Assurbanipal

Assurbanipal (aussi Asurbanipal, Ashurbanipal, Assur-Banapliou, Assourbanipal) en akkadien : Aššur-Bāni-Apli, Aschschur-bani-apli ou Assur-bani-apli ce qui signifie « Le Dieu Assour a fait un [autre] fils » ou « Assur est le créateur d'un héritier », en français connu sous le nom de Sardanapale, fut roi d'Assyrie de à ou Il était le fils du roi Assarhaddon et de la reine Esarhemet (ou Ešar-ḫamat), et fut un des derniers grands souverains de l'Assyrie antique.

Assurbanipal
Ashurbanipal II, detail of a lion-hunt scene from Nineveh, 7th century BC, the British Museum.jpg
Fonction
Souverain d'Assyrie (d)
- av J-C
Titre de noblesse
Roi
Biographie
Naissance
Décès
Activités
Souverain, collectionneur de livresVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Dynastie sargonide (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Ešar-ḫamat (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Conjoint
Libbāli-šarrat (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Carte des différentes phases d'expansion de l'empire néo-assyrien, jusqu'à son apogée sous Assurbanipal.

La sculpture assyrienne atteignit son apogée sous son règne (palais nord et sud-ouest de Ninive). Pour les Grecs, qui le connaissaient sous le nom de Sardanapal(l)os — d'où la forme latine Sardanapal(l)us et le français Sardanapale —, c'était le symbole d'un homme puissant menant une vie luxueuse et dissolue, d'où le sens de « débauché » pris en français par ce terme. D'après certains chercheurs, As(e)nappar ou Osnapper cité dans la Bible[1], serait en fait Assurbanipal.

IntronisationModifier

 
Gardes d'Assurbanipal précédant les porteurs du trône roulant. Bas-relief provenant du palais d'Assurbanipal à Ninive, v.
 
Le roi Assurbanipal chassant le lion bas relief du British museum.
 
Copie du « serment de Zakutu », 669 av. J.-C., prêté à l'initiative de la reine-mère afin d'assurer la montée sur le trône d'Assurbanipal. British Museum.

En 672, Assarhaddon désigne son fils Assurbanipal comme héritier du trône d'Assyrie[2],[3],[4],[5]. Il réserve le trône de Babylone à un autre fils, Shamash-shum-ukin, demi-frère d'Assurbanipal. Le choix d'Assurbanipal ne fait pas l'unanimité, et en 670, le roi doit réprimer un complot des partisans de Shamash-shum-ukin.

En 671, Assarhaddon conquiert le Delta égyptien, l'arrachant à l'autorité de Taharqa, et s'empare de Memphis. Il doit repartir en campagne en 669, car Taharqa a repris la ville et soulevé la région contre l'occupant assyrien. Il meurt au cours de cette campagne.

Assurbanipal lui succède sur le trône d'Assyrie vers 667-668[6], tandis que son frère Shamash-shaim-Ukin hérite du trône de Babylone. La cour et les prêtres lui étant hostiles, il doit trouver des appuis chez les grands du royaume, en particulier celui de sa grand-mère Naqi'a-Zakutu, veuve de Sennachérib et mère d'Assarhaddon.

Campagnes militairesModifier

Le règne d'Assurbanipal, comme celui de la plupart des rois assyriens, est marqué par des guerres incessantes. Il fait notamment la guerre à son frère Shamash-shum-ukin, alors roi de Babylone, et conquiert ainsi la Chaldée et détruit Babylone. Il règne d'une main de fer, en écrasant les insurrections égyptiennes : il détruit définitivement la ville égyptienne de Thèbes en , poursuivant les conquêtes de son père[7]. Au cours de sa sixième campagne, il soumet Élam, dont la capitale Suse est ultérieurement mise à sac au cours de la huitième campagne. La Phénicie, l'Arménie et une grande partie de l'Arabie sont également conquises.

Fin de règneModifier

La date de fin du règne d'Assurbanipal n'est pas connue avec certitude : la dernière tablette qui mentionne son nom est un contrat privé de Nippur datant de , la trente-huitième année de son règne. D'autres textes mentionnent un règne de quarante-deux années, prenant donc fin en 627-

Un roi lettréModifier

 
Copie d'une inscription royale autobiographique, rapportant les vastes connaissances qui auraient été acquises par Assurbanipal.
 
Assurbanipal, roi d'Assyrie de à

Pendant son règne, la renommée assyrienne ne fut pas seulement due à sa puissance militaire, mais aussi à sa culture et à son art. Assurbanipal fonda à Ninive, sa capitale, une bibliothèque dans laquelle il recueillit plus de 20 000 tablettes, soit l'ensemble de la littérature cunéiforme disponible à son époque, créant ainsi la première « bibliothèque » (en tant que rassemblement organisé et systématique, par opposition à une archive, constituée d'un simple dépôt de documents successifs). Les tablettes de la bibliothèque de Ninive comprennent notamment la source la plus complète de l'épopée mésopotamienne de Gilgamesh. D'autres séries de tablettes constituent un dictionnaire sumérien-akkadien. On y trouve également des textes traitant d'astronomie et d'astrologie. Cependant, la plupart des tablettes (qui se trouvent presque toutes au British Museum de Londres) sont des textes de « prédictions » qui permettaient aux scribes de reconnaître le sens des présages.

