Pierre-Charles Pottofeux

personnalité politique française
Pierre Charles Polycarpe Pottofeux
Fonction
Député français
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activité

Pierre-Charles-Polycarpe Pottofeux est un homme politique français né le à Saint-Quentin et mort le à Royaucourt-et-Chailvet (France)[1].

Bien qu'élu comme premier suppléant à la Convention, il démissionne de ce mandat le pour exercer, selon la volonté de ses électeurs, celui de procureur général syndic du département de l'Aisne. Poursuivi et emprisonné à deux reprises après la chute de Robespierre, puis une troisième fois comme ami de Babeuf, lors du procès de Vendôme, il est acquitté à chaque fois.

Naissance et formation sous l'Ancien RégimeModifier

Il est né le à Saint Quentin et y est baptisé à Sainte Pexine, sa paroisse, en présence de son parrain et oncle, Charles-Antoine Hurier et de sa marraine, Marie-Anne Ozenfant[réf. nécessaire].

Son père, Charles-François Pottofeux est maître-menuisier. Sa mère, Marie-Charlotte Hurier est la sœur de Charles-Antoine Hurier, maître-tonnelier, habitant "face au 27 rue d'Isle" à Saint Quentin[2].

Il commence ses études au collège des Bons Enfants (classe de rhétorique) puis est admis comme boursier ou capet au chapitre collégial de la ville. Il est licencié en droit le . Il obtient l'office de procureur au bailliage et siège présidial de Laon le . Il y tient en outre les fonctions de commissaire aux saisies réelles[3]

Premières responsabilités administratives en RévolutionModifier

Le , il est l'un des trois scrutateurs de la section de la ville de Laon lors de la désignation des sept électeurs chargés de voter pour la fixation du chef-lieu du département de l'Aisne (Laon sera choisie contre Soissons lors du vote qui s'est tenu à Chauny).

Le , il est installé comme notable au Conseil Général de la commune de Laon.

Le , il devient membre du premier bureau et vérificateur des pouvoirs des électeurs du district de Laon.

Le , il est élu membre du directoire du district.

Le , il est élu substitut du procureur syndic de Laon[3].

Procureur général syndic du département de l'AisneModifier

À Laon, lors de l'assemblée électorale du , à la séance de six heures du matin, il est élu premier suppléant à la Convention Nationale avec 339 suffrages pour 609 votants mais à deux heures de l'après-midi, il est également élu procureur-syndic général du département avec 359 voix sur 369[3].

Le , les électeurs privilégièrent ce dernier mandat. Polycarpe Pottofeux dut démissionner de celui de suppléant à la Convention Nationale un mois plus tard[3].

Prenant ses fonctions de procureur-syndic général du département de l'Aisne, il déclare : « Vous accueillerez avec bonté le pauvre comme le riche, le simple citoyen comme l'homme en place. Tous ont un droit égal à votre sollicitude ; j'ose même dire que les malheureux, les journaliers, le citoyen de la campagne méritent des attentions toutes particulières (...) Il ne faut pas abuser du temps qu'ils doivent à leurs familles et à leurs existences ; et vous ne devez pas oublier que le vôtre leur appartient tout entier. Rendez votre administration vraiment fraternelle. »[4]

Rigoureux dans la lutte contre les accapareurs et pour le ravitaillement, il fait dresser des listes de suspects.

« Arsène Housset (Arsène Houssaye) raconte à son sujet l'anecdote suivante : Dépêché à Laon pour mettre à la raison les ci-devant qui pouvaient s'y trouver, il se serait fait servir un poulet à l'Hôtel de La Hure et devant la fenêtre ouverte aurait tranché le cou dudit poulet au moyen d'une petite guillotine d'argent apportée de Paris, en s'écriant : "Et c'est ainsi que je guillotinerai tous les ci-devant qui ne feront pas leur soumission à la sainte République." Le discours fit son effet. Seul le marquis de Veslud fut guillotiné pour n'avoir pas voulu être appelé citoyen. »[5].

Il se montre favorable au partage des biens nationaux comme de ceux des émigrés[3]. Par la pétition du , il se déclare pour la mort de Louis XVI[3].

Dans un département de tendance girondine, il fait la louange de Saint-Just (qui vécut à Blérancourt)[3] et exécute son mandat selon ses convictions montagnardes.

Il contribue à faire libérer Babeuf[6],[7] lors du procès de faux en écriture pour lequel celui-ci est jugé à Laon à l'été 1793 (30 thermidor An II)[8].

La fonction de procureur-syndic est supprimée par la loi du 14 frimaire (). Il est alors nommé maître des Eaux et Forêts. Il exécute notamment une mission dans l'Aube et la Côte d'Or en [3].

Après la chute de RobespierreModifier

À son retour en Picardie, à l'été 1794, il est arrêté comme "ami de Robespierre" sur une "dénonciation appuyée par des députés de l'Aisne à la Convention et l'administration du district de Laon"[4]. Il écrit : " La dénonciation qu'on fit contre moi est un chef-d'œuvre d'absurdité et de contradictions. Je fus accusé d'exaltation dans les idées et tout à la fois de royalisme"[4]. En et après une détention de deux mois et demi, il est acquitté à l'unanimité par le Tribunal Révolutionnaire.

Il est à nouveau brutalement jeté en prison à Soissons en application de la loi du 5 ventôse () : "relative aux fonctionnaires publics destitués, quoique la loi seule eût supprimé mes fonctions de procureur général"[4]. Dès le , avant même que l'affaire n'éclate, Dupin avait adressé aux membres de la Communauté révolutionnaire de Laon une adresse au sujet d'un soutien qu'il aurait apporté à un certain Bergny dont le but véritable était de préciser que venant d'apprendre que l’intéressé était lié étroitement au dénommé Pottofeux " que je méprise et voue à la haine publique" disait il ne le soutiendrait pas plus longtemps.[9] Précaution inutile puisque Pottofeux sera acquitté et remis en liberté le à l'issue d'un procès qu'il avait lui même demandé, après 7 mois de détention. Aucune charge n'est retenue contre lui. Il reprend alors ses activités à Laon.

Babouviste ?Modifier

"En , Polycarpe Pottofeux, l'ancien procureur général syndic du département de l'Aisne, est accusé d'avoir participé à la conspiration de Babeuf. Arrêté à Laon le , il est transféré à Paris à la Conciergerie. Après un premier interrogatoire, il fait parvenir le au directeur du jury d'accusation un mémoire pour sa défense. Dans ce texte où il n'est pas une seule fois question de Babeuf, l'ancien Montagnard proteste avec amertume de son innocence et s'estime victime de vieilles jalousies. Pottofeux n'en sera pas moins traduit devant la haute cour de Vendôme qui l'acquittera, après un an de détention, le , le jour même de l'exécution de Gracchus Babeuf"[4].

Avec Babeuf sera exécuté Augustin Darthé "à 5 heures du matin à quelques pas de la prison"[8]. La plupart de la soixantaine de prévenus fut rendu à la liberté ; sept, dont Buonarroti, furent condamnés à la déportation. Pendant le procès, la résolution prise en commun de tout nier a été suivie par la plupart des accusés. Pottofeux, pour sa défense, et dans son mémoire, a sans doute également suivi cette stratégie. Pourtant son acte d'accusation précise : "Pottofeux avait tellement la confiance des conspirateurs qu'ils l'ont porté sur la liste des agents qu'ils devaient avoir dans les départements ; liste qui forme la neuvième pièce de la septième liasse des papiers saisis dans le local occupé par Babeuf au moment de son arrestation."[10][source insuffisante]

À Laon, le jour où on vient l'arrêter, Polycarpe Pottofeux est absent de son domicile de la rue Châtelaine où il vit avec sa sœur de 21 ans, Sophie. Il se rend de lui-même à la prison le lendemain matin, ayant appris, "de retour de voyage", la perquisition qui avait eu lieu la veille chez lui. Sophie s'est également absentée. Elle est partie pour Paris vendre du tissu. Y a-t-elle plutôt transporté des documents compromettants ou un message de Polycarpe ? On la sait très proche de Marie-Anne, la femme de Gracchus Babeuf, qu'elle soutient pendant tout le procès de Vendôme et jusqu'à l'exécution du tribun[7].

S'il est difficile d'affirmer que Pottofeux a participé à la conjuration des Égaux, ses liens avec cette mouvance sont évidents.

Retour en bourgeoisieModifier

Après son acquittement, Pottofeux retourne à Laon où il reprend des fonctions aux Eaux et Forêts. Cette administration est profondément réorganisée en 1801, il la quitte pour le barreau où il restera avoué au Tribunal de Première Instance de Laon jusqu'au [3].

Le , à 56 ans, il rachète une manufacture liée à l'exploitation et la transformation du lignite (les "cendres") à Chailvet), petite commune près de Laon[2],[3],[4]. En 1817, c'est un de ses parents, Pierre-Alexandre Brunel, le maire, qui l'exploitait. Puis à la mort de celui-ci, trois de ses petits neveux poursuivront l'exploitation de l'usine : Gustave Brunel, qui sera également maire et les deux frères Hurier, les cousins de ce dernier, Charles-Léon et André[5]. Les progrès de la chimie et ses applications vont bientôt permettre un développement important de celle-ci. Outre les "cendres" pour l'amendement des sols agricoles, l'acide sulfurique (vitriol ou couperose), l'alun, agent important dans la teinture et la tannerie, y sont également produits.

Fin et suiteModifier

Polycarpe Pottofeux ne verra pas tout de l’essor industriel et capitalistique propre au XIXème siècle mais il aura contribué à l'enrichissement personnel de ses neveux. Il meurt le à Royaucourt "où il s'est retiré" sans savoir que des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants seraient exploités au cours des quelques décennies de fonctionnement de l'usine[2],[5].

Polycarpe Pottofeux, agent sincère et actif de la Révolution, sans doute partisan de Babeuf et, avec lui, de l'abolition de la propriété privée, a contribué à l'accumulation de richesses d'une des branches de sa famille.

Notes et référencesModifier

  1. « Pierre, Charles, Polycarpe Pottofeux (1763-1821) », sur Sycomore, base de données des députés de l'Assemblée nationale.
  2. a b et c Archives de l'Aisne[source insuffisante].
  3. a b c d e f g h i et j A. Matton, « Pottofeux : procureur général syndic du département de l'Aisne », Mémoires de la société académique de Saint-Quentin, iV, t. III,‎ juillet 1879-juillet 1880, p. 173-310 (lire en ligne, consulté le ), lire en ligne sur Gallica.
  4. a b c d e et f Département de l'Aisne. Direction des services d'Archives. Service Éducatif., La révolution vue de l'Aisne en 200 documents, Laon., Région Picardie. Département de l'Aisne, , 367 p. (ISBN 2-86002-007-1, BNF 35097185), pages 300-302.
  5. a b et c mémoires de la petite fille de Charles-Léon Hurier, Archives privées[source insuffisante].
  6. Jean Soublin, Je t'écris au sujet de Gracchus Babeuf : essai, Villelongue-d'Aude, Atelier du gué, , 160 p. (ISBN 2-913589-13-8), p. 75
  7. a et b Guy Marival, "Polycarpe Pottofeux ou les infortunes de la vertu ?" Actes du colloque de Blérancourt, 1990.
  8. a et b Maurice Dommanget, Babeuf et la conjuration des Égaux, Paris, Spartacus, , 88 p. (ISSN 0758-3052), page 15
  9. Dupin, Citoyen Député, Adresse aux membres du Comité révolutionnaire de Laon, pour faire connaître ses principes antiterroriste, Laon, Vve. Melleville, , 3 p. (lire en ligne).
  10. Acte d'accusation dressé par le jury d'accusation du département de la Seine.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier