Stanisław Wyspiański

artiste polonais

Stanisław Mateusz Ignacy Wyspiański, né le à Cracovie et mort le dans la même ville, est un artiste total ː peintre, dessinateur, poète, dramaturge, scénographe, designer et metteur en scène polonais. Figure de proue du mouvement Jeune Pologne, il est l'un des artistes européens les plus prolifiques et remarquables de son époque. Il est également un grand réformateur de la scène polonaise de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Stanisław Wyspiański
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Stanisław Wyspiański
Naissance
Décès
(à 38 ans)
Cracovie
Sépulture
Nom de naissance
Stanisław WyspiańskiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Lieux de travail
Mouvement
Père
Franciszek Wyspiański (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
signature de Stanisław Wyspiański
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BiographieModifier

 
Vitrail Création du monde à l'Eglise des Franciscains à Cracovie

Fils de Franciszek Wyspiański, et de Maria, née Rogowska, Stanisław Wyspiański est né en 1869 à Cracovie, alors sous l'occupation autrichienne. À l'âge de sept ans, il perd sa mère emportée par la tuberculose et comme son père, un modeste sculpteur, éprouve une difficulté à s'occuper de lui, en 1880, le jeune Stanisław est placé chez son oncle Kazimierz Stankiewicz et sa femme Janina. Le couple n'a pas d'enfants et le traite comme leur propre fils[1].

Les Stankiewicz sont des gens très cultivés. Jan Matejko, Józef Szujski, Karol Estreicher et Władysław Łuszczkiewicz sont des habitués de la maison et Wyspiański y reçoit une très solide éducation. Au lycée Sainte-Anne où il obtient son baccalauréat en 1887, il fait connaissance et se lie d’amitié avec Józef Mehoffer, Lucjan Rydel, Stanisław Estreicher, Henryk Opieński et Jerzy Żuławski.

Wyspiański suit des cours à l'Université Jagellonne et à l'École des beaux-arts de Cracovie, dirigé par Jan Matejko. Le vieux professeur confie à son jeune et talentueux étudiant la participation à la réalisation des polychromies de l'Église Mariacki de Cracovie, alors en rénovation.

De 1890 à 1894, Wyspiański voyage et travaille à l'étranger. Il visite l’Italie du Nord, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse.

En bénéficiant d’une bourse de l’École des Beaux-arts de Cracovie, il séjourne aussi en France où il étudie avec son ami Józef Mehoffer à l'Académie Colarossi. Il y rencontre Władysław Ślewiński, Paul Gauguin et les Nabis et reste sous une grande influence de la peinture de Pierre Puvis de Chavannes. Il s'intéresse également au théâtre et fréquente la Comédie-Française et l'Opéra parisienne.

De retour en Pologne, Wyspiański s'installe à Cracovie - qu'il ne quittera plus - et collabore à la revue moderniste Życie de Stanisław Przybyszewski et réalise des vitraux pour l'église des Franciscains à Cracovie, qui sont considérés aujourd'hui comme les plus beaux vitraux de l'époque de la Jeune Pologne. Il s'agit de St François, Salomé et des quatre éléments le tout entouré de la polychromie de motifs floraux aux couleurs très intenses, éclairés de rayons de soleil qui redonne au lieu une dimension mystique. Le plus célèbre vitrail de Wyspiański dans cette église est celui de la nef principale, placé au-dessous de la porte d'entrée ː " Création du monde".

C'est en travaillant sur la polychrome des Franciscains que Wyspiański rencontre sa future épouse - Teodora Teofila Pytko. Cette simple paysanne y travaille comme assistante maçon. Wyspiański l'épousera en 1900 et le couple aura trois enfants mais pour la famille de Wyspiański ce mariage est une mésalliance et elle rompt les relations avec le jeune couple[2].

Wyspiański remporte le prix de l'Académie de Cracovie pour les paysages avec le tertre Kościuszko et poursuit son travail dans le domaine des vitraux. Apollo entravé, le vitrail de l'escalier du siège de l'Association des médecins de Cracovie fait partie de ses plus belles œuvres[3].

En 1898, Wyspiański apprend qu'il est atteint de syphilis, une maladie dégénérative et incurable à l'époque. Il vit désormais avec un spectre d'une mort imminente. Il crée à la hâte et ne peut plus entreprendre des travaux nécessitant un effort physique. À cela s'ajoute un souci d'argent permanent. Sa passion du pastel est aussi partiellement dictée par une facteur économique ː un portrait au pastel est beaucoup moins cher qu'une peinture à l'huile du même format, et si un portrait à l'huile nécessite une semaine de travail, un pastel ne demande que quelques heures. L'artiste fait des portraits de commande mais peint aussi son entourage : son épouse, ses enfants, les amis Lucjan Rydel, Stanisław et Dogma Przybyszewski, Jacek Malczewski. Il adore dessiner des portraits d'enfants et exécute plusieurs autoportraits.

Il travaille également pour le nouveau Théâtre municipal de Cracovie pour lequel il conçoit le mobilier et la scénographie pour les représentations théâtrales. Plus tard, il y mettra en scène ses propres spectacles mais aussi les plus grands œuvres du répertoire polonais.

Il fait ses débuts en tant que dramaturge et metteur en scène en novembre 1898 avec La Varsovienne sur l'insurrection polonaise de 1830. L’artiste pense au-delà du texte et compose l'espace avec précision et la scénographie joue un rôle crucial dans la création de l'ensemble. Les fenêtres placées dans la paroi arrière de la scène dirigent l'attention des personnages du drame et des téléspectateurs sur ce qui se passe dans les profondeurs, hors de la scène. Wyspiański crée également un décor original, blanc-noir-or, dont le clavicorde et le buste de Napoléon placés au centre de la scène participent à l'action. La chanson-titre La Varsovienne est un leitmotiv et l'un des principaux héros du drame. La pièce a sa première le 2 juillet 1901 au Théâtre de Lwów avec la célèbre Helena Modrzejewska dans le rôle Maria. Wyspiański lui consacrera l'un des plus beaux poèmes de la littérature polonaise sur l'art de jouer, publié dans l'Étude de "Hamlet" en 1905[4].

Wyspiański révolutionne et rénove entièrement le théâtre polonais, qu'il rêve total « immense, intégrant toutes les formes d'expression artistique ». Il est également conscient du rôle que joue l'art dans la formation de l'imaginaire collectif. De son riche et audacieux héritage scénique se détachent surtout deux pièces ː Les Noces et La Délivrance.

Le drame Les Noces (1901) est inspiré par le mariage de son ami Lucjan Rydel qui épouse, comme lui, une paysanne, Jadwiga Mikołajczykówna, sœur cadette de la femme du peintre Włodzimierz Tetmajer[5]. Au mariage, les bourgeois, les bohémiens et les villageois se mêlent sans se comprendre. Le drame montre une image amère de la société polonaise impuissante, victime d'un triple esclavage ː de l'oppression politique, de l'inertie de la tradition nationale et de l'attitude sceptique et attentiste de l'intelligentsia. Satire des intellectuels naïfs et décadents et des bourgeois mesquins et démystification du paysan idéalisé, les Noces mélange de la réalité, du symbole et du rêve[6]. Pour la première fois dans le théâtre polonais, tous les éléments artistiques la composition scénique - les décors, le mouvement des acteurs, la musique et la lumière - concourent à créer et moduler l'ambiance et participent à la construction de la tension dramatique. La dernière scène est conçue comme une symbolique et poignante image du cinéma muet où seuls le mouvement et la mélodie expriment interpellent les spectateurs. Publié en avril 1901 à Cracovie, le drame devint immédiatement l'objet de nombreuses analyses et discussions. La censure russe interdit la vente et la représentation de la pièce dans la partie polonaise occupée par l'empire tsariste.

Après le succès Des Noces, Wyspiański s'attaque au monument de la littérature romantique polonaise - Des Aïeux d'Adam Mickiewicz. Le spectacle qui a sa première le 31 octobre 1901 est la première mise en scène du drame au théâtre et le premier exemple dans l'histoire du théâtre polonais d'une mise en scène créative d'un drame romantique. Au cours des vingt années suivantes, le drame de Mickiewicz dans l'adaptation de Wyspiański est joué dans les théâtres de toute la Pologne. Ce spectacle marque la naissance d'une mise en scène moderne.

La Délivrance (1903) revient sur le sujet de l'insurrection de novembre 1830 avec une amère réflexion sur le destin national. Dans ce drame, le personnage principale, Konrad, porte le même nom que le héros des Aïeux de Mickiewicz. Il doit affronter la Muse, le Génie, le Primat et le Vieillard dans un combat d'images où vingt masques qui sont les qualités et les défauts de la Pologne historique viennent l'un après l'autre tenter ou effrayer le héros.

En 1905, Wyspiański est élu au Conseil municipal de Cracovie, mais sa santé se détériore gravement.

Peu de temps avant sa mort, il déménage avec sa famille au village de Węgrzyce près de Cracovie, où ses amis et admirateurs de son talent ː Stefan Żeromski, Władysław Reymont, Leopold Staff, Irena Solska lui rendent visite. Son dernier drame Zygmunt August est écrit par sa tante, car le poète ne peut plus tenir un crayon dans sa main. Il meurt le 28 novembre 1907 dans la maison de soins du docteur Maksymilian Rutkowski et ses funérailles sont un jour de deuil national. Wyspiański est enterré dans la crypte des Grands Hommes de l’église de Skałka.

Œuvre dramatique[7]Modifier

  • 1987 ː Meleagre, Légende I
  • 1898 ː Varsovienne
  • 1899 ː Protesilas i Laodamia Malédiction, Lelewel
  • 1900 ː Legion
  • 1901 ː Légende II, Nuit de novembre, Les Noces la pièce est portée à l'écran par Andrzej Wajda en 1973 (Les Noces)
  • 1903 ː Bolesław le Hardi, Achilleis, Délivrance
  • 1904 ː Akropolis,
  • 1906 ː Skalka
  • 1907 ː Les juges, Retour d'Ulysse

Galerie de peinturesModifier

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Maria Prussak, « Stanisław Wyspiański », sur culture.pl,
  2. Agata Szwedowicz, « Stanisław Wyspiański (1869-1907) », sur dzieje.pl,
  3. Itzhak Goldberg, « Les mille facettes de l’œuvre de Wyspianski », sur lejournaldesarts.fr, Le Journal des Arts,
  4. « Stanisław Wyspiański, Dramatopisarz, poeta, inscenizator, twórca nowoczesnego teatru polskiego. », sur encyklopediateatru.pl, Słownik biograficzny teatru polskiego 1765–1965
  5. Katia Vandenborre, « Analyse comparative de la féerie chez Maeterlinck et Wyspiański. La Noce face au premier théâtre de Maeterlinck », Trans - revue de littérature générale et comparée, vol. 8,‎
  6. Jean-Pierre Thibaudat, « Wyspiański, un siècle des Noces », sur next.liberation.fr, Liberation,
  7. Marta Romanowska, « Kalendarium życia i twórczości Stanisława Wyspiańskiego », sur culture.pl

Liens externesModifier