Pierre Claverie

prélat catholique dominicain

Pierre Lucien Claverie
Bienheureux catholique
Image illustrative de l’article Pierre Claverie
Biographie
Naissance
Bab el Oued Drapeau de l'Algérie Algérie
Ordre religieux Ordre des Prêcheurs
Ordination sacerdotale
Décès (à 58 ans)
Oran Drapeau de l'Algérie Algérie
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par
Mgr Duval
Évêque d'Oran

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Pierre Claverie, né le à Bab-el-Oued (Alger) et mort assassiné le à Oran, est un prêtre dominicain français d'Algérie, évêque d'Oran de 1981 jusqu'à sa mort. Inclus dans le groupe des martyrs d'Algérie, il a été proclamé bienheureux le à Oran, en Algérie.

BiographieModifier

VocationModifier

Pierre Claverie est né le dans le quartier populaire de Bab-el-Oued à Alger (Algérie), dans une famille pied-noir présente dans ce pays depuis quatre générations. Il grandit dans une famille unie, catholique mais pas nécessairement pieuse, et s'engage notamment dans le scoutisme.

Après son baccalauréat, il gagne la métropole (Grenoble) pour poursuivre des études ; il découvre que la présence française en Algérie ne fait pas l'unanimité, et que le monde dans lequel il a grandi, ce qu'il appellera par la suite la « bulle coloniale », n'est pas un monde parfait…

Il choisit la vie religieuse, et rejoint l'ordre dominicain : il entre au noviciat du couvent de Lille en 1958, puis fait ses études au Saulchoir (à Étiolles, en région parisienne), et c'est de là qu'il assiste aux dernières années de la guerre d'Algérie. Il est ordonné prêtre en 1965.

Choix de l'AlgérieModifier

Il choisit de retourner en Algérie en 1967, non par nostalgie mais pour accompagner ce pays nouvellement indépendant qui cherche à se construire. Passionné, il apprend l'arabe et devient un excellent connaisseur de l'islam. Il dirige à Alger, à partir de 1973, le Centre des Glycines, un institut d'études arabes et islamiques initialement conçu pour les religieux voulant vivre en Algérie, mais qui attire de nombreux Algériens musulmans désireux de mieux connaître leur culture et surtout d'apprendre l'arabe.

Homme de dialogue, il participe à de nombreuses rencontres entre chrétiens et musulmans, non sans critiques parfois sur un dialogue interreligieux qui lui paraît trop souvent se payer de mots. Il est nommé évêque d'Oran le 21 mai 1981 et consacré le par le cardinal Duval, succédant ainsi à Mgr Teissier, nommé à Alger.

Il avait une si parfaite connaissance de l'islam que les gens d'Oran l'appelaient « l'évêque des musulmans », titre qui ne pouvait que ravir celui qui rêvait de bâtir un vrai dialogue entre les hommes, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou athées[1].

La guerre civileModifier

À partir de 1992, quand la guerre civile éclate en Algérie, la petite Église catholique algérienne, composée largement de coopérants et de travailleurs étrangers, est menacée[2]. En Europe, on lui conseille souvent d'abandonner les lieux. Pierre Claverie s'y oppose fermement : s'il n'a jamais pu obtenir la nationalité algérienne, il se considère comme un Algérien et refuse d'abandonner un peuple auquel son destin est indissolublement lié. Au long de la crise, il refuse également de se taire, et n'hésite pas à critiquer publiquement, quand cela lui paraît nécessaire, le Front islamique du salut (FIS) ou le gouvernement algérien.

Le est perpétré l'assassinat des moines de Tibhirine. Pierre Claverie sait qu'il est lui aussi menacé. Il rencontre à ce sujet le ministre des Affaires étrangères français, Hervé de Charette[3]. Le , il est assassiné ainsi que son ami Mohamed Bouchikhi, un jeune Algérien musulman de 21 ans : une bombe détruit l'entrée de l'évêché au moment où ils y pénètrent, peu avant minuit. Sept personnes sont condamnées à mort le pour implication dans cet attentat. L'Église d'Algérie a demandé que cette peine soit commuée en détention.

En 2008, le journal La Stampa affirme que la mort de Mgr Claverie est un prolongement de l'affaire des moines de Tibhirine, puisque celui-ci aurait été au courant de leur assassinat par un hélicoptère du gouvernement algérien. Selon le P. Armand Veilleux, ancien procureur général des Trappistes, il en savait trop, or la plupart des témoins avaient été tués[4],[5]. D'autre part, il connaissait personnellement la plupart des autres martyrs d'Algérie.

BéatificationModifier

Un dossier en vue de sa béatification a été ouvert en 2007 pour le diocèse d'Alger, celui d'Oran ne comportant pas assez de prêtres pour l'audition des témoins et l'élaboration du dossier. Ce dossier diocésain est ensuite transmis à Rome, où il est reconnu martyr en .

Pierre Claverie est béatifié le à Oran, en même temps que les dix-huit autres martyrs d'Algérie officiellement appelés « Mgr Pierre Claverie et ses dix-huit compagnons », au cours d'une cérémonie rappelant la volonté de dialogue entre chrétiens et musulmans, le désir commun de paix, et associant le souvenir de toutes les victimes[6].

ÉcritsModifier

Dominicain puis évêque d'Oran, Pierre Claverie a fait le choix de demeurer en Algérie au péril de sa vie. Assassiné en 1996[7], il a été béatifié le avec dix-huit autres martyrs de l'Algérie[8].

Annoncer l'Évangile

« L'annonce de l’Église résume la mission de l’Apôtre et de l’Église (cf. Ac 13, 46-49). Ce n'est pas la diffusion d'un texte, mais la force contagieuse qui se déploie dans les disciples du Ressuscité par la puissance de l'Esprit. L’Évangile est une force de Dieu, nous dit Paul, une démonstration de puissance, plus que les œuvres, plus que les paroles. Cette puissance particulière, celle de l'amour, réconcilie des peuples différents, des personnes différentes, des cultures différentes, et peut-être aussi des religions différentes quand on parle de dialogue.
L'attitude de Jésus lui-même se résume bien ainsi : toute la mission se joue dans les rencontres et non dans les stratégies missionnaires ni dans les projets missionnaires, aussi nécessaires soient-ils. L'essentiel de la mission est de mettre en présence les chrétiens et les autres. C'est pourquoi, il est extrêmement important que les Chrétiens soient présents physiquement partout, dans tous les milieux, dans toutes les cultures, partout, même symboliquement deux ou trois. Nous sommes en présence physique et en présence humaine, nous sommes mis en présence les uns les autres. Nous ne nous connaissons pas seulement par ce que nous avons entendu dire de l'autre. »

— Bx Pierre Claverie. Un amour plus fort que la mort, Sur les pas de saint Paul, Paris, Cerf, 2018, p. 194.

“Pierre et Mohamed”Modifier

Pierre et Mohamed[9]. Algérie 1er août 1996 est une pièce, écrite par le dominicain Adrien Candiard à partir de textes de Pierre Claverie, et mise en scène par Francesco Agnello pour le Festival d'Avignon 2011. Elle veut être un hommage au message d'amitié et de respect ancré dans la volonté de dialogue interreligieux de Pierre Claverie. L'auteur a repris les sermons de l'évêque pour les croiser avec les sentiments qu'il prête à Mohamed. Dans cette pièce qui est une médiation plus qu'un spectacle, l'acteur Jean-Baptiste Germain interprète les deux personnages (ce qui renforce l'unité et l'amitié qui liaient les deux hommes, jusqu'à la mort) : Pierre, l'évêque, et Mohammed, son chauffeur. Les paroles de Pierre et Mohamed sont soutenues par le musicien Francesco Agnello avec un hang[10].

L'engagement de Pierre Claverie pour le dialogue interreligieux peut être illustré par ce court extrait de cette pièce : La religion peut être le lieu des pires fanatismes, car les hommes habillent du divin leur soif de toute-puissance ou, plus simplement, leur bêtise. Toutes les religions sont sans cesse exposées à devenir des instruments d'oppression et d'aliénation. Ne laissons pas l'Esprit étouffé par la lettre. Nous pouvons lutter contre ces dénaturations de la foi, la nôtre comme celle des autres, en maintenant le dialogue malgré les remous de surface et les apparents durcissements. Le dialogue est une œuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l'autre[11].

Un documentaire de Net for God reprend des parties de cette pièce de théâtre pour illustrer la vie de Pierre Claverie, un ami des Algériens[12].

PublicationsModifier

  • Le Livre de la Foi, Pierre Claverie et les Evêques du Maghreb, ed.Cerf, Paris, 1996,157 p.
  • Lettres et messages d'Algérie, éd. Karthala, coll. « Chrétiens en liberté », Paris, 1996, 280 p.
  • Donner sa vie. Six jours de retraite sur l’Eucharistie, éd. Cerf, Paris, 2003, 120 p.
  • Il est tout de même permis d'être heureux. Lettres familiales 1967-1969, édition présentée, établie et annotée par Éric Gustavson, son beau-frère, avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., préface de Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, Paris, 2003, 688 p.
  • Petit traité de la rencontre et du dialogue, Les éditions du Cerf, coll. « Épiphanie », , 166 p. (ISBN 978-2204076517)
  • Je ne savais pas mon nom. Mémoires d'une religieuse anonyme, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2006, 192 p.
  • Cette contradiction continuellement vécue. Lettres familiales 1969-1975, édition présentée, établie et annotée par Éric Gustavson, avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., préface de Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, Paris, 2007, 800 p.
  • Humanité plurielle, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2008, 333 p. (ISBN 978-2204083232)
  • Marie, la vivante. Sept jours de retraite avec Marie, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2008, 320 p.
  • Petite introduction à l'Islam, éd. Cerf, 2010, 112 p.
  • Quel bonheur d'être croyant ! Vie religieuse en terre algérienne, présentation par sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., éd. Cerf, Paris, 2012, 304 p.
  • Là où se posent les vraies questions. Lettres familiales 1975-1981, édition présentée et annotée par Éric Gustavson avec le concours de sœur Anne-Catherine Meyer, o.p., préface de Jean-Jacques Pérennès, o.p., éd. Cerf, Paris, 2012, 784 p.
  • Prier 15 jours avec Pierre Claverie Evêque d'Oran martyr, Patrick Vincienne,ed. Nouvelle Cité,France, 2011, 117 p.
  • Un amour plus fort que la mort, Les éditions du Cerf, coll. « Parole présente », (ISBN 978-2204129275)

BibliographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. Faire du dialogue une « vertu » exigeante de vérité
  2. « Constitution algérienne de 1996, telle que révisée en 2008 : Titre premier. Des principes généraux régissant la société algérienne », sur mjp.univ-perp.fr (consulté le 14 octobre 2018), stipule que l’islam est la religion d’État de l'Algérie. Son article 42 garantit la « liberté d'exercice du culte » autorisant ainsi l'Église.
  3. Video
  4. ouest-france.fr, « Les moines de Tibéhirine victimes d'une bavure ? », 9 juillet 2008
  5. Valerio Pellizzari, « Les moines en Algérie tués par les militaires », in La Stampa, 6 juillet 2008, article en ligne, traduit par Tahia Bladi
  6. Anne-Bénédicte Hoffner, « Béatification des 19 martyrs : Mgr Pierre Claverie, pasteur et penseur de l’Église d’Algérie », sur La Croix, (consulté le 14 février 2020).
  7. 1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran.
  8. Mgr Pierre Claverie, l’évêque d’Oran, a été assassiné le 1er août 1996 durant les Années Noires qui ont frappé l’Algérie. Il fait partie des 19 chrétiens qui seront béatifiés le 8 décembre.
  9. Béatifications d’Oran : le frère de Mohamed, le chauffeur de Mgr Claverie, confie son émotion.
  10. Pierre et Mohamed en tournée, sur dominicains.fr.
  11. Pierre Claverie, homélie du 9 octobre 1981, cathédrale d'Oran, citée d'après le texte de Pierre et Mohamed.
  12. « Film Net for God, "Mgr Pierre Claverie, un ami des algériens" », sur netforgod.tv, (consulté le 5 octobre 2017)

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier