Villa gallo-romaine de Lassalles

une des plus vastes villas gallo-romaines de la Gaule Aquitaine

La villa gallo-romaine de Lassalles est située au lieu-dit Lassalles sur la commune française de Montmaurin (département de la Haute-Garonne), dans le Comminges et la région Occitanie.

Villa gallo-romaine de Lassalles
Image dans Infobox.
Galerie du Nymphée, dans l'aile thermale
Présentation
Type
Villa gallo-romaine
Style
Antiquité
Construction
Ier siècle ap. J.-C.
Patrimonialité
Site web
Localisation
Pays
Région
Commune
Adresse
LassallesVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
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Elle est l'une des plus vastes villas gallo-romaines de la Gaule aquitaine. Ses dimensions et son luxe illustrent la prospérité économique exceptionnelle que connut le Sud-Ouest de la Gaule entre le IVe et le VIe siècle. L'exploitation agricole fut implantée durant la Pax Romana, au Ier siècle. Ses terres couvraient une superficie de plus d'un millier d'hectares. À partir du IVe siècle, la résidence du maître fut transformée en un palais s'étendant sur 5 800 mètres carrés. La villa fut habitée jusqu'à la fin du Ve siècle ou au début du VIe.

Situation géographiqueModifier

Les bâtiments de villa gallo-romaine de Lassalles sont implantés dans le piémont pyrénéen, près de la route D9d reliant Montmaurin à Sarremezan au sud-est, à un kilomètre environ au sud de l'entrée des gorges de la Save, près du pont de la Save[3] : à cet endroit (le lieu-dit Lassalles), la vallée en se rétrécissant avant d'entrer dans les gorges forme une petite plaine.

Elle ne doit pas être confondue avec la villa gallo-romaine de La Hillère, plus modeste et située 1 km plus au nord, également au bord de la Save[4].

Fouilles archéologiquesModifier

Le site était connu dès la fin du XIXe siècle[n 1]. On y voyait un ancien « couvent des Templiers » jusqu'à ce que l'archéologue Anthyme Saint-Paul reconnaisse en 1865 le caractère romain des vestiges[6].

Entre 1879 et 1881, Isidore Miro acheta les parcelles pour soustraire les ruines au pillage[7]. Puis avec l'abbé Jean-Marie Couret, ils firent les premiers sondages entre 1879 et 1882. Un plan général de la villa, très correct, fut publié par l'abbé Couret en 1903[n 2]. À partir de fin 1946, l'archéologue Georges Fouet commença à mener des fouilles exhaustives ; ses campagnes se poursuivirent jusqu'en 1962.[réf. nécessaire]

HistoireModifier

Vers le milieu du Ier siècle apr. J.-C., une gigantesque exploitation agricole est implantée à Montmaurin, au pied des Pyrénées : le terrain exploité couvre plus d'un millier d'hectares, les employés sont au nombre de cinq cents. Plusieurs dizaines de constructions, logements des ouvriers et bâtiments agricoles (pars rustica), sont regroupés en bord de rivière (la Save) autour de la maison du maître (pars urbana). Un mur d'enceinte clôt l'ensemble sur une superficie de[réf. nécessaire] 18 ha[9].

La villa semble connaître une période d'abandon ou de semi-abandon, peut-être consécutive à une crue de la Save, fin IIe ou IIIe siècle[n 3][réf. souhaitée].

À la fin du IVe ou au début Ve siècle[n 4], deux campagnes d'importants remaniements sont entreprises ; elles transforment l'exploitation agricole en une résidence extrêmement luxueuse, un somptueux palais à deux péristyles dans le genre gréco-romain.[réf. nécessaire]

La villa est abandonnée postérieurement au Ve siècle[n 4],[n 5].

Plusieurs auteurs, dont Balty (2008), établissent un lien possible avec une famille impériale de Rome : un Népotien, empereur pendant moins d'un mois en 350, est le petit-fils - par sa mère Eutropia II - de Constance Chlore et de sa deuxième épouse Théodora ; son père s'appelait aussi Népotien. Avant que Népotien fils devienne empereur, il est possible que dans sa jeunesse Eutropia II ait habité à Montmaurin[n 6].

DescriptionModifier

 
Corps de logis central, aile sud

L'état actuel des vestiges reflète le dernier état de construction, à partir du IVe siècle.

La villa est orientée sud-ouest / nord-est[17]. Dans sa plus grande longueur, la façade mesure 117 mètres.[réf. nécessaire]

On entre par une cour d'honneur en forme de demi-cercle : bordée de colonnades, elle inclut un temple hexagonal de type gaulois. Depuis la cour, un vestibule d'apparat ouvre sur le corps de logis central. Les quartiers d'habitation sont organisés autour d'une série de cours et de jardins intérieurs. Des vues sont aménagées pour contempler le panorama pyrénéen[réf. nécessaire]. Un premier péristyle de 60 m de diamètre[9] est entouré de chambres ; au nord-est de celui-ci, le logis se prolonge par un second péristyle, plus petit ; au nord-ouest, une aile thermale comprend un nymphée et une piscine de plein air.[réf. nécessaire]

La villa compte environ deux cents pièces d'habitation : elles étaient décorées de colonnades, de portiques, ornées de peintures murales et de collections de sculptures de marbre et de bronze, dallées de mosaïques ou de marbre de Saint-Béat blanc ou bleu-gris ; les fenêtres étaient vitrées, le corps de logis disposait d'un système de chauffage par le sol et les murs (hypocauste) ainsi que d'eau courante. Dans le logis d'été, six viviers d'eau de mer permettent de conserver les huîtres ainsi que vingt-deux autres espèces de coquillages transportés de l'Atlantique et de la Méditerranée.

Les dépendances incluaient des forges, une tuilerie-briqueterie et un atelier de tissage.

Vers l'extrémité sud de la façade, à environ 60 m de la Save, se trouvent les ruines d'un bâtiment (nomenclaturé « II ») de plusieurs salles dont l'une forme un massif de 3,42 m de hauteur[18] qui semble avoir soutenu une masse pesante surélevée. À l'extérieur, à environ 2 m du coin nord de ce bâtiment, se trouve un trou rempli de matériaux très divers : cendres et os, mobilier (bracelet, pièces de monnaies, outils variés, etc), matériaux de démolition[19], etc. Le fond de ce puits se trouve à 10,60 m, au sommet d'une couche de marne bleue et à 6,08 m au-dessus du niveau de la Save. Il ne montre aucune infiltration d'eau et est étanche, ce qui laisse supposer qu'il a servi à collecter de l'eau de pluie[20] ; mais il s'agit peut-être aussi d'un puits funéraire[21] car la partie basse est bien construite, le dépôt de cendres n'occupe que les derniers 2,60 m et ce dernier est protégé par plusieurs fermetures[22].

ProtectionModifier

La villa gallo-romaine de Lassalles a été classée « monument historique » le [2] sous le nom de villa gallo-romaine de Montmaurin. En 2010, elle est gérée par le Centre des monuments nationaux. Le site est ouvert au public et de nombreux objets retrouvés lors des fouilles (statues, monnaies, etc.) sont exposés au musée de Montmaurin.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Avant même que des fouilles soient menées, le site était très visible : « À Montmaurin, sur la rive gauche de la Save, les ruines d'une grande villa romaine constituent un ensemble imposant […] dont les murs s'élèvent encore par endroits à plus de 2 mètres au-dessus du sol[5].
  2. L'interprétation de l'abbé Couret était moins bonne : il croyait avoir affaire à un temple[8].
  3. Georges Fouet donnait en 1969 pour cette inondation une fourchette située entre 285 et 325. La Carte Archéologique de la Gaule parle seulement de la fin du IIe.
  4. a et b La chronologie proposée par Georges Fouet en 1969 a été remise en cause par les études plus récentes de Catherine Balmelle ou celles de Marc Gauthier : la rénovation daterait au plus tôt du dernier quart du IVe s., voire du début du Ve s. ; la destruction finale se situerait postérieurement au Ve siècle[10].
  5. On ne reconnaît plus la théorie de Georges Fouet concernant l'incendie final : « L'anéantissement de la villa de Montmaurin par « un grand incendie final » situé […] à la charnière des IVe-Ve siècles par G. Fouet dans la publication de 1969 a rejoint le musée des fantasmes historiographiques[11] ». S'il existe bien quelques traces de foyers épars, un incendie généralisé aurait très abîmé les mosaïques, ce qui n'est pas le cas[12].
  6. Galeria Valeria Eutropia[13] a de son premier mariage une fille, Théodora, qui épouse Constance Chlore (†306) vers 289. Théodora et Constance Chlore ont six enfants dont une fille, Eutropia II[14]. Son frère aîné Constantin est proclamé empereur en 306. Les événements entourant Rome sont confus, mais les frères d'Eutropia II finissent exilés dans la région toulousaine, probablement à Chiragan[15]. Eutropia II a-t-elle suivi ses frères en exil malgré son jeune âge à l'époque[16] ? Vers 320, elle épouse Virius Nepotianus, fils du consul de 301. Elle vit probablement à Rome à ce moment ou par la suite, car leur fils, également appelé Nepotianus, « arborant les insignes impériaux », se soulève à Rome contre Magnence en juin 350[16].

RéférencesModifier

  1. Coordonnées Géoportail
  2. a et b « Ruines de la villa gallo-romaine (Lasalles) », notice no PA00094397, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. « Site de la villa de Lassalles, carte IGN interactive » sur Géoportail.
  4. Fouet 1972, p. 83.
  5. Fouet & Labrousse 1949, p. 40.
  6. [Saint-Paul 1865] Anthyme Saint-Paul, « Excursion archéologique dans le pays de Comminges » (extrait d'une lettre adressée à M. de Caumont), Bulletin monumental, Société Française d'Archéologie, iV, vol. XXXI, no 1,‎ , p. 135-151 (lire en ligne [sur books.google.fr]), p. 139.
  7. [Fouet 1963] Georges Fouet, « La villa gallo-romaine de Montmaurin vers le milieu du IVe siècle », Revue de Comminges, vol. LXXVI,‎ , p. 121-133 (réédité dans Revue de Comminges, t. CVIII, no 3, 1993, p. 315-326).
  8. Carte archéologique de la Gaule, 31/2, p. 198-218.
  9. a et b Balty 2008, p. 149.
  10. [Stirling 2004] (en) Lea Margaret Stirling, The learned collector : mythological statuettes and classical taste in late Antique Gaul, Ann Arbor, University of Michigan Press, , 320 p. (ISBN 0-472-11433-6), p. 48-49.
  11. Carrié 2002
  12. Balmelle 2001, p. 119.
  13. « Galeria Valeria Eutropia », sur caritaspatrum.free.fr (consulté le 7 janvier 2021).
  14. Balty 2008, p. 150.
  15. « Flavia Maximiana Theodora, l'impératrice aux flancs féconds », sur caritaspatrum.free.fr (consulté le 7 janvier 2021).
  16. a et b Balty 2008, p. 151.
  17. Présentation sur montmaurin-archeo.fr.
  18. Fouet 1958, p. 158, dont fig. 23.
  19. Fouet 1958, p. 159. Voir aussi la coupe du puits p. 161, fig. 25.
  20. Fouet 1958, p. 163.
  21. Fouet 1958, p. 164.
  22. Fouet 1958, p. 165.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • [Balmelle 2001] Catherine Balmelle, Les demeures aristocratiques d'Aquitaine. Société et culture de l'Antiquité tardive dans le Sud-Ouest de la Gaule, Bordeaux-Paris, Ausonius-Aquitania, coll. « Mémoires », , 497 p., dont comptes-rendus :
    • [Carrié 2002] Jean-Michel Carrié, « Catherine Balmelle : Les demeures aristocratiques d'Aquitaine. Société et culture de l'Antiquité tardive dans le Sud-Ouest de la Gaule » (compte-rendu), Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 57, no 5,‎ , p. 1392-1394 (lire en ligne [sur persee]).  
  • [Balty 2008] Jean-Charles Balty, « Chiragan et Montmaurin, « villas impériales »? », Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. 68,‎ (lire en ligne [PDF] sur societearcheologiquedumidi.fr, consulté le 7 janvier 2021).  
    • [Lafon 2005] Xavier Lafon, « C. Balmelle, Les demeures aristocratiques d'Aquitaine. Société et culture de l'Antiquité tardive dans le Sud-Ouest de la Gaule, 2001 » (compte-rendu), Topoi. Orient-Occident, vol. 12-13, no 2,‎ , p. 785-790 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Fouet & Labrousse 1949] Georges Fouet et Michel Labrousse, « Découvertes archéologiques en Nébouzan (Haute-Garonne) de 1945 à 1948 », Gallia, vol. 7, no 1,‎ , p. 23-54 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Fouet 1958] Georges Fouet, « Puits funéraires d'Aquitaine : Vieille-Toulouse, Montmaurin », Gallia, vol. 16, no 1,‎ , p. 115-196 (lire en ligne [sur persee]).  
  • [Fouet 1969] Georges Fouet, La villa gallo-romaine de Montmaurin (Haute-Garonne) (XXe supplément à Gallia), Paris, éd. du C.N.R.S., , 392 p..
  • [Fouet 1972] Georges Fouet, « Le sanctuaire des eaux de « La Hillère » à Montmaurin (Haute-Garonne ) », Gallia, vol. 30, no 1,‎ , p. 83-126 (lire en ligne [sur persee]).
  • [Labrousse 1959] Michel Labrousse, « Recherches sur l'alimentation des populations gallo-romaines : escargots, huîtres et "fruits de mer" à Montmaurin », Pallas. Revue d'études antiques, no 8,‎ , p. 57-84 (lire en ligne [sur persee]).
  • Robert Sablayrolles et Argitxu Beyrie, Carte archéologique de la Gaule 31-2 : Le Comminges (Haute-Garonne), Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 516 p. (ISBN 978-2-87754-101-5, OCLC 173183453).

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