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Bataille de Tall Afar (2017)

offensive militaire en 2017
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bataille de Tall Afar.
Bataille de Tall Afar

Informations générales
Date 20 -
Lieu Tall Afar
Issue Victoire de l'Irak et de la coalition
Belligérants
Drapeau de l'Irak Irak
Hachd al-Chaabi

Flag of Kurdistan.svg Peshmergas
Seal of Combined Joint Task Force – Operation Inherent Resolve.svg Coalition

Drapeau de l'Iran Iran
Drapeau de l'État islamique État islamique
Commandants
Drapeau de l'Irak Abdelamir Yarallah
Forces en présence
Drapeau de l'Irak
40 000 à 50 000 hommes[1],[2]

Hachd al-Chaabi :
20 000 hommes[3]
Drapeau de l'État islamique
1 000 à 2 000 hommes[4],[5],[6]
Pertes
Drapeau de l'Irak
115 morts[1]
679 blessés[1]
Drapeau de l'État islamique
600 à 2 000 morts[4],[7],[1]
100 à 300 prisonniers[4],[8]

Seconde guerre civile irakienne

Coordonnées 36° 22′ 27″ nord, 42° 27′ 13″ est

Géolocalisation sur la carte : Irak

(Voir situation sur carte : Irak)
Bataille de Tall Afar

La bataille de Tall Afar a lieu lors de la Seconde Guerre civile irakienne. Elle débute le par une offensive de l'armée irakienne et des Hachd al-Chaabi soutenus par la coalition afin de reprendre la ville de Tall Afar, tenue par l'État islamique depuis juin 2014. Tall Afar est reprise le , les djihadistes se replient ensuite dans un village, al-Ayadiya, qui est repris à son tour le .

Sommaire

PréludeModifier

La ville de Tall Afar est située 70 kilomètres à l'ouest de Mossoul[9]. Elle est prise à l'armée irakienne par les djihadistes de l'État islamique en Irak et au Levant le [10]. En 2016, lors de la bataille de Mossoul, l'offensive dans la région de Tall Afar est assignée aux milices chiites des Hachd al-Chaabi[11],[12]. Le , ces dernières coupent la route de Sinjar à l'ouest et réalisent leur jonction avec les peshmergas stationnés au nord ; la zone de Mossoul et Tall Afar se retrouve encerclée dans une seule et même poche[13],[14],[15]. Puis, le , les miliciens chiites et la 9e division blindée de l'armée irakienne coupent la route qui relie ces deux villes ; Tall Afar est alors totalement encerclée, tandis que Mossoul retombe aux mains des forces irakiennes en juillet 2017[16].

Avant sa prise par les djihadistes, la ville de Tall Afar comptait 150 000 à 200 000 habitants, dont une majorité de chiites turkmènes, enclavée dans cette région sunnite[12],[17],[18]. Mais par crainte des massacres, la plupart des habitants ont fui[12],[18]. En août 2017, selon l'armée irakienne, le nombre de civils restant dans la ville se limiterait à 5 000 personnes[5]. La coalition affirme pour sa part que 10 000 à 50 000 habitants sont encore présents à Tall Afar et ses environs[3].

Forces en présenceModifier

Les djihadistes sont encerclés à Tall Afar : les forces irakiennes et les milices chiites sont déployées au sud, tandis que les peshmergas sont positionnés au nord[5]. L'aéroport, situé à six kilomètres au sud-ouest de la ville, est notamment contrôlé par les forces irakiennes depuis le [19].

L'armée irakienne, la police fédérale, les unités de l'Iraqi Special Operations Force (en) » (ISOF) surnommées la « division d'or », et les miliciens des Hachd al-Chaabi sont engagés dans l'assaut[9],[20],[21]. L'armée déploie les 9e, 15e et 16e divisions[20],[21] ; au total 40 000 hommes[22]. La police fédérale engage la 6e division de la Force d'intervention rapide[21]. Le commandement des Hachd al-Chaabi affirme pour sa part avoir mobilisé 20 000 hommes[3] ; douze brigades de cette coalition participent à l'offensive[21] — notamment l'Organisation Badr[23], la Division de combat d'al-Abbas[23],[24] et les Brigades de l'imam Ali[25] — et parmi ces derniers figurent également un certain nombre de Turkmènes chiites originaires de la ville[26]. Le commandement des opérations militaires à Tall Afar est confié au général Abdelamir Yarallah[6].

La France soutient l'offensive avec la Task force Wagram, constituée de quatre CAESAR et 150 hommes[27],[28]. Des forces spéciales américaines[29] et belges[29] appuient également les troupes irakiennes, de même que les aviations française[30], britannique[31] et australienne[32]. Au cours de la bataille, les forces aériennes de la coalition mènent une cinquantaine de frappes en huit jours[23].

Le général irakien Najim al-Jibouri estime que la bataille ne devrait pas être la plus acharnée ; selon lui les hommes de l'État islamique sont « exténués et démoralisés » et seraient environ 2 000 retranchés dans Tall Afar[33],[5]. L'armée américaine donne le même nombre[6]. Des responsables locaux cités par des agences de presse évoquent pour leur part un millier de combattants[34]. Parmi les effectifs de l'État islamique à Tall Afar figurent également une proportion assez importante de combattants turcs[21].

Les djihadistes ont préparé leur défense en creusant des tranchées autour des 26 quartiers de la ville[35]. Les rues de Tall Afar sont également assez larges pour permettre aux chars et aux véhicules blindés d'y circuler ; à l'exception du quartier de Saraï, le seul comparable à la vieille ville de Mossoul[33],[35].

DéroulementModifier

Le , l'aviation irakienne commence une campagne de bombardement contre la ville[34] ; elle largue également des tracts à l'adresse des habitants et les autorités annoncent la mise en place d'une station de radio pour les tenir informés des développements[35]. Enfin, dans la nuit du 19 au , le Premier ministre Haïder al-Abadi annonce le début de la bataille à Tall Afar[9] ; il déclare que les hommes de Daech n'ont « pas d'autre choix que de se rendre ou d'être tués »[3].

Vulnérables en terrain découvert, les djihadistes se replient rapidement à l'intérieur de la ville et abandonnent les villages environnants sans opposer de fortes résistances[21]. Le soir du 21 août, les forces irakiennes atteignent les faubourgs de Tall Afar : la police fédérale contrôle alors cinq villages et n'est plus qu'à quelques centaines de mètres du quartier d'al-Kifah, à l'ouest de la ville ; les Hachd al-Chaabi atteignent aussi les faubourgs ouest et les unités du contre-terrorisme progressent au sud-ouest en reprenant cinq villages[36]. Le 22 août, l'armée irakienne, les unités du contre-terrorisme et les milices chiites entrent dans la ville par le sud et par l'ouest[37]. Les défenses de l'État islamique s'effondrent rapidement[38],[23]. Quelques heures plus tard, les Hachd al-Chaabi reprennent les quartiers d'al-Kifah, au nord-ouest, et al-Nour, au sud-est[39]. Le 23 août, ils atteignent le quartier d'al-Tanak, dans l'Est, tandis que les unités du contre-terrorisme investissent le quartier adjacent d'al-Sinaai[40]. Le soir du 24 août, l'armée irakienne affirme occuper cinq quartiers au sud et à l'est de la ville, dont ceux d'al-Nour et d'al-Mo'allameen, tandis que le quartier d'al-Wahda, à l'ouest, est également sous leur contrôle[41] ; un quart de la ville est alors aux mains des forces irakiennes[41]. Le 25 août, ces dernières s'emparent encore des quartiers d'al-Nasr, à l'est ; de Saad, à l'ouest ; et d'al-Taliaa, au sud de la citadelle[6] ; elles affirment alors contrôler les trois quarts de la ville[42]. Le 26 août, le centre-ville de Tall Afar est repris : les hommes de la division d'or réoccupent le quartier de Bassatine, ainsi que celui de la citadelle, où ils hissent le drapeau irakien[6]. Le même jour, les forces irakiennes reprennent également les quartiers d'al-Salam et d'al-Ourouba, au nord-est ; al-Qadissia, au nord-ouest ; et al-Rabie, à l'ouest[6]. Les combats se poursuivent cependant dans la localité d'al-Ayadiya, au nord, ainsi que dans quelques poches de résistance à l'intérieur de la ville[6]. Le Commandement conjoint des opérations (JOC) affirme alors que les forces irakiennes occupent « 94 % de la ville, soient 27 quartiers sur 29 » ; il déclare également que 1 155 km2 sur 1 655 km2 occupés par les djihadistes autour de la ville ont été repris, soient 70 % de la zone[43]. Le 27 août, l'armée annonce dans un communiqué avoir repris le contrôle total de la ville de Tall Afar[44].

Les derniers combats se concentrant alors dans le secteur d'al-Ayadiya, une localité à 11 kilomètres au nord de Tall Afar, où environ 700 djihadistes se sont regroupés[23],[44],[45],[2]. Le 30 août, la police fédérale et la Force d'intervention rapide s'emparent du village de Qoubouq, tandis que l'armée irakienne et les Hachd al-Chaabi contrôlent la moitié est d'al-Ayadiya[24]. Cependant dans cette dernière localité, les djihadistes, estimés entre 150 et 200 par la coalition sans compter les membres de leurs familles, opposent cette fois une forte résistance[24]. Le 31 août, al-Ayadiya tombe entièrement aux mains des forces irakiennes ; le Premier ministre Haïder al-Abadi proclame la victoire et affirme que la province de Ninive est désormais entièrement reconquise[4].

Les pertesModifier

Au soir du 26 août, l'armée irakienne affirme avoir « éliminé » 250 à 259 djihadistes de l'État islamique lors des combats à l'intérieur de la ville de Tall Afar et dans ses environs[46],[23]. Selon le chercheur irakien Hicham Al-Hachimi, 89 hommes de l'EI — dont 12 russophones et cinq francophones — se seraient rendus aux peshmergas le 27 août, au nord de Tall Afar[46].

Le 31 août, le brigadier-général Andrew A. Croft, commandant en second des forces aériennes de la coalition, affirme que sur les 1 000 à 1 400 djihadistes présents à Tall Afar au début de la bataille, 600 à 700 ont été tués et une centaine se sont rendus[4]. Le même jour, le lieutenant-général Stephen J. Townsend, chef des forces de la coalition, déclare que les pertes de l'État islamique sont estimées à environ 1 000 ou 1 200 morts, dont 500 à 700 tués à l'intérieur de la ville et 300 à 500 dans les villages environnants, tandis que les peshmergas ont estimé avoir abattu 130 à 170 djihadistes qui essayaient de fuir vers le nord[7].

Les peshmergas et la police fédérale irakienne affirment pour leur part à la date du 2 septembre avoir fait 300 prisonniers parmi les hommes de l'EI, dont des Turcs, des habitants d'Asie centrale et des Irakiens[8].

Selon le major-général Abdelamir Yarallah, les pertes des forces irakiennes à Tall Afar ont été de 115 morts et 679 blessés et celles de l'État islamique de 2 000 hommes, dont 50 kamikazes[1].

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e « Over 2,000 IS militants killed in Iraq's Tal Afar », Xinhua, 3 septembre 2017.
  2. a et b Georges Malbrunot, « En Irak, Daech perd son fief de Tal Afar », Le Figaro, 28 août 2017.
  3. a b c et d « Irak : assaut sur Tal Afar, l'un des derniers bastions de l'EI », AFP, 20 août 2017.
  4. a b c d et e « L'Irak annonce la reprise de Tal Afar, un des derniers bastions de l'EI », AFP, 31 août 2017.
  5. a b c et d Raya Jalabi, Ahmed Rasheed et Arthur Connan, « L'armée irakienne se prépare à reprendre Tal Afar à Daech », Reuters, 18 août 2017.
  6. a b c d e f et g « Tal Afar : les forces irakiennes reprennent le centre à l'EI », Le Figaro avec AFP, 26 août 2017.
  7. a et b « Department of Defense Press Briefing by General Townsend via teleconference from Baghdad, Iraq », US. Departement of Defense, 31 août 2017.
  8. a et b Louis Imbert, « Irak : «  Je les comprends ceux qui ont rejoint l’État islamique  » », Le Monde, 12 septembre 2017.
  9. a b et c « L’Irak lance la bataille de Tal Afar, dernier bastion de l’EI dans la province de Ninive », Le Monde avec AFP, 20 août 2017.
  10. « Irak : les insurgés prennent Tal-Afar », Le Figaro avec AFP, 23 juin 2014.
  11. Louis Imbert, « Quel rôle tiennent les milices chiites dans la bataille de Mossoul ? », Le Monde, 1er novembre 2016.
  12. a b et c Allan Kaval, « En Irak, les milices chiites lancent la bataille de Tal Afar et suscitent l’inquiétude », Le Monde, 2 novembre 2016.
  13. « Kurdes et chiites se coordonnent à l'ouest de Mossoul », Reuters, 24 novembre 2016.
  14. Marianne Meunier, « À Mossoul, l’étau se resserre autour de Daech », La Croix, 25 novembre 2016.
  15. « Le point sur les conflits en Syrie et Irak », AFP, 25 novembre 2016.
  16. « Irak : l'armée coupe la route Mossoul-Tal Afar », Le Figaro avec Reuters, 1er mars 2017.
  17. Irak : des milices chiites à l'assaut de Tal Afar, au nord-ouest de Mossoul, France 24 avec Reuters, 22 novembre 2016.
  18. a et b « L'Irak lance l'assaut sur Tal Afar, dernier bastion de Daech près de Mossoul », AFP, 20 août 2017.
  19. « Irak : des forces paramilitaires atteignent un aéroport à l'ouest de Mossoul (communiqué) », AFP, 16 novembre 2016.
  20. a et b « Iraqi Forces Begin Offensive to Liberate Tal Afar », US Departement of Defense, 20 août 2017.
  21. a b c d e et f Maxime Macé, « Les enjeux de la bataille de Tal Afar : entre lutte contre l'État islamique et question des minorités », France Soir, 25 août 2017.
  22. Mewan Dolamari, « UPDATED: Iraqi forces launch military operation to liberate Tal Afar - West Mosul », Kurdistan 24, 20 août 2017.
  23. a b c d e et f Louis Imbert, « En Irak, la chute sans gloire de Tal Afar », Le Monde, 1er septembre 2017.
  24. a b et c « Tal Afar : les forces irakiennes ont repris près de la moitié de la dernière localité tenue par l'EI », AFP, 30 août 2017.
  25. Stéphane Mantoux, « Kataib al-Imam Ali, cette puissante milice chiite qui se bat à la fois en Irak et en Syrie », France Soir, 30 août 2017.
  26. « Les habitants de Tal Afar de retour, fusil en main », AFP, 27 août 2017.
  27. Laurent Lagneau, « Irak : les artilleurs français impliqués dans la bataille de Tal Afar », sur http://www.opex360.com/, (consulté le 21 août 2017).
  28. « Chammal : la Task Force Wagram appui les soldats irakiens dans la bataille de Tal Afar », Ministère de la Défense, 14 septembre 2017.
  29. a et b [vidéo] « Les forces irakiennes se rapprochent de lun des derniers fiefs de lEI », France 24, 21 août 2017.
  30. « Chammal : les Rafale Français appuient les troupes au sol dans la bataille de Tal Afar », Ministère de la Défense, 3 septembre 2017.
  31. « RAF air strikes in Iraq and Syria: August 2017 », Ministry of Defence, 6 septembre 2017.
  32. « Operation OKRA – ADF Airstrikes for the period 11 Aug - 25 Aug 2017 », Headquarters Joint Operations, 29 août 2017.
  33. a et b Isabel Coles et Eric Faye, « Prendre Tal Afar ne devrait être difficile, dit un général irakien », Reuters, 31 juillet 2017.
  34. a et b « L'aviation irakienne lance une campagne de bombardement sur Tal Aftar », France 24 avec AFP et Reuters, 15 août 2017.
  35. a b et c Charles Thiefaine, « Les forces irakiennes à l'assaut de Tall Afar », Le Figaro, 20 août 2017.
  36. « Les forces irakiennes se rapprochent de l'un des derniers fiefs de l'EI », AFP, 21 août 2017.
  37. « L'armée irakienne pénètre dans Tal Afar », Le Figaro avec Reuters, 22 août 2017.
  38. « Bataille de Tal Afar : « Nous n’avions pas anticipé une prise si rapide » », France 24, 29 août 2017.
  39. « Les militaires irakiens ont repris à Daech deux quartiers de Tal Afar », L'Express avec AFP, 22 août 2017.
  40. « Les troupes avancent vers le centre d'un fief de l'EI en Irak », AFP, 23 août 2017.
  41. a et b « Les forces irakiennes progressent à Tal Afar », Le Figaro avec AFP, 24 août 2017.
  42. Maher Chmaytelli et Jean-Philippe Lefief, « Les forces irakiennes atteignent le centre de Tal Afar », Reuters, 25 août 2017.
  43. « Les forces irakiennes en passe de reconquérir Tal Afar, occupée depuis trois ans par l'EI », AFP, 27 août 2017.
  44. a et b Ahmed Rasheed, Tangi Salaün et Eric Faye, « L'armée irakienne parachève la reconquête de Tal Afar », Reuters, 27 août 2017.
  45. Thaier Al-Soudani, Kawa Omar, Ahmed Rasheed et Tangi Salaün, « L'EI jette ses dernières forces dans la bataille de Tal Afar », Reuters, 28 août 2017.
  46. a et b Madjid Zerrouky, « À Tal Afar, l’EI perd son dernier bastion en Irak », Le Monde, 29 août 2017.