive à Bombay le et à Colombo le 27. Il fut dirigé le jour même sur le camp d'entrainement ME25. Incorporé au groupement Imfeld à Luang-Prabang  du au , puis au groupement 3 A de Vientiane du au . À compter du premier , le Groupement change de nom et devient le 5e bataillon de chasseurs laotiens et passe de la S.L.F.E.O. aux Forces du Laos – Groupe II. Le personnel d’origine D.G.E.R. est alors administrativement détaché aux Forces du Laos.


Le 5e Régiment de Dragons - 26/04/1948 - 05/08/1952Modifier

Le Service d'Entrainement Préparatoire des Réserves de Strasbourg - 05/08/1952 - 22/02/1956Modifier

Les Compagnies Nomades - 15/03/1956 - 01/09/1958Modifier

Le 3e Régiment de Spahis Algériens - 20/09/1958 - 01/11/1960Modifier

Le 13e Régiment de Dragons Parachutistes - 01/11/1960 - 01/08/1964Modifier

Le 11e Régiment d'Artillerie Blindée - 01/08/1964 - 01/08/1967Modifier

Le Groupe d'Exploitation des Transmissions n° 800 - 01/08/1967 - 18/01/1969Modifier

DécorationsModifier

BibliographieModifier

  • Anne-Aurore Inquimbert, Les Équipes Jedburghs. Le rôle des services spéciaux alliés dans le contrôle de la Résistance intérieure française, Lavauzelle, 2006 (ISBN 2-7025-1307-7).
  • Will Irwin, Les Jedburghs. L'histoire secrète des Forces spéciales alliées en France en 1944, Perrin, 2008
  • David Portier, Les parachutistes de la France Libre, Nimrod, 2010, (ISBN 978-2-915243-31-4).
  • Marc Bruschi, Combats en Algérie, de la Kabylie au Constantinois, 1955-1962, Heimdal, 2010, (ISBN 2-84478-106-3).
  • Colonel Jean Le Morillon, Un breton en Indochine. Mission "Oiseau mouche", Cheminements, collection Gens d’Ici, 2000, (ISBN 2-84478-106-3). Les mémoires d'un officier du BCRA, de la Force 136 puis de la DGSE, parachuté au Laos le .
  • Colonel David Smiley, Au cœur de l'action clandestine, des commandos au MI6, L'Esprit du Livre Éditions, 2008 (ISBN 978-2-915960-27-3).
  • François Lescel, Objectif Lyon, Collection l'Histoire Proche, 2004 (ISBN 2-95-10493-6-6).
  • Pascal Le Pautremat, Les Agents secrets de la France Libre, p. 117, Histoire et Collections, 2013 (ISBN 978-2-35250-269-2).

Notes et référencesModifier

  1. Jean Larrieu, le mystérieux officier français venu de Londres pour libérer Lyon. Le Progrès 01/09/2014.
  2. Liste des équipes Jedburgh
  3. Cette citation à l'ordre de l'Armée du Jedburgh Jean Larrieu par De Gaulle comporte la mention qu'elle ne sera pas publiée au Journal Officiel afin que son appartenance aux Jedburghs ne soit pas révélée car ils ont quasiment tous constitué l'ossature des services secrets alliés après la guerre et il ne fallait pas qu'ils soient identifiés par les ennemis potentiels - suivant document attaché [1]
  4. Archives américaines-National Archives Microfilm Publications, roll 8, target 6, Vol.4, Book VI , Special Operations Branch : Jedburghs ( pages unnumbered )