Teotihuacan

Principale ville de l'époque classique du Mexique précolombien
(Redirigé depuis Teotihuacán)

Cité préhispanique de Teotihuacan *
Image illustrative de l’article Teotihuacan
Perspective sur l'« allée des Morts » depuis la « pyramide de la Lune »
Coordonnées 19° 41′ 30″ nord, 98° 50′ 30″ ouest
Pays Drapeau du Mexique Mexique
Subdivision État de Mexico
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iii) (iv) (vi)
Numéro
d’identification
414
Zone géographique Amérique latine**
Année d’inscription 1987 (11e session)
Géolocalisation sur la carte : Mexique
(Voir situation sur carte : Mexique)
Cité préhispanique de Teotihuacan
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Teotihuacan (qui s’orthographie également Teotihuacán[1], avec un accent sur la dernière syllabe, sans que cela corresponde à la prononciation en nahuatl[2]) est un important site archéologique de la vallée de Mexico, comprenant certaines des plus grandes pyramides méso-américaines jamais construites en Amérique précolombienne. Outre ses structures pyramidales, Teotihuacan est également connue pour ses grands complexes résidentiels, son avenue centrale appelée par les archéologues « chaussée des Morts » et ses nombreuses peintures murales aux couleurs bien conservées.

La ville a probablement été construite aux environs de 200 av. J.-C., et habitée jusqu’à son abandon entre les VIe et VIIe siècles. À son apogée, dans la première moitié du Ier millénaire, à l’Époque classique, Teotihuacan était la plus grande ville de toute l’Amérique précolombienne et pourrait avoir compté plus de 200 000 habitants, étant l’une des plus grandes du monde de l’époque. La civilisation et le complexe culturel associé au site sont également désignés sous le nom de Teotihuacan ou Teotihuacán, en espagnol Teotihuacano.

Le statut de Teotihuacan comme centre d’un Empire est discuté, mais sa puissance en Mésoamérique est bien documentée et prouve l’existence d’une civilisation de Teotihuacan : son influence politique et économique peut être constatée dans de nombreux sites de l’État de Veracruz et de la région maya. L’origine ethnique des habitants de Teotihuacan fait également débat : parmi les candidats possibles, citons les peuples nahuas, otomi ou totonaques. Comme c’est souvent le cas des métropoles, il est possible que Teotihuacan ait été un État multiethnique : les fouilles archéologiques ont en effet montré que Teotihuacan comportait des quartiers distincts pour les Zapotèques, les Mixtèques ou les Mayas. Selon le chroniqueur espagnol Juan de Torquemada, les Totonaques affirmaient qu’ils en étaient les bâtisseurs[3].

La cité se trouve à l’emplacement actuel des municipalités de Teotihuacán et de San Martín de las Pirámides, situées dans l’État de Mexico au Mexique, à environ 40 kilomètres au nord-est de la ville de Mexico et couvre une superficie totale de 82,66 km2 (19° 41′ N, 98° 50′ O).

Le site a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1987. C’est l’un des sites archéologiques les plus visités du Mexique[4].

ToponymieModifier

Le nom original de la ville est inconnu, mais il apparaît dans les textes hiéroglyphiques de la région maya sous le nom de puh, ou « Lieu planté de roseaux[5] ». Cela donne à penser que les Mayas de la période classique de Teotihuacan l’ont considérée comme un endroit où poussent des roseaux semblable à d'autres colonies de la période postclassique au centre du Mexique qui prirent le nom de Tollan, comme Tula et Cholula. À l’époque moderne, le nom nahuatl de Teotihuacan désigne la cité et sa civilisation dont l’influence, à son apogée, s’étendait à la plus grande partie de la Mésoamérique.

Cette convention de nommage a suscité beaucoup de confusion au début du XXe siècle, lorsque des chercheurs se sont demandé quelle ville, Teotihuacan ou Tula, était le Tōllān décrit par les chroniques du XVIe siècle. Il semble maintenant clair que tōllān peut être compris comme un nom commun, un terme générique maya appliqué à n’importe quelle grande colonie. Dans le concept de l’urbanisme méso-américain, tōllān et ses équivalents dans d’autres langues servent de métaphore, associant les faisceaux de roseaux et de joncs qui faisaient partie de l’environnement lacustre de la vallée de Mexico à un grand rassemblement de personnes dans une ville, et pouvant être rendu par le syntagme « cité de la roselière »[6]. Tōllān désignera aussi, des siècles plus tard, la capitale toltèque Tula (Tōllān Xīcohcotitlān en nahuatl).

Les noms originels des monuments du site étant inconnus, ce sont les archéologues modernes qui les ont appelés « pyramide du Soleil », « pyramide de la Lune » ou « allée des Morts », d'après les symboles et les indices qu'il y ont découverts.

Étymologie et traductionModifier

Le nom de Teotihuacan est nahuatl, car il a été donné par les Aztèques plusieurs siècles après l’abandon de la ville.

Les sources divergent sur l’étymologie de ce nom. Sa traduction est souvent abrégée en « cité des dieux »[7],[8] car toutes les interprétations désignent un sanctuaire révéré[9] et identifient le suffixe locatif -can, généralement traduit par « lieu »[10], « endroit »[11] ou « cité »[7]. Cette translittération signifiant « lieu de naissance des dieux », refléterait les mythes de la création du monde des Nahuas qui en fixaient l’origine à Teotihuacan. Thelma Sullivan traduit ce nom par l’expression « cité de ceux qui contrôlent la route qui conduit aux dieux[12] ».

Le nom Te-ō’ti’wāka’n prononcé te.oːtiːˈwakaːn en nahuatl, avec l’accent mis sur la syllabe , donnerait, si l’accent tonique était utilisé, Teotihuácan en graphie espagnole ou Teotiwákan en graphie anglaise. En nahuatl, selon les conventions orthographiques normales, aucun accent écrit n’apparaît dans cette position. Cette prononciation et la prononciation espagnole te.otiwa’kan sont toutes deux utilisées, et les deux orthographes Teotihuacan ou Teotihuacán apparaissent dans cet article.

Dans l’hypothèse que le radical serait composé du verbe teotia signifiant « diviniser, sacraliser » et de la particule passive hua signifiant « endroit, lieu, place », on pourrait traduire Teotihuacan par « place divine, sacrée »[10]. Une autre traduction classique est « lieu des adorations » ou « lieu d'adoration »[13] (d'après l'acception « adorer (un dieu) » de teotia)[14],[15]. Si l’on découpe davantage le mot, en distinguant teo(tl) (dieu) de la ligature ti, Teotihuacan peut être traduit par « l’endroit de ceux qui ont des dieux »[11] ou « l’endroit de ceux qui adorent les dieux »[9].

Une autre étymologie décompose le nom en teo(tl) (divinité), chihua ou tchiwa (faire, agir) et can ou kan (endroit)[16] permettant les interprétations : « l’endroit où les dieux agissent » ou « l’endroit où se font les dieux »[17],[18],[19] ou encore « l’endroit où les dieux naquirent »[20].

Bernardino de Sahagún présente comme traduction une expression qui a fait fortune : « l’endroit où les dieux se réunirent ». En effet, dans la mythologie aztèque, c’est l’endroit où les dieux se réunirent pour créer le cinquième soleil : celui de notre ère. Par ailleurs, le fait que « dieu » ou « divin » se dise teo(tl) en nahuatl, theos en grec et deus en latin (le nahuatl n’ayant aucune parenté avec les deux autres) a donné lieu à de nombreuses spéculations pseudo-historiques sur d’éventuels contacts précolombiens, invérifiables en l’état actuel des recherches, entre les bâtisseurs de Teotihuacan et l’Europe antique[21]. De telles ressemblances linguistiques ont donné à un groupe minoritaire de linguistes l’idée qu’il a pu exister au paléolithique une langue originelle unique de l’humanité, alors encore peu nombreuse[22].

HistoireModifier

 
Teotihuacan et d'autres sites importants de la période classique

Origines et fondationModifier

Faute de documents écrits anciens, la fondation de Teotihuacan est mystérieuse et l'origine de ses fondateurs est débattue. Se fondant sur des textes de la période coloniale, comme le codex de Florence, les archéologues ont longtemps pensé qu'elle avait été construite par les Toltèques. Toutefois, le mot nahuatl « toltèque » signifie généralement « artisan du plus haut niveau » et ne peut pas se référer uniquement à la civilisation toltèque centrée sur Tula. De plus, la civilisation toltèque s’est épanouie des siècles après celle de Teotihuacan : ce peuple, tel qu'il était à l'époque de Tula, n'aurait donc pas pu être le fondateur de Teotihuacan dont les premiers bâtiments ont été datés des environs de 200 av. J.-C. La plus grande pyramide, la pyramide du Soleil, a été terminée vers l’an 100 apr. J.-C.[23]

La construction de la cité commença au Préclassique récent, vers 300 av. J.-C. À cette époque, le bassin de Mexico comptait deux centres importants : Cuicuilco au sud-ouest du lac Texcoco et Teotihuacan au nord-est du lac. Lorsque, vers 50 av. J.-C., le volcan Xitle ensevelit Cuicuilco, Teotihuacan devint le seul centre dominant de la vallée, s'accroissant probablement de la population déplacée par l'éruption. Ces colons pourraient avoir fondé ou accéléré la croissance de Teotihuacan[24]. La Pyramide du Soleil fut achevée en 150 apr. J.-C. La cité connut son apogée entre 150 et 450 apr. J.-C. Elle était alors le centre d'une civilisation importante. La cité s'étendait sur 30 km2 et abritait une population de plus de 150 000, voire 200 000 habitants.

Le peuple totonaque a été considéré comme fondateur possible de Teotihuacan. La culture et l'architecture de Teotihuacan ont aussi été influencées par le peuple olmèque, qui est considéré comme la « civilisation mère » de la Méso-Amérique. Ce qui est certain, c'est que Teotihuacan contrôlait les importants gisements d'obsidienne d'Otumba et Sierra de las Navajas, qu'elle exportait à des centaines de kilomètres les objets d'obsidienne que ses artisans façonnaient, et qu'elle était également un lieu d'échanges avec les autres entités politiques de Mésoamérique, notamment pour le commerce du jade, du copal, de l'onyx, de la résine aromatique de la côte du golfe du Mexique ou des plumes caudales du quetzal venues du pays maya. Il existe des preuves que parmi les habitants de Teotihuacan, certains venaient de zones influencées par la civilisation associée, qui touchait les zapotèques, les mixtèques et les mayas[25].

ApogéeModifier

La ville a atteint son apogée vers 450 apr. J.-C., lorsqu’elle se trouvait au centre d'une puissante culture dont l'influence s'étendait à travers une grande partie de la Méso-Amérique. À son apogée, la ville couvrait plus de 30 km2 et abritait probablement une population de plus de 150 000 personnes, peut-être même 250 000[26]. Divers quartiers de la ville hébergeaient des populations venues de toute la région placée sous l’influence de Teotihuacan, s'étendant au sud jusqu'au Guatemala. À noter l’absence de toute fortification et structure militaire dans la ville.

La principale avenue centrale de la cité, appelée l'« allée des morts » (Miccaotli en nahuatl) mais dont on ignore le nom originel, est aujourd'hui encore bordée d'une architecture cérémoniale impressionnante, comprenant les immenses pyramide du Soleil (la deuxième plus importante pyramide du Nouveau Monde après la grande pyramide de Cholula), pyramide de la Lune, le temple de Quetzalcoatl (en) ou temple du Serpent à plumes et de nombreux palais et temples de moindre importance.

 
Plate-forme sur l'« allée des Morts » : un exemple du style architectural Talud-tablero

La nature des interactions politiques et culturelles entre Teotihuacan et les cités de la région maya (comme ailleurs en Méso-Amérique) a été, de longue date, un sujet de débats importants. L'essentiel des échanges et des interactions se sont produits au cours des siècles écoulés depuis la période préclassique tardive jusqu’au milieu de la période classique. Les « idéologies inspirées par Teotihuacan » et sa culture ont persisté dans les centres Maya au cours de la période classique tardive, longtemps après le déclin de la ville de Teotihuacan elle-même[27]. Cependant, les chercheurs débattent encore entre eux de l’importance de l'influence de Teotihuacan et de son étendue. Certains pensent que la cité a exercé une domination directe et militaire, d'autres que l'adoption de traits « étrangers » faisait partie d'une diffusion culturelle sélective, consciente et bi-directionnelle. De nouvelles découvertes suggèrent que Teotihuacan n'était pas très différente dans ses interactions avec d'autres capitales des empires plus tardifs, comme ceux des Toltèques et des Aztèques[28],[29]. On estime que Teotihuacan a eu une influence majeure sur la civilisation Maya préclassique et classique, très probablement par la conquête de plusieurs centres et régions Mayas, y compris Tikal et la région de Petén, et par son influence sur la culture maya.

 
Plaque de jade représentant un souverain maya, retrouvée à Teotihuacan (British Museum)

Les styles architecturaux prédominant à Teotihuacan se retrouvent dans un certain nombre de sites méso-américains éloignés, ce que certains chercheurs ont interprété comme une preuve d'interactions profondes avec Teotihuacan ou d’une domination politique et militaire[30]. Un style particulier associé à Teotihuacan connu sous le nom de Talud-tablero, est une architecture dans laquelle une pente sur le côté extérieur d'une structure (Talud) est surmontée par une table rectangulaire (tablero). Les variantes de ce style générique se rencontrent dans un certain nombre de sites de la région maya, y compris Tikal, Kaminaljuyu, Copan, Becan et Oxkintok, en particulier dans le bassin de Petén et les hautes terres du centre du Guatemala[31],[32]. Le style Talud-tablero a fait sa première apparition à Teotihuacan au début de l'époque classique et il semble avoir son origine dans la région de Tlaxcala-Puebla au cours de la période préclassique[33]. Des analyses ont retracé le développement des variantes locales du style Talud-tablero sur des sites comme Tikal, où son utilisation précède l'apparition au Ve siècle de motifs iconographiques partagés par Teotihuacan. Le style Talud-tablero s’est diffusé dans toute la Méso-Amérique, à partir de la fin de la période préclassique, et non pas spécifiquement, ou seulement, par le biais de l’influence de Teotihuacan. On ne sait pas comment, ni à partir d'où, le style s’est propagé dans la région maya[33],[34].

La ville était un centre d'industrie qui abritait de nombreux potiers, bijoutiers et artisans. Teotihuacan est connue pour avoir produit un grand nombre d’artefacts en obsidienne. On ne connaît aucun texte non idéographique de cette ville existant ou ayant existé. La cité est toutefois mentionnée sur certains monuments mayas, montrant que la noblesse de Teotihuacan voyageait et contractait des alliances matrimoniales avec les potentats locaux jusqu'à Copán dans l'État actuel du Honduras. Des inscriptions mayas font référence à un individu surnommé par les archéologues anglophones « Spearthrower (= propulseur, atlatl, arme caractéristique de Teotihuacan) Owl (= hibou) », qui serait un dirigeant de Teotihuacan ayant régné près de 60 ans et qui aurait imposé ses parents comme rois de Tikal et Uaxactun[35] (dans l'État actuel du Guatemala). Ces relations étaient réciproques : on a retrouvé à Teotihuacan des objets provenant de la zone maya. Plus éclairant encore : l'analyse isotopique de trois squelettes retrouvés récemment dans une tombe de la Pyramide de la Lune a permis de déterminer qu'ils étaient originaires des Hautes-Terres mayas[36].

La majeure partie de ce que l'on peut savoir de la civilisation de Teotihuacan provient des peintures murales qui ornent le site et d'autres, telles les peintures murales de Wagner (en), qui se trouvent dans des collections particulières et les inscriptions hiéroglyphiques des Mayas décrivant leurs rencontres avec les conquérants de Teotihuacan. La réalisation de peintures murales, peut-être des dizaines de milliers, a atteint son apogée entre 450 et 650 apr. J.-C. L'art de ces peintres est resté unique en Mésoamérique. Il a été comparé à celui des peintres de la Renaissance à Florence[37].

EffondrementModifier

On croyait initialement qu'aux alentours des VIIe et VIIIe siècle, la ville avait été mise à sac et brûlée par des envahisseurs, probablement des Chichimèques. Cependant, des fouilles plus récentes semblent indiquer que l'incendie de la cité s'est limité aux structures et habitations associées avant tout à la classe dirigeante. Les taudis et les districts plus pauvres ne furent presque pas touchés. Beaucoup affirment désormais que c'est la preuve que l'incendie a été provoqué par une émeute à l'intérieur de la ville et que la théorie de l'invasion est inexacte. En effet, comme les premiers travaux archéologiques se sont focalisés sur les palais et les temples, lieux fréquentés par les élites, et que tous ces sites montraient des traces d'incendie, les archéologues en ont conclu que l'ensemble de la cité avait brûlé. Cependant, il apparaît à présent que la destruction de la cité s'est limitée aux symboles du pouvoir : certaines statues semblent avoir été méthodiquement détruites et leurs fragments dispersés.

Des indices de déclin démographique au début du VIe siècle tendent à confirmer l'hypothèse de troubles internes. Le déclin de Teotihuacan a pu être mis en corrélation avec de longues périodes de sécheresse liées au refroidissement brutal provoqué par le changement climatique de 535-536 apr. J.-C. Cette théorie du déclin écologique s’appuie sur des vestiges archéologiques qui montrent une augmentation du pourcentage des squelettes d’adolescents porteurs d’indices de malnutrition au cours du VIe siècle. Cette constatation n'est pas incompatible avec l'une des théories ci-dessus, puisque la guerre et les troubles internes peuvent également avoir augmenté les effets d'une période de sécheresse et de famine générale[38]. D’autres cités situées à proximité comme Cholula, Xochicalco et Cacaxtla se sont affrontées pour combler le vide laissé par le déclin de la puissance de Teotihuacan. Il est possible qu’ils se soient alliés contre Teotihuacan pour réduire son influence et son pouvoir. L'art et l'architecture de ces sites imitent le style de Teotihuacan, mais démontrent également un mélange éclectique de motifs et d'iconographies provenant d'autres parties de la Méso-Amérique, en particulier de la région maya.

Les défenseurs de la théorie de l'invasion s'appuient sur des peintures murales de Cacaxtla, parmi lesquelles on a trouvé une peinture de bataille représentant le glyphe de Teotihuacan sur une pyramide en flammes, symbole d'une cité conquise en Mésoamérique. Cela voudrait dire qu'il y eut une attaque contre Teotihuacan menée par les habitants de Cacaxtla. Cependant il n'était pas rare à l'époque que des potentats s'attribuent faussement une victoire.

Chronologie indicative du siteModifier

 
Principaux sites associés à la cité de Teotihuacan.

Plusieurs phases peuvent être distinguées[39] :

  • phase Patlachique (100 av. J.-C. jusque 1 apr. J.-C.) : occupation de 4 à 6 km2 ;
  • phase Tzacualli (1-150 apr. J.-C.) : début de la construction de l’allée des Morts, des pyramides du Soleil et de la Lune ; la ville occupe une superficie de 17 km2 ;
  • phase Miccaotli (150-250 apr. J.-C.) : construction de la pyramide du Serpent à plumes et de la Citadelle ; tracé d'un axe est-ouest au niveau de la Citadelle ; la ville atteint son expansion maximale : elle occupe 22,5 km2 et aurait compté environ 45 000 habitants ;
  • phase Tlamimilolpa (250-450 apr. J.-C.) : production artistique avec un haut degré esthétique ; construction de la pyramide adossée à la Pyramide du Serpent à plumes et de l'édifice des Conques emplumées ; relations avec la zone maya et la côte du Golfe du Mexique ; la population est estimée à 65 000 habitants ;
  • phase Xolalpan (450-650 apr. J.-C.) : diffusion des traits culturels de Teotihuacan à travers toute la Mésoamérique ; construction des complexes habitationnels, religieux et administratifs de Tetitla, Yayahuala, Atetelco, Tepantitla, Xolalpan, Tlamimilolpa ; augmentation de la surface d'occupation de 20,5 km2 ; la population est estimée à 85 000 ;
  • phase Metepec (650-750 apr. J.-C.) : déclin : la population ne compte plus que 70 000 habitants. Au cours de la phase Oxtipac qui suit, elle chute à 2 000 habitants.

Civilisation de TeotihuacanModifier

Diversité ethniqueModifier

Des preuves archéologiques suggèrent que Teotihuacan était une ville multi-ethnique, avec des quartiers distincts occupés par les Otomi, les Zapotèques, les Mixtèques, les Mayas et des peuples nahuas. Selon les Aztèques, les Totonaques affirmaient que c'étaient eux qui l'avaient construite, mais cette version n'a pas été corroborée par les découvertes archéologiques. En revanche, en 2001, Terrence Kaufman (en) a présenté des travaux linguistiques suggérant qu'un important groupe ethnique de Teotihuacan était apparenté sur le plan linguistique à la famille des langues totonaques et /ou mixe-zoque[40]. Selon Terrence Kaufman, cela pourrait expliquer l'influence générale des langues totonaques et mixe-zoques sur beaucoup d'autres langues méso-américaines (en). C'est cependant la langue otomi qui était la lingua franca dans la région de Teotihuacan, à la fois avant et après la période classique[41]. Il n'est donc pas possible, en l'état actuel des recherches, de préciser quel groupe culturel et ethnique était dominant à Teotihuacan et de plus, il est possible d'une part que cette prédominance (s'il y en avait une) a pu passer d'un groupe à l'autre au fil des phases, et d'autre part que tel groupe a pu prédominer dans le domaine artisanal, tel autre dans le domaine commercial, tel autre encore dans le domaine religieux et ainsi de suite[42].

 
Une peinture murale représentant un personnage qui a été identifié comme étant la grande déesse de Teotihuacán

ReligionModifier

La religion de Teotihuacan était similaire à celle des autres cultures méso-américaines. La plupart des dieux qui y étaient vénérés, étaient les mêmes, notamment le Serpent à plumes (le Quetzalcóatl aztèque) et le dieu de la pluie (le Tlaloc aztèque)[43]. Comme ailleurs en Méso-Amérique, l'architecture en pierre qui prédominait dans les cités était la pyramide ; les habitations étaient en matériaux plus légers mais périssables (adobe, végétaux). La politique et la religion ne faisaient qu'un : les chefs religieux étaient les chefs politiques de l'État[44].

Les Teotihuacans pratiquaient des sacrifices : des os humains et animaux des victimes ont été découverts lors des fouilles des pyramides de Teotihuacan. On ignore le sens exact de ces sacrifices humains mais ils ont pu avoir lieu dans le cadre d'une consécration, lorsque des bâtiments étaient construits ou agrandis, et qu'ils étaient destinés à apaiser les dieux et à assurer la prospérité de la ville. On ignore aussi l'identité des victimes mais on suppose qu'il pouvait s'agir soit d'un tribut versé par des communautés soumises, soit de guerriers ennemis capturés au combat[45]. Les victimes animales appartenaient à des espèces comme le couguar, le loup, l'aigle, le faucon, le hibou et des serpents venimeux, symbolisant peut-être des vertus ou des pouvoirs associés à telle ou telle divinité. Parmi les animaux comme parmi les hommes, certains étaient décapités, certains avaient le cœur arraché, d'autres étaient tués par plusieurs coups frappés sur la tête, et certains étaient enterrés vivants, emprisonnés dans des cages, et ces rituels de mise à mort avaient probablement aussi un sens lié à ce que l'on attendait de la divinité[46]. Les victimes pouvaient être richement parées sans que l'on sache si c'étaient avant ou après la mort[47]

La question des sacrifices humains a pendant très longtemps fasciné le public et suscité des débats au sein de la communauté scientifique. Dans le contexte du XXe siècle qui fut à la fois celui des utopies et celui des totalitarismes, chercheurs et archéologues véhiculèrent, parfois involontairement, d'une part l'image d'une civilisation prospère et idéale, d'autre part celle d'un impérialisme prédateur et cruel. Si la vision embellie de Teotihuacan perdura pendant la première moitié du siècle, de nouvelles études mirent en lumière, dans la seconde moitié su siècle, l'ampleur et la violence des pratiques sacrificielles sur des êtres humains, même si elles étaient relativement rares. Selon Georges Guille-Escuret, plusieurs découvertes majeures ont permis l'évolution des connaissances comme celle des crânes utilisés comme récipients, ou bien celle des 137 sépultures d'hommes et femmes dont la mort paraît associée à l'édification de la pyramide du serpent à plumes Quetzalcóatl[47]. Des rituels perimortem ont également été attestés par des études d'archéo-anthropologie funéraire sur les défunts, permettant d'établir des pratiques de démembrement des cadavres, de découpe ou de crémation, mais aucune preuve de cannibalisme, aucune trace de cuisson n'ayant été retrouvée[47].

