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Rogna (en corse Rogna /ˈroɲa/) est une ancienne piève de Corse. Située dans le centre-est de l'île, elle relevait de la province de Corte sur le plan civil et du diocèse d'Aléria sur le plan religieux.

GéographieModifier

 
Vue sur la vallée du Tavignano depuis les environs d'Erbajolo. Au fond à droite, le Monte d'Oro.

Situation et reliefModifier

La piève de Rogna était l'une des plus étendues de la Corse, allant du Monte d'Oro jusqu'à la plaine d'Aléria. Elle occupe les deux rives de la basse vallée du Tavignano, ainsi que la rive droite de la vallée du Vecchio.

La partie centrale de la piève occupe les collines et montagnes couvertes de maquis en rive gauche de la vallée du Tavignano, s'appuyant sur l'extrémité méridionale du massif du Monte San Petrone. C'est dans cette partie de la piève que le tissu villageois est le plus dense, comprenant notamment Piedicorte-di-Gaggio, chef-lieu historique de la piève. Elle inclut également la rive droite de la vallée du Corsiglièse, inhabitée, et culmine à la Punta Cervio (1 189 m).

En rive droite du Tavignano, la piève est limitée au sud-est par une longue crête débonnaire avoisinant les 700 mètres d'altitude sur une dizaine de kilomètres, qui sépare Antisanti de la vallée du Tagnone (appartenant à la piève voisine de Castello).

En remontant la vallée du Tavignano, la piève s'infléchit ensuite vers le sud-ouest et suit la rive droite de la basse vallée du Vecchio en s'appuyant sur les reliefs septentrionaux du massif du Monte Renoso, au sein du parc naturel régional de Corse. Elle comprend enfin la haute vallée du Vecchio, culminant au Monte d'Oro (2 389 m), sommet tutélaire de la piève.

ConstitutionModifier

La piève de Rogna correspond au territoire des actuelles communes de :

Pièves limitrophesModifier

La piève de Rogna a pour pièves voisines :

DescriptionModifier

Les villages de la piève de Rogna sont pour la plupart bâtis entre 600 et 800 mètres d'altitude en corniche sur les flancs de la vallée du Tavignano, occupant des reliefs schisteux ravinés et couverts d'une épaisse végétation.

Agostino Giustiniani, évêque de Nebbio de retour dans son diocèse (1521-1530), l'a décrite ainsi :

« Rogna, qui contient environ huit cent cinquante feux. Le Tavignano la partage en deux parties inégales. Cette piève est très populeuse et produit en abondance des céréales, du bétail, des pommes et autres fruits, un peu de vin et d'huile. »

— Agostino Giustiniani in Description de la Corse - Histoire de la Corse, traduction de l'Abbé Letteron - Tome I, p. 34.

AccèsModifier

 
Sur la RD 14, près de Piedicorte-di-Gaggio.

La piève de Rogna est traversée par la RT 50 (ex-RN 200) qui relie Aléria à Corte en suivant le Tavignano. L'essentiel des accès routiers démarrent depuis celle-ci et escaladent les reliefs pour rallier les villages de la piève :

Du fait de la configuration topographique des lieux, les communications routières entre les deux rives sont malaisées, la liaison la plus courte étant celle entre Altiani et Noceta (19 km).

HistoireModifier

En 1461 le relevé de la taille perçue dans le Deçà des Monts (talia insule Corsice citra montes) fait apparaître les informations ci-après[1] :

  • in plebe Bozii : Libr. 397, sold. 6
  • in plebe Rogni : Libr. 875, sold. 13

Le 15 mai 1768, par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Rogna devient en 1790 le canton de Rogna, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[2] :

La piève civileModifier

Au début du XVIIIe siècle, l'abbé Francesco Maria Accinelli à qui Gênes avait demandé une estimation des populations de Corse, avait rédigé un texte manuscrit en langue italienne à partir des registres des paroisses. Il avait écrit : « Pieve di Rogna : Vivario, Moraciola, Peri, e Gatti 553. Noceta 242. Rospiliani 72. Antisanti 109. Giuncaggio 99. Pancaraccia 121. Pietra Serena 141. Piedi Corte di Grigio 380. Altiani 295. Fogiccia 104. Erbagiolo, e Casanova 264. »[3].

