Claude-Henri de Fusée de Voisenon

homme de lettres français

Claude-Henri de Fusée, comte de Voisenon, abbé du Jard (dit aussi l'abbé de Voisenon) né au château de Voisenon près de Melun le où il est mort le , est un homme de lettres français.

Claude-Henri de Fusée de Voisenon
Claude-Henri de Fusée de Voisenon - Versailles MV 2998.jpg
Claude-Henri de Fusée de Voisenon. 1762.
Fonctions
Abbé commendataire
Abbaye de la Chapelle-aux-Planches et abbaye du Jard
-
Vicaire général
Boulogne-sur-Mer
Fauteuil 13 de l'Académie française
Biographie
Naissance
Décès
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VoisenonVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonymes
M. de V
Un AbbéVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
Membre de

BiographieModifier

Il est le fils de Louis Claude comte de Fusée de Voisenon et de Marie Anne de Palerne[1].

Issu d'une grande famille, Voisenon eut une jeunesse mondaine. Une anecdote fréquemment citée est que « de santé délicate mais doué d'une vive intelligence, il n'était âgé que de 11 ans lorsqu'il adressa une épître en vers à Voltaire qui l'en remercia et lui prédit une carrière poétique. Ce fut le début d'une amitié qui dura jusqu'à la mort de Voisenon sans jamais se démentir. » Si l'amitié épistolaire entre les deux hommes est indéniable (Voltaire le surnommait « le cher ami Greluchon »), le fait signalé est probablement faux et dû à l'imagination[réf. nécessaire] de la comtesse Turpin de Crissé, sa première biographe.

En qualité de cadet, sa famille le destinait à l'état ecclésiastique, auquel il se résigna, dit-on (sans doute encore une légende)[réf. nécessaire], après un duel au cours duquel il avait grièvement blessé son adversaire. Il fut ordonné prêtre en 1739. Il devint grand-vicaire du diocèse de Boulogne-sur-Mer, dont l'évêque était alors son parent, Mgr Henriot. Il est aussi nommé abbé commendataire de l'abbaye de la Chapelle-aux-Planches[2]. L'évêque de Boulogne le chargea de rédiger ses mandements, dans lesquels Voisenon introduisait, paraît-il, plus d'épigrammes que de pensées édifiantes. À la mort de l'évêque en 1741, "la ville & le clergé de Boulogne" auraient demandé au cardinal de Fleury qu'il lui succédât. Voisenon se serait précipité à Versailles pour demander qu'on ne le nommât pas : « Comment veulent-ils [...] que je les conduise, lorsque j'ai tant de peine à me conduire moi-même ? » Il eut gain de cause et obtint cependant l'abbaye du Jard, à proximité de Melun, et dont il se borna d'ailleurs à toucher les revenus[3].

L'abbé de Voisenon s'intéressait au théâtre et fréquentait des gens de lettres dans le salon de Madame Doublet, où il connut Crébillon fils, Charles Pinot Duclos, Charles-Simon Favart et sa femme, Justine. Mme Doublet qu'il appelait affectueusement sa « marraine » ne l'était ni au sens religieux, ni au sens de l'état-civil (?). Très répandu dans la société des lettres, il fut l'un des principaux membres de la Société du bout du banc de Mlle Quinault et fréquenta les salons de Mmes Geoffrin et d'Épinay. On le voyait également beaucoup chez le duc de La Vallière dans son château de Montrouge, si bien que Voltaire l'appelait plaisamment « Monseigneur de Montrouge ». Grand amateur de bon vin, de bonne chère et de galanterie, on le disait amant de Madame Favart. Il écrivait des romans et des contes libertins, rimait des poésies légères ou à sujets bibliques, et composa des comédies en vers dont plusieurs eurent du succès et un opéra (L'Amour et Psyché, 1760).

Il refusa le poste diplomatique que lui offrit le duc de Choiseul mais accepta une pension de 6 000 livres pour composer des Essais historiques à l'usage des petits-fils de Louis XV. Il fut présenté à Madame de Pompadour, auprès de qui il ne tarda pas à être en grande faveur, et usa de son influence pour aider des hommes de lettres dans le besoin.

Grâce à la protection de Voltaire, il fut élu à l'Académie française le 4 décembre 1762 en remplacement de Crébillon père.

Pendant la réforme Maupeou, il fut proche des principaux ministres. En 1771, le duc d'Aiguillon le fit nommer ministre plénipotentiaire du prince-évêque de Spire. Il fut aussi lié avec l'abbé Terray (il contribua à la fête organisée pour le mariage du neveu de l'abbé[4]).

Quelque temps après le rétablissement des cours souveraines, il renonça à la vie parisienne. Il se retira en septembre 1775 à Voisenon pour, disait-il, se trouver de plain-pied avec la sépulture de ses ancêtres. Il mourut le 22 novembre dans le château de son frère, Louis Victor Fusée comte de Voisenon, dont l'épouse, Marguerite Pauline Bombarde de Beaulieu, obtint de Voltaire cette aimable épitaphe :

Ici gît, ou plutôt frétille,
Voisenon, frère de Chaulieu.
À sa muse vive et gentille
Je ne prétends point dire adieu,
Car je m'en vais au même lieu,
Comme cadet de la famille[5].
Son ami Favart rédigea son éloge[6].

ŒuvresModifier

Les Œuvres complètes de Voisenon ont été publiées par la comtesse Turpin de Crissé (1781, 5 vol. in-8°).

