Utilisateur:Tricholome/Champignon

Le Pleurote en huître est plus connu pour sa partie visible et temporaire (le sporophore)...
Le Pleurote en huître est plus connu pour sa partie visible et temporaire (le sporophore)...
 
... que pour sa partie souterraine et végétative (le mycélium).
... que pour sa partie souterraine et végétative (le mycélium).

Le mot « champignon » a deux sens distincts en français, qui ne sont pas mutuellement exclusifs :

  • dans la langue courante, champignon ne désigne que le sporophore des macromycètes, c'est-à-dire la partie visible qui constitue l'appareil reproducteur des champignons « supérieurs » et dont la silhouette la plus typique a la forme d'un parasol.
  • dans un sens plus étendu, par champignons on entend tous les membres du règne fongique, c'est-à-dire des organismes vivants possédant plusieurs caractéristiques qui les distinguent, notamment, des animaux et des plantes.

L'étude des champignons s'appelle la mycologie et ceux qui la pratiquent sont les mycologues. Un herbier qui rassemble des collections de champignons s'appelle un « fungarium ».

ÉtymologieModifier

Le terme champignon vient de l'ancien français du XIIIe siècle champignuel[1] (par substitution du suffixe -on*) du bas latin campinolius[2] « petits produits des campagnes » ou « qui pousse dans les champs » (dérivé en -ŏlu de campania), lui-même issu de la racine latine campus, « campagne », qui donne le champ[3], la plaine.

Le mousseron, perçu comme poussant dans la mousse, a donné en anglais le nom générique du champignon, mushroom. La racine de ce mot semble être la mousse, mais est plus probablement l'indo-européen *meu qui l’apparente au latin muscus (« mousse »), mucus (« morve »), mucor (« moisissure ») et au grec mykès (d'où les Mycètes) désignant d'abord les champignons en général[4]. Les termes grec et latin sont ainsi une allusion possible aux champignons qui se protègent contre la dessiccation par une couche de mucus qui recouvre leur chapeau et parfois aussi leur pied, ou à la mycophobie ancestrale, les champignons étant associés aux mucosités nasales repoussantes[4].

Sens restreint en langue couranteModifier

Sens strict : le sporophoreModifier

 
Émergence de « champignons de Paris » (Agaricus bisporus) sur mycélium.
 
Exemples de « champignons » (en réalité, des sporophores de macromycètes) dans le Larousse médical de 1912.

Ce qu'on appelle couramment « champignon » n'est en fait que la « fructification » temporaire et visible, le sporophore (autrefois appelé « carpophore »), d'un organisme à caractère plus durable et plus discret, le macromycète, dont la structure habituellement filamenteuse constitue le mycélium, formé de filaments généralement invisibles à l’œil nu lorsqu'ils sont isolés. Le sporophore se présente souvent sous forme d'un pied (le stipe) portant un chapeau. D'autres silhouettes de sporophores sont bien connues : en forme de petits buissons comme les clavaires, de langues sur le tronc des arbres comme les polypores, de coupes comme les pézizes, de sphères comme les vesses-de-loup, etc.

Sens usuel : le macromycèteModifier

Le mot « champignon » est également utilisé pour décrire l'organisme à l'origine de la fructification, c'est-à-dire non seulement le sporophore, mais aussi le mycélium, ou « blanc de champignon ». Dans cette acception, on utilise également les termes de macromycète, de macrochampignon ou de champignon supérieur, qui sont plus ou moins interchangeables. Il s'agit de notions vagues, regroupant des espèces sans liens de parenté, mais qui sont fréquement utilisées dans les guides de terrain, en foresterie ou en Conservation de la nature.

S'ils sont bien connus du grand public en raison notamment de leurs usages alimentaires et médicinaux, les champignons produisant un sporophore visible à l'œil nu ne représentent que 5 à 10 % de la diversité fongique totale.

Articles connexesModifier

Sens large en mycologieModifier

En mycologie, les champignons désignent un ensemble d'organismes dont la délimitation est en constante évolution.

Les botanistes, puis les mycologues, se sont d'abord intéressés aux seuls macromycètes. Les progrès de la microscopie ont permis de découvrir d'autres organismes, pluricellulaires ou même unicellulaires, qui présentaient des similitudes de morphologie et d'écologie. Ces avancées ont peu à peu conduit à la définition d'un « règne fongique », séparé des animaux et des plantes.

Approche phénétique : la création d'un « troisième règne »Modifier

 
Organisation du vivant en cinq règnes, proposée par Whittaker en 1969, basée sur le niveau de complexité et le mode de nutrition (photosynthèse, absorption, ingestion). Bien que polyphylétique, le règne des Fungi regroupait des organismes ayant développé des caractéristiques similaires par convergence évolutive.

Depuis l'antiquité et Aristote, le vivant est divisé en deux groupes : les animaux et les plantes. Cette division est formalisée en deux « règnes » par Linné au XVIIIe siècle : l'animal, qui a le pouvoir de locomotion, et le végétal, qui possède celui de photosynthèse. Bien qu'il ne soient pas photosynthétiques, les champignons sont considérés comme des plantes en raison de leur immobilisme. L'idée qu'ils puissent former un troisième règne est émise dès la fin du XVIIIe siècle par de Necker mais n'est concretisée qu'en 1959 par Robert Harding Whittaker[5]. Il sépare les champignons des animaux et des plantes notamment par leur mode de nutrition : ingestion pour les animaux, absorption pour les champignons et photosynthèse pour les plantes.

Selon la méthode phénétique, plusieurs caractères distinctifs ont été considérés pour délimiter le règne fongique. On a ainsi décrit comme « champignons » les organismes montrant les caractéristiques suivantes (à vérifier et développer) :

  1. un mode de vie filamenteux ;
  2. une nutrition par absorbotrophie ;
  3. une hétérotrophie vis-à-vis du carbone ;
  4. une reproduction basée sur la formation de spores ;
  5. une paroi cellulaire chitineuse.

Selon ces critères, certains groupes d'organismes ont été considérés comme appartenant au règne fongique, avant d'en être exclus. On s'y réfère encore parfois comme « champignons » ou comme « pseudo-champignons » :

Approche phylogénétique : les « champignons vrais »Modifier

À partir de la fin du XXe siècle, les études phylogénétiques ont remis en question de nombreux regroupements basés sur l'approche phénétique. Dans le cas des champignons, elles ont montré qu'on avait rassemblé dans un groupe unique des organismes qui ne sont en réalité pas apparentés (polyphylétiques) et dont les traits communs sont le résultat de convergences évolutives.

Le règne fongique a été revu selon ces nouvelles informations et on l'a restreint aux seuls Eumycètes ou « champignons vrais » qui forment une lignée monophylétique.

Types de champignonsModifier

On distingue plusieurs sous-groupes sans valeur taxinomique :

Il existe par ailleurs d'autres regroupements de champignons à valeur purement descriptive :

  • les charbons sont des agents de maladies cryptogamiques formant des galles noircissantes principalement sur les céréales ;
  • les levures sont des champignons unicellulaires qui ont suivi une stratégie écologique convergente avec celle des bactéries[6] ;
  • les lichens sont organismes composites résultant d'une symbiose entre un champignon et une algue verte, voire une cyanobactérie. Ils sont classés en fonction du participant fongique et considérés comme des champignons[6].
  • les mérules sont les champignons lignivores des maisons et des charpentes ;
  • les moisissures sont des champignons filamenteux microscopiques qui créent des colonies feutrées dans les milieux humides ;
  • les oïdiums sont des champignons ascomycètes provoquant sur les plantes des maladies appelées aussi pourriture blanche ;
  • les rouilles sont des agents miscroscopiques de maladies cryptogamiques formant des macules sur les feuilles des plantes.

Aspects symboliques et culturelsModifier

Les occurences symboliques et culturelles du champignon sont principalement liées à son acception restreinte comme sporophore.

Symbolique du champignonModifier

Motif dans l'art et la littératureModifier

Expressions francophonesModifier

  • Pousser comme un champignon : grandir très vite ;
  • Une ville champignon : une ville nouvelle qui s'est développée très rapidement, à l'instar des sporophores ;
  • Appuyer sur le champignon : accélérer en actionnant la pédale d'accélérateur d'un véhicule à moteur ;
  • Un champignon atomique : nuage formé lors d'une explosion nucléaire ;
  • Né comme un champignon : (ironique) né apparemment de nulle part, comme un champignon, c'est-à-dire de père inconnu ;
  • Un accessoire de type "butée de porte" s'appelle un champignon ;
  • les butées mécaniques qui renvoient la boule au flipper sont les bumpers ou champignons en français.

Notes et référencesModifier

  1. Marcel V. Locquin - Origine des noms de champignons,Lire en ligne --- Champignons d'hier, Bull. Fédér. Mycol. Dauphiné-Savoie, 1980, no.79 pp. 4-7. --- Manuel de Mycologie générale et structurale, Masson édit. Paris, 1984.
  2. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Champignon » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  3. On trouve la trace du vieux verbe eschamper, « fuir » dans l'expression figée « prendre la poudre d'escampette » et dont témoigne aussi l'italien scampo, « fuite ».
  4. a et b René Pomerleau, Flore des champignons au Québec et régions limitrophes, Éditions la presse, , p. 87.
  5. (en) Robert H. Whittaker, « New Concepts of Kingdoms of Organisms », Science, vol. 163, no 3863,‎ , p. 150–160 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, DOI 10.1126/science.163.3863.150, lire en ligne, consulté le 29 mai 2020)
  6. a b c et d Marc-André Selosse et Guy Durrieu, « Une classification mycologique phylogénétique francophone (en 2003) », Acta Botanica Gallica, vol. 151, no 1,‎ , p. 73–102 (ISSN 1253-8078 et 2166-3408, DOI 10.1080/12538078.2004.10516022, lire en ligne, consulté le 25 mai 2020).
  7. Ph. Fr. Na. Fabre d'Églantine, Rapport fait à la Convention nationale dans la séance du 3 du second mois de la seconde année de la République Française, p. 26.