La piève de Rogna faisait partie de la province de Corte et se trouvait dans le ressort de sa juridiction[3].

Accinelli faisait le commentaire suivant : « L’ultima di questa Giurisditione è la pieve di Rogna con 2 380 abitanti compartiti in 850 fuoghi, passa in mezzo di questa il fiume Tavignani, che avendo la sua sorgente dal monte Gualango in vicinanza del lago Creno, scende al luogo di Corte, et in vista di un ponte e del convento de Frati minori di S.Francesco, riceve nelle sue acque il fiume Restonica, e vicino al ponte detto dell’Elice il fiuminale detto fiume, longhissima di sito è questa Pieue, mentre ancora essa dalle spiagge della distrutta Alleria, continua sino à monti detti dell’oro. Li suoi villaggi sono Vivario, Moracciola, Peri, Catti, Noceta, Rospigliani, et Antisanti, in vicinanza del quale in longa pianura è il procoio detta di SS.ri Scaglia Genovesi, gli altri luoghi sono Giucagio, Pancaraccia, Pietraserena, Piedicorte di grigio, Altiani, Fogiccia, Arbagiola, e Casanova…. ».

La piève religieuseModifier

Rogna relevait de l'autorité épiscopale d'Aléria. L'évêché comprenait 19 pievi : « Il Vescovato di Alleria, che è il più di tutti pingue hà 2 000 scudi d’oro di entrata, e contiene 19 pievi : Giovellina, Campoloro, Verde, Opino, Serra, Bozio, Allessani, Orezza, Vallerustie, Tralcini, Venaco, Rogna, Corsa, Covasina, Castello ò sia Vivario, Niolio, Carbini, et Aregno in la Balagna. L’Ughelli però dice (Ital.Sacr.Tom.III) contenere la sua diocesi 60 parochie con 14 conventi di Frati, e fruttare alla Camera di Roma 300 Fiorini, et avere di redito 4000 scudi Romani »[3].

L'église piévaneModifier

À l'origine, le centre de la piève devait se situer au lieu-dit Pieve au sud de l'actuelle commune de Focicchia, à 600 mètres au nord-ouest de l'ancienne chapelle San Giovanni bâtie près du Pont'à u large appelé communément Pont d'Altiani, pont génois à trois arches du XIVe siècle sur le Tavignano.

De l'église piévane de style roman, il ne subsiste que l'abside à l'intérieur voûté en « cul-de-four », accroché à un bâtiment qui avait été transformé en habitation. Abandonné, le site est accessible par une piste démarrant de l'ancienne chapelle San Giovanni en bordure de la RN 200.

TerritoireModifier

Vers 1520, la piève de Rogna comptait environ 4 250 habitants et avait pour lieux habités :

Le 15 mai 1768, par le traité de Versailles, Gênes charge la France d’administrer et de pacifier la Corse. Passant sous administration militaire française, la piève de Rogna devient en 1790 le canton de Rogna, lui-même démembré en 1793 et réparti entre trois nouveaux cantons[2] :

Notes et référencesModifier

  1. Lucien Auguste Letteron in Bulletin de la Société des sciences historiques & naturelles de la Corse 43e - 44e fascicules - Imprimerie et librairie Vve Ollagnier Bastia - 1884 p. 483
  2. a et b Paroisses et communes de France : dictionnaire d'histoire administrative et démographique : Corse, CNRS,
  3. a b et c Francesco Maria Accinelli in L’histoire de la Corse vue par un Génois du XVIIIe siècle - Transcription d’un manuscrit de Gênes - ADECEC Cervioni et l’Association FRANCISCORSA Bastia 1974

Voir aussiModifier