Lemnos

île grecque

Lemnos
Λήμνος (el)
Lemnos vue de l'espace.
Lemnos vue de l'espace.
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Archipel Sporades thraces
Localisation Mer Égée (mer Méditerranée)
Coordonnées 39° 55′ N, 25° 15′ E
Superficie 477,6 km2
Point culminant Mont Vigla (470 m)
Administration
Périphérie Égée-Septentrionale
District régional Lemnos
Dème Lemnos
Démographie
Population 16 992 hab. (2011)
Densité 35,58 hab./km2
Plus grande ville Myrina
Autres informations
Fuseau horaire UTC+02:00
Site officiel http://www.lemnos.gr
Géolocalisation sur la carte : Grèce
(Voir situation sur carte : Grèce)
Lemnos
Lemnos
Île en Grèce

Lemnos ou Límnos (en grec ancien : Λῆμνος, en grec moderne : Λήμνος) est une île grecque du nord-est de la mer Égée, située entre la péninsule du mont Athos à l'ouest, les îles de Thasos et Samothrace au nord, les îles turques de Imbros (Gökçeada) et Ténédos (Bozcaada) à l'est, Lesbos au sud-est, Ágios Efstrátios et les Sporades au sud-ouest. Elle forme un dème (municipalité) et un district régional de la périphérie d'Égée-Septentrionale. Avant la réforme Kallikratis (2010), elle était rattachée au nome de Lesbos.

Sa superficie est de 478 km2, et sa population d'environ 17 000 habitants. Elle culmine à 470 m d’altitude.

On trouve à Límnos plusieurs sites archéologiques, dont le sanctuaire des Cabires, un culte à mystères où étaient vénérés les Grands Dieux jusqu'à ce que Samothrace ne prenne le relais.

Límnos abrite une base militaire aérienne.

GéographieModifier

 
Carte de Lemnos.

Le port et principale ville de l'île est Myrina (Μύρινα, 5 100 h.), sur la côte ouest. Le commerce avec le continent se fait à partir de ce port. Les principales ressources de l'île proviennent de l'agriculture (fruits : vigne, amandes, figues, melons, pastèques, tomates, courges , citrouilles et olives, ainsi que des céréales : blé, orge, sésame). Les collines offrent de bons pâturages pour les moutons et l'île est également réputée pour sa production de fromage (feta notamment) et de yaourts. Durant l'époque byzantine, Lemnos était l'un des greniers de Constantinople. Lemnos est une île plutôt plate (en témoignent ses plus de 30 plages de sable) mais l'Ouest, et plus spécialement le Nord-Ouest, est une région montagneuse. Le plus haut point est le Mont Skopia culminant à 430 m[1]. Les chef-lieux de l'île sont Myrina, sur la côte Ouest et Moudros sur le côté est de la large baie dominant le centre de l'île. Myrina (aussi appelée Kastro, le « Château ») possède un grand port, récemment agrandi par l'ajout d'une digue à l'ouest. C'est le point le plus important pour le commerce de l'île. Les collines offrent des pâturages pour les moutons, et Lemnos a une très importante tradition agricole, étant reconnue pour ses fameux Kalathaki Limnou[2] (AOP), un fromage à partir de lait de chèvre et de mouton et du fromage, et pour ses yaourts. Les principales céréales sont le blé, l'orge et le sésame. L'île produit aussi du miel de thym, mais, comme c'est le cas avec beaucoup de produits locaux en Grèce, la production est à peine suffisante pour satisfaire le marché local. Les grappes de muscat poussent sauvagement, et sont utilisés pour produire un vin de table sec et très parfumé. Depuis 1985 la variété et la qualité des vins de Lemnos a considérablement augmenté.

ClimatModifier

Le climat à Lemnos est méditerranéen[3] avec des hivers généralement doux, mais il y a occasionnellement des chutes de neige. Les vents violents sont l'une des caractéristiques de l'île, tout particulièrement en août et en hiver, d'où son surnom homérique d'île « chevauchée par le vent » (en grec, Ανεμόεσσα - Anémoessa)[4]. La température est très souvent plus fraîche celle d'Athènes de 2 à °C, surtout en été.

DèmesModifier

 
Le dème, de Lemnos depuis la réforme Kallikratis (2010).

Le district régional de Lemnos compte deux dèmes (communes) : Lemnos et Ágios Efstrátios.

L'île de Lemnos comptait avant la réforme Kallikratis (2010) quatre dèmes, qui sont aujourd'hui devenus les districts municipaux d'Atsiki, Moudros, Myrina et Nea Koutali.

MythologieModifier

Dans la mythologie grecque, Lemnos était l'une des résidences d'Héphaïstos, le dieu forgeron : son palais et ses forges étaient situées dans le Mosychlos, volcan endormi, l'une des montagnes de l'île, au pied de laquelle se trouvait l'un de ses temples. Selon Homère[4], c'est là qu'échoua le dieu, projeté hors de l'Olympe par Zeus pour avoir voulu s'interposer dans une dispute entre Héra et lui. Il continue ensuite à vivre à Lemnos, où la population locale, les Sintiens[5], lui bâtit un temple. Aux temps héroïques et classiques, le nom de la ville principale de l'île, consacrée à Héphaïstos, était Héphaïstia.

Thoas, fils d'Ariane et de Dionysos, beau-père de Jason, est roi de Lemnos[6]. Au cours de leur voyage vers la Colchide, les Argonautes trouvent l'île gouvernée par la reine Hypsipyle et peuplée uniquement de femmes. La raison en était que celles-ci avaient été affligées d'une odeur insupportable, par la déesse Aphrodite, parce qu'elles négligeaient son culte. Abandonnées par leurs maris, elles avaient fini par tuer par dépit, tous les hommes de l'île[7]. Certains des héros s'unissent avec ces femmes pour donner naissance au peuple des Minyens, qui ensuite furent chassés par les Pélasges.

En route vers Troie, l'île était une étape entre la Grèce et la côte asiatique : Eunée, roi de l'île, offre à Agamemnon et Ménélas de nombreux présents ; Eunée leur offre entre autres beaucoup de vin, que les Grecs apprécient fortement : il devient ainsi leur commerçant en vins officiel, trafic fructueux. Contre un cratère sidonien[8], Achille vend le fils du roi Priam Lycaon, son captif ; ce cratère est ensuite offert par Eunée à Patrocle et devient un des prix de ses jeux funèbres. C'est sur cette île qu'Ulysse décide d'abandonner Philoctète qui, mordu au pied par un serpent, mourant et gémissant, dégageait une puanteur devenue insupportable. Sur l'île, présentée comme déserte par Sophocle dans sa tragédie, Philoctète retrouve la santé et peut survivre en chassant grâce à l'arc magique d'Héraclès. Or ces armes sont indispensables à la victoire des Grecs sur les Troyens ; c'est pourquoi Ulysse revient avec Néoptolème pour s'en emparer par la ruse. On peut toujours voir la grotte de Philoctète à Lemnos.

Selon les auteurs anciens, confirmés par le voyageur français Pierre Belon au XVIe siècle[9] le soir du solstice d'été l'ombre du Mont Athos, pourtant distant de 70 km, s'étend jusqu'à la place de Myrina, sur laquelle se trouvait dans l'Antiquité la statue d'un bœuf de bronze. Plutarque cite même un vers (̉Άθως καλύψει πλευρά Λημνίας βοός : « le mont Athos couvrira le flanc du bœuf de Lemnos ») qui était devenu proverbial, s'appliquant à ceux qui cherchaient à obscurcir la gloire et la réputation des autres par leurs calomnies.

HistoireModifier

PréhistoireModifier

En juin 2009, une équipe d'archéologues grecs, italiens et américains, a mis au jour le plus ancien habitat humain connu de l'Égée : il abritait au XIIe millénaire av. J.‑C. des chasseurs-cueilleurs et pêcheurs. Il s'agit du site d'Ouriakos sur la côte de Fyssini, près de Moudros. Lemnos est connue pour ses importants sites préhistoriques, principalement celui de Poliochne, habité en continuité du Ve au IIe millénaire av. J.‑C.

Antiquité et Moyen ÂgeModifier

L'histoire de l'île reflète celle de la Grèce : elle connaît l'hégémonie athénienne puis macédonienne et romaine, avant de rejoindre la civilisation byzantine en adoptant le christianisme. Elle subit aussi des invasions : perse lors des guerres médiques, sarrasine au VIIIe siècle, puis occidentale en 1204, lorsqu'elle devient le fief de la famille vénitienne Navigaioso, vassale de l'Empire latin de Constantinople. Elle est délivrée vers 1280 par Licario pour le compte de l'Empire romain d'Orient restauré des Paléologues, mais finit conquise par les Ottomans en 1456. Après une nouvelle courte occupation vénitienne en 1464 au cours de la guerre vénéto-ottomane l'île retombe aux mains des Turcs en 1478 et y reste jusqu'en 1912.

Époque contemporaineModifier

 
Le général Baumann, en médaillon, s'envolant de Boudros sur Farman MF.11 pour atterrir à Lemnos en 1916.
 
Le général Baumann, le commandant Niéger aménageant l'île en 1915.

Durant la guerre russo-turque de 1806-1812, l'amiral Dmitri Seniavine gagne la bataille d'Athos au large des côtes de l'île, qui est rattachée à la Grèce en 1912 durant la Première Guerre balkanique. Une nouvelle bataille navale, la Bataille de Lemnos, a lieu durant cette guerre au large des côtes Lemniotes : la flotte grecque, commandée par l'amiral Pavlos Koundouriotis, remporte une victoire décisive contre la flotte ottomane, qui doit se replier dans les Dardanelles dont elle ne ressort plus pendant cette guerre.

Durant la Première Guerre mondiale, les Alliés utilisent l'île comme base arrière pour essayer de prendre les détroits des Dardanelles, à quelque 50 kilomètres de là. Ces opérations sont effectuées en 1915 principalement par les troupes britanniques, et le port de Moudros est placé sous le contrôle de l'amiral Rosslyn Wemyss, qui le fait agrandir pour accueillir les navires de guerre britanniques, mais l'île manque des infrastructures nécessaires aux soldats, et les troupes qui sont envoyées à Gallipoli doivent s'entraîner en Égypte. Cette campagne échoue à la fin de l'année 1915 et l'importance de Moudros décroît, mais le port reste une base alliée pendant la guerre pour bloquer les Dardanelles. Les Français l'utilisent comme base arrière pour la flotte de Méditerranée, comme lieu d'hospitalisation et comme base aérienne : le général Baumann en est le commandant français. À la fin du mois d'octobre 1918, l'armistice entre les Alliés et l'Empire ottoman est signé à Moudros.

Après la victoire de l'Armée rouge sur l'armée blanche Wrangel lors de la guerre civile russe, 35 000 Cosaques du Kouban et du Don fuient la Russie et plus de 21 000 d'entre eux sont internés à Lemnos par l'armée française à partir de novembre 1920, dans plusieurs camps autour de Moudros. Ils sont dispersés au cours de l'année 1921 vers la Serbie, la Bulgarie, la Grèce, la France... Plusieurs milliers choisissent de retourner en Russie devenue soviétique : le dernier camp de réfugiés cosaques de Lemnos ferme en juin 1921[10].

Entre avril 1941 et septembre 1944, Lemnos est occupée par les marins du Troisième Reich nazi.

Dans la culture contemporaineModifier

L'île de Lemnos a été reproduite dans le jeu vidéo ARMA III sorti en 2013. Le nom de l’ile ainsi que ceux des villes et lieu-dits ont été modifiés pour empêcher toutes implications politiques potentielles des développeurs. Altis, le nom de l'ile, est assez fidèle à la réalité bien qu'elle soit 15% plus petite que Lemnos, et que certains lacs à l'est de l'île sont absents pour des raisons de développements, une raison à cela pourrait être que l'histoire du jeu se déroule en 2035. Dans ce jeu, Altis est devenu un État indépendant occupé par le passé par l'empire britannique colonial comprenant les îles d'Altis et Stratis (Lemnos et Ágios Efstrátios). Les Forces Armées d'Altis (AAF en version originale) affrontent les forces de l'OTAN et la faction CSAT (Canton Protocol Strategic Alliance Treaty), des forces iraniennes alliées aux pays ayant signé le traité : l'Égypte, la Syrie ou la Chine ainsi que des pays d'Afrique du nord entre-autres.

RéférencesModifier

  1. Nigel Wilson, Encyclopedia of Ancient Greece, Routledge, , 832 p. (ISBN 978-1-136-78800-0, lire en ligne), p. 421.
  2. « Recognition of Protected Designation of Origin », World Intellectual Property Organization.
  3. M. Kottek, J. Grieser, C. Beck, B. Rudolf et F. Rubel, « World Map of the Köppen-Geiger climate classification updated », Meteorol. Z., vol. 15, no 3,‎ , p. 259–263 (DOI 10.1127/0941-2948/2006/0130, lire en ligne, consulté le 29 janvier 2013).
  4. a et b Iliade (Chant I, 589).
  5. Robert 1981, p. 100.
  6. Homère, Iliade [détail des éditions] [lire en ligne] (Chant XXIII, 745-751-753).
  7. Sur le mythe des Lemniennes, voir : Georges Dumézil, Le Crime des Lemniennes, Paris, 1924 ; Walter Burkert, « Jason, Hypsipyle and new fire at Lemnos. A Sudy in Myth and Ritual », Classical Quarterly, XX, 1970, p. 1-16 ; Marcel Detienne, Les Jardins d'Adonis, Paris, Gallimard, 1972, p. 172 et suiv.
  8. Iliade : Chants VII et XXI.
  9. Louis Lacroix, Iles de la Grèce, Firmin-Didot, 1853, p. 354.
  10. Bruno Bagni, Lemnos, l'île aux Cosaques, Cahiers du monde russe, no 50/1, janvier-mars 2009.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier