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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cinquième colonne (homonymie).

L'expression cinquième colonne désigne les partisans cachés au sein d'un État ou d'une organisation d'un autre État ou d'une autre organisation hostile.

Cette expression est initialement utilisée lors d'une allocution radiodiffusée par le général Emilio Mola, membre de l'état-major des forces nationalistes espagnoles en 1936 pendant la guerre d'Espagne, en parlant des partisans nationalistes cachés au sein du camp républicain[1],[2].

L'expression est entrée dans le vocabulaire courant dans diverses langues. Par extension, l'expression désigne en effet tout groupe de partisans infiltrés, généralement civils, prêts à œuvrer de l'intérieur pour favoriser la victoire des forces armées traditionnelles du même camp et, plus généralement, tout groupement agissant dans l'ombre pour saper de l'intérieur une organisation ou un État.

En EspagneModifier

Le coup d'État des 17 et voit une partie de l'Armée espagnole rallier les militaires putschistes, tandis que l'autre partie, les loyalistes, restant fidèle au pouvoir légitime de Madrid, écrase le putsch à Montaña, évitant la prise de Madrid.

Le , l'armée nationaliste espagnole tente à nouveau de prendre Madrid : la radio franquiste annonce le message d'un général nationaliste (Mola ou Varela) et que quatre colonnes convergent vers Madrid (en provenance de Tolède, de la route de l'Estrémadure, de la Sierra et de Sigüenza) pendant que leur « cinquième colonne » était déjà sur place. Cette manœuvre de guerre psychologique désorganise la défense républicaine en faisant régner la suspicion. Cependant, le , l'offensive nationaliste sur Madrid échoue et ne reprend que le , lors de l'offensive finale des nationalistes qui prendront Madrid le .

En AllemagneModifier

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les partisans et les agents secrets allemands travaillant en pays étrangers pour le compte de l'Abwehr faisaient partie de ce qui était surnommé la cinquième colonne.

En BelgiqueModifier

Avant le début de la Seconde Guerre mondiale, l'existence d'une minorité de partisans de l'Allemagne, qui s'était manifestée lors des élections, montre l'existence d'une cinquième colonne en relation avec des rumeurs sur les subventions allemandes et italiennes à des journaux d'extrême droite. Dès le déclenchement de la guerre, le , les soupçons des espions, notamment des parachutistes, s'empare de la population.

Des prêtres et des religieuses sont soupçonnés d'être des parachutistes qui dissimulent leur uniforme et leurs armes sous leurs habits ecclésiastiques, ce qui donna lieu à des scènes tragicomiques de débuts de déshabillage. De plus, le gouvernement d'Hubert Pierlot et Paul-Henri Spaak s'efforce de combattre la psychose en démentant les rumeurs de parachutages ennemis un peu partout à l'intérieur du pays.

Article connexe : Massacre d'Abbeville.

En FranceModifier

 
Affiche gouvernementale de 1915.

Première Guerre mondialeModifier

Au début de la Première Guerre mondiale, l'expression « cinquième colonne » n'existe pas encore, mais la crainte d'organisations de traîtres parmi la population est appelée à l'époque espionnite, très répandue en France. Le ministre de la Guerre, Alexandre Millerand, fait placarder des affiches qui proclament : « Taisez-vous ! Méfiez-vous ! Les oreilles ennemies vous écoutent. ».

Seconde Guerre mondialeModifier

Le mythe de la « cinquième colonne », bien répandu avant la Seconde Guerre mondiale à la suite de l'afflux de réfugiés fuyant l'Italie fasciste, l'Allemagne nazie et l'Espagne franquiste après la guerre d'Espagne, conduit à la construction de camps[3]. Ils regroupent, au printemps 1939, les républicains espagnols et les miliciens allemands des Brigades internationales, principalement au camp de Gurs, puis, dès , des Allemands et généralement tout ressortissant du Troisième Reich, considérés comme « sujets ennemis[3] », bien que la plupart d"entre eux s'opposent au régime nazi[3]. Les communistes allemands sont recensés comme « suspects du point de vue national[3] » et donc internés.

Dès la déclaration de guerre et pendant la drôle de guerre, un climat d'« espionnite[3] » existe, avec de nombreuses catégories de personnes considérées comme suspectes. C'est le cas des journalistes qu'on éloigne des implantations militaires, des étrangers, des membres de partis de gauche, des syndicalistes et des enseignants, qui sont systématiquement soupçonnés par les services du Contrôle et de surveillance du territoire du ministère de l'Intérieur (CGST) et par le Bureau de centralisation du renseignement (BCR) du ministère de la Défense et les 2e bureaux de l'Armée[3].

Les consignes de silence sont encore plus draconiennes dans l'Armée. Les « éléments douteux[3] » (communistes et pacifistes) sont encore plus surveillés. On placarde des affiches de mise en garde, comme: « Se taire, c'est servir[3] » ou encore « Silence, l'ennemi... guette vos confidences » (affiche signée de Paul Colin), on demande aux soldats de se méfier des « conversations de café[3] », des « photographies de touristes[3] » ou de supposés faux officiers. Des sanctions très lourdes sont prévues, par la justice militaire, pour les imprudents, les déserteurs, les traitres et les espions, allant d'une peine d'un an de prison ferme pour un simple retard au retour de permission jusqu'à la peine de mort appliquée aux espions pour lesquels des exécutions capitales sont prévues au fort d'Ivry, en [3]. Une espionne allemande est condamnée à mort par contumace et un sténographe du sénat, qui aurait demandé des fonds aux Allemands pour diffuser un journal antimilitariste, voit sa condamnation à mort commuée en détention perpétuelle[3].