Pratiques funérairesModifier

La civilisation de Teotihuacan se caractérise également par des pratiques funéraires, autres que celles des sacrifices humains. Tout d’abord, les fouilles archéologiques de la Mésoamérique ont révélé une grande variété dans les pratiques et les modes funéraires des civilisations précolombiennes. Chaque civilisation et chaque période chronologique présentent des types de sépultures et des coutumes funéraires qui les caractérisent[48]. Henri Lehmann précise que les modes d’enterrement des défunts diffèrent également selon les aires géographiques et les sites au sein d’une même sphère culturelle. À Teotihuacan, les sépultures sont majoritairement individuelles et attestent d’une pratique majoritaire d’inhumations. Les corps des défunts sont retrouvés en position allongée ou bien repliée sans prédominance majeure[48].

Les sépultures de la civilisation sont la plupart du temps accompagnées des productions issues de l’artisanat lithique et céramique. En effet, les tombes regroupent des objets variés allant des pièces d’armement comme des armes en pierre, des lames, des pointes de flèches, ainsi que des outils domestiques et fonctionnels comme des grattoirs en obsidienne et  des vases en céramique[48].

Site archéologiqueModifier

 
Maquette de Teotihuacan : au centre, l’« allée des Morts » qui en constitue l’axe nord-sud avec à son extrémité la « pyramide de la Lune », à droite la « pyramide du Soleil ».

Après son déclin et son abandon par ses habitants historiques, les ruines imposantes de Teotihuacan ont conservé la mémoire de l'existence et du prestige de cette cité. Différents occupants sont revenus sur le site : au temps des Aztèques, un pèlerinage se dirigeait vers la cité en ruines, considérée dans la mythologie aztèque comme l'endroit où aurait été créé le soleil et identifiée au mythe du premier tollan. Teotihuacan a aussi étonné les conquistadores espagnols qui s'y intéressèrent dès le XVIe siècle, notamment Bernardino de Sahagún, qui décrit ainsi ses principaux édifices : « De Tamoachan, les nouveaux colons [aztèques] allaient faire des sacrifices au lieu appelé Teotihuacan où ils élevèrent deux monticules en l'honneur du soleil et de la lune... [Ils] sont comme des montagnes élevées à main d'homme. On les dirait naturels quoiqu'ils ne le soient pas. »

Teotihuacan, qui était déjà un des lieux les plus visités du Mexique au XIXe siècle, demeure une destination prisée des touristes. Un musée y a été ouvert. Depuis 1987, le site de Teotihuacan est inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Fouilles et recherchesModifier

Vers 1675, un érudit mexicain, Carlos de Sigüenza y Gongóra procéda à des fouilles, qui préfiguraient l'archéologie scientifique. Au début du XIXe siècle, le grand voyageur Alexandre von Humboldt lui consacre un passage assez détaillé dans son ouvrage Les sites des Cordillères.

Des fouilles archéologiques furent menées à partir de 1864, notamment par le Français Désiré Charnay. En 1905, de plus importants projets de fouilles et de restauration commencèrent à l'instigation de Léopold Batres. En 1910, pour célébrer le centenaire de l'indépendance du Mexique, la Pyramide du Soleil fut restaurée. Les fouilles de la Ciudadela ont été menées dans les années 1920, sous la supervision de Manuel Gamio. Sigvald Linné dirige des fouilles du site en 1932. D'autres parties du site ont été fouillées dans les années 40 et 50. Le premier projet de fouilles d'ensemble et de restauration du site a été mené par l’INAH de 1960 à 1965 sous la direction de Jorge Acosta. Il a eu pour objectifs le dégagement de la chaussée des morts, la consolidation des structures qui le composent, et l'excavation du Palais de Quetzalpapálotl (en).

Des fouilles archéologiques continuent de nos jours afin d'améliorer la connaissance de la civilisation de Teotihuacan. Parmi les travaux majeurs sur le site figure le Teotihuacan Mapping Project : à partir de 1962, sur la base de photographies aériennes et de relevés topographiques, René Millon entreprend de dresser une carte à l'échelle de 1/2000 de la cité, qui demeure la référence en la matière.

Lors de la création d'un spectacle son et lumière en 1971, les intervenants ont découvert l'entrée d'un tunnel et un réseau de grottes sous la « Pyramide du Soleil »[49]. Bien que les chercheurs aient longtemps pensé qu'il s'agissait d'une grotte naturelle, les études les plus récentes ont établi que le tunnel avait été entièrement creusé par l’homme[50]. L'intérieur de la pyramide du Soleil n'a toujours pas été entièrement fouillé.

En 1980-1982, un autre programme de fouilles et de restauration s’est déroulé à la « Pyramide du Serpent à plumes » et au complexe de l'« allée des Morts ». Plus récemment, une série de fouilles de la pyramide de la Lune a considérablement élargi la connaissance des pratiques culturelles.

Disposition du site et urbanismeModifier

 
Masque lithique en pierre découvert à Teotihuacan, IIIe – VIIe siècle

Le site archéologique de Teotihuacan couvre une superficie de 25 km2, dont seuls 2 % ont fait l'objet de fouilles systématiques[51]. Il est orienté nord-sud avec une déviation de 15° 50' vers l'est. Une théorie avance que cela est dû au fait que le soleil se levait selon ce même angle pendant la même journée d’été chaque année. Les colons utilisaient l'alignement pour calibrer leur perception du temps ou comme marqueur pour la plantation des cultures ou pour accomplir certains rituels. Une autre théorie serait qu'il existe de nombreux sites antiques en Méso-Amérique, qui semblent être orientés vers la plus haute montagne d’une zone donnée. Cela semble être le cas à Teotihuacan, bien que la montagne vers laquelle la cité est orientée ne soit pas visible de l'intérieur du complexe de Teotihuacan en raison d'une étroite crête de montagne[52]. Des cercles de croix placées dans la ville et la région proche indiquent comment les gens ont réussi à maintenir la trame urbaine sur de longues distances. Il leur a également permis d'orienter les pyramides vers la montagne lointaine qui était hors de vue. Sous la forme qui se présente à nous, la cité est divisée en quatre quadrants par deux grandes artères qui se coupent à l'emplacement de la « Citadelle » et du « Grand Ensemble ». D'un point de vue religieux, cette disposition constitue un cosmogramme, c'est-à-dire la représentation symbolique du monde sur un plan horizontal, ici à l'échelle d'une ville, avec en son centre un bâtiment qui en constitue le pivot, l'axe vertical. On retrouve une telle disposition à Tenochtitlan, la capitale des Aztèques.

La ville est dessinée à partir d'un axe central, l'« allée des Morts » (traduction de son nom nahuatl Miccoatli) qui traverse le site du nord au sud sur une perspective d'environ quatre kilomètres et d'environ quatre-vingt dix mètres dans sa plus grande largeur, avec au nord la « pyramide de la Lune », au sud le quadrilatère de la « Citadelle » et à mi-chemin, la plus haute structure de la ville, la « pyramide du Soleil ». De part et d'autre de l'« allée des Morts » se dressent de nombreux temples consacrés aux dieux secondaires.

Pyramide du SoleilModifier

 
« Pyramide du Soleil » à Teotihuacan

À l'origine de sa construction se trouve une grotte d'origine volcanique longue d'une centaine de mètres[53]. Il convient de rappeler que les grottes jouent un rôle important dans les religions mésoaméricaines : elles sont un symbole de fertilité, le lieu d'émergence de l'homme, mais aussi un accès à l'inframonde, celui de la mort. Le soin avec lequel cette cavité a été aménagée témoigne de l'importance que les Teotihuacanos lui attachaient. La pyramide du Soleil, construite au-dessus de la grotte, comporte cinq degrés en talus. Haute de 65 mètres, elle forme approximativement un carré de 225 mètres de côté, dont le volume totalise plus d'un million de mètres cubes. La « pyramide du Soleil » est la deuxième en taille du Nouveau Monde, après la Grande Pyramide de Cholula. Contrairement à beaucoup d'autres pyramides mésoaméricaines, elle a, pour l'essentiel, été construite d'un jet. Son avant-corps constitue la principale adjonction ultérieure. Le temple qui occupait son sommet a disparu.

Allée des MortsModifier

 
Peinture murale du complexe de Tepantitla représentant un joueur de balle

Parallèlement à la façade ouest de la « pyramide du Soleil » court l'artère principale de Teotihuacan, que les Aztèques appelaient déjà Miccaotli : l'Allée des Morts, car ils croyaient que les monuments qui la longeaient étaient des tombeaux[54]. À présent, les chercheurs ont établi qu’il s’agissait de plates-formes cérémonielles (de style Talud-tablero) complétées par des temples. Sa largeur peut varier considérablement, de 40 à 95 mètres. Elle est entrecoupée de marches et de paliers. On pense que certaines sections de l'Allée des Morts auraient pu servir de terrains de jeu de balle : en effet, bien qu'il existe des témoignages — essentiellement des peintures murales — que le jeu était bien pratiqué à Teotihuacan, on n'a jamais retrouvé de terrain semblable à ceux d'autres régions de la Mésoamérique[55].

Pyramide de la LuneModifier

 
« Pyramide de la Lune »

Vers le nord, l'allée des Morts mène à la pyramide de la Lune haute de 46 mètres[56], derrière laquelle se profile un ancien volcan, le Cerro Gordo. Devant l'édifice se trouve la place de la Lune, longée par des plates-formes qui répondent à une symétrie rigoureuse.

Les fouilles menées en 1998 ont permis de vérifier que, contrairement à la « pyramide du Soleil » et à l'instar de nombreuses autres pyramides mésoaméricaines, elle est le résultat de la superposition de plusieurs monuments : les archéologues ont dénombré pas moins de sept phases de construction[57]. En creusant des tunnels dans la pyramide, les archéologues Subiro Sugiyama et Rubén Cabrera Castro ont découvert une tombe correspondant à la quatrième phase. Elle contenait le corps d'un individu probablement sacrifié accompagné d'un dépôt d'offrandes : objets divers en jade, obsidienne, pyrite ainsi que des restes d'animaux, notamment des pumas et un loup qui auraient été enterrés vivants. Quatre autres individus auraient été sacrifiés lors de cinquième phase : la position de leurs mains semble indiquer qu'elles auraient été liées dans le dos. Esther Pasztory a émis l'hypothèse que la pyramide du Soleil était dédiée à la « Grande Déesse » de Teotihuacan, tandis que la pyramide de la Lune aurait été dédiée au « Dieu de l'Orage », mais reconnaît volontiers que ce pourrait être l'inverse, ou même ni l'un ni l'autre.

Il a été établi que ces pyramides successives ont été érigées tous les 52 ans, cycle qui correspond au retour du calendrier religieux (260 jours) sur les mêmes jours du calendrier terrestre (365 jours)[58].

CitadelleModifier

 
Maquette de la Citadelle.
 
L'intérieur de la Citadelle avec le temple de Quetzalcóatl.
 
Décor sculpté du temple du Serpent à Plumes.
 
Quelques-uns des squelettes retrouvés sous et autour de la Pyramide du Serpent à plumes.

En empruntant l'« allée des Morts » vers le sud, à l'intersection avec la grande artère est-ouest, se dresse un immense complexe que les archéologues appellent « la Citadelle ». L'ensemble occupe une surface de 160 000 m2 et forme une enceinte de 400 mètres de côté, qui lui donne l'apparence d'une citadelle, bien qu'elle n'ait aucune fonction de défense. L'enceinte délimite une esplanade au fond de laquelle se dresse le Temple du Serpent à Plumes, parfois encore appelé temple de Quetzalcoatl. Il est flanqué de deux complexes d'habitations. Le temple du Serpent à Plumes est une pyramide à sept degrés en talud-tablero, construite vers 150[59]. Par la suite, on lui a adjoint sur sa façade occidentale un avant-corps (adosada en espagnol) qui, en dissimulant ce côté de la pyramide, assurait la préservation de son décor, les autres côtés ayant été volontairement détruits. Cette décoration en haut-relief des talud-tableros, est spécifique à Teotihuacan[60]. Les talus sont ornés de serpents à plumes ondulants. Sur les panneaux verticaux des têtes de reptiles jaillissant d'une collerette de plumes alternent avec des sculptures difficilement définissables, d'allure géométrique. À cause de leurs « yeux cerclés », elles ont souvent été identifiées[61] — à tort[62] — avec la divinité aztèque Tlaloc. L'archéologue Saburo Sugiyama les considère comme des représentations de coiffures. De nombreux auteurs parlent de « coiffures de Serpents guerriers[63] ». Le Temple du Serpent à plumes est la dernière des grandes structures à avoir été édifiées à Teotihuacan[64]. Elle a requis la mise en œuvre de moyens considérables : chaque tête de serpent, fixée par un tenon, ne pèse pas moins de quatre tonnes. À l'époque de sa splendeur, ces sculptures étaient peintes, comme on peut l'apprécier sur la reconstitution présentée au musée national d'anthropologie de Mexico.

Lors des fouilles effectuées à la fin du XXe siècle, on a découvert sous et autour de la pyramide un grand nombre de squelettes. Dans leur majorité, il s'agit d'individus jeunes, de sexe masculin, dont la position des mains, croisées derrière le dos, semble indiquer qu'elles étaient liées et qu'il s'agit de victimes de sacrifices humains[65].

En 2003, les archéologues Sergio Gómez et Julie Gazola ont découvert un tunnel vieux de 1 800 ans et de 100 m de long sous le temple du Serpent à plumes[66] ; il conduit à une série de galeries et chambres qui sont taillées à même la roche[67]. Ce tunnel a été exploré en 2010 à l'aide d'un robot muni de deux caméras[66]. Depuis cette date, il continue d'être fouillé afin d'accéder aux chambres qui ont été détectées.

Menaces liées au développementModifier

Le site archéologique de Teotihuacan est menacé par la pression du développement. En 2004, le gouverneur de l’État de Mexico, Arturo Montiel, a donné l’autorisation à Wal-Mart de construire un grand magasin dans la troisième zone archéologique du site[68]. Selon Counterpunch.org, « des artefacts inestimables découverts au cours de la construction du magasin auraient été transportés par camion dans une décharge locale et les travailleurs les auraient brûlés quand le carnage a été révélé à la presse ».

Plus récemment, Teotihuacan est devenu le centre d’une controverse à propos de Resplandor Teotihuacano[69], un spectacle son et lumière qui, selon Statesman.com « prévoyait de grandes structures métalliques, 2500 projecteurs et trois kilomètres de câbles[70] ».

GalerieModifier

Notes et référencesModifier

  1. Archéologie et arts précolombiens : La Mésoamérique
  2. Emmanuel Noyola, « ¿Teotihuacan o Teotihuacán? », Letras Libres,‎ (lire en ligne).
  3. Michael D. Coe & Rex Koontz, Mexico from the Olmecs to the Aztecs, Thames & Hudson (5e édition), p. 119
  4. Teotihuacan a été le site culturel le plus visité du Mexique en 2013 avec 2 323 658 visiteurs ((es) INAH, El INAH obtuvo récord histórico de visitantes: más de 21 millones acudieron a museos y zonas arqueológicas durante 2013, 6 février 2014).
  5. Mathews and Schele (1997, p. 39).
  6. Miller and Taube (1993, p. 170)
  7. a et b Laurette Séjourné, Teotihuacan, métropole de l'Amérique, Maspero, , 318 p.
  8. Historia sinóptica de México: De los Olmecas a Salinas, Editorial Diana,
  9. a et b Miguel León Portilla, De Teotihuacán a los aztecas: Antología de fuentes e interpretaciones históricas, Université nationale autonome du Mexique, , 611 p. (ISBN 9685805938, lire en ligne)
  10. a et b Birgitta Leander, Herencia cultural del mundo náhuatl, SepSetentas, 258 p.
    « composé du verbe teotia (diviniser), de la particule passive -hua et du locatif -can » (chap. Toponímicos).
  11. a et b Jacqueline de Durand-Forest, Danièle Dehouve et Éric Roulet, Parlons nahuatl: la langue des Aztèques, L'Harmattan, , 346 p. (ISBN 2738485456)
    « Teotihuacan =l'endroit de ceux qui ont des dieux » (p.292).
  12. Millon (1993, p. 34)
  13. Janet Catherine Berlo, Art, ideology, and the city of Teotihuacan, Dumbarton Oaks, (ISBN 0884022056), 359
  14. Léon Douay, Nouvelles recherches philologiques sur l'antiquité américaine, J. Maisonneuve, , 57.
  15. Rémi Siméon, Diccionario de la lengua nahuatl o mexicana, Siglo XXI, (ISBN 968230573X), 490.
  16. Nahuatl, cours de Genaro Medina Ramos : « Teo-tihua-can : teotl (dios) + chihua (hacer) + can (lugar) ⇒ Teo-tihua-can (un lugar donde se endiosa a uno) » (p. 53).
  17. Dictionnaire de la langue nahuatl classique
  18. Eduardo Matos-Moctezuma, Teotihuacan : la cité des dieux, éd. du CNRS, p. 9
  19. Antonio Aimi, Les Mayas et les Aztèques, Hazan, , 246 p.
  20. F. Bernardino de Sahagún, Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne, éd. FM/La Découverte, p. 69, note de bas de page.
  21. Thomas Diana, Une forme d'histoire alternative... la pseudo-histoire, , 50 p.
  22. Merritt Ruhlen : [1].
  23. Millon (1993, p.24)
  24. Éric Taladoire & Brigitte Faugère-Kalfon, Archéologie et art précolombiens : la Mésoamérique, École du Louvre, p. 51
  25. É. Taladoire et B. Faugère-Kalfon, Op. cit.
  26. Malmström (1978, p. 105) estime le nombre d'habitants entre 50.000 et 200.000 ; Coe et al. (1986) entre 125.000 et 250.000.
  27. Braswell 2003, p. 7.
  28. (en) « Mexico's Pyramid of Death », National Geographic, (consulté le 26 février 2008)
  29. (en) « Sacrificial Burial Deepens Mystery At Teotihuacan, But Confirms The City's Militarism », ScienceDaily, (consulté le 26 février 2008)
  30. Se référer par exemple à Cheek (1977, passim.), qui soutient que la plus grande part de l'influence de Teotihuacan provient directement de conquêtes militaires.
  31. Laporte (2003, p. 205)
  32. Varela Torrecilla et Braswell 2003, p. 261.
  33. a et b Braswell 2003, p. 11.
  34. For the analysis at Tikal, see Laporte (2003, p. 200–205)
  35. Simon Martin & Nikolai Grube, Chronicle of the Maya Kings and queens, Thames & Hudson, p. 31
  36. Virginia M. Fields & Dorie Reents-Budet (Éd.), Lords of Creation: The origins of Sacred Maya Kingship, Scala publishers Ltd, 2005, p. 235
  37. Davies, p. 78.
  38. Kaufman (2001, p.4)
  39. Eduardo Matos-Moctezuma, Teotihuacan. La cité des dieux, CNRS Éditions, p. 82-87
  40. Terrence Kaufman, "Nawa linguistic prehistory", SUNY Albany
  41. Wright Carr, David Charles, « El papel de los otomies en las culturas del altiplano central 5000 a.C - 1650 d.C », Arqueología mexicana, vol. XIII, no 73,‎ , p. 19 (es)
  42. Eduardo Matos-Moctezuma, Op. cit.
  43. Coe (1994), p. 101.
  44. Sugiyama: 111
  45. Coe (1994), p. 98.
  46. Sugiyama: 109, 111
  47. a b et c Georges Guille-Escuret, Une civilisation paradoxale ? Sociologie comparée du cannibalisme : ennemis intimes et absorptions équivoques en Amérique, Paris, Presses Universitaires de France, (lire en ligne), p. 151-234.
  48. a b et c Henri Lehmann, « L'aire mésoaméricaine », Les civilisations précolombiennes, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « Que sais-je ? , Cairn », (lire en ligne), p.21-73.
  49. Heyden (1975, p. 131)
  50. Šprajc (2000, p. 410)
  51. Kathleen Berry & Esther Pasztory (Éd.), Teotihuacan. Art from the City of the Gods, Thames & Hudson, p. 118
  52. (en) « Teotihuacan History »
  53. Susan Toby Evans, Ancient Mexico and Central America. Archeology and Cultural History, Thames & Hudson, p. 255
  54. Kathleen Berry & Esther Pasztory (Éd.), Teotihuacan. Art from the City of the gods, Thames & Hudson, p. 159
  55. Henri Stierlin, L'Art aztèque et ses origines, Éditions du Seuil, p. 43
  56. Crónica Del Undécimo Congreso Internacional de Americanistas, BiblioBazaar, LLC, 2009, chapitre XXIII, « La excursión a Teotihuacán », p.165 (ISBN 111367265X).
  57. Michael D. Coe & Rex Koontz, Mexico from the Olmecs to the Aztecs (5e éd.), Thames & Hudson, p. 108
  58. Teotihuacan, citée des Dieux - Connaissances des arts, musée du quai Branly - Paris, 2009 - (ISSN 1242-9198) - page 8.
  59. Éric Taladoire & Brigitte Faugère-Kalfon, op. cit., p. 113
  60. Kathleen Berrin & Esther Pasztory, op. cit., p. 76
  61. Henri Stierlin, L'art aztèque et ses origines, Seuil, 1986, p. 40
  62. Mary Miller & Karl Taube, The gods and symbols of ancient Mexico and the Maya, Thames & Hudson, p. 162
  63. Michael D. Coe & Rex Koontz, op. cit., p. 108 ; Mary Ellen Miller, L'Art précolombien, la Mésoamérique, Thames & Hudson, 1997, p. 70 ; Antonio Aimi, Les Mayas et les Aztèques, Hazan, 2009, p. 250
  64. Michael D. Ce & Rex Koontz, op. cit., p. 108
  65. Saburo Sugiyama, Human Sacrifice, Militarism, and Rulership: Materialization of State Ideology at the Feathered Serpent Pyramid, Teotihuacan, Cambridge University Press, 2005, p. 109
  66. a et b « Robot capta primeras imágenes de túnel teotihuacano », sur inah.gob.mx, INAH (consulté le 11 février 2012).
  67. http://universes-in-universe.org/eng/art/america/mexico/tour/teotihuacan_tunnel
  68. (en) Ross, John, « The World's Most Remarkable Buildings Under Threat », Counterpunch.org Weekend Edition,‎ 27 février-1er mars 2009 (lire en ligne)
  69. « http://www.resplandorteotihuacano.com/ »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le 1er avril 2013)
  70. (en) Schwartz, Jeremy, « Light and sound show threatens to damage Teotihuacan pyramids », Statesman.com,‎ (lire en ligne)

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

(en) Saburo Sugiyama, Governance and Polity at Classic Teotihuacan; in Julia Ann Hendon, Rosemary A. Joyce, "Mesoamerican archaeology", Wiley-Blackwell,
  • (en) Ivan Šprajc, « Astronomical Alignments at Teotihuacan, Mexico », Latin American Antiquity, Washington, DC, Society for American Archaeology, vol. 11, no 4,‎ , p. 403–415 (DOI 10.2307/972004)
  • Karl A. Taube, The Writing System of Ancient Teotihuacan, Barnardsville, NC, Center for Ancient American Studies, coll. « Ancient America series #1 », (OCLC 44992821, lire en ligne)
  • Carmen Varela Torrecilla et Geoffrey E. Braswell, The Maya and Teotihuacan: Reinterpreting Early Classic Interaction, Austin, University of Texas Press, , 249–272 p. (ISBN 0-292-70587-5, OCLC 49936017)
  • (en) Muriel Porter Weaver, The Aztecs, Maya, and Their Predecessors: Archaeology of Mesoamerica, San Diego, Academic Press, , 3e éd. (ISBN 978-0-01-263999-3, LCCN 92015524)
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  • Aude de Tocqueville et Karin Doering-Froger, Atlas des cités perdues, Arthaud, , 143 p. (ISBN 9782081314689), p. 54

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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