Edgar Allan Poe figure parmi les auteurs de romantisme noir les plus connus

Le romantisme noir est un sous-genre littéraire et pictural du romantisme. Dès ses premières formes à la fin du XVIIIe siècle, le romantisme s'équilibre entre une célébration du sublime et de l'euphorique d'un côté et une fascination pour la mélancolie, la folie, le crime, les atmosphères macabres et angoissantes, marquées par la présence de fantômes, de vampires, de créatures surnaturelles de l'autre. Le terme de romantisme noir qualifie donc l'exacerbation de ce caractère sombre du romantisme. On doit ce nom au théoricien de la littérature Mario Praz dans son étude du genre, publiée en 1930, et intitulée The Romantic Agony[1],[2]. Le romantisme noir s'étale jusque l'entre-deux-guerres avec des auteurs comme Robert E. Howard[3],[4].

Genre aux origines incertaines, on en voit les premières formes dans le roman gothique britannique à la fin du XVIIIe siècle[5], avec des auteurs comme John Milton, Mary Shelley, Ann Radcliffe. Les auteurs liés au romantisme noir sont souvent des représentants du romantisme frénétique, du roman gothique ou du décadentisme, et participent alors à l'équivocité des contours de ce genre littéraire. En France, deux des principaux représentants du courant sont Charles Nodier et Gérard de Nerval, dans des ouvrages comme Smarra ou Aurélia, récits mêlant onirisme et fantastique. Dans la littérature anglo-saxonne, le romantisme noir est caractéristique des œuvres d'Edgar Allan Poe, de Washington Irving, d'Herman Melville, ou de Nathaniel Hawthorne, entre autres.

En France, ce sont les surréalistes qui vont remettre au goût du jour ce pan oubliée de la littérature, notamment avec la traduction d'Antonin Artaud du roman Le Moine de Matthew Gregory Lewis. L'héritage actuel du romantisme noir est, selon Martine Lavaud, « restée bloquée dans un monde de stéréotypes : c’est la postérité du vampirisme, la fixation sur des modèles esthétiques comme Dracula, la mode gothique… j’ai l’impression qu’elle s’est un peu pétrifiée et qu’elle a été réduite à des stéréotypes que les romantiques, en 1830, avaient déjà aperçus en s’en moquant un petit peu[5]. »

BibliographieModifier

  • Galens, David, ed. Literary Movements for Students Vol. 1., 2002
  • Annie Le Brun, Les Châteaux de la subversion, Paris, Jean-Jacques Pauvert et Garnier-Frères, 1982 ; rééd. Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 1986
  • Harry Levin, The Power of Blackness, 1958
  • Mario Praz, La Carne, la morte et il diavolo nella litteratura romantica (1930), trad. en anglais : The Romantic Agony, 1933 ; trad. en français : La Chair, la Mort et le Diable dans la littérature du XIXe siècle. Le romantisme noir, Denoël, 1977
  • Jérôme Prieur, Roman noir, Paris, Seuil, coll. « La Librairie du XXIème siècle », 2006
  • Mullane, Janet and Robert T. Wilson, eds., Nineteenth Century Literature Criticism, Vols. 1, 16, 24, 1989

RéférencesModifier

  1. Première traduction anglaise en 1933. Titre original en italien “Carne, la morte e il diavolo nella letteratura romantica” (La Chair, la mort et le diable dans la littérature romantique). L'ouvrage sera traduit en français en 1977, chez Denoël, sous le titre La Chair, la Mort et le Diable dans la littérature du XIXe siècle. Le romantisme noir.
  2. Dark Romanticism: The Ultimate Contradiction
  3. (en) D. Herron, The Dark Barbarian (1984) p. 57
  4. (en) R. Kopley, Poe's Pym (1992) p. 141
  5. a et b Qu'est-ce que le romantisme noir, France Culture