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Île de Béniguet (Molène)

île du Finistère, France
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Béniguet.

Île de Béniguet
Benniget (br)
Littoral de l'île vu du nord-est
Littoral de l'île vu du nord-est
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Archipel Archipel de Molène
Localisation Mer Celtique (océan Atlantique)
Coordonnées 48° 20′ 58″ N, 4° 51′ 21″ O
Superficie 0,63 km2
Point culminant non nommé (16 m)
Géologie Île continentale
Administration
Région Région Bretagne
Département Finistère
Commune Le Conquet
Démographie
Population Aucun habitant
Autres informations
Découverte Préhistoire
Fuseau horaire UTC+01:00

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(Voir situation sur carte : Bretagne)
Île de Béniguet
Île de Béniguet

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(Voir situation sur carte : Finistère)
Île de Béniguet
Île de Béniguet

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Île de Béniguet
Île de Béniguet
Îles en France

Béniguet est une île de l'archipel de Molène, située à 3 milles marins du Conquet, dans le Finistère, en Bretagne.

GéographieModifier

Béniguet, bien que faisant partie de l'archipel de Molène, appartient à la commune du Conquet.

Bande de terre orientée sud-ouest / nord-est, l'île s'étend sur 2,5 km, pour une largeur maximale de 300 mètres.
Les côtes sont sablonneuses ou recouvertes de galets à l'est, tandis que le sud et l'ouest sont plus rocheux.

ToponymieModifier

Correspond au breton benniget (« béni », mais aussi équivalent du prénom Benoît).

Cette signification populaire du mot Béniguet est très contestée. Charles Corby pense que le nom provient du vieux mot celtique Ben (qu'on retrouve aussi dans les noms de Bénodet ou Binic par exemple) signifiant "coupure, bout, extrémité", en l'occurrence parce que l'île se trouverait à la coupure entre l'archipel et le continent, étant la première île que l'on rencontre quand on vient du continent[1]

HistoireModifier

Préhistoire et originesModifier

L'île comporte des traces d'occupation néolithique (menhirs et dolmens)[2] et romaines[3]. « L'île de Béniguet conservait encore, en 1835, trois allées couvertes, précédées, du côté du sud, par une double rangée de menhirs »[4].

Édouard Vallin, dans Voyage en Bretagne, Finistère : précédé d'une notice sur la Bretagne au XIXe siècle[5], livre publié en 1859, écrit que si Béniguet veut dire "Île bénite" en français, c'« était sans doute un lieu consacré à quelques cérémonies de culte druidique ; certains antiquaires [= historiens de l'Antiquité] sont même portés à la considérer comme un cimetière où les druides et druidesses des pays voisins étaient déposés après leur mort. Les tombeaux celtiques, formées de pierres brutes, qui ont été découverts il y a quelques années dans cette île, ont sans doute accrédité cette opinion ».

Moyen ÂgeModifier

Au Moyen Âge, elle appartient aux Comtes de Léon, qui la cèdent à l'Abbaye de Saint-Mathieu en 1169. Elle fut ensuite vendue en 1569 pour 96 livres à Jean Kerlec'h Sieur du Plessis, et lui rapportait 5 livres par an. En 1736, l'abbaye souhaita récupérer son ancienne propriété, et engagea des procès. À la Révolution, Béniguet devint bien national, et fut racheté par un commerçant du Conquet[6].

Description de Béniguet en 1894Modifier

Deux industriels, Pellieux et Mazé-Launay, installent vers 1870 deux usines à soude, l'une à Béniguet, l'autre à Trielen. Ces deux industriels ont inventé un nouveau modèle de four qui traite 60 kg de goémon toutes les deux heures, les convertissant totalement en 3 kg de soude. Mais ce brûlage du goémon est très polluant en raison de l'abondance des fumées émises[7].

Victor-Eugène Ardouin-Dumazet fait cette description de Béniguet en 1894[8] :

« En face de nous s'aligne une terre basse, grise, terne, sans arbres, dominée par un petit morne que domine un moulin à vent. C’est Béniguet, une des îles où je m'étais promis de mettre le pied, il me faudra me borner à la voir comme Moïse vit la terre promise. Peu attirante d’ailleurs : par delà le coteau haut de quinze mètres qui en forme l'ossature, on aperçoit encore la mer, cela indique une faible largeur. En effet Béniguet, longue de 2 300 mètres, a 500 mètres dans sa plus grande épaisseur. Vue du chenal du Four, elle semble décrire un croissant ; à la partie la plus concave se dressent quelques bâtisses lépreuses. C’est la capitale de l'île, le village de Louédéguet. Il renferme toute la population de Béniguet : trente habitants environ. »

« Sur la colline, de nombreux filets de fumée s’élèvent, des êtres noirs s’agitent et semblent tisonner un feu infernal. On prépare ici la cendre de varechs, les plantes marines sont rejetées par le flot en immense quantité et, comme à Yeu, on les brûle. La cendre est vendue au Conquet, dans la vaste usine à soude que possède cette ville[9]. »

« L’existence doit être lugubre sur ce rocher, où on se livre cependant à la culture ; il y a quelques animaux dans l'île ; on y récolte un peu d'orge, des pommes de terre, des choux, des carottes et des betteraves qu'il faut disputer à d’innombrables lapins auxquels le gazon, court mais savoureux, devrait suffire. À mer basse, l'étroit domaine des insulaires s’accroît par de vastes rochers et une plage sur lesquels on peut pêcher et récolter les plantes marines ; alors se creuse, à l'ouest du village de Louédéguet, une sorte de golfe harmonieusement dessiné. »

En 1899 Béniguet et les îles avoisinantes, qui appartenaient jusque-là à la commune de Ploumoguer, furent annexées par la commune du Conquet.

Le XXe siècleModifier

L'île fut occupée par des paysans depuis (au moins) 1815 jusqu'en 1953. Cultivant essentiellement du seigle et du colza, ils pratiquaient aussi l'élevage, s'adjoignant parfois jusqu'à 20 manœuvres. Les galets furent aussi exploités, d'abord par des gabares de Lampaul-Plouarzel, puis durant la guerre, pour la construction de blockhaus[10].

En décembre 1927 le chalutier Cyclamen, de Saint-Nazaire, désemparé par une tempête, finit par aller s'échouer sur une grève de la côte ouest de Béniguet. En avril 2012, un voilier français, le Bételgeuse, victime lui aussi d'une tempête, alla s'échouer à peu près au même endroit, mais put être sauvé[11].

Dans les années 1960, le projet de faire de l'île un champ de tir pour l'armée fut repoussé grâce à la démission collective du Conseil municipal du Conquet[12]. Propriété de l'ONCFS depuis 1953, elle est classée réserve de chasse et de faune sauvage depuis 1993[13],[14].

La vie sur l'île entre 1945 et 1947 a fait l'objet du film documentaire Goémons de Yannick Bellon, témoignage unique et rare de la vie sur l'île.

Notes et référencesModifier

  1. Charles Corby, Le nom d'Ouessant et des îles voisines, Annales de Bretagne, 1952, no 59-2, pages 347-351, consultable http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391x_1952_num_59_2_4406?_Prescripts_Search_tabs1=standard&
  2. Cf. Christian Goudineau, "Les Gaulois par delà les idées reçues", Pour La Science, dossier no 61, octobre-décembre 2008, pp 16-23
  3. Cf. Vital Rougerie, L'archipel Molénais, p. 28
  4. Devoir, L'Armorique : populations et monuments préhistoriques, "Bulletin de la Société académique de Brest", 1898, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2076476/f154.image.r=Molene.langFR
  5. Édouard Vallin, Voyage en Bretagne, Finistère : précédé d'une notice sur la Bretagne au XIXe siècle, Comptoir de la Librairie de province, Paris, 1859, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5652145c/f163.image.r=Ouessant.langFR
  6. Cf. Vital Rougerie, L'archipel Molénais, p. 29 et 30
  7. Théophile de Pompéry, Incinération du goémon, "Rapports et délibérations du Conseil général du Finistère", août 1872, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55646502/f472.image.r=Mol%C3%A8ne.langFR
  8. Victor-Eugène Ardouin-Dumazet, Voyage en France’’, tome II d’Hoëdic à Ouessant’’ ; Berger-Levrault, 1895, pages 257 à 272, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k73539j/f280.image
  9. Pour une description des goémoniers actuels, voir http://www.wiki-brest.net/index.php/Go%C3%A9monier
  10. Cf. Vital Rougerie, L'archipel Molénais, p. 30 à 32
  11. http://recherches.historiques-leconquet.over-blog.com/article-le-conquet-bateaux-vagabonds-txt-jp-clochon-110938473.html
  12. Cf. Vital Rougerie, L'archipel Molénais, p. 32
  13. Site de la réserve de Béniguet
  14. oncfs beniguet

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Vital Rougerie, L'archipel Molénais, 1989, Rennes, édité pour le compte de la SNSM de Molène

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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