Bertrand de Meissenier

Evêque d'Apt, puis Archevêque de Naples .

Bertrand de Meissenier
Biographie
Naissance Inconnue
Probablement Cahors
Décès
Naples
Évêque de l’Église catholique
Archevêque de Naples
Évêque d'Apt
Autres fonctions
Fonction religieuse
Archevêque
Évêque
Chanoine

Bertrand de Meissenier ou Bertrand de Meissonier[1],[note 1], en italien Bertrando di Meychones, est un ecclésiastique et un diplomate français du XIVe siècle qui a été évêque d'Apt du au , puis Archevêque de Naples depuis le [2]. jusqu'à son décès le [2],[note 2].

Souvent éloigné de son diocèse par des missions diplomatiques, il laisse, dans cette dernière fonction, fréquemment à son Grand Vicaire Bartolomeo Prignano qui est élu pape, en 1378 , et qui prend alors le nom d'Urbain VI[1],[note 3].

BiographieModifier

Carrière ecclésiastiqueModifier

Il est bachelier en droit civil quand le Pape Jean XXII lui attribue, le le titre de chanoine, assorti d'une prébende, du chapitre de la cathédrale de Lavaur[3].

Le , il est promu évêque d'Apt[4]. Il est alors sous-diacre et bénéficiaire d'une prébende de chanoine au diocèse de Lavaur, d'une prébende de chanoine au diocèse de Mirepoix, et des revenus de l'église de Grenade au diocèse de Toulouse[5]. Son oncle, le Cardinal Bertrand du Pouget obtient à l'occasion de cette promotion, l'autorisation de distribuer lui-même les bénéfices que le nouveau prélat ne pouvait désormais conserver[6].

Le , il devient archevêque de Naples[4]. La prise de possession de ce siège intervient dans un contexte tendu. Bertrand de Meissenier n'a pas été élu par le chapitre de l'église cathédrale de Naples, mais transféré sous l'autorité du pape Innocent VI.

Le , il reçoit, avec l'archevêque de Bénévent Pierre du Pin, le privilège d'absoudre « in articulo mortis », le roi Louis de Tarente, alors malade, si celui-ci venait à décéder, malgré l'interdit dont le royaume de Naples a été frappé par le Pape Innocent VI à cause des retards de paiement par ses souverains des cens dus à la papauté. Le , Bertrand de Meissenier est consacré Archevêque de Naples[2].

Le , dans le cadre du « Parlement Général du Royaume », tenu à Naples, il prononce, en présence des souverains et des barons, une harangue à l'intention des prélats et du clergé[7].

Carrière civile et diplomatiqueModifier

Le , il paye par l'intermédiaire d'un marchand de Florence, le « commune servitium[note 4] » qu'il doit à la Chambre apostolique pour son accession au siège épiscopal d'Apt[5].

Le , à Apt, il prête hommage, devant Raymond d'Agoult, Sénéchal de Provence et procureur, en cette occasion, de la Reine Jeanne, pour les seigneuries que l'évêque d'Apt tient du comte de Provence : à Saignon, à Saint-Martin-de-Castillon, et à Apt aux lieux dits Roquefure et les Tourettes[8].

Il réitère cet hommage à Aix-en-Provence, le [8], devant le même Raymond d'Agoult, procureur cette fois du Roi Louis de Tarente et de la Reine Jeanne. Il s'agit moins d'une cérémonie[note 5] que d'une occasion, pour les feudataires provençaux, étant donné le contexte politique[note 6], de faire valoir leurs revendications. L'évêque d'Apt comme ses collègues les archevêques d'Aix et d'Arles, les évêques de Sisteron et de Gap, et l'abbé de Saint-Victor, suit l'évêque de Marseille, Robert de Mandagout et refuse de suivre à la lettre le rituel de l'hommage : il refuse de s'agenouiller devant le sénéchal et il est le seul qui ne retire pas sa barrette. Les prélats entendent marquer par là qu'il existe quelques problèmes entre l'administration de leur église et l'administration comtale[9],[note 7].

Le , il part d'Avignon pour Gap, chargé par le pape Innocent VI afin de rétablir la paix entre l'évêque Henri de Poitiers et les membres de la famille de son prédécesseur Dragonnet de Montauban. Sa mission est de très courte durée : le , la chancellerie papale annonçait la translation d'Henri de Potiers à l'évêché de Nevers[8],[note 8].

Le , il est, avec le sénéchal de Provence Foulques d'Agoult et du juge mage de Provence Giovanni de Vicedominis, l'un des procureurs de la reine Jeanne, qui rendent hommage, à Pise, à l'empereur Charles IV pour les comtés de Provence et de Forcalquier[8],[3].

Il est chargé de négocier, par le cardinal Guy de Boulogne, le mariage du frère de ce prélat, Godefroy (ou Geoffroy) d'Auvergne-Boulogne, avec Jeanne de Durazzo, fille de Marie de Calabre et de Charles de Durazzo qui parait, à cause des décès en bas âge de ses frères et demi-frères, l'héritière présomptive durable de Jeanne Ire de Naples. Le projet n'est bien accueilli par la reine et le principal interlocuteur de ces négociation est Philippe de Tarente, le troisième époux de Marie de Calabre. Le projet ne se concrétise pas, et après le décès de Bertrand de Meissenier, et Guy de Boulogne charge Pierre Amielh, le successeur de Bertrand de Meissenier sur le siège épiscopal de Naples, de cette même mission[10].

Le , le pape Innocent IV le charge de négocier auprès des souverains de Naples, la restitution à l'évêque de Chieti, du château de Montesilvano, au diocèse de Penne que Rostain Gantelme occupe[11].

Le , le pape Innocent VI le charge d'intervenir en faveur des héritiers de Pietro di Vico[note 9], mort à la Cour d'Avignon, afin que le roi Louis de Tarente et la reine Jeanne lèvent le séquestre qu'ils avaient mis sur ses biens à la demande de Robert de Tarente, empereur titulaire de Constantinople[2].

BibliographieModifier

Monographies et ouvrages générauxModifier

  • Joseph-Hyacinthe Albanès et Ulysse Chevalier, Gallia christiana novissima : histoire des archevèchés, évèchés [et] abbayes de France, accompagnée des documents authentiques recueillis dans les registres du Vatican et les archives locales. : Tome premier : Aix, Apt, Fréjus, Gap, Riez et Sisteron, Montbéliard, Société Anonyme d'Imprimerie Montbéliardaise, , 726 p. (lire en ligne), pp. 252-253.
  • (es) Gil Alvarez Carrillo de Albornoz, Diplomatario del Cardenal Gil de Albornoz: Cancillería pontificia, 1357-1359., Barcelona, UEditorial CSIC - CSIC Press,, , 343 p. (lire en ligne), p. 276.
  • Philippe Boulanger, Une campagne de réception d'hommages et de reconnaissances en Provence à la fin du Moyen Âge., Montréal, Université du Québec à Montréal, Service des bibliothèques, , 203 p. (lire en ligne), pp. 107-108.
  • (it) Cosimo Damiano Fonseca et Giosuè Musca (éditeur), Atti delle quindicesime Giornate normanno-sveve : Le eredità normanno-sveve nell'età angioina: persistenze e mutamenti nel Mezzogiorno. : Le istituzioni ecclesiastiche, Bari, Centro di Studi Normanno-Svevi della Università degli Studi di Bari, Edizioni Dedalo, , 416 p. (lire en ligne), p. 167.
  • (it) Mario Gaglione, Converà ti que aptengas la flor : Profili di sovrani angioini da Carlo I a Renato (1266-1242), Milan, Lampi di stampa (à compte d'auteur), (lire en ligne).
  • (it) Luigi Parascandolo, Memorie storiche-critiche-diplomatiche della chiesa di Napoli. Compilate dal sacerdote napoletana, Luigi Parascandolo., Naples, P. Tizzano,, 1847-1851 (lire en ligne), p. 141.

ArticlesModifier

  • Edmond Albe, « Prélats originaires du Quercy dans l'Italie du XVIIe siècle », Annales de Saint Louis des Français, Paris, Alcide Picard, vol. VIII° année, no octobre 1908,‎ , pp. 279 à 366 (lire en ligne).
  • (it) Carla Vetere, « Peticionem iustam et consonam rationi maxime : una contesa tra il futuro Papa Urbano VI e il monastero napoletano di San Gregorio Armeno. », Aevum Rassegna Di Scienze Storiche Linguistiche E Filologiche, Naples, Vita e pensiero, vol. anno 86, no 2,‎ , pp. 759 a 770. (ISSN 0001-9593, lire en ligne).
  • (it) Ingeborg Walter, « Bertrando di Meychones », Dizionario Biografico degli Italiani., Rome, Istituto dell'Enciclopedia Italiana - Treccani,‎ (lire en ligne).

Références et notesModifier

RéférencesModifier

NotesModifier

  1. Comme celui de nombreuses personnes de cette époque, l'orthographe de son nom variait en fonction de la manière dont les secrétaires et les écrivains publics locaux l'entendaient. Dans les documents en latin, on trouve, le concernant : « de Meischonesio », « de Meissoneriis », « de Meychones », « del Meichones » et peut-être même de « Mejanesio ».
  2. Bertrand de Meissenier est enterré dans la chapelle dédiée à Sainte Asprenate de la cathédrale de Naples. Luigi Parascandolo a rapporté l'épitaphe gravée sur sa pierre tombale : « Hic jacet corpus reverendi in Christo Patris et Domoni, Domini Bertrabdi de Meysshonesio, Dei gratia Archiepiscopi Neapolitani. Qui obiit anno Domini MCCCLXII, die XXX mensis octobris, primae Ind. Cujus anima requiescat in pace. Amen » (traduction : « Ci-git le corps du révérend dans le Seigneur père du Christ, signeur Bertrabd de Meissenier, par la grâce de Dieu archevêque des Napolitains. Qui quitta ce monde en l'an du Seigneur 1362, le 30 du mois d'octobre, indiction une. Que son âme repose en paix. Amen. »)
  3. L'élection controversée, le , à Rome, de Bartolomeo Prignano, alors archevêque de Bari, ouvre la période de l'histoire de l’Église catholique connue sous le nom de Grand Schisme
  4. Le « commune servitium » était une taxe, due par tous ceux qui accédaient à un bénéfice ecclésiastique majeur, comme un évêché ou une abbaye, et dont le profit allait pour moitié au pape et pour moitié au collège des cardinaux. Chaque bénéfice majeur faisait l'objet d'une taxation différente en fonction de l'estimation de ses revenus.
  5. La campagne de prestation de serments est entreprise par Raymond d'Agoult en 1351, elle est continuée par son fils Fouques d'Agoult qui lui succède au poste de sénéchal en 1353, et elle est terminée en 1356, par Jean Gantelme qui devient cette année-là, sénéchal de Provence [9].
  6. Au cours des années 1347-1351, la reine Jeanne a dû affronter à la fois ses cousins de Hongrie qui prétendent au trône de Naples, et les ambitions de son époux, Louis de Tarente, qui veut être reconnu comme maître dans tous les états de la maison d'Anjou, mais n'a théoriquement aucun droit sur les comtés de Provence et de Forcalquier. Lorsque le couple se réfugie en Provence, en 1348, les États de Provence, et surtout les barons, imposent à Jeanne de désigner un sénéchal provençal en la personne de Raymond d'Agoult. De retour à Naples, elle s'empresse de le révoquer et de désigner à sa place Giovanni Barrili dont l'autorité n'est reconnue qu'à Marseille et quelques autres rares lieux. Louis de Tarente profite de cette occasion pour tenter d'asseoir son autorité en Provence. Il s'empresse de révoquer les ordonnances de Jeanne et nomme à nouveau Raymond d'Agoult au poste de Sénéchal. En 1350, Hugues des Baux et Bertrand Rodulphe de La Bréole conspirent contre Louis de Tarente pour libérer Jeanne et remettre le royaume au pape. Avec l'aide d'une flotte pontificale, ils débarquent à Naples qui est alors cernée par les troupes fidèles au roi de Hongrie. Hugues des Baux fait de Louis de Tarente son prisonnier, et lui retire toute autorité sur le royaume et les comtés. La reine Jeanne révoque toutes les mesures prises par Louis de Tarente, et pour commencer relève Raymond d'Agoult de ses fonctions de Sénéchal de Provence. Deux mois plus tard, Nicolas Acciaiuoli, principal soutien de Louis de Tarente, fait assassiner Hugues des Baux et libère le roi qui devient ainsi maître de la Provence et repousse une fois de plus les troupes de ses cousins Hongrois. Après plusieurs nominations et révocations en quelques semaines, Raymond d'Agoult redevient sénéchal en 1351[9].
  7. L'existence de tels différents n'est documenté que pour les églises de Marseille et d'Apt qui revendiquent chacune des droits qui lui sont propres[9].
  8. Cette nomination ne convient pas à la puissante famille de Poitiers, et Henri de Poitiers devient, le , évêque de Troyes
  9. Parmi lesquels figurait Giovanni di Vico, gouverneur de Rome et de Viterbe, pour le compte de l'Empereur Louis de Bavière, et créé Sénateur de Rome par ce dernier.