État islamique au Khorassan

branche du groupe terroriste-djihadiste État islamique

État islamique au Khorassan
(ar) الدولة الإسلامية – ولاية خراسان
Image illustrative de l’article État islamique au Khorassan

Idéologie Salafisme djihadiste,
panislamisme
Objectifs Expansion en Afghanistan du califat proclamé par l'État islamique
Établissement de la charia en Afghanistan
Statut Actif
Fondation
Date de formation
(6 ans, 8 mois et 23 jours)
Actions
Mode opératoire Lutte armée, guérilla, terrorisme
Zone d'opération Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Drapeau du Pakistan Pakistan
Drapeau du Tadjikistan Tadjikistan
Période d'activité Depuis 2015
Organisation
Chefs principaux • Hafez Saïd Khan (tué en 2016)
• Abdul Hasib (tué en 2017)
Abou Sayed (tué en 2017)
• Abou Omar Khorasani (tué en 2021)
• Aslam Farooqi
• Shahab al-Muhajir
Membres 1 000 à 5 000[1],[2]
Allégeance Drapeau de l'État islamique État islamique
Groupe relié Mouvement islamique d'Ouzbékistan
Joundallah
National Thowheeth Jama'ath
Guerre d'Afghanistan

L’État islamique au Khorassan (EI-K) — selon son titre complet l’État islamique - Province de Khorassan (ISIL-KP ou ISKP en anglais ; arabe : الدولة الإسلامية في العراق والشام – ولاية خراسان, ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām – wilāya ḫorāsān)[3] — est une branche de l'État islamique, active en Asie centrale et en Asie du Sud. Pour se référer à ce groupe, certains médias utilisent également les termes ISK, ISISK, IS-KP, ISIS-K, Daech-Khorassan ou Daech-K.

HistoireModifier

CréationModifier

Le Mouvement pour le Califat et le Jihad, au Pakistan, se rallie à l'EI le , puis le bataillon al-Tawheed, en Afghanistan, en et la Brigade de l'Islam dans le Khorassan, en Afghanistan[4],[5].

Le , le Tehrik-e-Taliban Pakistan annonce apporter son soutien à l'État islamique, indiquant qu'ils allaient leur « fournir des moudjahidines ». Le TTP appelle également les autres groupes djihadistes à mettre de côtés leurs rivalités et à s'unir[6]. Des dissidences du TTP comme le Jamaat-ul-Ahrar et le Tehreek-e-Khilafat apportent également leur soutien à l'EI. Ces groupes appellent aussi à la réconciliation entre l'État islamique et Al-Qaïda[7],[8],[5].

En , six chefs talibans font allégeance à l'État islamique, dont Abou Omar Maqbool, dit Shahidullah Shahid, porte-parole du TTP, qui est aussitôt destitué[5],[8]. Le , dix commandants talibans pakistanais et afghans annoncent ou renouvellent leur allégeance à l'EI[9]. Fin , l'État islamique annonce officiellement la création de la province Khorasan[10].

Cette implantation de l'EI, bien qu'encore embryonnaire, est cependant mal vue par les talibans afghans qui, le , écrivent une lettre à Abou Bakr al-Baghdadi pour lui demander de cesser ses « ingérences » en Afghanistan, où des combats ont opposé les deux groupes en certaines occasions[11],[12]. En se proclamant « émir des croyants » Abou Bakr al-Baghdadi est entré en concurrence avec Haibatullah Akhundzada, également considéré comme tel par les talibans et Al-Qaïda[8],[13].

ActionsModifier

L'État islamique parvient à s'implanter dans la province de Kounar, et surtout dans la province de Nangarhar qui devient son principal bastion[10]. En revanche, les combattants de l'EI en Afghanistan sont rapidement écrasés par les talibans dans les provinces de Farah, Logar et Zabol[10]. Beaucoup d'entre eux sont faits prisonniers et exécutés en novembre 2015[10]. À l'été 2018, les talibans détruisent les forces de l'État islamique dans la province de Djozdjan, au nord du pays, lors de la bataille de Darzab[14],[15]. Enfin, après plusieurs mois de rudes combats marqués par des offensives talibanes et gouvernementales, des frappes américaines et des soulèvements populaires, l'État islamique perd la majorité de son territoire dans la province de Nangarhar en , puis dans la province de Kounar en , qui passent sous le contrôle des talibans[10]. Désormais dépourvu de bases territoriales, l'État islamique intensifie son terrorisme urbain, en ciblant principalement les forces gouvernementales et les Hazaras[10],[16].

Ses principales cellules se situent alors à Jalalabad, Kaboul, Hérat, Kondoz, Parwan et Aibak[10]. Entre le et le , l'État islamique en Afghanistan commet plus de 216 attaques, contre 34 en 2020 sur la même période[17]. Selon un rapport de l'ONU de 2021, l'État islamique est responsable de la mort de 2 500 membres de l'armée afghane, et de la mort de 600 civils, en majorité issus de minorité religieuse, le tout en 12 mois[18].

CommandementModifier

Hafez Saïd Khan, chef de l'État islamique en Afghanistan et au Pakistan, est tué par un tir de drone américain le , dans le district d'Achin, dans la province de Nangarhar[19],[20]. La mort d'Hafez Saïd Khan, avait été annoncée par erreur par les autorités afghanes en [20],[21],[22]. Son successeur, Abdul Hasib, est tué vers fin lors d'un raid mené par les forces américaines et afghanes dans la province de Nangarhar[23]. Deux rangers américains et 35 djihadistes trouvent la mort lors de cette opération[23]. Le , le troisième chef de l'EI en Afghanistan, Abou Sayed, est tué par une frappe américaine contre son QG dans la province de Kounar[24]. Zia ul-Haq, dit Abou Omar Khorasani, devient le nouveau chef régional de l'EI, mais il est remplacé en par Abdullah Orakzai, dit Aslam Farooqi, à cause de ses échecs opérationnels fin 2018 dans l'est de la province de Nangarhar[25]. Aslam Farooqi est cependant arrêté en [25] et Abou Omar Khorasani reprend la tête de la branche afghane de l'EI[26], avant d'être arrêté à son tour à Kaboul, un mois plus tard[27]. En , Abou Omar Khorasani est exécuté par les talibans quand ces derniers s'emparent de la prison de Pul-e-Charkhi[10],[26]. Shahab al-Muhajir devient le nouveau chef de l'EI à partir de [10],[26].

EffectifsModifier

En , un rapport de l'ONU estime qu'environ 10 % des insurgés afghans ont prêté allégeance à l'EI. Des groupes ayant fait allégeance à l’EI ou qui s’en déclarent proches ont été signalés dans 25 des 34 provinces du pays[28]. Début 2016, l'armée américaine estime que l'EI compte entre 1 000 et 3 000 combattants en Afghanistan[1]. En , un rapport de l'ONU fait état de 2 200 hommes[29]. En , The Washington Post évalue les effectifs de l'EI entre 4 000 à 5 000[2].

Nom et action des pays voisinsModifier

Le nom de cette branche de l’organisation État islamique vient d’une région historique iranienne s’étendant de la mer Caspienne à l’Indus[30]. Avec le retrait des forces étasuniennes en Afghanistan, l’Iran redoutant un accroissement de l’instabilité dans sa zone orientale propose, à travers son ministre des affaires étrangères Javad Zarif, le déploiement de la division des Fatimides composée principalement d’Hazaras[31] pour lutter contre l’EI-K[30],[32].

