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Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés

groupe armé au Mali

Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés
GATIA
Image illustrative de l’article Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés

Idéologie Loyalisme malien
Objectifs Maintien de l'Azawad au sein de la République du Mali
Défense des intérêts de la tribu des Imghad
Statut Actif
Fondation
Date de formation
Organisation
Chefs principaux El Hadj Ag Gamou (Commandant militaire)
Fahad Ag Almahmoud
(Secrétaire-général)
Membres 500 à 1 000 hommes[1],[2],[3]
Fait partie de Plateforme des mouvements du 14 juin 2014 d'Alger
Guerre du Mali

Le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) est un groupe armé créé le pendant la guerre du Mali.

Logos et drapeauxModifier

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CréationModifier

La création du GATIA est une conséquence de la défaite de l'armée malienne lors de la bataille de Kidal du , qui voit les forces rebelles du MNLA, du HCUA et du MAA prennent le contrôle de la ville, ainsi que celle d'Anéfis, abandonnée par les militaires maliens[4].

De mai à juillet des affrontements éclatent dans les envions de Tabankort et Anéfis, dans la région de Gao, entre d'un côté les groupes rebelles du MNLA, du HCUA, de la branche autonomiste du MAA, de l'autre une alliance de groupes armés pro-Mali, avec une fraction loyaliste du MAA composée d'Arabes de la tribu des Lemhars, une milice de Touareg de la tribu des Imghad et des Songhaï du Coordination des Mouvements et Front patriotique de résistance (CM-FPR). Ces combats font plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de morts[5],[6],[7],[8],[9],[10],[11],[12].

Le 14 août, les combattants loyalistes de la tribu des Imghad annoncent la création du Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés[2].

Le 24 août, la Plateforme des cadres et leaders touaregs, présidée par Ahmed Mohamed ag Hamani, condamne la création du Gatia qu'elle qualifie de « milice ethnique » et exclut Fahad Ag Almahmoud de la Plateforme[13].

ObjectifsModifier

Le GATIA est un mouvement loyaliste, opposé à l'indépendance ou à l'autonomie du nord du Mali[14]. Il est allié à la branche loyaliste du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA)[14].

Le jour de l'officialisation de la création du mouvement, son secrétaire-général, Fahad Ag Almahmoud, déclare :

« Nous venons de créer le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia) pour défendre les intérêts de notre communauté dans le nord du Mali, notamment contre le MNLA. Nous sommes pour le processus de paix, nous reconnaissons l’intégrité territoriale du Mali, et nous ne réclamons pas d’autonomie. Nous voulons travailler avec le gouvernement malien pour amener la stabilité du pays[2]. »

OrganisationModifier

Le secrétaire général du GATIA est Fahad Ag Almahmoud[14] et le secrétaire-général adjoint est Habala Ag Amzata[15], mais le véritable fondateur et chef militaire du mouvement est le général El Hadj Ag Gamou[16],[17],[18],[19],[20],[21].

Parmi les autres commandants figure Almadi Ag Lengach, chef du GATIA à Ménaka, assassiné dans cette ville dans la nuit du 16 au 17 mars 2017[22].

Les combattants du GATIA sont en grande majorité des Touareg de la tribu des Imghad, connue pour avoir soutenu le gouvernement malien dès le début de la guerre du Mali[14].

Officiellement le gouvernement malien nie être l'origine de la création du GATIA. Mais en janvier 2015, la MINUSMA constate que plusieurs miliciens du groupe, blessés au cours des combats de Tabankort et soignés à Gao, étaient des militaires de l'armée régulière malienne qui avaient suivi une formation de la Mission de formation de l'Union européenne au Mali à Koulikoro. Selon Jeune Afrique : « En dépit des dénégations officielles, les liens entre les autorités et cette milice sont donc clairement établis »[23].

EffectifsModifier

À sa création le groupe revendique 1 000 combattants, il affirme également disposer d'une base entre Gao et Kidal[2],[14]. Le mouvement est surtout présent dans les environs de Bourem et dans les localités de Tarkint et Tabankort, près d'Anéfis[24]. Il possède également un camp à Tin-Habou, près de Boni[17]. Dans un rapport rédigé en mars 2016, la MINUSMA estime que le GATIA compte 500 hommes[1].