Jusqu'en , les arrestations se multiplient, et la gendarmerie et la police sont vigilantes. Les aérodromes sont particulièrement surveillés, surtout la nuit, où l'on épie tous les signaux. On recherche activement d'éventuels parachutistes d'avions abattus. Des suspects sont arrêtés surtout s'ils sont munis d'appareils photographiques. L'espionnite se répand de plus en plus et frappe indifféremment des agents ennemis ou des innocents. L'idée que rien n'est à l'abri de la « cinquième colonne » est alors largement répandue[3].

Lors de la bataille de France, en mai-, les autorités redoutent les actions des agents allemands qui s'infiltrent derrière les lignes françaises et dans la population fuyant les combats, répandent de fausses nouvelles et transmettent des informations à Radio-Stuttgart, accréditant le mythe de la « cinquième colonne »[3]. Ces agents, en dirigeant les civils vers des itinéraires qui gênent les mouvements des troupes alliées, augmentent la confusion générale. Ils pratiquent des actions de sabotage, comme sur les réseaux de communication et en modifiant les panneaux indicateurs routiers.

L’« épisode de la cinquième colonne » lors du passage de Charles de Gaulle sur la place de la Concorde lors de sa descente triomphale des Champs-Élysées, le , est un exemple. La foule essuie des tirs, qui semblent provenir de l'Hôtel Crillon. À ce moment, quelqu'un crie, « C'est la cinquième colonne ! », sans doute pour signifier qu'il s'agissait d'Allemands embusqués. Toutefois, un chef de char d'assaut comprenant que les tirs viendraient de la cinquième colonne de la façade de l'hôtel, et le cri « la cinquième colonne » donne l'ordre au tireur de viser cette cible. En effet, la cinquième colonne en partant de la rue Royale est d'une autre couleur que les autres[4].

Dans la dernière partie de La Mort dans l'âme, de Jean-Paul Sartre, qui met en scène des soldats français faits prisonniers par les Allemands, de nombreuses allusions sont faites à la cinquième colonne. C'est notamment le cas dans les toutes dernières pages du roman, lorsque les prisonniers, apprenant d'un civil qu'ils vont être transférés en Allemagne, refusent de croire qu'il s'agit d'une information véridique et préfèrent voir dans cette nouvelle les manigances d'un traître destinées à leur saper le moral.

Guerres d'Indochine et d'AlgérieModifier

Le Parti communiste français a fait office de « cinquième colonne » lors des guerres d'Indochine (avec par exemple l'affaire Henri Martin) et d'Algérie. Des militants qui soutiennent le Front de libération nationale contre le colonialisme français, en lui acheminant argent et matériel, étaient alors surnommés les « porteurs de valise[5] ».

Dans la fictionModifier

Le terme de Cinquième colonne est également repris dans la série télévisée V de 1983 et sa version de 2009 ; dans la série de 1983, ce terme désigne les « Visiteurs » alliés de la « Résistance », dans la série de 2009, il désigne la « Résistance ». On le retrouve aussi dans la série télévisée Stargate SG-1.

Le terme est aussi abondamment utilisé dans le roman N. ou M. ? (1941) d'Agatha Christie dans lequel les deux héros du roman, Tommy et Tuppence Beresford, doivent démasquer les chefs britanniques de la Cinquième colonne, chargée de préparer, d'organiser et de mettre en œuvre les sabotages préalables à l'invasion de la Grande-Bretagne par les nazis.

Cinquième Colonne est le titre français du film Saboteur d'Alfred Hitchcock, sorti en 1942.

La Cinquième Colonne est une pièce de théâtre d’Ernest Hemingway. L'action se déroule lors de la guerre civile espagnole. La pièce reçoit un mauvais accueil, jouée sans succès sur Broadway en 1940, avec seulement 87 représentations[6]. Cette pièce est publiée en France en 1949 dans un recueil de nouvelles : Paradis perdu, suivi de La Cinquième Colonne ; il s'agit d'une traduction partielle du recueil original The Fifth Column and the First Forty-Nine Stories (en), publié aux États-Unis en 1938. La pièce est jouée à Londres pour la première fois en 2016[7].

Notes et référencesModifier

  1. Hugh Thomas écrit dans La Guerre d'Espagne, p. 323 note 5, que Lord St Oswald revendique la création de cette expression avant l'allocution de Mola.
  2. Certaines sources attribuent l'expression au général nationaliste José Enrique Varela : voir les articles « José Enrique Varela » et « Quinta columna » (qui cite comme source le Journal de la Guerre d'Espagne de Mikhaïl Koltsov).
  3. a b c d e f g h i j k l m et n Pierre Miquel, La Seconde Guerre mondiale, éd. Fayard, 1986, Paris (ISBN 2-7242-3370-0) ; rééd. Club France Loisirs, Paris, 1987, p. 57-59.
  4. Voir la double photo no 70 du livre de Rose Valland, Le Front de l'art.
  5. Hervé Hamon, Patrick Rotman, Les Porteurs de Valises - La Résistance française à la guerre d'Algérie, éd. Albin Michel, Paris, 1979 ; rééd. augmentée Le Seuil, coll. « Points-Histoire », Paris, 1982.
  6. Fiche de la pièce sur le site Internet Broadway Database.
  7. « La cinquième colonne d'Hemingway joué pour la première fois à Londres », sur fr.euronews.com, Euronews, (consulté le 26 septembre 2016).

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

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