Phlégias

personnage de la mythologie grecque

Phlégias
Personnage de la mythologie grecque et de la Divine Comédie de Dante
Phlégias faisant traverser le Styx à Virgile et Dante dans la Divine Comédie. Gravure de Gustave Doré, 1861.
Phlégias faisant traverser le Styx à Virgile et Dante dans la Divine Comédie. Gravure de Gustave Doré, .
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Phlégyas
Nom en grec ancien Φλεγύας (Phlegúas)
Fonction principale Roi (des Lapithes ou des Phlégiens)
Fonction secondaire Passeur du Styx (dans la Divine Comédie)
Lieu d'origine Béotie ou Thessalie
Famille
Père Arès
Mère Chrysé ou Dotis
Fratrie Ixion (parfois son fils)
Premier conjoint Cléophème
• Enfant(s) Coronis
Deuxième conjoint Inconnue
• Enfant(s) Hyménée

Dans la mythologie grecque, Phlégias ou Phlégyas (en grec ancien Φλεγύας (Phlegúas)) est roi des Lapithes[1] ou des Phlégiens. Père de Coronis, il est châtié aux enfers. Dans la Divine Comédie de Dante, Phlégias fait traverser le Styx à l'auteur et Virgile.

ÉtymologieModifier

Le nom « Phlégias » vient du verbe φλέγω (phlégō), signifiant « brûler » en grec ancien[2].

Mythe grecModifier

FamilleModifier

Selon Pausanias, Phlégias est le petit-fils d'Almos. Ce dernier a deux filles, Chrysogénie et Chrysé. Phlégias est ainsi le fils de Chrysé et Arès[3]. Pour le pseudo-Apollodore, il est le fils d'Arès et de Dotis de Béotie[4].

Phlégias est le père de la nymphe Coronis et le grand-père d'Asclépios[1],[5],[6]. Seul Isyllos d'Épidaure évoque la mère de Coronis : Cléophème, fille de Malus et de la muse Érato[7].

Pour Strabon, Phlégias est le frère d'Ixion[8] ; pour d'autres, Ixion est son fils[1].

Chez Nonnos de Panopolis, Hyménée est le fils de Phlégyas[9].

Pausanias ne donne à Phlégias aucune descendance[3]. C'est aussi le cas dans la Bibliothèque de pseudo-Apollodore, où il est tué par les frères Lycos et Nyctée[4].

Royaume des PhlégiensModifier

D'après Pausanias, Phlégias succède à Étéocle, n'ayant pas d'enfants. Il est à l'origine du peuple des Phlégiens, composés des hommes les plus belliqueux de Grèce : faisant d'abord partie des Orchoméniens, en Béotie, ils s'en séparent. Phlégias donne à son pays le nom de Phlégiantide, et fonde la cité mythique éponyme de Phlégias[3].

Peuple belliqueux, cité dans l'Iliade d'Homère[a], les Phlégiens attaquent et pillent leurs voisins, notamment le sanctuaire de Delphes. La ville est saccagée et les soldats Argiens menés par Philammon, venus défendre le temple, sont tués. Les dieux punissent les Phlégiens, qui sont tués, les quelques survivants étant dispersés en Phocide. Phlégias meurt sans descendance, le trône revenant à son cousin Chrysès, fils de Poséidon et Chrysogénie, père de Minyas[3].

Pour Strabon, les Phlégiens correspondent aux habitants de Gyron (en), en Thessalie[8].

Selon le Premier Mythographe du Vatican, les Phlégiens constituent un peuple insulaire, impie, puni par Neptune qui les noie[1].

Mort de Coronis et suppliceModifier

Coronis, s'étant unie à Apollon et portant son enfant, le trompe avec l'Arcadien Ischys, fils d'Élatos[6]. Selon Pindare, c'est le dieu lui-même qui se rend compte de l'affaire[6] ; dans les Métamorphoses, un corbeau informe Apollon[10]. Ce dernier envoie sa sœur Artémis tuer Coronis : la déesse fait subir aux habitants de la région une grave épidémie, qui tue la nymphe[6] ; Ovide raconte que le dieu lui-même transperce la jeune femme d'une flèche[10].

Selon une autre version, Apollon viole Coronis[1]. Furieux, Phlégias se rend à Delphes et incendie le temple d'Apollon. Ce dernier le punit et le précipite immédiatement d'une flèche au Tartare pour y subir un supplice éternel[1].

Dans l'Énéide de Virgile, une sybille traversant les enfers avec Énée évoque Phlégias, supplicié au Tartare, avertissant de ne pas reproduire son crime d'hybris[b],[1],[11].

Dans la Thébaïde de Stace, Phlégias est enseveli dans une roche par Mégère (l'une des Érinyes) et affamé en face d'un festin répugnant[1],[12].

Dans l'œuvre de DanteModifier

 
Phlégias (en démon) convoyant Virgile et Dante jusqu'aux portes de la cité de Dité. Enluminure attribuée à Priamo della Quercia, entre et .

Phlégias apparait au Chant VIII de l'Enfer, dans la Divine Comédie de Dante[13]. L'auteur en fait le passeur du Styx, vers la cité de Dité. Dans le texte, il transporte sur sa barque Virgile et Dante. Il est le gardien du Cinquième cercle de l'Enfer, celui des Colériques : ce choix peut être expliqué par le fait que Phlégias lui-même succombe à sa colère en commettant son acte d'hybris[14],[15].

Dans les artsModifier

Arts plastiquesModifier

Eugène Delacroix représente Phlégias dans le tableau La Barque de Dante en . Il reprend le thème de la traversée du Styx dans la Divine Comédie, avec Phlégias en passeur, de dos. Sa posture et le modelé de son corps s'inspire du Torse du Belvédère[14]. Cette œuvre est copiée par plusieurs artistes, dont Adolphe-Félix Cals, Édouard Manet ou Paul Cézanne[14].

Dans le vitrail Le Triomphe de Dante (-) de Giuseppe Bertini, une des scènes (tirées de la Divine Comédie) représente Phlégias convoyant Dante et Virgile jusqu'à la cité de Dité[16].

Phlégias apparait dans certaines illustrations de la Divine Comédie. Dans une enluminure datant d'entre et illustrant le Chant VIII par le peintre et enlumineur italien Priamo della Quercia, Phlégias apparait sous la forme d'un démon conduisant la barque[17]. Il apparait aussi plusieurs fois dans les gravures de Gustave Doré[14].

L'artiste Gérard Garouste reprend en le thème de la Divine Comédie et la peinture de Delacroix dans son tableau figuratif Phlegyas, Dante et Virgile, exposé au Centre Pompidou[18].

Jeux vidéoModifier

Dans Dante's Inferno (), Phlégias apparait comme un colosse de pierre. Il attaque le joueur, qui peut le contrôler afin de se frayer un chemin jusqu'à la cité de Dité[19],[20].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Chant XIII de l'Illiade, rapporté par Pausanias et Strabon : « Ils [Arès et Phoibos] s'arment tous deux pour aller porter la guerre chez les Éphyréens ou chez les vaillants Phlégyens ».
  2. Livre VII de l'Énéide de Virgile : « Apprenez par mon exemple à n'être point injustes, et à ne pas mépriser les dieux »

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g et h Philippe Dain, Mythographes du Vatican I : Traduction et commentaire, Besançon, Université de Franche-Comté, , 274 p. (lire en ligne), Livre III, 202, p. 203
  2. Anatole Bailly, Dictionnaire grec-français, Paris, Hachette, (lire en ligne), p. 2085
  3. a b c et d Pausanias, Description de la Grèce, vol. IX (lire en ligne), chap. 36
  4. a et b Pseudo-Apollodore (trad. Ugo Bratelli), Bibliothèque, vol. III (lire en ligne), chap. 5, 5
  5. Hymnes homériques (trad. Leconte de Lisle) (lire en ligne), chant XIV, « À Asclépios »
  6. a b c et d Pindare, Odes : Pythiques (lire en ligne), chant III
  7. (en) Isyllos d'Épidaure, Pæan à Asclépios (lire en ligne), F
  8. a et b Strabon, Géographie, vol. IX (lire en ligne), chap. 5 (« La Thessalie »)
  9. Nonnos de Panopolis (trad. Marie-Louis-Jean-André-Charles Demartin du Tyrac, comte de Marcellus), Les Dionysiaques, , 424 p. (lire en ligne), Chant XXIX, p. 241
  10. a et b Ovide, Métamorphoses (lire en ligne), Livre II
  11. Virgile (trad. Charles Nisard), L'Énéide, (lire en ligne), Livre VI, p. 323
  12. Stace, La Thébaïde (lire en ligne), Livre I
  13. Dante Alighieri (trad. Félicité Robert de Lamennais), La Divine Comédie : Enfer (lire en ligne), Chant VIII
  14. a b c et d Nathalie Hersent, « Dante et Virgile aux Enfers par Eugène Delacroix | Le blog de Gallica », sur gallica.bnf.fr (consulté le )
  15. « Phlégyas - Flegias », sur La Divine Comédie (consulté le )
  16. (it) « Vetrata Il Trionfo di Dante », sur Museo Poldi Pezzoli - Collezioni (consulté le )
  17. (en) C. Wight, « Image of an item from the British Library Catalogue of Illuminated Manuscripts », sur www.bl.uk (consulté le )
  18. « Phlegyas, Dante et Virgile » (Notice), sur Centre Pompidou (consulté le )
  19. (en) « Walkthrough - Descent into Anger Part 3 - Dante's Inferno Wiki Guide - IGN » (consulté le )
  20. « Solution complète : Descente vers les coléreux - Astuces et guides Dante's Inferno », sur Jeuxvideo.com (consulté le )

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Sources antiquesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier