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Armistice de Moudros
Description de cette image, également commentée ci-après
Le HMS Agamemnon lors d'une visite à Moudros pendant la campagne des Dardanelles en 1915

Traité de paix entre les forces alliées et l'empire Ottoman
Signé
Parties
Signataires Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Drapeau de la France France
Drapeau des États-Unis États-Unis

L’Armistice de Moudros est l'armistice conclu à l'issue de la Première Guerre Mondiale entre l'Empire ottoman et les Alliés. L’armistice est signé dans le port de Moudros situé sur l’ile grecque de Lemnos le 30 octobre 1918. L’amiral britannique Somerset Gough-Calthorpe en sera le signataire en tant que représentant des Puissances Alliées. Cette suspension des hostilités met un terme à la guerre au Proche-Orient. L'Empire ottoman est réduit à l'Anatolie. Il renonce à toute présence militaire aux Hedjaz, Yémen, Syrie, Mésopotamie, Tripolitaine et Cyrénaïque. Le ministre de la Guerre, Enver Pacha, l'un des trois hommes forts aux commandes de l'Empire ottoman depuis le coup d'État sanglant du 23 janvier 1913, censure les informations relatives à la gravité de la situation: la population ottomane demeure dans l'illusion d'une possible victoire. Selon les termes de l’armistice, les Alliés occuperont les détroits des Dardanelles et du Bosphore, Batoumi et les tunnels des Monts Taurus. Le droit est reconnu aux vainqueurs, à titre de gage et afin de prévenir tout désordre, d’occuper six provinces arméniennes dans le nord-est de l’Anatolie. L’armée ottomane est démobilisée. Dans le Caucase, les unités ottomanes se retirent des positions occupées depuis novembre 1914, en particulier Batoumi, Kars, Ardahan et l'Azerbaïdjan.

Sommaire

Contexte politiqueModifier

A voir aussi: Front du Moyen-Orient, Campagne du Caucase et Expédition de Salonique.

Courant 1918, le tour pris par les événements au sud-est de l’Europe ruine les espoirs du gouvernement ottoman. L’Expédition de Salonique, connue aussi sous l'appellation "Front de Macédoine", était relativement inactive depuis l’année 1916. En septembre 1918, les forces alliées commandées par Louis Franchet d'Espèrey lancent une offensive surprise qui se solde par une victoire éclatante. L’armée bulgare est vaincue, et la Bulgarie se voit obligée de demander la fin des combats à travers l’Armistice de Thessalonique, et ce au détriment des intérêts de l'Autriche-Hongrie et de l'Empire ottoman. L'Allemagne, bien qu'ayant vaincu la Russie, doit faire face à la montée en puissance de l'engagement américain sur le front ouest-européen; elle n’a plus de troupes pouvant venir en appui aux Austro-Hongrois et Ottomans au sud-est de l'Europe. De plus, du fait de la défection des Bulgares, les Ottomans doivent assurer la défense de Constantinople face à une probable attaque terrestre à partir du sol européen.

En septembre 1918, le Premier ministre ottoman Talaat Pacha se rend à Berlin et à Sofia. Au retour, il a acquis l’idée que l’Empire ottoman est vaincu. Soucieux d'éviter des conditions de paix trop dures, il convainc ses partisans de renoncer rapidement à la poursuite de la guerre. Il fonde des espoirs sur les Etats-Unis, avec lesquels l’Empire ottoman n’est pas en guerre, et envisage d’obtenir le bénéfice des Quatorze Points du Président Wilson. Les Américains ne donnent pas suite à un premier contact, faute de s'être concertés avec les Britanniques sur le sujet. Le , Talaat et son ministère démissionnent. Ahmed Izzet Pacha lui succède. Deux jours plus tard, Ahmed dépêche le général anglais, prisonnier de guerre, Charles Townshend auprès des Alliés, afin de recueillir les conditions d’un armistice.

NégociationsModifier

Le cabinet britannique reçoit la nouvelle et montre un embarras à l'idée de définir un accord. Les termes du pacte rassemblant les pays de l'Alliance sont alors les suivants : le premier membre contacté pour un armistice est celui qui dirige les négociations ; le gouvernement britannique interprète donc que c'est à lui de diriger les négociations et il le fait pour son compte. Il n'est pas très clair si la décision britannique est une interprétation sincère des termes de l'alliance, si elle reflète la peur que les Français imposent des exigences trop sévères, ou si elle cache le désir de priver les Français des buts de guerre qui leur ont été promis dans les Accords Sykes-Picot de 1916. Townshend indique aussi que les Ottomans préfèrent conclure un pacte avec les Britanniques ; ils ne savent rien du contact que les Turcs ont eu avec les Américains ou que Talaat a envoyé un émissaire aux Français en parallèle. Le cabinet britannique octroie des pouvoirs spéciaux à Somerset Gough-Calthorpe pour qu'il négocie, en excluant explicitement les Français de l'Accord. Il est aussi suggéré que l'amiral cherche un armistice et non un traité de paix définitif, en considérant qu'un traité de paix exigerait l'approbation de toutes les nations alliées, condition difficile à satisfaire.

Les négociations commencent le samedi 27 octobre à bord du HMS Agamemnon (1906), vaisseau de guerre britannique. Les Britanniques refusent la participation du vice-amiral français Jean-François-Charles Amet, l'officier naval le plus haut gradé de la région, en passant outre le fait que celui-ci a demandé à y participer ; la délégation ottomane, présidée par le ministre de la Marine Rauf Orbay, n’y apporte pas d'objections, étant elle-même seulement accréditée auprès des Britanniques.

Les deux puissances ignorent que chacune veut signer l'armistice et qu'en conséquence elles sont prêtes à en négocier les conditions afin d'y parvenir. La délégation britannique présente une liste de vingt-quatre doléances, toutes négociables, sauf celles concernant l'occupation des forts des Dardanelles et le libre passage à travers le Bosphore. En effet, les Britanniques souhaitent avoir accès à la mer Noire et à la côte roumaine. Le Premier ministre David Lloyd George espère aussi atteindre un accord rapide avant que les États-Unis puissent se mêler aux négociations ; selon le journal de Maurice Hankey : “[Lloyd George] méprise aussi le président Wilson et souhaite accorder le partage de la Turquie entre la France, l'Italie et le Royaume-Uni avant de consulter les Américains. Il pense aussi que cela attirerait moins l'attention sur nos énormes gains territoriaux si nous obtenions bien notre part des territoires turcs et laissions pour plus tard la question des colonies allemandes.”

Les Ottomans, de leur côté, pensent que la guerre est perdue et sont disposés à accepter beaucoup des exigences qui leur seraient formulées. Aussi le brouillon initial présenté par les Britanniques est-il accepté sans souffrir de grands changements : les Ottomans ignorent qu'ils pourraient négocier la presque totalité des clauses; les Britanniques, qu'ils pourraient réclamer plus encore. Cela étant, les termes de l'armistice sont très favorables aux Britanniques et proches d'une capitulation sans conditions ; les Ottomans cèdent même sur une clause particulièrement vague : le droit pour les Alliés d'occuper “en cas de révolte” le territoire ottoman. De leur côté, les Français se sont sentis offensés, et le Premier ministre français, Georges Clemenceau, reprochera aux Britanniques de prendre des décisions aussi importantes de manière unilatérale. Lloyd George répliquera que les Français ont conclu de la même manière un armistice à Thessalonique, armistice négocié par le général français d'Espèrey alors même que la Grande-Bretagne (et la Russie tsariste) avaient supporté la majeure partie de l'effort de guerre dans les campagnes contre les Ottomans. Les Français décident donc d'abandonner le sujet. Néanmoins, demeure une appréciation biaisée des termes de l'armistice dans l’opinion publique ottomane, qui les perçoit comme beaucoup plus indulgents qu'ils ne le sont. Cet armistice deviendra une source de mécontentement croissant à l'égard des Alliés, du fait d'une présentation par trop édulcorée et donc trompeuse de ses termes, et nourrira une réaction nationale à travers la guerre d'Indépendance turque.

RésultatsModifier

Pendant un certain temps, l'armistice de Moudros met fin aux hostilités entre les Alliés et les Ottomans. Cependant, des interventions italiennes et grecques en Anatolie, au motif de "rétablir l'ordre", conduisent rapidement à une partition du pays. Le Traité de Sèvres de 1920 divise officiellement l'Empire ottoman en zones d'influence. Cependant, la Guerre d'Indépendance turque (1919-1923) entraîne la révision de ce premier traité à l'initiative de la résistance nationale turque qui prendra le contrôle de l'ensemble de la péninsule anatolienne. La fin des possessions ottomanes de Syrie, Palestine et Arabie prévue au Traité de Sèvres sera confirmée, tandis que les frontières de la Turquie seront revues (Traité de Lausanne de 1923; le cas particulier du sandjak d'Alexandrette sera réglé entre la France et la Turquie en 1938).

Notes et référencesModifier

Voir aussiModifier