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Ne doit pas être confondu avec hanafisme.

Le hanifisme est, selon la croyance islamique, le monothéisme préislamique. Le Coran en attribue l'origine à Abraham[1] dans la sourate 3 (La famille d'Imran), versets 67-68 : « Ibrahim ne fut ni juif ni chrétien, mais fut monothéiste (hanif) et soumis (muslim) [à Allah]. Et il n’était point du nombre des Associateurs » (Coran 3:67). Plus généralement, il s'agirait, selon les musulmans, de la foi de ceux qui, pendant l'Âge de l'ignorance, ont rejeté les idoles et suivi l'exemple d'Abraham.

Origine coraniqueModifier

L'adjectif hanîf (pl. حُنَفاء [hunafā']), en arabe : حَنِيف [hanīf], signifierait vrai croyant. Le sens littéral du mot hanîf, selon les musulmans, serait celui qui s'écarte vers quelque chose[2]. Ce terme apparaît douze fois dans le Coran, dont huit en lien avec la figure d'Ibrahim[3]. il est, entre autres, utilisé dans l'épisode où Ibrahim se détourne du culte des astres. Un tel récit trouve des comparaisons dans les écrits juifs, chrétiens et judéo-chrétien, l'une des plus anciennes étant l'Apocalypse d'Abraham[3].

Cette croyance d'Abraham, hanîfiyya, s'accompagne de la destruction d’idoles. Cette idée se retrouve déjà dans les apocryphes de l'Ancien Testament. Cette opposition entre la transcendance de Dieu et les idoles, simples objets matériel, a été traitée par les Pères de l'Eglise et les auteurs de l'antiquité tardive, comme Lactance[3]. Le récit de la destruction des idoles par une autre idole (stratagème d'Abraham pour mettre en évidence l'absurdité de l’idolâtrie) se retrouve dans l'Apocalypse d'Abraham et le Livre des Jubilés. Néanmoins, le texte le plus proche du texte coranique est un midrash du Livre de la Genèse, appelé Genèse Rabba[3]. Pour Pregill, la comparaison avec les Antiquités Juives de F. Joseph est encore plus pertinente[4].

Hormis Abraham, le Coran attribue le titre de hanif à Mahomet et aux musulmans sous forme d'injonctions[3].

ÉtymologieModifier

De très nombreuses hypothèses ont été proposées pour éclairer l'étymologie de ce mot. Youakim Moubarac voit dans la racine, une racine commune à plusieurs langues sémitiques, signifiant en cananéen "calomnier", en syriaque "païen". Il explique donc ce mot par le sens de se détourner, ce qui permet d'identifier le païen ou le croyant. Dans certains cercles araméens, ce terme pouvait aussi désigner les personnes de culture hellénistique, attachées à la philosophie et, pour beaucoup, au monothéisme.[3]

Pour Edouard-Marie Gallez, cité dans le Dictionnaire du Coran, le terme pourrait être un construction polémique à partir du sens hébreu, dans un renversement de sens. "Le hanif païen et adorateur des étoiles devient supérieur aux croyant juif ou chrétiens car, n'ayant pas encore reçu la Revelation, il a gardé intactes toutes ses dispositions naturelles pour l’accueillir correctement. On trouve une telle connotation dans le récit évangélique de la guérison du serviteur du Centurion. Cela illustre le rejet coranique du Judaïsme et du Christianisme (Coran 3,67) et l'accusation portée contre eux de ne pas avoir été assez intransigeant avec l’idolâtrie.[3]

S'appuyant sur de Blois et sur Reynolds, Dye traduit le terme Hanif par "Gentils", c'est à dire les monothéistes non soumis à la loi juive[4]. Le terme syriaque, Hanpa, d'où provient l'arabe Hanif, prend, en effet, ce sens dans la Peshitta. Ceci en fait un synonyme de Ummi, attribué à Mahomet.[5]

UsagesModifier

Il est possible de supposer, à partir d'emplois anciens, que hanîfiyya serait le premier nom de l'islam. Ainsi, la lecture coranique d'Ibn Mas'ud rapporte le texte "la vraie religion, aux yeux de Dieu, c'est la hanîfiyya" tandis que la vulgate actuelle contient "c'est l'islam" à la place. [3]

D'un point de vue historique, le hanifisme est une construction dérivant uniquement du Coran et "le fait d'affirmer que quelqu'un était un hanif, au sens islamique du terme, avant l'islam, ne peut relever que d'un apologète musulman ou d'une personne soumise à l'influence islamique"[3]. Rien dans le Coran ni en dehors ne suggère l'existence d'un groupe portant le nom de Hanif[6] même si l'idée d'un Dieu universel n'est pas absent d'Arabie à partir du IIIe siècle, époque de syncrétisme [3]. L'idée d'une Arabie complètement païenne à l'époque de Mahomet reste une "construction de l'apologétique musulmane" tandis que l'importance du monothéisme à cette époque est maintenant bien attestée.[7]

RéférencesModifier

  1. La Bible et sa Culture, Ancien testament, sous la direction de Michel Quesnel et Philippe Gruson, Editions Desclée de Broewer
  2. Peters, F.E. (1994). Muhammad and the Origins of Islam. SUNY Press. (ISBN 0-7914-1875-8).
  3. a b c d e f g h i et j Geneviève Gobillot, "Hânif", dans Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.381-384.
  4. a et b Azaiez, Reynolds, The Qur'an Seminar Commentary - A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages, 2016, p. 166
  5. Reynolds, The Quran and its biblical subtext, 2010, p.80 et suiv.
  6. de Blois, “Nasrani and Hanif,” 17.
  7. Christian Julien Robin et Salim Tayran, « Soixante-dix ans avant l’Islam : l’Arabie toute entière dominée par un roi chrétien », Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vol. 156, no 1,‎ , p. 525–553 (DOI 10.3406/crai.2012.93448, lire en ligne, consulté le 10 novembre 2019)

Liens internesModifier