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Camp de Moria

Moria est le principal camp de migrants et de réfugiés sur l'île de Lesbos en Grèce. Ouvert en 2013 sur une ancienne base militaire, la capacité du centre est au départ de 150 places[1] dans le but d'y accueillir des réfugiés pour une ou deux nuits, avant d'être transférés à Athènes. De nouvelles dispositions sont prises pour étendre cette capacité à 2 000 places[2] face à une crise migratoire sans précédent à l'été 2015. Sous la pression de l'Allemagne et de la France, la Commission européenne annonce en septembre l'ouverture de Hotspot sur les îles égéennes, premières étapes en Europe pour les migrants. En octobre 2015, Moria devient centre d'enregistrement et de contrôle.

Moria
Les abords du camp de Moria le 15 janvier 2017.
Les abords du camp de Moria le .
Administration
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Démographie
Population 4 067 hab. (est.janvier 2017)
Fonctions urbaines Camps de migrants et de réfugiés
Étapes d’urbanisation 2014
Géographie
Coordonnées 39° 10′ nord, 26° 20′ est
Localisation

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Moria

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Moria

En janvier 2017, 4067 réfugiés étaient détenus dans le camp de Moria d'après les chiffres de l'ONG Save The Children encore active sur place. Parmi eux se trouvent des réfugiés et des demandeurs d'asile, de plus de 78 nationalités différentes, en provenance d'Afghanistan, du Pakistan, du Bangladesh, de Libye, du Maroc, d'Algérie, de Palestine, de Chine, de Somalie, du Niger ou encore du Congo[3]. Les conditions de vie sur le camp dénoncées par le HCR (Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés) et les ONG sont d'autant plus alarmantes que le camp de Moria est interdit à la presse depuis les accords signés avec la Turquie en mars 2016.

Sommaire

LocalisationModifier

Situé au milieu d'une oliveraie, dans la commune de Moria, à moins d'un kilomètre de la côte et cinq kilomètres de la capitale Mytilène, le camp de Moria est le premier Hotspot en Grèce. D'autres suivront sur les îles voisines de Chios, Samos et Leros[4], toutes proches des côtes de la Turquie.

HistoireModifier

 
Arrivée de réfugiés syriens et iraqiens à Skala Sykamias, Lesbos, le 30 octobre 2015.

Le premier "Centre de réception" (First Reception Center) ouvre ses portes à Moria le 26 septembre 2013[5] dans le sillage du centre de Fylakio à Evros la même année. Le site est un ancien camp militaire offert par le ministère de la sécurité nationale au ministère de la protection civile. En juillet 2014, se construit sur le même site, un centre de détention avec une capacité d'accueil de 750 personnes[1].

Alors que l'été 2015 atteint un pic avec l'arrivée "de 80 à 100 canots pneumatiques contenant chacun une quarantaine de personnes (qui) accostaient chaque jour à Skala Sykaminias" [3], la mort du jeune Alan Kurdi le 2 septembre sur une plage de Turquie entraîne une onde de choc mondiale et relance la question de l'accueil des migrants syriens. Un Conseil européen sur les réfugiés, réunissant les ministres de l'Intérieur de l'Union le 23 septembre 2015 à Bruxelles[6], se prononce sur la création de Hotspots "afin d’apporter une assistance immédiate aux États membres exposés, en première ligne, à des pressions migratoires disproportionnées aux frontières extérieures de l’UE."[7].

Le Hotspot de Moria est financé à 75% par l'Union européenne et 25% par le gouvernement grec. Sur le terrain différents opérateurs et institutions sont mobilisés au côté des autorités grecques : le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), l’Agence de européenne pour les frontières (Frontex), l’Agence européenne de coopération de police (Europol) et l’Agence européenne de coopération judiciaire (Eurojust). Le mois d'octobre 2015 marque également l'arrivée de nombreuses ONG sur l'île et à Moria.

La capacité d'accueil du centre d'enregistrement et de contrôle est étendue à 2 500 places afin de pouvoir accueillir et recenser davantage. Malgré ces mesures, l'afflux de réfugiés et leur transit vers Moria dépasse largement les capacités envisagées. Si le nombre de réfugiés a considérablement diminué depuis l'accord UE-Turquie de mars 2016, le camp a pu accueillir jusqu'à 7 000 réfugiés[3] au plus fort de la crise. Plus de 4000 réfugiés y sont actuellement détenus.

Gestion opérationnelleModifier

Du camp de transit au camp de MoriaModifier

À leur arrivée en canot sur le versant nord-est des côtes de Lesbos, les réfugiés sont accueillis par des volontaires internationaux qui les accompagnent jusqu'au camp de transit de l'UNHCR pour y passer la nuit. Le jour suivant un bus les emmène vers un centre d'enregistrement où ils doivent s'inscrire auprès de la police grecque avant d'être autorisés à transiter plus loin dans l'Union européenne.

Il y a deux principaux centres de traitement qui diffère selon les nationalités. Les femmes et familles vulnérables en provenance de Syrie sont transportées vers le camp de Kara Tepe géré par les autorités grecques. Il s'agit d'un camp propre, organisé et offrant de nombreux services aux réfugiés : médical, sanitaire, juridique ainsi que des programmes d'éducation et activités créatives. Pour les Syriens majeurs et toute autre nationalité, leur destination commune est le Hotspot de Moria, aux conditions rudimentaires décriées par de nombreux journalistes et ONG[2] à qui l'accès est interdit depuis mars 2016.

Organisation du campModifier

Moria s'organise autour d'un centre d'accueil, construit en 2013 sur une ancienne base militaire et d'un centre de détention ouvert sur le même site en 2014[5]. "Labellisé" Hotspot en 2015, le camp de Moria devient un centre d'enregistrement et de contrôle avec pour objectif d'accueillir, soigner si nécessaire et enregistrer les personnes qui arrivent, via le système Eurodac de prises d'empreintes digitales. Ce fichage détermine d'un côté, l'éligibilité au droit d'asile des réfugiés Syriens, Afghans, Irakiens et de l'autre, les migrants économiques.

Au côté des équipes de l'UNHCR, plusieurs ONG sont présentes dans l'enceinte (Samaritan's Purse, Save The Children) et aux abords du camp (La Croix-Rouge, Médecins sans frontières). L'intervention de Save The Children relève de la protection de l'enfance, des soins de santé et nutrition et de l'éducation informelle. L'ONG pilote également le dispositif IdeasBox (médiathèque en kit déployée en situation d'urgence) de Bibliothèques sans frontières pour apporter des ressources éducatives et développer des activités récréatives auprès des enfants non-accompagnés et mineurs isolés présents dans le camp de détention.[réf. nécessaire]

L'ONG Médecins sans frontières y a effectué des consultations médicales, apporté des soins médicaux, distribué des kits de secours, produits d’hygiène et autres biens de première nécessité tout en contribuant à l’amélioration des points d'eau et installations sanitaires[8]. En mars 2016, MSF a pris la décision de "suspendre ses activités car les conditions ne permettaient plus d’y délivrer des soins et d’assister la population de façon impartiale et indépendante"[9].

À l'extérieur du camp se trouve des cantines mobiles et le terrain abandonné de "Better Days for Moria", un camp de solidarité "où de nombreux réfugiés ont trouvé refuge et soutien en attendant d'être enregistrés"[10]. Il a été évacué en avril 2016.

GalerieModifier

RéactionsModifier

Accord UE-Turquie et le départ des ONGModifier

Le Hotspot de Moria était jusqu’en mars 2016 mars, "un centre ouvert géré par les services de droit d’asile grec, où les migrants étaient accueillis temporairement dans des préfabriqués et suivis par des médecins si besoin"[11]. Depuis l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, qui autorise le renvoi des migrants arrivant sur le territoire grec en Turquie, Moria est devenu un centre de rétention géré par la police et l’armée.

Le collectif "Better Days for Moria" s'est fait expulsé et des ONG, telles que MSF, ont pris la décision de partir : "... suite à la signature de l'accord UE-Turquie qui a converti le hotspot de Moria en camp de détention, MSF a décidé d'y suspendre l'ensemble de ses activités et de ne pas prendre part à un système dont l'objectif principal est d'endiguer le flux de migrants et de réfugiés sans prendre en compte leurs besoins humanitaires et de protection. À l'heure actuelle, les normes humanitaires minimales ne sont pas respectées et la sécurité des occupants du camp n'est pas assurée à Moria. En outre, le manque d'informations sur le statut de réfugié/migrant et de clarté des procédures en rajoute à leur frustration et n'offre pas de garanties suffisantes."[9]

Le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés y a stoppé son aide matérielle en maintenant néanmoins une activité de protection et de conseil pour les demandeurs d'asile afin de veiller au respect des standards internationaux[12]. Save The Children et BSF ont fait le choix de rester et ont relayé dans la presse leur position[13].

MédiatisationModifier

Rebaptisé dans la presse le "hangar des âmes"[2], une "prison à ciel ouvert"[2], "Guantanamo"[10] ou encore "le Calais oublié de Grèce"[3], Moria a été largement couvert par les médias tant que l'accès aux journalistes y a été autorisé. Le village de Skala Sykaminias et ses habitants ont fait l'objet d'une surmédiatisation au plus fort de la crise, les images des pêcheurs assurant le sauvetage de canots de migrants ou les "yayas" (grand-mères) donnant le biberon à un enfant syrien[3] ayant circulé dans toute la presse internationale.

Pour leur aide apportée aux réfugiés, les habitants des îles grecques de Lesbos, Chios, Samos, Leros, Kos et Rhodes ont vu leur candidature déposée par un groupe international de scientifiques pour le Nobel de la paix. Ils rejoignent les nominés 2016 parmi lesquels figurent Angela Merkel, Donald Trump ou le Pape François[14]. Le Nobel de la Paix est attribué au président colombien en octobre 2016, néanmoins, les efforts des habitants de Lesbos sont récompensés à travers le prix Nansen de l'UNHCR remis à Efi Latsaoudi[15] pour la transformation d'une ancienne colonie de vacances en camp d'accueil ouvert et auto-géré nommé Pipka.

En réaction à la crise migratoire, des personnalités se sont rendues à Moria pour des visites éclaires et médiatisées du camp : l'artiste Ai Wei Wei le 28 décembre 2015[16], l’actrice Angelina Jolie le 17 mars 2016[17], le Pape François le 15 avril 2016[18] ou encore le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon le 18 juin 2016[19].

RéférencesModifier

  1. a et b Ann Singleton, University of Bristol, John Moore, University of the West of England, Tony Bunyan, Statewatch, « Welcome to the European Union Visit to Moria First Reception Centre, Moria, nr. Mytilini, Lesvos, Greece 11th May 2014 », sur http://www.statewatch.org, (consulté le 18 mars 2017)
  2. a, b, c et d Sarah Leduc, « Les grecs face aux migrants. 1 "Le hangar des âmes" », sur http://www.france24.com/fr/webdocumentaires/, (consulté le 18 mars 2017)
  3. a, b, c, d et e Gérard Thirioux, « Dans Lesbos, le Calais oublié en Grèce », sur https://www.marianne.net, 10-24-2016 (consulté le 18 mars 2017)
  4. « Migrants. En Grèce, quatre des cinq "hotspots" ouvrent sur les îles », sur https://www.ouest-france.fr, 10-24-2016 (consulté le 18 mars 2017)
  5. a et b Welcome 2 Lesvos, « Lesvos: Voices from inside Moria - The new Pagani of Troika », sur http://lesvos.w2eu.net, 06-30-2014 (consulté le 18 mars 2017)
  6. Représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne, « Conseil européen sur les réfugiés (Bruxelles, 23 septembre 2015) », sur http://www.rpfrance.eu (consulté le 18 mars 2017)
  7. Commission européenne, « L'approche des Hotspots pour gérer des afflux migratoires exceptionnels », sur https://ec.europa.eu (consulté le 18 mars 2017)
  8. MSF, « Crise des réfugiés », sur https://msf-azg.be/fr/, 04-15-2016 (consulté le 18 mars 2017)
  9. a et b Federica Zamotto, « Grèce : « En tant que médecin, je suis indignée » », sur http://www.msf.fr, 04-18-2016 (consulté le 18 mars 2017)
  10. a et b Yannis Hamilakis, « The EU’s Future Ruins: Moria Refugee Camp in Lesbos », sur https://www.thenation.com, 04-15-2016 (consulté le 18 mars 2017)
  11. Marc M., « Migrants bloqués dans le camp grec de Moria, à Lesbos : "On meurt de froid" », sur http://observers.france24.com, 11/16/2016 (consulté le 18 mars 2017)
  12. RFI, « Réfugiés: à Lesbos, après le HCR, MSF suspend à son tour ses activités », sur http://www.rfi.fr, (consulté le 18 mars 2017)
  13. Jérémy Lachal, Directeur général de Bibliothèques sans frontières, « Dans le camp de Moria auprès des enfants isolés », sur http://parcours-de-refugies.blogs.liberation.fr/, (consulté le 18 mars 2017)
  14. « Nobel peace prize record nominations including Trump and Pope », sur https://www.theguardian.com, (consulté le 18 mars 2017)
  15. UNHCR, « Help to vulnerable on Lesvos wins Efi Latsoudi 2016 Nansen Award », sur http://www.unhcr.org, (consulté le 18 mars 2017)
  16. France24, « À Lesbos, l'artiste chinois Ai Weiwei affiche son soutien aux migrants », sur http://www.france24.com/, (consulté le 18 mars 2017)
  17. « Angelina Jolie visite un centre d'enregistrement des migrants en Grèce », sur http://www.lepoint.fr, (consulté le 18 mars 2017)
  18. Cécile Chambraud, « Le pape François rentre de Lesbos avec 12 réfugiés syriens », sur http://www.lemonde.fr, (consulté le 18 mars 2017)
  19. Amnesty, « La visite du secrétaire général de l'ONU à Lesbos doit inciter les dirigeants de l'UE à modifier la politique erronée relative aux réfugiés », sur https://www.amnesty.org, (consulté le 18 mars 2017)

Voir aussiModifier