Monsieur de Phocas, de Jean Lorrain (1901), édition de 1908 illustrée par Géo Dupuis.

Le décadentisme (également appelé mouvement décadent, ou décadisme) est un mouvement littéraire et artistique controversé qui s'est développé en Europe et aux États-Unis principalement au cours des vingt dernières années du XIXe siècle. On parle aussi de littérature fin-de-siècle.

Il s'agit davantage d'un état d'esprit, d'une attitude, d'une posture, voire d'une esthétique, qui s'installe dans les milieux littéraires et chez certains plasticiens à la fin du XIXe siècle, que d'un véritable mouvement ou école artistique. Mais il existe un lien entre une certaine forme de lyrisme et le décadentisme, lequel est un des symptômes manifestes de la modernité.

Contexte historiqueModifier

En FranceModifier

L'idée de « décadence » apparaît en France dès le Second Empire, où l'on parle de « déclin ». L'humiliation de la défaite de 1871 et la Commune sont présentées par de nombreux écrivains et artistes comme la fin d'un monde[1].

Toutefois, c'est avec la publication des Essais de psychologie contemporaine de Paul Bourget en 1883 que le mouvement décadent commence à se définir. Face au sentiment de déliquescence qui l'habite, une génération d'artistes se reconnaît dans son analyse de la névrose des maîtres contemporains[1].

Marqué dès 1884 par la parution du Crépuscule des dieux d'Élémir Bourges et d‘À rebours de Joris-Karl Huysmans, le mouvement se définit par sa « désespérance teintée d'humour et volontiers provocatrice »[1].

En 1885, un pastiche d'Henri Beauclair et Gabriel Vicaire, Les Déliquescences, poèmes décadents d'Adoré Floupette ridiculise les Décadents, dont il met en avant les tics, le pessimisme morbide, la langueur affectée, les divers abus, mais aussi les audaces de style, en prose comme en poésie. Le vocable « fin-de-siècle » est un avatar de « décadent », terme lancé par ce pastiche[1], puis repris par Anatole Baju en 1886 dans Le Décadent artistique et littéraire.

En 1888, Paul Adam et Félix Fénéon publient, sous le pseudonyme de Jacques Plowert, un Glossaire pour servir à l'intelligence des auteurs décadents et symbolistes[1].

Devant cette notoriété nouvelle, les Décadents français créent de multiples revues (La Plume, Le Décadent, La Vogue, etc.), correspondant à autant de chapelles[1].

Autres pays européensModifier

Un mouvement ?Modifier

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Félicien Rops, Pornocratès (1878), Namur, musée provincial Félicien Rops.

Le décadentisme n'a jamais eu de véritable chef de file. Ce mouvement est à la limite du symbolisme et trouve sa motivation dans un rejet du naturalisme de Zola et des frères Goncourt (paradoxalement, l’« écriture artiste » de ces derniers ne laissera pas indifférents les auteurs dits décadents). Charles Baudelaire est souvent reconnu comme une sorte de précurseur de ce mouvement. Le roman le plus représentatif en est À rebours de Joris-Karl Huysmans en 1884. En 1888 paraît un Glossaire pour servir à l'intelligence des auteurs décadents et symbolistes de Jacques Plowert (pseudonyme de Paul Adam et Félix Fénéon). On peut considérer comme typique de ce mouvement les romans de Catulle Mendès, allant jusqu'à mettre en scène dans ses œuvres des intrigues amoureuses incestueuses et homosexuelles à la fois.

Le roman décadent se caractérise notamment par une crise du roman, rempli de distorsions et d'anachronismes, et une crise du personnage : dans Monsieur Bougrelon de Jean Lorrain, par exemple, le héros existe-t-il ? Ne serait-il pas qu'un fantôme? Le roman décadent est un roman « cassé en morceaux » (Félicien Champsaur, L'Amant des danseuses - 1888), en pleine désaffection du naturalisme. Cette discontinuité, cet art du fragment se retrouvent prégnants chez un contemporain esthétiquement proche, Jules Renard, dont le Journal témoigne par ailleurs de préoccupations stylistiques obsessionnelles.

Il est à noter enfin que la recherche et le raffinement du style caractérisent aussi bien les décadents que leurs adversaires, tels que le romantique finissant Arsène Houssaye, les naturalistes Léon Hennique ou Henri Céard, l’essayiste et critique catholique Ernest Hello, le très académique Jules Claretie, ou bien encore des écrivains nationalistes du redressement moral et intellectuel comme Maurice Barrès, Léon Daudet et Paul Déroulède.

La figure de l'androgyneModifier

Ce type de personnage existe depuis l'Antiquité avec le mythe de l'androgyne. Au fur et à mesure des siècles, cette figure continue de fasciner, jusqu'au 19ème siècle où on assiste à un renouvellement du personnage. D'abord empreint de perfection comme dans Séraphita de Balzac ou Mademoiselle de Maupin de Gautier durant la première moitié du siècle, les décadents voient dans l'androgyne une façon de décrire une autre sexualité éloignée des normes de l'époque. Ainsi, cette figure est omniprésente dans les œuvres du mouvement.

L'androgyneModifier

L'androgyne, homme aux attributs féminins, est un personnage dont la première particularité serait la faiblesse. L'éphèbe se retrouve souvent dans une situation de soumission. L'androgyne appelle une figure de domination, qu'elle soit une femme fatale ou une figure d'autorité. On assiste parfois à un inversement sexuel. Dans Monsieur Vénus de Rachilde, Jacques Silvert se retrouve sous la coupe de Raoule qui abuse de lui, le forçant à se travestir et à s'engager dans des jeux sexuels sadomasochistes. Dans Lesbia Brandon, Herbert est dans un premier temps sous la domination de Denham, son précepteur, puis sous celle du personnage principal, Lesbia. Ce personnage fascine et est l'objet de désir principal des autres personnages.

L'androgyne est également l'objet de relations homosexuelles, souvent refoulées. Dans Monsieur Vénus, Jacques séduit M. de Raittolbe, travestit. En découvrant qu'il s'agit en réalité d'un homme et non d'une femme, M. de Raittolbe tue l'objet de son désir interdit dans un duel, tout en niant toute attirance pour Jacques. Il n'avouera son attirance qu'après l'avoir tué. Ainsi, cette figure permet de transcender les tabous sexuels, homosexuels mais également incestueux. En effet, la relation entre Hebert et Denham dans Lesbia Brandon est non seulement un rapport de domination mais aussi un rapport incestueux comme on le découvre suite au développement de l'intrigue. Herbert est presque le miroir de sa sœur qui finira par avoir une relation avec Denham, continuant l'intrigue incestueuse du roman[2].

La GynandreModifier

Terme inventé par Péladan[3], composé des mêmes mots grec ancien désignant l'homme et la femme que dans "androgyne", Άνδρος [andros] et γυναίκα [gynaika] mais inversés. Cela désigne ainsi une femme ayant des attributs masculins tandis que l'androgyne est un homme ayant des attributs féminins. Les gynandres les plus célèbres dans la littérature décadente sont Marcelle Désambres, héroïne du roman Madame Adonis de Rachilde et Lesbia Brandon du roman éponyme de Algernon Swinburne. Marcelle Désambres, tout au long du roman, se travestit en homme, sous le nom de Marcel Désambres[4]. Sous son apparence d'homme, elle est désirable, tandis que sous son apparence de femme, elle paraît grotesque. La féminité embellit l'homme tandis que la masculinité enlaidit la femme. L'androgyne est plus attirant que la gynandre. Un dégoût de la féminité se présente quand on voit que la femme ne peut être protagoniste que si elle présente des attributs masculins, qu'ils soient physique comme chez Marcelle, ou moraux comme chez Lesbia.

En effet, Lesbia est la gynandre représentant la figure de la lesbienne. Suite à un traumatisme sexuel, elle s'identifiera de façon presque masculine. Elle est également attirée par deux personnages: Margaret et Herbert, frère et sœur. Elle n'est par ailleurs attirée par ce dernier que par sa ressemblance frappante avec sa sœur. A la manière d'une Raoule dans Monsieur Vénus, elle se comporte en femme fatale abusive à l'encontre de l'objet de ses désirs.

Quelques œuvresModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e et f Dominique Rincé, Bernard Lecherbonnier, Littérature, textes et documents: XIXe siècle, Paris, Nathan, 1986, p. 546 (ISBN 2091788619).
  2. Frédéric Monneyron, L'androgyne décadent, ellug, , 180 p. (ISBN 2-902709-94-3), p. 117
  3. Joséphin (1858-1918) Auteur du texte Peladan, La décadence latine ; 9-10. La gynandre ; Le panthée. 9 / Joséphin Péladan, 1891-1892 (lire en ligne)
  4. Micheline Besnard-Coursodon, « MONSIEUR VÉNUS, MADAME ADONIS : SEXE ET DISCOURS », Littérature, no 54,‎ , p. 121–126 (ISSN 0047-4800, lire en ligne, consulté le 9 décembre 2019)
  5. disponible sur Gallica
  6. disponible sur Gallica

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Mireille Dottin,
    • S comme Salomé, Toulouse, P.U.M., 1983
    • Cette femme qu'ils disent fatale, Grasset, 1993
  • Louis Forestier, « Germain Nouveau et le mouvement décadent », L'Esprit créateur, Poètes maudits ou décadents, Minneapolis, vol. IX, no 1,‎ , p. 3-8
  • Pierre Jourde, L'Alcool du silence. Sur la décadence, Paris, Honoré Champion, 1995, 328 p.
  • Louis Marquèze-Pouey, Le Mouvement décadent en France, PUF,
  • Alain Montandon, Mythes de la décadence, Presses universitaires Blaise Pascal, , 375 p. (lire en ligne)
  • Richard Noël, Le Mouvement décadent : dandys, esthètes et quintessents, Paris, Nizet, 1968
  • Jean de Palacio,
    • Configurations décadentes, Peeters Leuven, La République des Lettres, 2007, 312 p.
    • Figures et formes de la décadence, Paris, Séguier, 2000, 306 p.
    • La Décadence : le mot et la chose, Paris, Les Belles lettres, 2011, 341 p.
    • Le Silence du texte : poétique de la décadence, Peeters Leuven, La République des Lettres, 263 p.
  • Jean Pierrot, L'Imaginaire décadent, PUF, 1977
  • Stéphane Verstaevel-Magnier, Catulle Mendès, Poète protée, A.E., 313 p., 2015
  • (es) El lector decadente, anthologie de Jacobo Siruela, Atalanta, 2017.
  • Frédéric Monneyron, L'androgyne décadent, Mythes, figure, fantasmes, Ellug, 180 p. 1996

Articles connexesModifier

Lien externeModifier