Siluro a Lenta Corsa

Siluro a Lenta Corsa
Image illustrative de l’article Siluro a Lenta Corsa
Exemplaire d'un SLC exposé à Taormine (Sicile).
Autres noms Maiale
Type Sous-marin de poche
Propulseur de plongée
Histoire
A servi dans Flag of Italy (1861-1946) crowned.svg Regia Marina
Chantier naval La Spezia
Lancement À partir de 1935
Équipage
Équipage 2 nageurs de combat
Caractéristiques techniques
Longueur 6,70 mètres à 7,30 mètres
Maître-bau 0,53 mètres
Tonnage 2 200 kg
Propulsion 1 moteur électrique à 4 vitesses suspendu élastiquement
Puissance 1,6 ch
Vitesse 3 miles nautique en plongée
Profondeur 15 à 30 mètres
Caractéristiques militaires
Armement Ogive détachable contenant 230 à 250 kg d'explosif
Rayon d'action 15 miles en vitesse de croisière de 2,3 miles nautique

Le Siluro a Lenta Corsa, abrégé en SLC, plus connu sous le nom de « Maiale » (cochon), est un propulseur de plongée à la forme semblable d'une torpille conçu par deux officiers italiens à la fin des années 1920.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été utilisé par la flottille de la Xe Flottiglia MAS de la marine italienne afin de mener des actions de sabotage contre des navires ennemis, souvent ancrés dans des ports défendus militairement.

ConceptionModifier

Le sous-marin de poche a été conçu d'après la torpille humaine mignatta (sangsue), créé par Raffaele Rossetti durant la Première Guerre mondiale. Le , le cuirassé de 21 370 tonnes de la Marine austro-hongroise  Viribus Unitis est coulé par des plongeurs italiens véhiculés par l'une des torpilles humaines mignatta dans le port de Pula[1].

En 1929, deux officiers (ingénieurs de formation) Tesei et Toschi proposent à leur hiérarchie de mettre en œuvre des torpilles humaines pour pouvoir lancer des attaques contre la flotte britannique si une guerre arrivait[1]. L’idée a été rapidement acceptée et un petit groupe d’une vingtaine de personnes s’est mis au travail dans le plus grand secret. Les prototypes ont été évalués avec des résultats des plus prometteurs. Avec la fin de la campagne d’Éthiopie, la tension internationale est retombée et la paix semblait à nouveau rétablie. L’intérêt du Corpo del genio navale diminua, le projet fut arrêté et oublié pendant un an et demi[2].

En 1937, la possibilité d’un conflit en Europe refit le jour. Et les expériences recommencèrent. Cependant, un temps précieux avait été perdu, annulant toute chance d’avoir des engins opérationnels prêt pour des attaques massives en cas d’ouverture des hostilités. 

Une deuxième modèle de maiale nommé Siluro San Bartolomeo entre également en service. Les études techniques ont été menées par le Major Mario Maciulli assistés d'ingénieurs navals[1].

CaractéristiquesModifier

Le Siluro a Lenta Corsa était conçu à partir des dimensions standard d’une torpille, soit 533 mm. Sa longueur était de 6,70 mètres, portée ultérieurement à 7,30 mètres, ainsi qu'un diamètres de 0,53 mètres[1]. Le corps de forme cylindrique est divisé de trois parties principales. À l’avant se trouve une ogive détachable contenant 230 à 250 kg d’explosif « Tritolital ». La partie centrale comprend le poste de pilotage où prennent place des deux opérateurs munis d'appareils respiratoires. Ils sont assis sur l’emplacement des accumulateurs électriques servant à la propulsion de l’engin. Le système de propulsion et de gouvernes se situe à l’arrière de l’engin. Un moteur électrique à 4 vitesses d’une puissance de 1,6 ch (cinq pour les modèles ultérieurs) permet d’atteindre une vitesse de 3 miles nautique en plongée et un rayon d’action de 15 miles en vitesse de croisière de 2,3 miles nautique[2].

Le convoyeur était équipé de gouvernes de profondeur et de direction, de coffres et d'instruments comprenant un compas magnétique, une jauge de profondeur, une horloge, un voltmètre, deux ampèremètres et un niveau à bulle pour le contrôle de l'attitude longitudinale.

Profil d'attaqueModifier

 
Cylindre contenant le Siluro a Lenta Corsa.

En théorie, la mise en œuvre de l’engin est simple, elle est un peu plus compliquée dans les conditions réelles d’une opération de guerre. Un sous-marin modifié spécialement pour le transport de SLC ou tout autre moyen emmène celle-ci au plus près de l’objectif à détruire. Les opérateurs pilotent l’engin et traversent le rideau de filets anti-torpilles qui protègent l’entrée de la base navale. Ensuite, ils s’approchent doucement de la coque du navire. Ils tendent un câble d’acier entre les quilles de renflement. L’ogive est accrochée au câble et est ensuite détachée du SLC. La mise à feu de la charge explosive est faite à l’aide d’un système d’horlogerie permettant aux opérateurs de se retirer en toute sécurité. Toute l’opération se déroule bien sûr dans une eau glauque où la visibilité souvent ne dépasse pas quelques mètres. Le moindre éclat de lumière ou un simple remous dans l’eau peut signaler la présence à la vigilance des sentinelles et faire capoter l’opération. Une fois celle-ci menée à bien, encore faut-il arriver à s’extraire de la zone et échapper aux recherches menées par l’ennemi[2].  