Assurbanipal se flattait de maîtriser l'art d'écrire. Une des tablettes qu'il a copiée porte le colophon suivant :

« Écrit et collationné en conformité avec son antique modèle. Moi, Assurbanipal, roi de l'univers, roi d'Assyrie, à qui le dieu Nabu et son épouse ont accordé une compréhension aiguisée et la capacité mentale de saisir la lumineuse essence de l'écriture, chose qu'aucun des rois qui me précédèrent ne comprit jamais, j'ai écrit sur les tablettes le savoir de Nabu, la compétence dans les signes cunéiformes et je les ai vérifiés. Je les ai déposées pour la postérité dans la bibliothèque du temple de mon seigneur Nabu, le grand seigneur, qui se trouve à Ninive pour m'accompagner, garder mon âme et me protéger de la maladie et maintenir fermes les fondements de mon trône. Ô Nabu, regarde avec satisfaction et bénis pour toujours ma royauté. Lorsque j'arriverai vers toi, prête-moi ton attention. Si je passe par ton temple, protège mes pas. Et si ce travail est déposé dans ton temple et placé devant toi, contemple-le et regarde-moi favorablement[8]. »

PostéritéModifier

 
Delacroix, La mort de Sardanapale, 1827.

Sardanapale a été représenté, d'abord par les Grecs, comme un roi débauché et efféminé. Ctésias de Cnide (vers 400 av. J.-C.), médecin à la cour des rois perses, a été le premier à faire ce portrait du dernier roi assyrien :

« Sardanapale surpassa tous ses prédécesseurs en débauches et paresse. Car non seulement il ne se montrait jamais au monde extérieur, mais il menait la vie d'une femme […]. Il s'efforçait même de rendre sa voix féminine et […]. Pour ne pas tomber aux mains des ennemis, il fit édifier un immense bûcher dans son palais, y amassa tout son or et tout son argent ainsi que ses vêtements royaux. Il enferma dans une chambre construite au milieu du bûcher ses concubines et ses eunuques, se joignit à eux tous et mit le feu à l'ensemble du palais[9]. »

À l'époque d'Alexandre le Grand, il se disait qu'on lui avait élevé, sur son tombeau, la statue d'un danseur ivre, accompagnée de cette inscription qu’il aurait composée lui-même :

« Passant, mange, bois, divertis-toi ; tout le reste n’est rien. »

Ces deux vers reprennent la même idée :

« Je n’ai fait que manger, boire et m’amuser bien,
Et j’ai toujours compté tout le reste pour rien. »

Sa légende a particulièrement inspiré écrivains et artistes à l'époque romantique :

RéférencesModifier

  1. Esd 4,10
  2. Daniel Arnaud, Assurbanipal, roi d'Assyrie, Fayard, 2007.
  3. Selon l'historien Daniel Arnaud, Sin-adin-napli est le nom de naissance d'Assurbanipal, signifiant "Le dieu-Lune (Sin) a donné un fils héritier." La consultation du "dieu-Soleil" Assur, Assarhaddon premet de confirmer la future succession en faveur de son fils, désormais nommé Assurbanipal, ou "Le dieu-Soleil (Assur) a créé un héritier".
  4. Die altorientalischen Reiche, Elena Cassin, Jean Bottéro & Jean Vercoutter, Fischer Bücherei, 1965, p. 80.
  5. Voir pages 131-34 in Images, Power, and Politics: Figurative Aspects of Esarhaddon's Babylonian Policy, Barbara N. Porter, Diane Publishing, 1993
  6. Les auteurs font généralement commencer son règne en 668, mais l’assyriologue Joachim Menant date son avènement du 12 avril 667 (Joachim Menant, La Bibliothèque du palais de Ninive, Paris, éd. E. Leroux, 1880, p. 52).
  7. Joachim Menant, op. cité, p. 52
  8. H. Hunger, Babylonische und assyrische Kolophone, Kevelaer and Neukirchen-Vluyn, 1968, Col. AOAT 2, p. 102, not. 329.
  9. Janick Auberger, « Ctésias et les femmes », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 19, no 2,‎ , p. 253–272 (ISSN 0755-7256, DOI 10.3406/dha.1993.2119, lire en ligne, consulté le 12 mai 2019)

BibliographieModifier

Contexte historiqueModifier

  • Bertrand Lafont, Aline Tenu, Philippe Clancier et Francis Joannès, Mésopotamie : De Gilgamesh à Artaban (3300-120 av. J.-C.), Paris, Belin, coll. « Mondes anciens »,
  • (en) Eckart Frahm, « The Neo‐Assyrian Period (ca. 1000–609 BCE) », dans Eckart Frahm (dir.), A Companion to Assyria, Malden, Wiley-Blackwell, , p. 161-208

Introductions biographiquesModifier

  • Pierre Villard, « Aššurbanipal », dans Francis Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Paris, , p. 102-105
  • (en) Andrew Kirk Grayson, « Assyria 668-635 B.C.: The Reign of Ashurbanipal », dans John Boardman et al. (dir.), The Cambridge Ancient History, volume III part 2: The Assyrian and Babylonian Empires and other States of the Near East, from the Eighth to the Sixth Centuries B.C., Cambridge, Cambridge University Press, , p. 142-161
  • D. Arnaud, Assurbanipal, roi d'Assyrie, Fayard

Travaux spécialisésModifier

  • (de) R. Borger, Beiträge zum Inschriftenwerk Assurbanipals, Die Prismenklasse, Wiesbaden, 1996
  • (en) S. Parpola, Letters from Assyrian Scholars to the Kings Esarhaddon and Assurbanipal, 2 vol., AOAT 5, 1993
  • P. Villard, « L'éducation d'Assurbanipal », dans Ktèma 22, 1997, p. 135-149

Articles connexesModifier

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Liens externesModifier