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Parenté à plaisanterie

pratique sociale

Pratiques et expressions de la parenté à plaisanterie au Niger *
Pays * Drapeau du Niger Niger
Liste Liste représentative
Année d’inscription 2014
* Descriptif officiel UNESCO

La parenté à plaisanterie est une pratique sociale typiquement d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale qui autorise, voire parfois oblige, des membres d'une même famille (tels que des cousins éloignés), certains noms de famille (Fall vs Dieng, Niang ou Ndoyene), certaines ethnies ou des habitants de même région, territoires et provinces à se moquer ou s'insulter, et ce sans conséquence. Ces affrontements verbaux sont analysés par les anthropologues comme des moyens de décrispation, de cohésion ou réconciliation sociale[1], voire une pratique sacrée.

NomsModifier

Cette pratique s'appelle sinankunya (ou sanakouya) au Mali, rakiré chez les Mossis (Burkina Faso), toukpê en Côte d'Ivoire, kalungoraxu chez les Soninkés, dendiraagal chez les Toucouleurs (Sénégal), kalir ou massir chez les Sérères, Kal chez les Wolofs (Sénégal), Avousso chez les Boulou (Cameroun).

Origine et fonction socialeModifier

La tradition orale raconte que cette coutume a été instaurée par Soundiata Keïta lors de la fondation de l'Empire du Mali[2]. Il est néanmoins très probable qu'elle soit plus ancienne, et qu'elle n'ait été que confirmée à cette occasion.

Selon les historiens, l'origine de ce système de cousinage remonterait à l'antiquité africaine dans la vallée du Nil. Il serait un héritage du totémisme pratiqué durant cette époque, ou chaque clan était associé à un animal ou un végétal totem. Aujourd'hui en Afrique noire, bon nombre de noms claniques sont associés à un animal totem.

Bien plus qu'un simple jeu, ces relations sont sans doute un moyen de désamorcer les tensions entre ethnies voisines ou entre clans familiaux, selon l'interprétation de l'anthropologue Marcel Griaule qui a désigné ce phénomène comme une alliance cathartique. Alain Joseph Sissao, sociologue burkinabé, chercheur à l'Institut des Sciences des Sociétés à Ouagadougou, a la même interprétation.

Au Burkina Faso, en fonction des ethnies, les circonstances de sa mise en place sont différentes. La relation s'est instaurée parfois lors de conflits au travers d'alliances guerrières, comme entre les Mossis et les Samos. Parfois elle s'est développée entre des peuples aux modes de vie différents, comme c'est le cas par exemple entre les Bobos, sédentaires cultivateurs, et les Peuls, nomades éleveurs.

Au MaliModifier

Au Mali, l'exemple le plus célèbre de parenté à plaisanterie est celui qui lie les Dogons et les Bozos. Elle existe également entre Peuls et Sérères au Sénégal.

Outre les groupes ethniques, cette relation peut aussi s'exercer entre clans familiaux, par exemple entre les familles Diarra et Traoré, ou Ndiaye et Diop. Ainsi, un membre de la famille Ndiaye peut-il croiser un Diop en le traitant de voleur ou de mangeur d'arachide sans que personne ne soit choqué, alors que parfois les deux individus ne se connaissent même pas. Il n'est d'ailleurs pas permis de se vexer. Cette impolitesse rituelle donne lieu à des scènes très pittoresques, où les gens rivalisent d'inventivité pour trouver des insultes originales et comiques.

Par ailleurs, les noms d'un même clan peuvent varier d'un groupe ethnique à l'autre. Par exemple, une famille peulh de nom Bâ s'installant chez les Mandingues prendra dès lors le nom de Diakité, et vice-versa, le nom Diakité étant la forme mandingue du nom Bâ.

Au Burkina FasoModifier

Au Burkina Faso, où la parenté à plaisanterie est également très développée, la pratique se décline entre membres d'ethnies, entre patronymes, mais aussi entre territoires tels que les régions, les provinces ou les villages. Parmi les parentés à plaisanteries les plus pratiquées au quotidien, on peut citer celles qui lient les Bobos et les Peuls, les Bisas et les Gourounsis, ou encore les Samos et les Mossis. Les dialogues moqueurs qui découlent de ces relations font appel à des caractères spécifiques de ces ethnies, souvent liés aux habitudes alimentaires ou à leur mode de vie. Les Bobos diront des Peuls que leur bétail détruit les cultures, et les Peuls moqueront les Bobos sur leur prétendue consommation (excessive) d'alcool[3].

La parenté à plaisanterie ne connait pas de limite dans sa pratique. Au Burkina Faso, lors des enterrements, les parents à plaisanterie peuvent aller jusqu'à moquer le défunt en l'imitant, ou font semblant de pleurer devant les membres de la famille. Il s'agit d'une mise en scène que seuls les plus proches amis du défunt peuvent jouer. Dans ce cas, la parenté à plaisanterie détourne l'idée de la mort, la banalise en quelque sorte et rappelle les liens qui unissent les deux ethnies. Lors de l'enterrement du général Aboubacar Sangoulé Lamizana, ancien chef de l’État, les Burkinabés ont pu assister à un exemple de parenté à plaisanterie.

AutreModifier

La parenté à plaisanterie est également pratiquée à Madagascar. Son fonctionnement est expliqué par exemple dans « Funérailles d’un cochon », une nouvelle de David Jaomanoro, sous le nom de « zivas »[4].

Notes et référencesModifier

  1. Kouadio Kouadio Yacouba, Alliances inter-ethniques et parenté à plaisanterie ou dynamique d'une dédramatisation endogène des conflits socio-politiques en Afrique : le cas de la Côte d'Ivoire, in Actes du colloque international sur « royautés, chefferies traditionnelles et nouvelles gouvernances », édition Dagekof. (ISBN 2-9503515-6-5) p. 86
  2. Youssouf Tata Cissé, Wa Kamissoko, La Grande Geste du Mali. Des origines à la fondation de l'empire, Karthala.
  3. Le bienfait des railleries ethniques le 5 mars 2004 sur afrik.com
  4. La « parenté à plaisanterie » selon Amadou Hampâté Bâ le 27 août 2016 sur altersexualite.com

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

Articles connexesModifier