Philippe Vallois

réalisateur français

Philippe Vallois, né le à Bordeaux, est un cinéaste français, dont le tout premier film, Johan (1976), a été sélectionné pour le Festival de Cannes[1].

BiographieModifier

Philippe Vallois nait en 1948 à Bordeaux de parents très jeunes. Il a 3 ans lorsque ses parents se séparent. Philippe va vivre chez ses grands-parents maternels à Périgueux. Sa petite enfance est heureuse et entourée d’affection. À 10 ans, Philippe rejoint sa mère qui travaille à Paris à l’hôpital du Val de Grâce. À 13 ans, il déménage, avec sa mère et son frère, à Bordeaux pour se rapprocher de leur famille. Sa scolarité est sans problème, depuis l’âge de 12 ans, Philippe rêve d’être cinéaste.

Lorsqu'il a 16 ans, sa mère se remarie avec un médecin militaire nommé à Madagascar. Philippe habite alors chez ses grands-parents maternels à Bordeaux. Lors de vacances à Madagascar, sa mère lui offre une caméra 8 millimètres achetée chez un photographe chinois. De retour en France, Philippe réalise de petits films burlesques avec ses copains et ses petites amies du moment. À 18 ans, reçu à son Bac Maths Elem, Philippe se rend en autostop avec sa petite caméra à Collioure puis à Cadaqués où il va frapper à la porte du peintre Salvador Dali. Celui-ci accepte de se faire filmer lors d’un après-midi de détente avec quelques amis dans sa villa de Port Lligat.

1967-68, première année universitaire, Philippe s’attaque à un moyen métrage poétique, expérimental et un peu provocateur : Oraison Floraison qui reçoit une récompense de la part du club de cinéastes amateurs de Bordeaux.

Mai 68, lors d’une manifestation estudiantine qui tourne à l’affrontement avec les CRS, Philippe fait une mauvaise chute et il se blesse à la cheville. Deux mois plus tard, le sursis de Philippe est annulé. Il doit se rendre à Pau chez les paras, mais il se fait réformer en disant qu’il est homosexuel. Ce qui est à moitié vrai. Il a eu quelques coups de cœur pour des garçons plutôt virils, mais il n’a pas franchi le pas et il refuse d’être associé aux folles qu’il croise dans les rues.

Ses parents sont d’accord pour l’aider à vivre à Paris à condition qu’il soit reçu au concours de l’école d’état Louis Lumière (anciennement rue de Vaugirard). Philippe est recalé. Il fait croire le contraire et, tout en culpabilisant, il monte à Paris où il veut apprendre le métier sur le tas.

Octobre 1968, stage d’assistant à la SFP sur des variétés et une dramatique avec des acteurs de la Comédie Française. Philippe découvre aussi des boîtes fréquentées par des hommes non efféminés avec qui il a ses premières aventures. Il accepte enfin sa vraie nature mais il recherche l’amour avant tout.

Eté 1969, Philippe se rend au Maroc et il se retrouve stagiaire sur Queimada avec Marlon Brando.

Hiver 1969, Philippe s’installe chez un décorateur italien près du Trocadéro. Il se rend souvent à la Cinémathèque et il tente de s’assagir en allant travailler deux mois au Crédit Lyonnais. Il réalise alors qu’il fait fausse route et il tente de repasser le concours de l’école Louis Lumière. Non seulement il est reçu, mais il obtient parallèlement une aide du GREC (Groupe de Recherche et d’Études cinématographiques) pour réaliser un scénario de court métrage (Elisa répète) qu’il a déposé quelques mois plus tôt.

Durant l’année scolaire 1970-71, Philippe suit les cours de Vaugirard pour obtenir un BTS de caméraman. Il produit et réalise aussi son court métrage. L’école l’ennuie. Il n’est pas assidu aux cours de chimie et électronique. Les professeurs n’apprécient pas qu’un élève de première année tourne un film hors de l’école. Ils lui font comprendre que sa présence n’est pas souhaitée l’année suivante. Philippe s’en moque et il se sent libre. Au mois de juillet, lors d’une invitation au festival d’Avignon pour présenter Elisa répète, il croise une bande de joyeux lurons qui sortent d’un restaurant où ils ont fêté les 49 ans d’un dénommé Bernard. Philippe accepte de finir la soirée avec eux au bord de la piscine d’un hôtel de luxe. Il dort sur place et, au réveil, le dénommé Bernard lui propose un billet d’avion pour passer quelques jours de vacances en Tunisie. Philippe découvre alors que le bienfaiteur n’est autre que le nouveau directeur de l’Opéra de Paris et du festival d’Aix en Provence.

1971-72, Philippe réalise, grâce à Bernard Lefort, un petit film documentaire sur des journées Stravinski dans l’abbaye de Royaumont. Il donne aussi un coup de main au réalisateur Jacques Scandelari qui tourne de petits sujets culturels pour les affaires étrangères. Philippe fait la connaissance du grand chef opérateur cubain Nestor Almendros qui lui apprend beaucoup de choses sur le métier. Philippe accepte d’accompagner Bernard Lefort et les ballets de l’Opéra au Japon à condition de ne pas passer pour le gigolo du patron mais de faire un reportage. Le magazine culturel des Affaires étrangères lui commande alors un premier sujet qui va être suivi par de nombreux autres durant 5 ans. Philippe n’est pas très littéraire mais sa manière de filmer les écrivains plait à la production et, malgré ses 23 ans, il va être cantonné aux portraits d’historiens, prix littéraires, philosophes, académiciens français mais aussi à des hommes de théâtre et de variété.

Fin 1972, Philippe rompt avec Bernard mais il va rester son ami pour toujours. Manuel Madéra, un jeune réalisateur portugais qui aime le travail de Philippe, lui propose de mettre à son service, pendant deux jours, deux élèves de l’IDHEC ainsi que du matériel de tournage. Ils tournent quelques séquences improvisées avec deux filles, une transsexuelle, un jeune routier et trois autres personnages. Pour faire une suite à l’histoire, Philippe propose aux laboratoires pharmaceutiques Sandoz d’y participer financièrement. Intéressés par l’aspect psychiatrique du projet, ils acceptent d’intervenir. Le film se tourne en deux nuits chez Gilbert (le nouvel ami de Philippe) avec des non-acteurs mais de vraies personnalités. Une fois terminé et monté, Les Phalènes intéresse la salle d’art et essai Le Seine qui programme des films d’auteurs tels que Marguerite Duras, Alain Robbe-Grillet, etc...

Lors de l’été 1974, Philippe fait un voyage aux États-Unis et il tombe amoureux d’un Américain. À son retour, il préfère quitter le domicile de Gilbert et il loue un appartement à la Goutte-d'Or.

Début 1975, Philippe rencontre le beau voyou, Johan, et il veut à tout prix faire un film sur lui. Gilbert influence ses amis un peu friqués pour y mettre un peu d’argent. Le chef opérateur François About accepte d’y participer plus ou moins gratuitement. Mais Johan est arrêté quelques jours avant le tournage pour une histoire de chèques volés. Ne sachant quand il sortira de prison, Philippe décide de tourner quand même le film sur son amant qu’on ne verra jamais.

Cannes 1976 : Johan, journal intime homosexuel, est programmé dans la section Perspectives du Cinéma Français. Après la projection, plusieurs salles d’art et essai veulent l’exploiter à Paris. Le film évite le classement X de justesse grâce au soutien de réalisateurs et de critiques connus de l’époque.

Le producteur Ody Ross propose à Philippe de coproduire un nouveau film avec un minimum de moyens. Pour ne pas être catalogué en tant que réalisateur homosexuel, Philippe choisit un sujet hétéro : Lamento, qui ne va intéresser personne.

En 1977, grâce au soutien du journaliste Yves Mourousi, Philippe réalise quatre moyens métrages sur Paris pour la SFP.

En 1978, Philippe fait la connaissance de deux hommes d’affaires qui veulent reprendre un cinéma à Saint-Germain-des-Près pour un faire une salle exclusivement porno homo. Philippe accepte de tourner un film pour leur programmation. Mais les scènes X disparaissent peu à peu à l’écriture, et Philippe obtient des hommes d’affaires de poursuivre l’aventure, toujours en format 16mm. Il s'agit de Nous étions un seul homme tourné à l'automne 1978 dans le Lot-et-Garonne.

1979, bien que Nous étions un seul homme ne soit pas sélectionné à Cannes, Philippe y descend avec une bobine et il loue à ses frais une salle rue d’Antibes. La salle n’est pas pleine mais les quelques personnes présentes à la projection en font une belle publicité le lendemain sur la Croisette. Des salles d’art et essai veulent exploiter le film. L’attachée de presse de Marguerite Duras, Chantal Poupaud, propose ses services. Le directeur du festival de Chicago le sélectionne pour l’année suivante. Philippe assure la distribution dans plusieurs salles sur Paris, et en province et il reçoit le prix du magazine Off.

Début 1980, Philippe rencontre le beau et brillant Jean Decampe qui va devenir son ami pendant 12 ans. Lors de l’été 1980, Philippe va présenter Johan et Nous étions un seul homme à Montréal dans un festival gay. Au mois de septembre, il est invité à Chicago avec Nous étions un seul homme où le jury composé de Bertrand Tavernier et Claudia Cardinale lui remettent un prix. À la suite de quoi, le film est sélectionné dans de nombreux festivals en Europe et en Amérique.

Ne gagnant pas d’argent avec ses films, Philippe accepte de réaliser des films industriels qui vont être son gagne-pain pendant plusieurs années. Les commanditaires seront EDF, Mobil Oil, Rhône-Poulenc, Renault, Citroën, Coca-Cola, Michelin, etc…

En 1982, Philippe obtient une avance sur recette pour Haltéroflic qu’il va tourner, pour la première fois en 35 mm, avec son acteur fétiche de Nous étions un seul homme, Serge Avedikian.

En 1983, Philippe réalise un portrait insolite sur un personnage underground du Tout-Paris. Huguette Spengler, produit par l’INA, est diffusé sur TF1 qui est encore une chaine nationale. Sortie en France d’Haltéroflic qui reçoit un accueil très mitigé. Le film est très demandé en revanche dans les pays anglo-saxons.

En 1984, Huguette Spengler, ma patrie, la nébuleuse du rêve est sélectionné pour une rencontre input à Charleston. Il reçoit également le prix de la Société des Gens de Lettres.

1986, Philippe écrit un nouveau long métrage L’Énigme des sables. FR3 propose de le coproduire, et le tournage se fait dans le sud marocain avec de nombreux comédiens dont Marie-Christine Barrault et le chanteur Jean-Patrick Capdevielle. Le film est diffusé sur FR3 à une heure de grande écoute, prix Europa à Berlin, et prix d’interprétation au festival de Chamrousse pour Kathie Kriegel qui y interprète un des personnages principaux.

Durant les années 80, Philippe effectue de nombreux voyages avec son ami Jean, dont à Madagascar à deux reprises. Il tourne également des sexys clips pour M6 et quelques plateaux et documentaires pour FR3.

1989, tournage de Nijinski, la marionnette de Dieu avec le danseur Éric Vu-An pour l’INA et la 7 Arte.

Durant les années 80, beaucoup de copains de Philippe sont morts du sida. En 1990, c’est au tour de son ami Jean d’être touché. Il meurt en 1992 après avoir écrit deux livres d’inspiration malgache édités chez Flammarion.

Le long métrage Solange et le python que Philippe devait tourner avec Jeanne Moreau échoue lamentablement quelques semaines avant le tournage.

1993-94, dépression, manque de travail, perte de confiance en soi, Philippe emprunte alors la caméra Hi-8 de son père pour accompagner la photographe de guerre Christine Spengler au Liban qui se remet à peine de la guerre. Philippe en fait un moyen métrage : On dansait sous les bombes qui va être diffusé à la télévision belge.

Philippe se rend également tous les mercredis de l’hiver 1994-95 dans une maison de retraite de province pour y faire une animation avec sa caméra. Il rassemble les meilleurs moments dans un film documentaire Les Mercredis de la Chalouette qui va être sélectionné à Beaubourg dans le cadre de Cinéma du réel et qui sera diffusé à plusieurs reprises sur la chaîne La Cinq.

1996-97, toujours avec la caméra de son père, Philippe réalise un docufiction avec les gens de son entourage, amis, famille, et Éric son dernier ami : Le Camescope. Le film est édité en VHS par les éditions Platipus ainsi que trois de ses films précédents.

En 1997, il réalise On m’appelle la Valse pour l’INA et Arte avec la comédienne Marthe Keller. Plusieurs séjours à Vienne pour l’occasion. Le film est distribué sur différentes chaines en Europe. Après On m’appelle la Valse, Philippe s’intéresse à la danse orientale et il suit avec sa caméra la danseuse Kamellia. Canal+ s’y intéresse et commande à Philippe un montage de 30 minutes.

En 2000, il réalise le docufiction Un parfum nommé Saïd.

Il rencontre Christophe Tuaillon en 2002. Il tourne Sexus Dei avec lui, puis Le Voyage de l’hippocampe en profitant d’un voyage au Laos. Puis Zeus le chat en 2014.

À l'automne 2015, tournage de Les Cercles du vicieux dans les Cévennes.

2018 : Le Bagage ultime.

2019 : Tournage de L’Adieu à Moustafa et sortie de certains de ses films aux éditions l’Harmattan.

FilmographieModifier

BibliographieModifier

  • 2013 : La Passion selon Vallois, Le cinéaste qui aimait les hommes (autobiographie consacrée aux quarante premières années du cinéaste, préface et postface d'Ivan Mitifiot, ErosOnyx Éditions, comportant les DVD des films Les Phalènes et Sexus dei ainsi que de nombreux bonus). (ISBN 9782918444145).
  • 2016 : Différent ! Nous étions un seul homme et le cinéma de Philippe Vallois, monographie de Didier Roth-Bettoni, préface de Pierre Lacroix, ErosOnyx Éditions, comportant une édition spéciale du DVD du film. (ISBN 9782918444282).

Notes et référencesModifier

Liens externesModifier