Rogna (piève)

piève de Corse
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Rogna est une ancienne piève de Corse. Située dans le centre-est de l'île, elle relevait de la province de Corte sur le plan civil et du diocèse d'Aléria sur le plan religieux.

GéographieModifier

 
Vue du pont d'Altiani. Au fond, les montagnes de Rospigliani.

Situation et reliefModifier

La piève de Rogna était l'une des plus étendues de la Corse, allant du Monte d'Oro jusqu'à la plaine d'Aléria. Ses villages occupent les deux rives de la moyenne vallée du Tavignano et la rive droite de la vallée du Vecchio.

Le Tavignano partage la piève en deux parties :

  • Rogna di quà : les villages en rive gauche, d'Erbajolo à Pancheraccia, étagés à mi-pente sur des reliefs schisteux qui surplombent la moyenne vallée du Tavignano. Piedicorte-di-Gaggio occupe une position centrale dans cet ensemble et est le chef-lieu historique de la piève.
  • Rogna di là : les villages établis sur les flancs en rive droite de cette même vallée (Noceta, Rospigliani et Antisanti) ainsi que la profonde vallée du Vecchio (pays de Vivario) qui remonte jusqu'au col de Vizzavona et au Monte d'Oro (2 389 m), point culminant de la piève.

Au cours des XVIIe siècle et XVIIIe siècle, la division progressive de la piève de Rogna est de plus en plus apparente entre deux sous-ensembles de part et d'autre du Tavignano, centrés sur Piedicorte-di-Gaggio et Vivario. Cette division sera confirmée par les découpages cantonnal et ecclésiastique de 1793, recentrant le toponyme de Rogna sur les villages de la rive gauche du Tavignano.

CompositionModifier

La piève de Rogna correspond au territoire des actuelles communes de :

Pièves limitrophesModifier

La piève de Rogna a pour pièves voisines :

  Bozio Bozio Serra  
Venaco N Serra
O    Rogna    E
S
Vivario Castello Aléria

DescriptionModifier

 
Vue sur la vallée du Tavignano et le Monte d'Oro depuis Erbajolo.

Les villages de la piève de Rogna sont pour la plupart bâtis entre 600 et 800 mètres d'altitude en corniche sur les flancs de la vallée du Tavignano, occupant des reliefs schisteux ravinés et couverts d'une épaisse végétation.

Agostino Giustiniani, évêque de Nebbio de retour dans son diocèse (1521-1530), l'a décrite ainsi :

« Rogna, qui contient environ huit cent cinquante feux. Le Tavignano la partage en deux parties inégales. Cette piève est très populeuse et produit en abondance des céréales, du bétail, des pommes et autres fruits, un peu de vin et d'huile. »

— Agostino Giustiniani in Description de la Corse - Histoire de la Corse, traduction de l'Abbé Letteron - Tome I, p. 34.

AccèsModifier

 
Sur la RD 14, près de Piedicorte-di-Gaggio.

La piève de Rogna est traversée par la RT 50 (ex-RN 200) qui relie Aléria à Corte en suivant le Tavignano. L'essentiel des accès routiers démarrent depuis celle-ci et escaladent les reliefs pour rallier les villages de la piève :

Du fait de la configuration topographique des lieux et de l'histoire administrative qui a intégré Antisanti dans le canton de Vezzani, les communications routières entre Antisanti et les villages de la rive gauche du Tavignano sont difficiles, empruntant soit le pont de Noceta (34 km jusqu'à Altiani) soit la plaine d'Aléria (39 km jusqu'à Pancheraccia).

HistoireModifier

En 1461 le relevé de la taille perçue dans le Deçà des Monts (talia insule Corsice citra montes) fait apparaître les informations ci-après[1] :

  • in plebe Bozii : Libr. 397, sold. 6
  • in plebe Rogni : Libr. 875, sold. 13

Le , par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Rogna devient en 1790 le canton de Rogna, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[2] :

La piève civileModifier

Au début du XVIIIe siècle, l'abbé Francesco Maria Accinelli à qui Gênes avait demandé une estimation des populations de Corse, avait rédigé un texte manuscrit en langue italienne à partir des registres des paroisses. Il avait écrit : « Pieve di Rogna : Vivario, Moraciola, Peri, e Gatti 553. Noceta 242. Rospiliani 72. Antisanti 109. Giuncaggio 99. Pancaraccia 121. Pietra Serena 141. Piedi Corte di Grigio 380. Altiani 295. Fogiccia 104. Erbagiolo, e Casanova 264. »[3].

La piève de Rogna faisait partie de la province de Corte et se trouvait dans le ressort de sa juridiction[3].

Accinelli faisait le commentaire suivant : « L’ultima di questa Giurisditione è la pieve di Rogna con 2 380 abitanti compartiti in 850 fuoghi, passa in mezzo di questa il fiume Tavignani, che avendo la sua sorgente dal monte Gualango in vicinanza del lago Creno, scende al luogo di Corte, et in vista di un ponte e del convento de Frati minori di S.Francesco, riceve nelle sue acque il fiume Restonica, e vicino al ponte detto dell’Elice il fiuminale detto fiume, longhissima di sito è questa Pieue, mentre ancora essa dalle spiagge della distrutta Alleria, continua sino à monti detti dell’oro. Li suoi villaggi sono Vivario, Moracciola, Peri, Catti, Noceta, Rospigliani, et Antisanti, in vicinanza del quale in longa pianura è il procoio detta di SS.ri Scaglia Genovesi, gli altri luoghi sono Giucagio, Pancaraccia, Pietraserena, Piedicorte di grigio, Altiani, Fogiccia, Arbagiola, e Casanova…. ».

La piève religieuseModifier

Rogna relevait de l'autorité épiscopale d'Aléria. L'évêché comprenait 19 pievi : « Il Vescovato di Alleria, che è il più di tutti pingue hà 2 000 scudi d’oro di entrata, e contiene 19 pievi : Giovellina, Campoloro, Verde, Opino, Serra, Bozio, Allessani, Orezza, Vallerustie, Tralcini, Venaco, Rogna, Corsa, Covasina, Castello ò sia Vivario, Niolio, Carbini, et Aregno in la Balagna. L’Ughelli però dice (Ital.Sacr.Tom.III) contenere la sua diocesi 60 parochie con 14 conventi di Frati, e fruttare alla Camera di Roma 300 Fiorini, et avere di redito 4000 scudi Romani »[3].

Sur le plan ecclésiastique, les villages de Vivario, Muracciole, Noceta et Rospigliani forment dès le XVIIIe siècle un vicariat à part entière, distinct des autres villages de la piève de Rogna situés sur la rive gauche du Tavignano. La division progressive de la piève de Rogna en deux sous-ensembles de part et d'autre du Tavignano, centrés sur Piedicorte-di-Gaggio et Vivario, est confirmée par le découpage ecclésiastique de 1793[4], recentrant le toponyme de Rogna sur les villages de la rive gauche du Tavignano.

L'église piévaneModifier

À l'origine, le centre de la piève devait se situer au lieu-dit Pieve au sud de l'actuelle commune de Focicchia, à 600 mètres au nord-ouest de l'ancienne chapelle San Giovanni bâtie près du Pont'à u large appelé communément Pont d'Altiani, pont génois à trois arches du XIVe siècle sur le Tavignano.

De l'église piévane de style roman, il ne subsiste que l'abside à l'intérieur voûté en « cul-de-four », accroché à un bâtiment qui avait été transformé en habitation. Abandonné, le site est accessible par une piste démarrant de l'ancienne chapelle San Giovanni en bordure de la RN 200.

Le vocable de cette ancienne église piévane s'est perdu[5].

 
L'ancienne église piévane de la Rogna, au lieu-dit "A Pieve", commune de Fucichja

D'après Geneviève Moracchini-Mazel[5] le titre de l'église piévane a été par la suite transféré à l'église San Ghjuvanni, située au pont d'Altiani, pour des raisons qui à ce jour nous sont inconnues.

 
San Ghjuvanni, commune d'Altiani

TerritoireModifier

Vers 1520, la piève de Rogna comptait environ 4 250 habitants et avait pour lieux habités :

Le , par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Rogna devient en 1790 le canton de Rogna, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[2] :

Notes et référencesModifier

  1. Lucien Auguste Letteron in Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse 43e - 44e fascicules - Imprimerie et librairie Vve Ollagnier Bastia - 1884 p. 483
  2. a et b Paroisses et communes de France : dictionnaire d'histoire administrative et démographique : Corse, CNRS,
  3. a b et c Francesco Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du XVIIIe siècle - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974
  4. Recherches et notes diverses sur l'histoire de l'Église en Corse : Corse, Ollagnier,
  5. a et b Geneviève Moracchini-Mazel, Les églises romanes de Corse, Paris, Klincksieck,

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier