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Georges Forestier (professeur de littérature)

historien de la littérature et théoricien du théâtre français
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Georges Forestier, né le à Nice, est un professeur de littérature française à la Faculté des Lettres de Sorbonne Université, où il enseigne l'histoire du théâtre du XVIIe siècle[1].

Historien des formes littéraires et, à ce titre, spécialiste de dramaturgie, il a mis au point une méthode particulière d'analyse des textes dramatiques qu'il a nommée « génétique théâtrale », grâce à laquelle il a contribué à renouveler l'approche des grands dramaturges classiques comme Corneille, Racine et Molière.

Sommaire

BiographieModifier

Georges Forestier est agrégé de lettres classiques, docteur en littérature française et docteur d'État (HDR)[2]. Depuis les classes préparatoires aux grandes écoles du lycée Masséna à Nice, il a suivi un cheminement parallèle à celui de son ami Bertrand Marchal, spécialiste de Stéphane Mallarmé, aux côtés duquel il enseigne à Sorbonne Université.

Il a été assistant à l'université de Coimbra au Portugal, professeur à l'IUFM de Rouen, maître de conférences puis professeur à l'université de Reims Champagne-Ardenne et ensuite à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, avant de devenir professeur à l'université Paris-Sorbonne en 1995[3], devenue au 1er janvier 2018 la Faculté des Lettres de Sorbonne Université. Il y a dirigé successivement le Centre de recherche sur l'histoire du théâtre (CRHT) et le Centre d'étude de la langue et des littératures françaises (CELLF), une unité mixte de recherche CNRS/Sorbonne Université (UMR 8599)[4],[5].

Il est depuis 2011 membre senior de l'Institut universitaire de France[2].

Travaux et publicationsModifier

Ses travaux d'édition portent principalement sur Racine et Molière (édition des œuvres complètes dans la Bibliothèque de la Pléiade, avec la collaboration notamment de Claude Bourqui) mais aussi sur des auteurs moins connus du grand public, comme Rotrou, Brosse, Boyer...

Ses travaux de recherche incluent une dimension historique. On peut citer parmi ses ouvrages principaux[3] :

  • Le Théâtre dans le théâtre sur la scène française du XVIIe siècle, Genève, Droz, 1981
  • Esthétique de l'identité dans le théâtre français (1550-1680) : le déguisement et ses avatars, Genève, Droz, 1988
  • Passions tragiques et règles classiques : essai sur la tragédie française, Paris, PUF, 2003

et deux travaux sur Pierre Corneille qui font aujourd'hui référence[3] :

  • Essai de génétique théâtrale. Corneille à l’œuvre, Paris, Klincksieck, 1996
  • Corneille, le sens d’une dramaturgie, Paris, SEDES, 1998.

Il met (notamment) en valeur l'importance des travaux réflexifs de Corneille (examens, discours, actuellement disponibles en édition critique présentée par Bénédicte Louvat et Marc Escola en GF) et souligne la construction « à rebours » de ces tragédies.

De 1995 à 2006 il a consacré l'essentiel de ses recherches à Jean Racine. Elles ont débouché sur la publication en 1999 du tome I des Œuvres complètes de Racine (Théâtre et Poésies) dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard), et en 2006 sur la publication d'une biographie intitulée Jean Racine dans la collection Biographies/nrf (Gallimard).

Depuis le début des années 2000, il a consacré l'essentiel de ses recherches à Molière. De 2006 à 2010, il a dirigé avec Claude Bourqui le Projet Molière21[6], qui a débouché en 2010 sur la création du site internet Molière21 et sur la publication des Œuvres complètes de Molière en deux volumes dans la Bibliothèque de la Pléiade (Gallimard).

En 2011, il a créé le site "Molière auteur des œuvres de Molière" où il aborde la question de la Paternité des œuvres de Molière. il y explique point par point que la théorie inventée en 1919 par le poète Pierre Louÿs, selon laquelle Corneille aurait écrit les meilleures pièces de Molière, ne repose sur aucun fondement.

En octobre 2018, il a publié une biographie de Molière intitulée Molière dans la collection Biographies/nrf aux éditions Gallimard. Ce livre a obtenu le "Prix Château de Versailles du Livre d'Histoire" le 22 mai 2019, ainsi que le grand prix de la Biographie décerné par l'Académie française le 20 juin 2019


Georges Forestier a fait de nombreuses interventions radiophoniques, et il est notamment intervenu à l'invitation de France Culture dans plusieurs émissions pour évoquer ses publications[1], notamment :

  • le 3 décembre 2006 : Pierre Corneille (1606-1684)
  • le 6 avril 2009 : Les pièces les plus célèbres de Molière : Le Misanthrope ou la dialectique de l'être et du paraître
  • le 30 avril 2016 : Jean Racine, le caméléon (1639-1699)
  • le 13 juin 2017 : Molière : Dramaturge doublé de Comédien

MéthodologieModifier

G. Forestier explique sa démarche dans l'avant-propos de son Essai de génétique théâtrale[7].

Selon lui, la mission principale des études littéraires consiste à se détacher de l'attitude normale du lecteur ou du spectateur (ressentir des émotions et se livrer à des interprétations) pour tenter de pénétrer dans l'atelier de l'écrivain afin d'essayer de comprendre comment l'œuvre se fait. Chercher à comprendre comment l’œuvre se fait, écrit-il, c’est d'abord (dans le cas d'une tragédie) analyser le fonctionnement de la mise en drame de la source historique (ou légendaire) en tenant compte du système de composition défini par la poétique classique issue d’Aristote, système sur lequel Corneille a donné des indications très précises dans ses textes théoriques. Ses analyses lui ont permis de parvenir à la conclusion suivante : la tragédie est certes un art de fiction qui, comme tout art narratif, repose sur un enchaînement logique ou probable de causes et d’effets ; mais envisagée sur un plan génétique, c’est-à-dire dans la perspective du travail de mise en intrigue, la tragédie cornélienne se révèle être un genre fondé sur le principe de la cause finale. Selon Forestier, le travail créateur de Corneille consiste à dégager de l’histoire non pas un ensemble d’éléments, mais un seul élément fondamental — le dénouement, qui est en même temps le sujet de l’œuvre — à partir duquel est reconstruit à rebours un enchaînement de causes et d’effets qui donne l’illusion de conduire l’histoire à sa fin selon les modalités de la logique et du probable. Il montre que si les tragédies de Corneille prennent souvent d’extraordinaires libertés avec leurs sources historiques, c’est à cause de ce principe de composition régressive : en ne retenant (indépendamment du cadre historique général et d’un certain nombre de détails référentiels) que le seul dénouement, elles reconstruisent à rebours à partir de lui une intrigue qui obéit à ses lois propres de cohérence et qui, partant, peut être parfaitement imaginaire.

Plaçant cette approche "génétique" sous l'égide de la poïétique de Valéry, concernant l’appréciation critique du sens de l’œuvre littéraire, il explique qu'il s'agit pour lui de réduire le sens à ce que l’on peut percevoir de l’organisation de la forme. Ainsi l'ensemble de son livre montre que la tragédie cornélienne se révèle être une constante mise à l’épreuve du genre même de la tragédie, et en second lieu seulement du rapport de l’homme au monde ; il s’agit donc, pour reprendre ses termes, d’un art de la mise en forme d’une matière poétique, qui va de la forme au sens, et non l’inverse — ce que Corneille explique lui-même, rappelle Forestier, mais que la critique cornélienne, fascinée depuis le XIXe siècle par la dimension politique de son théâtre, s’était toujours abstenu d’envisager.

C'est en cela que son livre n'est pas une interprétation supplémentaire de la tragédie cornélienne. En cherchant à comprendre le travail créateur d’un écrivain qui n’avait suscité que des travaux d’herméneutique, Forestier s'est efforcé de s’en tenir à ce qu'il nomme une description des conditions mêmes d’une interprétation — à partir de quoi peuvent se construire les « lectures » et les interprétations.

Tous ses travaux ultérieurs, sur Racine puis sur Molière, mettent à l'épreuve la même méthodologie "génétique" : une démarche qui veut rester en deçà des différents gestes critiques des XXe et XXIe siècles qui actualisent de différentes manières la tradition herméneutique.

ŒuvresModifier

Ouvrages de rechercheModifier

  • Le Théâtre dans le théâtre sur la scène française du XVIIe siècle (version remaniée de la thèse de doctorat de 3e Cycle), Genève, Droz, 1981, 385p., 2e édition parue en format "demi-poche", Droz (coll. « Titre courant »), 1996.
  • Esthétique de l'identité dans le théâtre français (1550-1680) : le déguisement et ses avatars, (version remaniée de la thèse de doctorat d'État), Genève, Droz, 1988, 670p.
  • Essai de génétique théâtrale. Corneille à l'œuvre, Paris, Klincksieck, 1996 (coll. Esthétique), 396p., 2e édition parue en format "demi-poche", Genève, Droz (coll. "Titre courant"), 2004
  • Corneille. Le sens d’une dramaturgie, Paris, S.E.D.E.S, 1998, 138p.
  • Passions tragiques et règles classiques. Essai sur la tragédie française, Paris, PUF, 2003, 370p.
  • Jean Racine, Paris, Gallimard (coll. nrf/biographies), 2006, 940 p. (ISBN 2-07-075529-0)
  • La Tragédie française. Passions tragiques et règles classiques, Paris, Armand Colin (coll. U), 2010, 310p. (nouvelle édition revue de l'ouvrage de 2003, épuisé aux PUF)
  • Molière, Gallimard (collection Biographies/nrf), 2018, 541 p. Prix Château de Versailles du Livre d'Histoire 2019; grand prix de la Biographie décerné par l'Académie française 2019.

Ouvrages de synthèseModifier

  • Molière, Paris, Bordas, coll. "En toutes lettres", 1990, 192p.
  • Introduction à l'analyse des textes classiques. Eléments de rhétorique et de poétique du XVIIe siècle, Paris, Nathan, coll. "128", 1993, 128p.

Éditions critiquesModifier

  • Brosse, Les Songes des hommes esveillez, comédie (1646) : édition critique, Paris, Société des Textes Français Modernes, 1984, 228p.
  • Boyer, Oropaste ou le faux Tonaxare, tragédie, édition critique en collaboration avec Chr. Delmas, Genève, Droz (coll. Textes Littéraires Français), 1990, 213p.
  • Corneille, Le Cid, édition critique des textes de 1637 et de 1660, Paris, Société des Textes Français Modernes, 1992, 224p.
  • Racine, Œuvres complètes, vol. I (théâtre et poésies) (nouvelle édition), Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1999.
  • Georges Forestier et Claude Bourqui, Molière : œuvres complètes, t. 1, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 8), , 1728 p. (ISBN 9782070117413, présentation en ligne)
  • Georges Forestier et Claude Bourqui, Molière : œuvres complètes, t. 2, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 9), , 1792 p. (ISBN 9782070117420, présentation en ligne)

Notes et référencesModifier

  1. a et b « Georges Forestier : biographie, actualités et émissions France Culture », sur France Culture (consulté le 5 septembre 2018)
  2. a et b « Forestier | OBVIL », sur obvil.sorbonne-universite.site (consulté le 5 septembre 2018)
  3. a b et c « http://lettres.sorbonne-universite.fr/article/georges-forestier », sur lettres.sorbonne-universite.fr (consulté le 5 septembre 2018)
  4. « CNRS - Institut des Sciences humaines et sociales », sur www.cnrs.fr (consulté le 5 septembre 2018)
  5. https://www.canal-u.tv/auteurs/forestier_georges
  6. Base de données « Molière 21 »
  7. Essai de génétique théâtrale. Corneille à l'œuvre, Paris, Klincksieck, 1996 (coll. Esthétique), 396 p., 2e édition parue en format "demi-poche", Genève, Droz (coll. "Titre courant"), 2004.

Liens externesModifier