HistoriqueModifier

 
Attaque d'un navire ennemi.

La première opération menée par les SLC fut couronnée de succès. Le but était de détruire des navires de ravitaillement stationnés dans le port de Gibraltar. Amenées à pied d’œuvre par le sous-marin Scirè, trois SLC furent engagés dans l’attaque. Ils coulèrent le navire citerne Fiona et endommagèrent gravement deux autres navires de transport. Tous les opérateurs rejoignirent la côte espagnole et rallièrent rapidement l’Italie[2].

Mais l'opération la plus célèbre impliquant des SLC a eu lieu pendant la nuit entre le 18 et le . Le sous-marin Scirè, piloté par Junio Valerio Borghese, amena à pied d’œuvre trois SLC à l’entrée du port d’Alexandrie, en Égypte. Deux équipages (Durand Penne/Bianchi de La et Marceglia/Scergat) placèrent leurs ogives au-dessous des cuirassés HMS Valiant et HMS Queen Elizabeth, tandis que le troisième (Martellotta/Marino) ne localisèrent pas le porte-avions assigné, qui avait entre temps quitté Alexandrie et prirent le navire-citerne Sagona comme cible de remplacement. Quelques heures plus tard, de fortes explosions retentirent. Les deux cuirassés touchés s’enfoncèrent dans les eaux du port. La troisième explosion avait endommagé le navire citerne et le destroyer Jervis amarré côte à côte[2]. Tous les opérateurs survécurent à l’attaque mais furent fait prisonniers par les Britanniques. Dans l’année qui suivit, les SLC menèrent encore avec succès quelques opérations, en particulier contre le port d’Alger.

En mai et août 1943, Gibraltar fut encore pris pour cible. L’armistice mis fin officiellement aux opérations des SLC. Seuls quelques engins restèrent aux mains la République sociale italienne. Ils ne furent engagés dans aucune opération.

À la fin du conflit, le bilan des attaques des SLC est éloquent, trois navires de guerre sont totalement détruits, soit 60 000 tonneaux de jauge brute, et 12 navires marchands, soit 81 000 tonneaux ont été détruits ou gravement endommagées[2].

Copie BritanniqueModifier

En butte aux attaques de SLC à Alexandrie, mais aussi à Gibraltar, la marine anglaise finit par capturer et étudier un de ces engins, grâce notamment à son meilleur spécialiste de la plongée autonome, le commander Lionel Crabb, qui, dans ses mémoires, évoque l'avance technologique des Italiens en matière d'équipement des nageurs de combat, notamment le respirateur recycleur ARO (sans bulles apparentes, contrairement à l'illustration) développé avec l'appui technique de la firme de pneumatiques Pirelli. Les britanniques développèrent leur version du « maiale » (nom de code Chariot, les opérateurs étant surnommés « charioteers »). Ils tentèrent de l'utiliser fin octobre 1942 pour couler le cuirassé Tirpitz mouillé dans un fjord norvégien (opération Title). Le convoyage était assuré non par un sous marin mais par un modeste chalutier norvégien, L'Arthur, skippé par un résistant Norvégien, parti d'un port discret des îles Shetland, mais dans cette mer froide et agitée, l'opération tourna au fiasco (les Chariots amarrés sous la coque de l'Arthur se désarrimèrent en pleine tempête). Finalement, ce fut une opération plus ambitieuse, utilisant des sous-marins de poche type X craft (eux mêmes remorqués par des grands sous marins pour le convoyage Écosse-Norvège) qui permit de couler une première fois le Tirpitz[3] en septembre 1943 (il fut ensuite renfloué, réparé et finalement détruit à coups de monstrueuses bombes aériennes Tallboy de 6 tonnes dues à l'ingénieur Barnes Wallis).

Notes et référencesModifier

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Erminio Bagnasco, Marco Spertini. Les moyens de l'assaut de la X Flottiglia Mas 1940-1945, Ermanno Albertelli Editore. Parme, 1991 (ISBN 978-88-85909250)
  • Brauzzi, Alfredo. Les moyens de l'assaut de la Marine italienne . Magazine Maritime. Rome, 1991
  • De Risio, Carlo. Les moyens de l'agression, l'USMM - Bureau Historique de la Marine. Rome, 2001
  • Garibaldi, Luciano Sclafani Fr. Donc affondammo le Vaillant. La plus grande entreprise de la marine italienne de la seconde guerre mondiale Lindau. Turin, 2010 (ISBN 978-88-71808932)
  • Giorgerini, Giorgio. Attaque de la Mer. L'histoire des médias d'assaut de la Marine italienne, Mondadori. Milan, 2007 (ISBN 978-88-04512431)
  • Longo, Emilio. Les départements spéciaux de l'italien dans la seconde guerre mondiale, mursia, là. Milan, 1991 (ISBN 978-88-42507345)