RéférencesModifier

  1. a et b Recul de l’État islamique en Afghanistan, Le Figaro avec AFP, 15 avril 2016.
  2. a et b Abdul Sayed, Opinion: ISIS-K is ready to fight the Taliban. Here’s how the group became a major threat in Afghanistan., The Washington Post, 30 août 2020.
  3. « Designations of Foreign Terrorist Fighters » [archive du ], State.gov, (consulté le )
  4. Slate : La nébuleuse de l'État islamique.
  5. a b et c L'Obs : Carte. La galaxie de l'État islamique, par Sarah Diffalah.
  6. France 24 : Les talibans pakistanais affichent leur soutien à l'EI.
  7. Emmanuel Derville, Les talibans pakistanais tendent la main à l'État islamique, Le Figaro, 15 octobre 2014.
  8. a b et c Lucie Peytermann, Au Pakistan, la redoutable greffe de l’État islamique, Libération, 4 novembre 2014.
  9. Emmanuel Derville, L'État islamique s'exporte au Pakistan et en Afghanistan, Le Point, 13 janvier 2015.
  10. a b c d e f g h et i « Afghanistan / Retour des taliban au pouvoir : l’avenir de l’État Islamique en question », Dakaractu, 17 août 2021.
  11. Les talibans ne veulent pas que l’État islamique s’implante en Afghanistan, Le Monde avec AFP et Reuters, 16 juin 2015.
  12. Les talibans somment l'EI de cesser ses "ingérences" en Afghanistan, Reuters, 16 juin 2015.
  13. Les talibans publient une biographie du mollah Omar, Le Monde avec AFP, 6 avril 2015.
  14. Le Figaro avec Reuters, « Afghanistan: les talibans disent avoir vaincu l'EI dans le Nord-Ouest »,
  15. Luc Mathieu, « Sous pression talibane, l’État islamique abandonne le nord de l’Afghanistan », Libération,
  16. Les Hazaras enterrent leurs morts après une semaine de protestations, AFP, 9 janvier 2021.
  17. (en) Didier Lauras (AFP), « Taliban takeover risks emboldening jihadists worldwide: analysts », sur thejakartapost.com, .
  18. (en) Jeff Seldin, « Islamic State Poised for Possible Resurgence in Afghanistan, US Officials Warn », sur Voice of America, .
  19. « Le chef du groupe État islamique en Afghanistan et au Pakistan visé par une frappe américaine », France 24, 12 août 2016.
  20. a et b « Les États-Unis annoncent la mort du chef de Daech en Afghanistan et au Pakistan », Le Parisien, 13 août 2016
  21. « L’un des chefs de l’État islamique tué en Afghanistan », Le Monde, 9 juillet 2015.
  22. « Le chef du groupe EI en Afghanistan tué par un drone », RFI, 11 juillet 2015.
  23. a et b « L'armée américaine confirme la mort du chef de Daech en Afghanistan », Le Parisien, 8 mai 2017.
  24. « Afghanistan : les Américains ont tué Abou Sayed, le nouveau chef de guerre de Daech », Le Parisien avec AFP, 15 juillet 2017.
  25. a et b « Le chef de l’Etat islamique en Afghanistan arrêté, selon des responsables afghans », 45eNord.ca avec Stars and Stripes, 4 avril 2020.
  26. a b et c « Taliban executes former IS-K chief a year after Afghan govt jailed him: Report », The Week, 19 août 2021.
  27. « Le chef de l'État islamique en Afghanistan arrêté », Reuters, 11 mai 2020.
  28. Afghanistan: l'organisation État islamique augmente son influence, RFI, 26 septembre 2015.
  29. Roshan Noorzai, Afghanistan to Discuss Fate of Foreign IS Prisoners with Their Countries, VOA, 3 mai 2021.
  30. a et b Georges Lefeuvre, « Effervescence diplomatique de Téhéran à Pékin », sur Le Monde diplomatique, (consulté le )
  31. Peuple chiite afghan persécuté par les talibans (sunnites) lors de la période 1996-2001.
  32. (en) « Exclusive Interview with Iran's Foreign Minister Javad Zarif | TOLOnews » (consulté le )

Articles connexesModifier