ActionsModifier

De l'été 2014 à l'été 2015, le GATIA et les groupes de la Plateforme mènent de rudes combats contre les rebelles de la Coordination des mouvements de l'Azawad, principalement à Ménaka, Tabankort et Anéfis. Le GATIA prend notamment Ménaka le 27 avril 2015 et Anéfis le 17 août 2015[25],[26],[27]. Mais sous la pression de la MINUSMA, le groupe se retire de cette dernière ville quelques jours plus tard[28].

Après l'été 2015, une phase de « décrispation » est observée[29]. Le 16 octobre, après trois semaines de discussions, la Plateforme et la CMA scellent la paix lors de « pactes d’honneur »[30],[31]. Les 1er et 2 février 2016, des centaines de membres du GATIA menés par Ag Gamou peuvent rentrer à Kidal avec le « consentement » de la CMA[30],[32],[33],[34],[35],[36],[37],[38],[39]. Depuis le GATIA s'est émancipé de la « tutelle » du gouvernement malien et s'est un peu rapproché de ses anciens ennemis de la CMA[17], même si des épisodes de tensions persistent ponctuellement à Kidal entre le GATIA et les ex-rebelles[40].

Cependant des affrontements communautaires opposent en mai et juin 2016 des Touaregs du GATIA à des Peuls de Ganda Izo, bien que les deux groupes soient membres de la Plateforme[41],[42],[43],[44].

Mais à Kidal, la situation se dégrade en juin 2016 entre les Touaregs imghad du GATIA et les Ifoghas du HCUA en lutte d'influence pour la gestion administrative et sécuritaire de la ville. Le 21 juillet, des combats éclatent mais ils ne tournent pas à l'avantage du GATIA qui est chassé de la ville[45],[46],[47]. Des affrontements se poursuivent ensuite dans les environs de Kidal contre les hommes de la CMA[48].

Le , Paul Folmsbee, l'ambassadeur des États-Unis au Mali, demande officiellement au gouvernement malien de rompre avec le GATIA : « Le gouvernement malien doit mettre fin à tous les liens à la fois publics et privés avec le Gatia, un groupe de milices armées qui ne contribue pas à ramener la paix dans le nord du Mali »[49],[50].

Le , après une attaque contre un poste de militaire à Abala, au Niger, les djihadistes de l'État islamique se replient au Mali. Mais ils sont alors attaqués par l'armée malienne, l'armée française et les miliciens touaregs du GATIA et du MSA. En réponse Adnane Abou Walid Al-Sahraoui, le chef de l'EI au Sahel, accuse dans une missive les Touaregs imghad et daoussahak d'être les complices de la France et du Niger, et menace particulièrement les chefs du MSA et du GATIA : Moussa Ag Acharatoumane et El Hadj Ag Gamou[51],[52].

Mais dans la région de Kidal, des combats éclatent début juin 2017 entre le GATIA et la CMA[53]. En juillet, les affrontements reprennent et tournent à l'avantage de la CMA : le 11 juillet, le GATIA est chassé d'Anéfis[54],[55] ; le 26 juillet, il est battu à la bataille de Takellote au sud de Kidal et perd une de ses plus importantes positions[56] ; le 27 juillet, il est chassé d'Inafarak, près d'In Khalil[56] ; et le 29 juillet, il abandonne la ville de Ménaka[57].

Le 15 avril 2018, un officier du GATIA, Youssouf Ag Noch dit Ahallachoch, est assassiné à Gossi par l'État islamique dans le Grand Sahara[58].

ExactionsModifier

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, des hommes du GATIA ont exécuté six personnes à Tin-Hama le 21 mai 2015, lors de combats livrés contre le MNLA[59],[60].

Certains membres du GATIA font également l'objet d'accusations de liens avec le trafic de drogue[17],[61].

En juin 2018, pour avoir recruté des enfants soldats, le GATIA et les autres groupes de la Plateforme sont inscrits sur la liste noire de l'ONU d’entités violant dans les guerres les droits des enfants[62].

Dans un rapport daté du 8 août 2018, des experts indépendants de l'ONU accusent également Baye Coulibaly, gérant d'une entreprise de transports et membre du GATIA, d'être un des plus importants trafiquant de migrants dans la région de Gao[63],[64]. Selon le rapport, il aurait également fait enrôler au sein du GATIA certains des migrants rejetés par l'Algérie[63],[64]. Un autre membre du GATIA, Ahmoudou Ag Asriw, est quant à lui accusé d'avoir escorté de nombreux convois de drogue en 2017 et 2018[64].

Le 20 décembre 2018, le Conseil de sécurité de l'ONU adopte des sanctions contre Ahmoudou Ag Asriw, un cadre du GATIA, qui est interdit de voyage pour entrave à l'accord de paix de 2015[65].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Baba Ahmed, Mali : le business du cantonnement ?, Jeune Afrique, 29 avril 2016.
  2. a b c et d AFP : Un nouveau groupe armé créé par des Touareg dans le nord du Mali
  3. Jeune Afrique : Mali : discussions à Alger, combats vers Gao
  4. AFP : Mali: Kidal aux mains des rebelles, appel présidentiel au cessez-le-feu
  5. Le Témoin : Affrontements inter-communautaire à Tabankort : Plus de 100 morts et 125 blessés
  6. http://www.rfi.fr/afrique/20140524-mali-affrontements-le-nord/ RFI : Mali: affrontements dans le Nord
  7. Maliweb : Querelle de leadership entre groupes armés dans la région de Gao : Les affrontements entre deux factions du MAA à Tabancort font 7 morts et 15 blessés
  8. Mali Actu : Combats MNLA-MAAA : La guerre pour le contrôle des routes de drogue
  9. L'Indicateur du Renouveau : Tabankort : Affrontements entre factions rivales du MAA
  10. Mali Actu : Nord – Mali : quand le MNLA confond le MAA avec le MUJAO - See more at: http://maliactu.net/nord-mali-quand-le-mnla-confond-le-maa-avec-le-mujao/#sthash.NCYA1vbJ.dpuf
  11. RFI : Retour des violences et des jihadistes au nord du Mali
  12. RFI : Alger: pendant les négociations, les combats continuent au Mali
  13. RFI : Mali: une organisation touarègue s'oppose à la création du Gatia
  14. a b c d et e RFI : Nord du Mali: naissance d’un groupe armé opposé à l'autodétermination
  15. Mali: le Gatia accuse les hommes de la CMA d'exactions contre des civils à Kidal, RFI, 26 juillet 2016.
  16. Dorothée Thiénot et Benjamin Roger, Jeune Afrique : Nord du Mali : le Gatia, une milice loyaliste qui veut monter... jusqu'à Alger, Jeune Afrique, 17 avril 2015.
  17. a b c et d Rémi Carayol, Carte : au centre du Mali, une constellation de groupes armés, Jeune Afrique, 18 juin 2016.
  18. Mali: le général El Hadj Ag Gamou affirme appartenir au Gatia, RFI, 23 septembre 2016.
  19. Mali: Kidal, cœur du conflit, RFI, 24 septembre 2016.
  20. Rémi Carayol, Mali : le vrai-faux coming out du général Gamou, Jeune Afrique, 23 septembre 2016.
  21. Célian Macé, Au Nord-Mali, l'ex-rébellion touareg chancelle, Libération, 28 septembre 2016.
  22. Mali: un chef militaire d'un groupe pro-gouvernemental assassiné à Ménaka, RFI, 17 mars 2017.
  23. Jeune Afrique : Mali : le Gatia, drôle de milice
  24. L'Aube : Fahad Ag Almahmoud, Secrétaire Géneral du Gatia à l’Aube : « L’Azawad n’est pas une entité politique »
  25. Mali: un groupe pro-Bamako prend Ménaka aux mains du MNLA, RFI, 28 avril 2015.
  26. Suite aux combats du nord du Mali, l’ONU tente de sécuriser Kidal, RFI, 17 août 2015.
  27. Mali : que se passe-t-il à Anéfis ?, Jeune Afrique, 28 août 2015.
  28. Benjamin Roger, Mali : la Plateforme entame un retrait partiel d’Anéfis, Jeune Afrique, 7 septembre 2015.
  29. Mali: échange de prisonniers entre Bamako et groupes rebelles, RFI, 4 octobre 2015.
  30. a et b Mali : des combattants loyalistes entrent sans heurts dans Kidal, Le Monde avec AFP, 3 février 2016.
  31. Mali: à Kidal, des zones d’ombres dans l’accord CMA-Gatia, RFI, 9 février 2016.
  32. Mali: des hommes d'un groupe pro-Bamako sont entrés dans Kidal, RFI, 2 février 2016.
  33. Mali: les discussions se poursuivent à Kidal pour un retrait du Gatia, RFI, 3 février 2016.
  34. Joséphine Johnson, Mali : faut-il s'inquiéter du retour des groupes armés à Kidal ?, Le Point, 4 février 2016.
  35. Mali: à Kidal, le Gatia et les rebelles tombent d’accord, RFI, 7 février 2016.
  36. Mali: le calme à Kidal après l’accord CMA-Gatia, RFI, 11 février 2016.
  37. David Baché, Mali: Gatia et CMA à Kidal, les enjeux, RFI, 12 février 2016.
  38. Mali : après l'accord d'Alger, la paix des tribus, RFI, 17 février 2016.
  39. Mali: situation apaisée à Kidal, un mois après l'incursion du Gatia en ville, RFI, 28 février 2016.
  40. Baba Ahmed, Mali – Kidal : à quoi joue le général El Hadj Ag Gamou ?, Jeune Afrique, 8 juillet 2016.
  41. Mali: l'anniversaire de l'accord de paix marqué par des accrochages dans le Nord, RFI, 16 mai 2015.
  42. Attaque des positions de Gandalzo dans le Gourma : les mises au point de la COMPIS 15 et du Mouvement GandaIzo, Malijet, 15 mai 2016.
  43. Nord du Mali: huit à dix personnes tuées dans de nouvelles violences, RFI, 12 juin 2016.
  44. Rémi Carayol, Mali : près de Douentza, Imghads et Peuls ne veulent pas « se partager » le territoire, Jeune Afrique, 14 juin 2016.
  45. Mali: un calme précaire est revenu à Kidal, RFI, 23 juillet 2016.
  46. Mali: après les combats, Kidal est toujours sous tension, RFI, 24 juillet 2016.
  47. Oksanna Le Rallec, Mali : à Kidal, l'impossible réconciliation, Le Point, 16 août 2016.
  48. Mali: nouveaux affrontements meurtriers entre la CMA et le Gatia, RFI, 21 septembre 2016.
  49. Mali: les Etats-Unis demandent au gouvernement de rompre les liens avec le Gatia, RFI, 28 septembre 2016.
  50. Mali: silence des autorités face aux accusations des Etats-Unis sur le Gatia, RFI, 29 septembre 2016.
  51. Point de situation des opérations du 8 juin 2017, Ministère de la Défense, 8 juin 2017.
  52. Le chef jihadiste Al-Sahraoui accuse et menace deux communautés du Mali, RFI, 28 juin 2017.
  53. Mali: les raisons qui expliquent le regain de violence dans la région de Kidal, RFI, 17 juin 2017.
  54. Mali: la Plateforme et la CMA s'affrontent pour le contrôle d'Anéfis, RFI, 12 juillet 2017.
  55. Kidal, l’enjeu d’un cessez-le-feu à plusieurs inconnues, Journal du Mali, 24 juillet 2017.
  56. a et b Baba Ahmed, Mali : risque d’escalade après les affrontements meurtriers près de Kidal, Jeune Afrique, 28 juillet 2017.
  57. Mali: les combattants de la CMA prennent le contrôle de Ménaka, RFI, 30 juillet 2017.
  58. Explosions près des bases de la Minusma et de la force française Barkhane Tombouctou, au Mali, Le Monde avec AFP et Reuters, 22 avril 2018.
  59. Mali: l’ONU dénonce de massives violations des droits de l’homme, RFI, 10 janvier 2016.
  60. Mali: état d'urgence jusqu'au 1er janvier, AFP, 23 décembre 2015.
  61. Rémi Carayol, Mali : à quoi joue le général Gamou ?, Jeune Afrique, 18 octobre 2016.
  62. L'ONU ajoute des groupes violant les droits des enfants à une liste noire, AFP, 26 juin 2018.
  63. a et b Morgane Le Cam, Au Mali, des signataires de l’accord de paix accusés de terrorisme, Le Monde, 28 août 2018.
  64. a b et c Aïssatou Diallo et Matthieu Millecamps, Rapport de l’ONU sur le Mali : ceux qui font obstacle à la paix, Jeune Afrique, 30 août 2018.
  65. Accord de paix: premières sanctions de l'ONU contre des Maliens, Le Figaro avec AFP, 20 décembre 2018.