Œuvres dramatiquesModifier

  • L'Heureuse Ressemblance, comédie en 1 acte et en vers, 1738
  • L'École du monde, comédie en 3 actes et en vers, représentée à la Comédie-Française le 14 octobre 1739
  • Le Retour de l'ombre de Molière, comédie en 1 acte et en vers, représentée à la Comédie-Française le 21 novembre 1739
  • Les Mariages assortis, comédie en 3 actes et en vers, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 10 février 1744 (imprimée en 1746, in-8)
  • La Coquette fixée, comédie en 3 actes et en vers, avec Charles-Antoine Leclerc de La Bruère et le duc de Nivernais, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 10 mars 1746
  • La Fausse Prévention, comédie en 3 actes et en vers, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 29 décembre 1749
  • Le Réveil de Thalie, comédie, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 19 juin 1750
  • Titon et l'Aurore, pastorale héroïque, musique de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, représentée pour la première fois à l'Académie royale de musique le 9 janvier 1753
  • Les Magots, parodie de L'Orphelin de la Chine de Voltaire, en 1 acte et en vers, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 19 mars 1756
  • La Jeune Grecque, comédie en 3 actes et en vers libres, 1756 (imprimée en 1762)
  • La Petite Iphigénie, parodie de la Grande, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi en juillet 1757
  • L'Amour et Psyché, ballet héroïque, représenté pour la première fois par l'Académie Royale de musique le 9 mai 1758
  • La parodie au Parnasse, opéra-comique en 1 acte, représenté pour la première fois sur le théâtre de l'Opéra comique de la foire saint Germain le 20 mars 1759 (attribué aussi à Charles-Simon Favart)
  • Hilas et Zélie, pastorale en un acte, musique de Bernard de Bury, représentée à Versailles le 12 janvier 1763
  • La Fée Urgèle ou Ce qui plaît aux dames, comédie en 4 actes mêlée d'ariettes, représentée à Fontainebleau le 26 octobre 1765
  • L'Amant déguisé, ou le Jardinier supposé, comédie en 1 acte mêlée d'ariettes, musique de François-André Danican Philidor, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 2 septembre 1769.
  • L'Amitié à l'épreuve, comédie en deux actes et en vers mêlée d'ariettes, musique d'André Grétry, représentée à Fontainebleau le 13 novembre 1770
  • Fleur d'Épine, opéra-comique en 2 actes et en prose, sur une musique de Marie-Emmanuelle Bayon, mêlée d'ariettes, tirée d'Hamilton, représentée pour la première fois par les Comédiens italiens ordinaires du Roi le 22 août 1776.

Romans et contesModifier

DiversModifier

RéférencesModifier

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • Maurice Allem, Anthologie poétique française, XVIIIe siècle, Paris, Garnier Frères, 1919
  • Anonyme, La Vie authentique de M. l'abbé de Voisenon, mémoires inédits d'un contemporain, publiés par Ad. Van Bever et Charles Martyne, Paris, 1916
  • Jean Comoy, Un abbé de cour sous Louis XV. Monsieur de Voisenon, Préface de Wladimir d'Ormesson, Paris, la Science historique, 1959
  • Cardinal Georges Grente (dir.), Dictionnaire des lettres françaises. Le XVIIIe siècle, nlle. édition revue et mise à jour sous la direction de François Moureau, Paris, Fayard, 1995
  • « Claude-Henri de Fusée de Voisenon », Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, vol. 2, Paris, Hachette, [détail des éditions] (lire sur Wikisource)
  • D-R-R, "VOISENON (Claude Henri Fusée de), Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, Michaud, 1827, tome 49, p. 400-413 (très bonne notice). En ligne.
  • Jean de Viguerie, Histoire et dictionnaire du temps des Lumières. 1715-1789, Paris, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2003 - (ISBN 2-221-04810-5)
  • Patrick Krakowski, "Un académicien dans son temps", l'abbé de Voisenon (correspondances, chroniques, biographie) Lys Éditions Ammatéis, 2007, (ISBN 978-2-86849-255-5)

Notes et référencesModifier

  1. Archives Nationales, Minutier central des notaires, XXIX/444, 24 juin 1739, contrat de mariage de son frère, Louis Victor de Fusée chevalier comte de Voisenon, lieutenant au régiment des gardes françaises, et de Marguerite Pauline Bombarde de Beaulieu, acte numérisé par le site familles parisiennes (les noms, qualités et domicile de l'abbé de Voisenon figurent sur la première page du contrat, sa donation à son frère sur la vue 213).
  2. (la) Charles Lalore, Cartulaire de l'abbaye de la Chapelle-aux-Planches : Chartes de Montierender, de Saint-Etienne et de Toussaints de Chalons, d'Andecy, de Beaulieu et de Rethel, Troyes, L. Lacroix, coll. « principaux cartulaires du diocèse de Troyes », , 380 p. (lire en ligne), p. XVIII
  3. Antoine Taillefer, Tableau historique de l'esprit et du caractere des littérateurs francois, tome IV, Versailles-Paris, 1785, p. 155-156.
  4. Journal historique de la Révolution opérée dans la Constitution de la monarchie françoise par M. de Maupeou, chancelier de France, tome 3, Londres, 1775, p. 244, 11 septembre 1772.
  5. D-R-R, "VOISENON (Claude Henri Fusée de), Biographie universelle, ancienne et moderne, Paris, Michaud, 1827, tome 49, p. 411.
  6. L'éloge est reproduit dans C. S. Favart, Mémoires et correspondance littéraires: dramatiques et anecdotiques, publiés par son petit-fils, tome 3, Paris 1808, p. 213-221.